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et

prosternant à terre, il faisoit la prière suivante : « Je vous rends grâces, Seigneur, des douleurs » que je souffre; puissé-je souffrir mine fois da» vantage , si c'est votre volonté ! Je me réjouirai » de vous voir affliger ce misérable corps sans

l'épargner : car quelle plus douce consolation » puis-je avoir, que l'avantage de savoir que votre » sainte volonté s'accomplit? » Il demandoit instamment qu'on le traitât après sa mort comme le dernier des hommes, et il vouloit qu'on l'enterrât à l'endroit où l'on portoit les cadavres des malfaiteurs , ou bien sur une montagne qui étoit . hors des murs d’Assise,

que l'on appeloit Colle d'Inferno (r).

Quelque temps avant sa mort, il dicta son testament, dans lequel il recommandoit à ses frères d'honorer toujours les pasteurs et les prêtres, d'observer fidèlement leur régle, et de travailler des mains, non pour le gain, mais pour le bon exemple, et pour éviter l'oisiveté. « Si nous ne » recevons rien pour notre travail, leur disoit-il, » ayons recours à la table du Seigneur , et deman» dons l'aumône de porte en porte. » Le pape Nicolas III déclara depuis que ce précepte du travail des mains ne regardoit point ceux qui étoient dans les ordres sacrés, ou qui s'occupoient de la prédication et des autres fonctions du ministère. La chose d'ailleurs est claire par elle-même, comme on pourroit le prouver par la règle et l'exemple du Saint , ainsi que par l'apologie qu'écrivit saint Bonaventure. Saint François ayant achevé son testament, fit chanter un cantique qu'il avoit composé pour

rendre grâces à Dieu, au (r) On bâtit un grand monastère de Franciscains en cet endroit, et quatre ans après la mort du Saint, on y transporta son corps. Le nom de Colle d'inferno a été changé en celui de Colle del Paradiso , par l'ordre du pape Grégoire IX.

où son corps

nom de toutes les créatures; après quoi il voulut qu'on le couchât sur la terre,

fut couvert d'un habit pauvre qu'on lui avoit donné. Dans cet état , il exhorta ses frères à l'amour de Dieu, à la pratique de la pauvreté et de la pénitence; il donna ensuite sa bénédiction à tous ses disciples, tant à ceux qui étoient absens qu'à ceux qui étoient présens. « Adieu, mes enfans, » leur dit-il, restez toujours dans la crainte du. » Seigneur. Le temps de l'épreuve et de la tribu» lation approche; heureux ceux qui persévére» ront dans le bien qu'ils ont commencé ! Pour » moi, je vais à Dieu avec un grand empressement, niet je vous recommande tous à sa grâce. » Lorsqu'il eut entendu l'histoire de la passion qu'il s'étoit fait lire dans l'évangile selon saint Jean, il se mità réciter le psaume cent quarante-unième :: J'ai élevé ma voix vers le Seigneur. Ayant fini le dernier verset, délivrez mon ame de sa prison, afin que je puisse bénir votre saint nom; les justes sont dans l'attente de la récompense que vous me donnerez , il expira tranquillement le 4 Octobre 1226, la quarante-cinquième an. née de son âge, la vingtième de sa conversion , la dix-huitième de l'institution de son ordre.

Le lendemain de sa mort, qui étoit un dimanche, son corps fut porté solennellement de la Portioncule à Assise. Le convoi s'arrêta à l'église de Saint-Damien', où Claire étoit avec sen filles , et on leur accorda la consolation de voie et de baiser les stigmates. Claire s'efforça de tirer le clou d'une de ses mains : elle croyoit pouvoir le faire, parce que la tête s'élevoit dans la paume de la main au-dessus du reste de la chair; mais il ne lui fut pas possible de réussir; elle trempá seulement un linge dans le sang qui en sortit. Le conTome IX.

P

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voi s'étant remis en marche , on se rendit à l'église de Saint-George , où le corps fut enterré, Après la mort du

pape

Honorius III , arrivée en 1227, le cardinal Hugolin fut élu pour lui succeder, et prit le nom de Grégoire IX. Ce souverain pontife étant venu à Assise, y constata la vérité de plusieurs cures miraculeuses opérées par l'intercession du bienheureux François , et fit lui-même la cérémonie de sa canonisation dans l'église de Saint-George, le 16 Juillet 1228. Il donna une somme considérable d'argent pour bâtir une nonvelle église dans le lieu qui depuis ce temps-là a été appelé Colle del Paradiso. Elie, général de l'ordre des Frères mineurs, joignit une nouvelle somme à celle du

pape, et y fit construire un édifice magnifique , qui fut achevé en 1230. Le 25 Mai de la même année, le corps du Saint y fut transporté. Grégoire IX revint Assise en 1235, mais il ne fit point la dédicace de la nouvelle église, comme quelques auteurs, l'ont prétendu ; cette cérémonie fut faite par le pape Innocent IV, qui en 1253 passa l'été au couvent de Colle del Paradiso (9). On dit que le corps

du Saint est sous une magnifique chapelle de marbre qui lui est dédiée, et qui est au milieu de l'église. Au-dessus de cette église , il y en a une seconde ornée de belles peintures, et dédiée aux douze apôtres. On assure qu'il y a une Ivoisième église souterraine, sembla ble à celle choirest; sous la basilique du Vatican (s). (9) Voyez.

ce pápe, apud Batuz. Misceli. t. VII, De 3g! Bendit: Xly accorda de grands privilégés à cette Aglise. Voyez sop Bullaire, t. d. 82.'

(s) Elle n'est point ouvertes Layieur ayant visité les deux premières en 1745 3 vit dans la sacristie de précieuses reliques, entre autres des écrits de la propre main de saint Francuis et de saint Bonaventpresse

vie de

On n'a point vu le corps

de saint François depuis le pontificat de Grégoire IX : on l'a caché dans quelque voûte secrète pour s'en assurer plus certainement la possession (t).

Qui pourroit, en considérant la vie toute merveilleuse de saint François , ne pas s'écrier avec le Sauveur : Jo vous bénis, Père éternel, Seigneur

du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudens du siècle, et de ce que vous les avez révélées aux petits. Oui, Père céleste, je vous en bénis , puisque cela est ainsi, parce que vous l'avez voulu (10). Vous avez résisté aux superbes, et vous les avez renvoyés sans vos dons; mais vous accordez votre grâce aux humbles, prenant plaisir à vous communiquer à ceux qui sont simples de ceur, et qui sont détachés des choses terrestres. Vous êtes véritablement un Dieu caché, qui habitez une lumière inaccessible et inconnue au monde; mais vous aimez à verser l'abondance de vos faveurs sur les ames purifiées de toute affection charnelle, et dans les quelles vous trouvez l'image de Jésus-Christ crucifié. Oui, Père éternel, cela est ainsi , parce que telle est votre volonté : mais ce crucifiement du ceur, cette simplicité, ce détachement ne consistent pas seulement dans la renonciation extérieure au monde , mais dans la disposition intérieure de l'esprit ; et cette disposition est com

(t) Ce que l'on a dit de l'état et de la situation où est le corps de saint François, 'n'est appuyé que sur une tradition peu fondée du couvent. On ne pourroit acquérir de certitude à cet égard, que par une visite juridique. Les reliques que l'on a du Saint sé bornent à 'ses vêtemens, et à quelques écrits de sa propre main. Il ne paroit pas qu'il y ait eu aucune division de son corps.

C'est dans le couvent dopt nous parlons que réside le genéral des Franciscains conventuels.

(10) Matt. XI, 25.0

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patible avec tous les états de la vie, dès-là qu'ils ne sont point contraires à la sainteté du christianisme; aussi a-t-on vu des rois et des hommes qui occupoient les premières places à la cour ou dans les armées, mourir tous les jours au monde et à eux-mêmes, usant des choses créées comme n'en usant pas, et vivant sur la terre comme des étrangers et des citoyens du ciel.

S. MARG, S. MARCIEN, ET LEURS COMPAGNONS,

MARTYRS EN EGYPTE. Le quatrième édit de Dioclétien- fit couler, en 304 ou 305,

, le
sang

d'une multitude innombrable de Chrétiens en Egypte ,

et sur-tout dans la Thébaïde. Après les avoir cruellement fouettés ou déchirés avec les ongles de fer, et après leur avoir disloqué les membres, sans parler de plusieurs autres tortures inouïes, on les décapitoit, on les brûloit, on les jetoit dans la mer, on les crucifioit quelquefois la tête en bas, on les attachoit à des gibets. Enfin, toute l'Egypte étoit le théâtre de mille cruautés plus affreuses les unes que

les autres. Marc et Marcien furent du nombre de ces généreux soldats de Jésus-Christ, et les anciens martyrologes disent qu'ils étoient frères. Eusébe, qui étoit alors dans la Thébarde entre dans le détail des divers tourmens dont il fut témoin oculaire. Plusieurs, dit-il, étoient attachés à des branches que l'on avoit courbées et rapprochées de force; on lâchoit ensuite les branches, et les corps des Chrétiens étoient déchirés et mis en pièces. D'autres étoient étendus sur des morceaux de pots cassés. Il y en avoit dont on prolongeoit les supplices plusieurs années de suite avant de les faire mourir. On en exécuta cent en

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