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avoient enterré à part les principaux officiers de la légion. Saint Evolde, évêque de Vienne, qui mourut en 715, fit élever une église sous l'invocation des saints martyrs , et y mit une portion considerable de leurs reliques , comme nous l'apprenons de la chronique et du martyrologe d’Adon, qui étoit de la même ville. Il paroit que saint Théodore établit une communauté de prêtres pour desservir l'église d’Agaune , lorsqu'on fit la première découverte des saintes reliques. On lit dans les actes de la fondation du monastère par le roi Sigismond , que les laïques viyoient mêlés avec les prêtres , et que l'abbaye fut bâtie pour parer à cet inconvénient (e). Le monastère d’Agaune ( aujourd'hui de Saint-Maurice) est encore très-riche en reliques des saints martyrs , malgré les distributions qui en ont été faites. Il y a dans la cathédrale de Sion une magnifique chapelle dédiée en l'honneur de saint Maurice, qui est le principal patron de tout le Valais.

On trouva en 1489, au village de Schoz , qui est environ à deux lieues de Lucerne, deux cents corps

des
compagnons

de saint Maurice. On y avoit fondé long-temps auparavant une chapelle connue par ses priviléges et par de grandes indulgences (3). Le P. Chardon, Jésuite, a donné l'histoire des miracles qui s'y étoient opérés par l'intercession de saint Maurice et de ses compagnons.

Ces Saints sont honorés dans un grand nombre (e) Les Bollandistes ont donné une bonne édition de la charte de fondation dont il s'agit , d'après une copie exacte de cette pièce que leur avoit procurée D. de l'Isle , de Saint-Léopold à Nancy , lequel avoit vécu quelque temps

à Agaune. Voyez Gloria Postuma SS. Mauritii et Soc. S. 2, v p. 252, t. VI. Sept. (3) V. Murer, Helvet. Sac. p. 3o.

abbé

d'églises de France, d'Allemagne, d'Italie, d'Espagne et de Portugal. Saint Maurice est depuis plusieurs siècles le principal patron de la maison royale de Savoie.

Amédée , duc de Savoie, ayant quitté la souveraineté, alla mener la vie érémitique à Ripaille lieu situé sur le bord du lac de Genève, et environné de bois et de rochers. Il fut suivi par six gentilshommes , tous veufs, et âgés chacun de plus de soixante ans. Il les enrôla soldats de saint Maurice, et s'appela leur doyen. Tous portoient des croix d'or sur la poitrine. Leur habit étoit simple, et à peu près semblable à celui des pélerins ou des ermites. Amédée leur donna des règles, et fonda deux maisons, l'une pour eux, et l'autre pour des chanoines réguliers qui étoient gouvernés par un abbé, et chargés de faire l'office divin (4). Telle fut l'origine de l'ordre militaire de Saint-Maurice , dont le roi de Sardaigne est grandmaître. Les chevaliers ne peuvent se marier qu'une fois sans dispense. L'ordre, dans l'état où il est présentement, fut institué par Emmanuel Philibert, duc de Savoie , et le pape Grégoire XIII l'approuva et le confirma en 1572.

Agaune, nommé aussi Saint-Maurice, passa des rois de Bourgogne à la maison de Savoie dans le onzième siècle; mais cette ville fut enlevée à Charles , père d'Emmanuel Philibert , par François I, roi de France, conjointement avec les Suisses et les Genevois. La république du Valais, alliée de celle de Genève et des Cantons suisses,

(4) V. Augustinus - Patricius, Hist. Concil. Basil. ap. Labbe, Conc. t. XIII, col. 1488. Joan. Gobelinus , seu Pontius Æneas Sylvius post Pius II (qui sub Amanuensis sui nomine latere voluit) Comment. vitæ suæ. Petrus Monodus S. J. in Anædæo pacifico (quem librum latinè edidit initio seculi XVII), p. 53.

en prit possession. Par un des articles du traité de paix, qui fut alors signé, le duc de Savoie consentit à céder la souveraineté de SaintMaurice et de quelques autres places, à condition qu'on transporteroit à Turin les reliques des martyrs de la légion thébéenne. L'évêque de Sion, protecteur et gouverneur de la république, envoya dire aux habitans de Saint-Maurice de se conformer à l'article du traité qui avoit été ratifié parle serment des puissances intéressées. L'évêque d'Aoste, accompagné d'une suite nombreuse, se présenta au nom du duc de Savoie, et demanda les reliques des saints martyrs. La consternation se répandit dans toute la ville. Les habitans offrirent en échange des troupes et de l'argent , et tâchèrent de mettre le ciel dans leurs intérêts , en indiquant un jeûne général et des prières publiques ; ils jurèrent même au pied de l'autel de sacrifier leurs vies, plutôt que de se laisser enlever le précieux trésor qu'ils possédoient. L'évêque d'Aoste les menaça inutilement des plus sévères châtimens. Enfin il se réduisit à leur demander la moitié des saintes reliques, ce qui lui fut accordé. Ayant reçu les sacrés ossemens des martyrs, il les porta solennellement à Turin. Les évêques de Verceil et d'Yvrée, suivis de leur clergé, des gouverneurs des villes , et d'un grand nombre de soldats et de musiciens qui chantoient les louanges du Seigneur, assistèrent aussi à la cérémonie. Quand on fut à un mille de Turin, tous les ordres de la ville vinrent au-devant des saintes reliques, qu'on déposa dans la cathédrale. La duchesse de Savoie, avec ses enfans, prit part à la fête, qui dura trois jours. On renferma les reliques dans deux magnifiques châsses d'argent, le 16 Janvier 1581. Le duc Charles

Emmanuel , dans un édit du 23 Août 1603, où il rapportoit toutes les faveurs qu'il avoit obtenues par

l'intercession de saint Maurice , ordonna de célébrer sa fête, le-22 Septembre, et défendit , sous les peines les plus sévères, de travailler ce jour-là. Vincent, due de Mantoue , fit la même chose , en reconnoissance de ce que, par l'intercession du Saint, il n'étoit pas mort de six balles de mousquet dont il avoit été blessé en combattant contre les Turcs en Hongrie (f).

Nous apprenons de l'exemple des martyrs à nous former une juste idée du courage. Le devoir et la vertu en sont le fondement. Celui qu'il anime entreprend de grandes choses , et supporte les plus rudes épreuves , uniquement par le motif du devoir. Lorsqu'il s'agit de conserver son innocence, il n'y a point de sacrifice qui lui coûte, et il envisage les plus affreux tourmens avec intrépidité. Cette disposition de l'ame, qui inspire des sentimens si héroïques, et qui ne se dément dans aucune circonstance, ne peut avoir sa source que dans la religion chrétienne : d'elle dérivent plusieurs vertus, sur-tout la patience, la douceur et l'humilité. Un héros.chrétien aime ses ennemis, fait du bien à ceux qui le persécutent, supporte les affronts avec joie, et est prêt à céder sa tunique à celui qui veut lui enlever son manteau.

(f) Le P. Bernardin Rossignoli , savant Jésuite, qui s'est déguisé sous le nom de Guillaume Baldesano, chanoine de Turin , donna, sur la fin du seizième siècle , une histoire de saint Maurice en italien , qu'il fit réimprimer au commencement du siècle suivant, avec des augmentations. Il y rapporte en détail les translations dont nous venons de parler, ainsi que plusieurs miracles opérés par l'intercession de saint Maurice. C'est d'après son ouvrage que les Bollandistes ont principalement travaillé.

S. EMMERAN, ÉVÊQUE EN FRANCE, MARTYR ET PATRON DE

RATISBONNE. SAINT EMMERAN, issu d'une illustre famille du Poitou , renonça , dès sa jeunesse, à tous les avantages qu'il pouvoit espérer dans le monde, pour se consacrer au ministère des autels. Son savoir et sa sainteté le firent élever à l'épiscopat dans le septième siècle (a). Il prêcha l'évangile, avec un zèle infatigable, dans tous les lieux de son diocèse , instruisant en public et en particulier; il alloit chercher jusque dans leurs maisons les pécheurs endurcis; et par une éloquence aussi touchante que persuasive, il les retiroit de leurs désordres , et en faisoit de véritables pénitens. Sa charité pour les pauvres étoit aussi sans bornes.

Après avoir travaillé de la sorte pendant plusieurs années, il résolut d'aller instruire un grand nombre d'infidèles et d'idolâtres qui étoient dans la Bavière. Il n'y avoit qu'environ trente ans que les Bavarois avoient embrassé le christianisme :

(a) Les auteurs de sa vie , qui ont écrit long-temps après sa mort, le font évêque de Poitiers, en quoi ils ont été suivis par Baillet et par les auteurs du Gallia Christ. Vetus. ; mais son nom ne se trouve point dans le catalogue des évêques de cette ville , et il ne pourroit y trouver place dans le temps où il a vécu. Le Cointe , ad an. 649; Pagi, crit. Annal. Baron. ad an. 653 ; le P. Longueval, Hist. de l'église gallicane , infèrent de là qu'il ne fut point évêque de Poitiers , et sou. tiennent que le siége qu'il occupa n'est point connu. Suyskens est du même sentiment. Selon Wandelbert , saint Emmeran fut évêque dans la Bretagne. En supposant qu'il n'ait été que Corévêque de Poitiers, on conçoit comment il n'est point nommé parmi les évêques de ce siége. Plusieurs corévêques recevoient la consécration épiscopale , et gouvernoient une partie d'un diocèse , sous l'ordinaire. Voyez Bingham, etc.

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