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les larmes de Paphnuce, anachorète de la Thébaïde. Enfin, après avoir consulté Dieu dans la prière, il résolut d'avoir recours à un pieux stratagệme pour retirer cette pécheresse de ses désordres. Il quitta ses habits, et se déguisa de manière à ne pouvoir être reconnu pour ce qu'il étoit. Il se mit en route , et vint à la maison de Thaïs. Quand il fut arrivé à sa porte, il demanda à lui parler, et fut introduit dans sa chambre: là, il lui dit qu'il seroit bien-aise d'avoir un entretien avec elle, mais qu'il désiroit que ce fût dans un appartement plus retiré. « Que crai> gnez-vous, répondit Thaïs ? Si ce sont les hom» mes ; il n'y a personne qui puisse nous voir ici; » si c'est Dieu , il ne nous est pas possible d'é»chapper à ses regards, en quelque lieu que nous » soyons. Quoi ! reprit Paphnuce, vous savez

qu'il y a un Dieu ? Oui, répliqua Thaïs , je sais » de plus qu'il y a un paradis pour les bons, et 'un enfer éternel pour les méchans. Comment

donc, dit l'anachorète, osez-vous, en croyant » ces grandes vérités, pécher en présence de celui » qui vous voit et vous jugera ! »

Thaïs connut à ce reproche que celui qui lui parloit étoit un serviteur de Dieu, et qu'il ne venoit la trouver que pour la retirer de la voie de perdition. En même temps le Saint-Esprit , dont Paphnuce avoit été l'organe, dissipa les ténèbres qui lui cachoient l'énormité de ses crimes, et amollit la dureté de son coeur par l'onction de la grâce. Pénétrée de douleur et de confusion, elle fond en larmes, déteste son horrible ingratitude envers Dieu, se jette aux pieds de Paphnuce , et lui dit : « Mon père, imposez-moi' la » pénitence que vous jugerez convenable : priez » pour moi, afin que Dieu daigne me faire misé

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ricorde. Je ne vous demande que trois hepreş » pour mettre ordre à mes affaires ; j'exécuterai » ensuite ce que vous me prescrirez. • Paphnuçe lui indiqua le lieu de sa retraite, et retourna sa cellule.

Thaïs prend ses meubles, ses bijoux, et tout ce qu'elle avoit amassé par ses crimes; elle en fait un monceau dans la rue, el y met le feu, en invitant les complices de ses débauches à l'imiter dans son sacrifice et dans sa pénitence. Par cette action, elle se proposoit de réparer le scandale qu'elle avoit donné, et de montrer qu'elle renonçoit non-seulement au péché, mais encore à tout ce qui étoit capable d'allumer ses passions. Elle alla ensuite trouver Paphnuce, qui la conduisit dans un monastère de femmes. Le saint anacho, rète la renferma dans une cellule, sur la porte de laquelle il mit un sceau de plomb, comme si ce lieu eût été destiné à lui servir de tombeau. Il vecommanda aux seurs de lui apporter tous les jours, pour sa nourriture , un peu de pain et d'eau, et il lui ordonna à elle d'implorer la miséricorde divine, et de solliciter sans cesse le pardon de ses péchés. Thaïs lui ayant demandé quelle prière, elle devoit faire, il lui répondit : «Vous n'êtes point digne de 2. prononcer le saint nom de Dieu , parce que vos

lèvres ont été souillées par l'iniquité; vous ne ► l'êtes

pas non plus de lever vos mains au ciel, ► parce qu'elles sont remplies d'impuretés. Ainsi

contentez-vous de vous tourner vers l'Orient (a),

(a) C'étoit la coutume parmi les chrétiens de la primitive église, de se tourner en priart du côté de l'Orient : de là l'usage de placer à l'Orient le grand autel des églises. Peck, dans son histoire de Stamford , pense qu'ancienneInent en Angleterre on plaçoit le grand autel vers le soleil levant, selon le point qu'il occupoit dans l'écliptique dans la saison où l'on bâtissoit les églises,

et de répéter ces paroles : O vous, qui m'avez » créée, ayez pitié de moi! » Elle continua de faire celte prière, qu'elle accompagnoit de beaucoup de larmes. Elle n'osoit appeler Dieu son Père , parce qu'elle avoit mérité par ses crimes de perdre la qualité de son enfant; elle n'osoit non plus lui donner les titres de Seigneur, de Juge et de Dieu : de Seigneur, parce qu'elle avoit renoncé à lui pour devenir l'esclave du démon; de Juge, parce que la pensée de ses redoutables jugemens la glaçoit d'effroi ; de Dieu , parce que son nom est infiniment adorable , et qu'il emporte avec lui l'idée de toutes les perfections. Mais quoiqu'elle l'eût renié par ses actions, elle étoit toujours l'ouvrage de ses mains; et à ce titre, elle le conjuroit d'abaisser sur elle les regards de sa miséricorde , de la tirer de l'abîme de ses misères, de la rétablir dans les droits précieux qu'elle avoit perdus , et de l'embraser de son amour. Elle trouvoit dans sa prière des motifs de s'exciter à la componction, à l'humilité, et à toutes les autres vertus.

Au bout de trois ans , saint Paphnuce alla trouver saint Antoine, pour lui demander si Thaïs n'avoit pas fait une pénitence suffisante pour être réconciliée et admise à la communion. Ils convinrent l'un et l'autre de consulter saint Paul le Simple , Dieu se plaisant à révéler ses volontés aux humbles de cæur. Ils passèrent ensemble la nuit en prières.

Le matin, saint Paul dit que Dieu avoit préparé une place dans le ciel à la pénitente. Paphnuce alla donc lui ouvrir sa cellule , et lui annoncer que så pénitence étoit finie. Thaïs , frappée des jagemens de Dieu , et se jugeant indigne d'être associée à la compagnie des chastes épouses de Jésus-Christ, demandoit à rester enfermée dans sa cellule jus

qu'à la fin de sa vie ; mais Paphnuce ne voulut point le lui permettre. Elle dit que depuis son entrée dans le monastère, elle avoit toujours eu ses péchés devant les yeux , et qu'elle n'avoit jamais cessé de les pleurer. «C'est pour cela , lui répondit » Paphnuce , que Dieu les a effacés. » Etant sortie de sa prison, elle vécut avec les autres sæurs : mais Dieu satisfait de son sacrifice, la retira de ce monde quinze jours après. On l'honore à différens jours dans l'Occident. Sa fête est marquée au 8 Octobre dans le ménologe des Grecs. Voyez sa vie, écrite par un ancien auteur

grec,

dans Rosweide , d'Andilly Bulteau , etc.

S.- PÉLAGIE, Pénitente. Pélagie étoit comédienne à Antioche, quoiqu'elle se fût fait inscrire parmi les catéchumènes ; mais Dieu l'ayant touchée par des remords salutaires, elle renonça à cette profession criminelle. Voici de quelle manière sa conversion est rapportée dans les ménées dont on se servoit dans l'église grecque, et que l'empereur Basile a publiées. Le patriarche d'Antioche avoit assemblé dans cette Yille un concile composé de plusieurs évêques, Saint Nonnus, un d'entre eux , fut

prié d'annoncer la parole de Dieu au peuple ; il prêcha devant l'église de Saint-Julien le martyr, en présence des autres évêques. Pendant son discours , passa Pélagie, toute couverte d'or et de pierreries. Sa beauté, relevée encore par la richesse et l'élégance des parures, attira l'attention de l'assemblée. Les évêques détournèrent les yeux pour n'être pas témoins d'un spectacle si scandaleux; mais. Nonnus , regardant Pélagie, dit : « Dieu , » par sa bonté infinie, fera miséricorde, même

o à cette femme, l'ouvrage de ses mains. » Pélagie s'arrêta tout à coup, et se joignit à l'auditoire du saint évêque. Elle fut singulièrement touchée, et bientôt ses yeux se remplirent de larmes. Le discours fini, elle alla trouver Nonnus pour le prier de lui indiquer ce qu'elle deyoit faire pour expier ses crimes , et de la disposer à recevoir la grâce du baptême.

Nous apprenons de Liberat (1), que Nonnus avoit succédé à Ibas sur le siège d'Édesse. Celui-ci ayant été rétabli par le concile de Calcédoine, les Pères de ce même concile recommandèrent Nonnus à Maximien , patriarche d'Antioche (2), et on le fit depuis évêque d'Héliopolis en Syrie. Il est nommé sous le 2 Décembre dans le martyrologe romain.

Notre sainte pénitente distribua tous ses biens aux pauvres, changea son nom de Marguerite (a) en celui de Pélagie, et résolut de passer le reste de sa vie dans l'exercice de la prière et dans les austérités de la pénitence. Après son baptême, qu'elle reçut des mains de saint Nonnus, elle se retira à Jérusalem : puis ayant pris le voile de religieuse (6.1), elle alla s'enfermer dans une

(1) Breviar. c. 12, (2) Conc. Calced. act. 10.

(a) Ce nom faisoit allusion aux perles et aux bijoux qu'on lui avoit donnés.

(9) Jacques , diacre d'Héliopolis , dit que sainte Pélagie se déguisa en homme pendant sa pénitence. Ceci paroît difficile à concevoir; le déguisement dont il s'agit ne peut être excuse que par une nécessité, telle que celle de sauver sa vie. Il est contraire à la loi naturelle. L'ancien Testament le traité de crime détestable, Deuter. 32 ; S. Ambroise, ep. '69 ad Trenæum ; S. Augustin , l. 2, Solil. c. 16, et les autres Pères en portent le même jugement. Il est également proscrit par les conciles, Gangres. can. 13, Trullan. can. 62 , etc. On peut voir aussi le canon, Si quá mulier, distinct. 30, etc. On pourroit encore excaser ceux qui ne porteroient point l'habit de leur sexe, par une igavrance qui n'auroit rien de volontaire dans son principe. Tome IX.

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