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c. 4.

aux autres, qu'il ne le pratiquât le premier. On admiroit sur-tout son humilité au milieu des plus peu de jours, mais d'une application constante et soutenue. Voyez le Traité de l'Oraison, pár Grenade, part. 2, S. 8,

Le serviteur de Dieu passa plusieurs années dans la solitude, pour graver profondément dans son esprit et dans son cæur les grandes maximes du christianisme : il fut ensuite chargé de les annoncer aux autres. Ses prédications produisirent des fruits incroyables , sur-tout à Grenade, à Valladolid, à Evora et à Lisbonne. Le cardinal Henri , infant de Portugal, archevêque d'Evora , le fit venir auprès de lui , lui donna la direction de sa conscience, et se conduisit par ses conseils dans les affaires les plus importantes. La reine Catherine , régente de Portugal, le choisit depuis pour son confesseur, l'admit dans son conseil , et l'obligea de résider à Lisbonne. On voulut inutilement l'élever aux dignités ecclésiastiques ; il trouva le moyen de ne point accepter l'archevêché de Brague , ni le cardinalat. Il mourut le 31 Décembre 1588.

Son premier ouvrage fut son Traité de l'Oraison. Il y a peu de livres en ce genre qui soient aussi utiles. Il composa så Guide des pécheurs en 1555, lorsqu'il étoit prieur de Badajoz. C'est le mieux écrit de tous ses ouvrages. Il a opéré une multitude innombrable de conversions : on y trouve les plus puissans motifs de s'attacher à Dieu , et de le servir avec ferveur. Louis de Grenade donna ensuite son Memorial de la vie chrétienne , ses Méditations , et d'autres traités de piété. Sa Rhétorique ecclésiastique a pour objet de former de vrais prédicateurs. Son livre de la Conversion des Indiens apprend aux missionnaires comment ils doivent se conduire pour faire entrer les vérités chrétiennes dans l'esprit des infidèles : il veut que l'on commence par développer les préceptes moraux, et que l'on explique ensuite les motifs de crédibilité.

Les ouvrages de Louis de Grenade ont été traduits en toutes les langues, même en celles des Indes orientales et Loccidentales. Le pape Grégoire XIII a donné un bref pour en recommander la lecture. Saint François de Sales , l. 1, ep. 34, conseille à tous les ecclésiastiques de se le procurer, de s'en faire comme un second bréviaire, d'en lire et d'en méditer tous les jours quelque chose, en commençant par la guide des pécheurs, qui sera suivie du mémorial, et des autres traités successivement. C'étoit , dit-il , la pratique de saint Charles Borromée, qui ne prêchoit point d'autre théologie que celle de Louis de Grenade, et qui préféroit les ouvrages de ce grand homme à tous ceux du même genre , comme il l'assure dans une lettre au pape Pie IV. Voyez le père Touron , Hommes illustres, t. IV, p. 558; Echard, Bibl. Script. Ord. S. Domin. t. II, p. 288, et la Vie de Louis de

tout

grands honneurs. Il se préservoit du venin de la vaine gloire par la pensée des jugemens de Dieu. Grenade, qui est à la tête de l'édition latine de ses oeuvres en trois gros volumes in-fol. Le premier contient le grand et le petit catéchisme , la méthode de catéchiser les Indiens, la rbėtorique ecclésiastique , etc. On trouve dans le second, les sermons et divers traités de morale. Le troisième contient la guide des pécheurs, le traité de l'oraison , celui de l’Eucharistie , le mémorial de la vie chrétienne , la discipline de la vie spirituelle , les traités de l'incarnation et des scrapules, la vie du vénérable Jean d'Avila , qui avoit été quelque temps le maitre spirituel de L'auteur. Girard a traduit en français les ouvrages de Grenade. On préfère l'édition en 10 vol. in-8..

Barthélemi des Martyrs fut ainsi surnommé de l'église dans laquelle il reçut le baptême. Il naquit à Lisbonne en 1514 : ses parens étoient recommandables par leur piété, et par leur charité pour les pauvres. Leur économie leur fournissoit un fonds toujours subsistant pour soulager les malheureux, quoique leur fortune fût médiocre. Barthélemi , dès son enfance , devint le dépositaire des bonnes ceuvres de sa mère ; c'étoit lui qui portoit les aumônes qu'elle envoyoit secrètement, sar

aux familles que des accidens avoient précipitées de l'opulence dans la misère. A l'âge de quinze ans et demi, il - fit ses voeux chez les Dominicains de Lisbonne. Il n'avoit

d'autre volonté que celle de ses supérieurs, et l'esprit de prière lui mérita l'acquisition de toutes les vertus de son état. Il se fit une si grande réputation de science et de piété, que les seigneurs les plus qualifiés de la cour de Portugal s'empressoient de le connoître, et de se lier avec lui. Dans les emplois qu'il exerça , il sut toujours marcher en la présence de Dieu, pratique qu'il avoit soin d'inculquer à ceux qui se mettoient sous sa conduite. Il disoit des vertus extérieures , qu'elles avoient leur principe dans les affections de l'ame, et que si celles-ci étoient bien réglées, l'extérieur le seroit aussi. Son désintéressement, son mépris pour le monde, son zèle pour le salut des ames le disposèrent aux plus pénibles fonctions de la vie apostolique.

En 1558, on l'éleva, malgré lui, sur le siége épiscopal de Brague, le premier du royaume de Portugal. La crainte dont il fut saisi, et la violence qu'il se fit, lui causèrent une maladie dangereuse. La vie pauvre et austère qu'il mena, la sage distribution de son temps, le bun ordre de sa maison, la conduite modeste et édifiante de tous ceux qui compusoient son domestique, ses abondantes aumônes , son zèle pour la sanctification de son diocèse , lui attirèrent une adiniration universelle. Il parut avec éclat au concile de Trente; il combattit ceux qui, par un respect mal entendu , ne vouloient point qu'on fit de règlemens pour la réformation des cardi

Sans cesse il conjuroit le ciel de bénir les travaux de son zèle, et il exhortoit toutes les personnes pieuses naux, et représenta fortement que plus une dignité ecclésiastique est éminente, plus il importe de mettre ceux qui en sont revêtus dans une sainte nécessité de mener une vie régulière. Il soutint avec la même force , que la résidence dans les pasteurs est de droit divin , et conséquemment indispensable. « Où en sommes-nous réduits, disoit-il, si ceux

auxquels Dieu a confié le soin de son église mettent en proo blème l'obligation qu'ils ont de demeurer avec elle !

Souffriroit-on un serviteur , qui étant chargé des enfans de > son maître, disputeroit s'il est tenu d'être auprès d'eux ? » Que dirions-nous d'une mère qui abandonneroit l'enfant » qu'elle allaite , ou d'un berger qui laisseroit son troupeau

dans les champs à la merci des loups s... Quoi ! nous douv terons que nous soyons tenus personnellement de veiller » sur ceux pour lesquels nous sommes tenus de sacrifier nos » vies quand leur salut l'exige» Nous leur devons plus nos vies » pour leurs besoins spirituels, que nous ne nous les devons o à nous-mêmes pour quelque avantage tem porel que ce » soit, etc. » Il y avoit long-temps qu'il avoit fait connoître ses sentimens sur les devoirs des pasteurs. Faisant la visite de son diocèse, il vit un jour dans les champs un jeune berger qui ne quittoit point son troupeau au milieu d'un violent orage : il eût pu se mettre à l'abri dans une caverne voisine, mais il ne voulut point s’éloigoer, de peur que le loup ou les autres bêtes ne profitassent de son absence. Barthélemi des martyrs fut singulièrement touché de ce qu'il voyoit. Quelle leçon , dit-il, pour un pasteur des ames ! » Avec quel soin ne doit-il pas veiller pour les garantir des > piéges du démon !,

De Trente il fit un voyage à Rome, où il fut reçu avec de grandes marques d'estime par le pape Pie IV, et par tous les prélats de sa cour. Saint Charles Borromée le consulta , et le pria de lui indiquer la voie qu'il devoit tenir pour se conformer à la volonté de Dieu. L'archevêque de Brague retourna ensuite à Trente; et le concile qui se tenoit dans cette ville finit au mois de Décembre de l'année 1563, après la vingt-cinquième session. Il avoit dix-huit ans qu'il étoit convoqué ; mais il ne fut assemblé que cinq ans deux sous Paul III en dix sessions, une sous Jules III en six sessions, et deux sous Pie IV en neuf sessions. Il ne se fit rien sous les pontificats de Marcel II et de Paul IV, qui siégèrent entre Jules III et Pie IV.

Barthélemi des Martyrs passa par Avignon en retournant en Portugal. Il rendit compte au vice-légat de tout ce qui s'étoit fait à Trente; il lui raconta entre autres choses ce qui étoit arrivé à deux évêques. Ces prélats étoient venus avec un

à demander avec lui la conversion des pécheurs. Il invitoit toutes les créatures à se joindre à lui, à chement secret au lutheranisme, et dans le dessein de combattre les décrets du concile ; mais après avoir assisté aux conférences et aux délibérations , ils sentirent l'extrême différence qu'il y avoit entre le procédé des prétendus réformateurs et celui des catholiques, les premiers soumettant les articles de foi à la décision de leur esprit particulier, de leur caprice ou de leur imagination ; les seconds pesant chaque chose dans la balance du sanctuaire, et recherchant avec la plus scrupuleuse attention ce que l'église avoit cru de tout temps , pour mettre la doctrine de Jésus-Christ dans son vrai jour. Ils renoncèrent tous deux à leurs préjugés, et un d'entre eux travailla depuis avec autant de zèle que de succès à la conversion des Calvinistes et des autres sectaires. Voyez le P. Touron, t. IV, p. 645.

L'archevêque de Brague étendoit sa sollicitude pastorale à toutes les parties de son diocèse. Son courage le fit triompher de divers obstacles qu'on lui opposa. Il réforma les abus , et fit exécuter les décrets du concile de Trente. Nous ne finirions pas , si nous voulions rapporter les fruits de son zèle et de sa piété , ainsi que les exemples frappans qu'il donna de toutes les vertus.

Eo 1578, Sébastien I, roi de Portugal , passa en Afrique avec treize mille hommes d'infanterie , et quinze cents hommes de cavalerie , dans le dessein de rétablir Mahomet, roi de Maroc , qui avoit été détrôné par Muley-Moluc , son oncle. Mais trois rois périrent dans ce même combat. Sébastien fut tué dans l'action , après avoir fait des prodiges de valeur pendant six heures; Muley-Moluc mourut de maladie en donnant ses derniers ordres ; Mahomet se noya en prenant la fuite. Le cardinal Henri, oncle de Sébastien, agé de soixantequatre ans, monta sur le trône de Portugal; il mourut au commencement de l'année 1580 , sans avoir soutenu la réputation qu'il s'étoit acquise dans la vie privée. Philippe II, roi d'Espagne, prit possession de la couronne de Portugal, qu'il prétendoit lui appartenir.

Peu de temps après cette révolution , D. Barthélemi des Martyrs obtint du pape Grégoire XIII, et du roi Philippe la permission de quitter son archevêché, permission qui lui avoit été refusée par Pie IV et Pie V. Ayant donné sa démission le 20 Février 1582, il se retira dans un couvent de son ordre à Viana , où il se contenta de demander une petite cellule. Il avoit tâché de consoler son peuple et son clergé en les assurant qu'il ne cesseroit jamais de les recommander à Dieu dans ses prières. Il passa huit ans dans cette retraite uniquement occupé des exercices de la vie religieuse. Il s'excitoit toujours aux désirs des biens invisibles , et travailTome IX.

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pour

uņir leurs cris aux siens, afin de toucher la divine miséricorde en faveur de tant d'ames qui sont sur le bord du précipice, sans penser au danger qu'elles courent. Rien ne lui paroissoit pénible dès qu'il s'agissoit de concourir à leur salut. Il trouvoit un sujet de joie dans les croix les plus pesantes, et dans les plus rigoureuses, austérités. Les deux dernières années de sa vie , il fut aflligé de diverses maladies ; et on l'entendoit souvent répéter avec saint Augustin : « Coupez , brûlez, Seigneur; ne » m'épargnez point sur la terre , pourvu que vous » me fassiez miséricorde dans l'éternité. » Il ne diminuoit rien cela de sa pénitence

ni de ses travaux.

En 1580, il prêcha encore l'avent à Xativa , et le carême dans la cathédrale de Valence; mais il se trouva mal dans la chaire de cette dernière ville , et on fut obligé de l'emporter chez lui. Sa maladie étant devenue dangereuse, tous ses amis fondant en larmes, s'empressoient de le visiter. Il voyoit arriver tranquillement le jour de sa mort, et il l'avoit prédit un an auparavant à quelques-uns de ses amis, entre autres à l'archevêque de Valence, et au prieur des Chartreux. L'archevêque le seroit à mouric parfaitement à lui-même, afin de ne plus vivre

que par l'esprit de Jésus-Christ. Il mourut le 18 Juillet 1590, Idans la soixante-seizième année de son âge, après une maladie longue et douloureuse. Les historiens de sa vie assurent qu'il s'opéra plusiers miracles par son intercession. Louis de Grenade donna une relation abrégée de ses vertus et de ses principales actions. Sa vie a été écrite par trois auteurs graves qui étoient tous contemporains. C'est d'après, leur récit , joint à quelques autres mémoires, qu'a été composée. la vie fran-, çaise du saint archevêque de Brague, qui a été imprimée in-8.o et in-4.o. Quelques auteurs ont attribué cet ouvrage aux Dominicains ; mais ils se sont trompés , et l'on ne doute point qu'il ne soit d’Isaac le Maître, plus connu sous le nom de Sacy. Au reste , cette vie de D. Barthélemi des. Martyrs est ,és-estimée, et mérite de l'être. Voyez le P. Touron, t. IV, p. 593.

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