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voit lui-même, et il ne le quitta point tant qu'il vécut. Enfin Dieu l'appela à lui le 9 Octobre 1580, dans la cinquante-cinquième année de son âge. Plusieurs guérisons miraculeuses attestèrent sa sainteté. Paul V le béatifia en 1608, et Clément X le canonisa en 1671:

Voyez la bulle de sa canonisation, et sa vie écrite parle P. Vincent Justinien Antist, Dominicain de Valence ; elle a été imprimée à Saragosse et à Valence en 1582. Jean Lopez, évêque de Monopoli , en a donné une nouvelle édition qui est préférable aux précédentes. Voyez le P. Touron,

Hom. illustres, t. IV, p. 485.

S. FRANÇOIS DE BORGIA, TROISIÈME GÉNÉRAL DE LA COMPAGNIE DE Jésus. Sa vie par Ribadeneïra , qui fut neuf ans son. confesseur

est le meilleur ouvrage de cet auteur. Il avoit d'ailleurs toutes les qualités requises pour représenter les actions du Saint avec cet esprit qui en avoit été le principe. On préfère la vieille traduction française de cette vie par Beten, court , à la version latine qu'en & donnée le P. André, Schott. Nous avons aussi une bonne vie de saint François de Borgia, par le P. Verjus, Jésuite français ; elle estás écrite avec beaucoup d'élégance, et l'auteur, en profitant du travail de Ribadeneïra , en a conservé toute l'onction, Il s'est également servi d'une du Saint, par le P. Eusébe de Nieremberg, qui écrivoit en 1644, ainsi que d'une autre vie Ms. composée peu de temps après la mort du: Saint , par le père Denis Vasquez , qui avoit long-temps vécu avec lui, et qui avoit été plusieurs années son confesseur. L'original de ce Ms. se gardoit dans la maison : professe des Jésuites d'Espagne. Le P. Vasquez manque de méthode ; mais il rapporte les faits avec exactitude. Le P. Verjus cite encore des mémoires Mss. qui lui ont été fournis par les descendans.du Saint, de la famille duquel il y a encore plusieurs, branches en Espagne, dont la prin: cipale est celle du duc de Gandi. Voyez aussi Orlatdini , Hist. Societ. l.8, et sur-tout Sachini , ibid. t. III, avec les additions curieuses, que Bartoli a faites à cette histoire, d'après les archives, de la maison professe des Jésuites de Rome.

L'AN 1572. La plupart des Chrétiens sont effrayés par la sévérité des maximes de l'évangile, et vivent de

manière à faire croire qu'ils veulent, pour ainsi dire, composer avec Dieu et le monde. Cela vient de ce qu'ils se forment une idée fausse de la vertu, et qu'ils mesurent sur leur lâcheté l'étendue de leurs devoirs. Si, fermement résolus de se revêtir de l'esprit de Jésus-Christ, ils ouvroient leurs cours à la grâce, ils verroient bientôt s'évanouir leurs prétendues difficultés. C'est ce qu'éprouva dans le monde , à la cour, dans l'état religieux et dans les fonctions apostoliques du ministère le Saint dont nous allons donner la vie.

François de Borgia eut pour père Jean de b orgia , troisième duc de Gandie , et grand d’Espa rne, et pour mère Jeanne d'Aragon, fille d'Iphonse, fils naturel de Ferdinand V, roi d'Aragon, qui , outre ses propres états, gouvernoit encore ceux de la reine Jeanne de Castille sa fille, et de Charles son petit-fils , qui fut depuis empereur. La famille de Borgia florissoit en Espagne depuis long-temps ; mais elle reçut un nouveau lustre du cardinal Alphonse de Borgia, qui, en 1455, fut placé sur le saint siége, sous le nom de Calixte III. François naquit en 1510, à Gandie, ville du royaume de Valence , où étoit le principal établissement de sa maison. Sa pieuse mère avoit une grande dévotion à saint François d'Assise, et il fit væu que, si elle mettoit heureusement un fils au monde , elle lui donneroit le nom de ce grand Saint. Sa prière fut exaucée, et elle tint la promesse qu'elle avoit faite à Dieu.

Son fils étoit à peine en état d'articuler quelques sons, qu'elle lui apprità prononcer les noms sacrés de Jésus et de Marie. Il savoit dès l'âge de cinq ans les premiers principes de la religion, et il paroissoit déjà pénétré de la sainteté du christianisme. Il se montroit doux, modeste,

affable envers tous ceux qui vivoient avec lui. Les sentimens de gratitude et de générosité dont il donnoit des marques, firent juger dès lors qu'il avoit l'ame naturellement grande. En effet, la gratitude a sa source dans la bonté du cour, et la générosité, si elle est réglée par la prudence et par la charité, est la plus belle vertu d'un prince, qui n'est placé au-dessus des autres que pour leur faire du bien. Lorsqu'il eut atteint sa septième année, on lui donna pour précepteur le docteur Ferdinand, qui réunissoit à la piété le savoir et la prudence. On lui choisit en même temps un excellent gouverneur pour le former aux exercices convenables à sa naissance, et proportionnés à son âge. Ses parens ne se décidèrent dans le choix des personnes qu'ils mirent auprès de lui , que par les vues les plus pures de la religion, persuadés que les premiers principes influent puissamment sur toute la suite de la vie.

Le jeune François fit de rapides progrès dans' les lettres et dans la vertu : l'amour de l'étude ne prenoit rien sur ses exercices de piété ; il aimoit à entendre la parole de Dieu ; il avoit sur-tout une tendre dévotion pour les souffrances de JésusChrist, qu'il honoroit chaque jour par certaines pratiques. Sa pieuse mère étant tombée dangereusement malade, il alloit souvent se renfermer dans sa chambre, quoiqu'il n'eût que dix ans ; et là, il prioit pour elle avec beaucoup de larmes, après quoi il prenoit une rude discipline. Il ne quitta plus dans la suite cette pratique de mortification. Dieu permit cependant que la duchesse de Gandie ne relevât point de sa maladie; elle mourut en 1520. Cette perte fut extrêmement sensible à François ; mais la foi surmontant la

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nature, il modéra sa douleur, et se soumit avec résignation à la volonté divine. Il se rappeloit sans cesse les

sages
conseils

que sa mère lui avoit donnés , et il forma la résolution d'en faire toujours la règle de sa conduite.

L'Espagne éloit alors en proie aux: troubles qu'avoientexcités les mécontentemens occasionnés par la régence (a). Les rebelles, profitant de l'ab

(a) Ferdinand V succéda en 1474 à Henri , roi de Castille', du chef de sa femroe Isabelle , sæur de ce prioce , et en 1459, il hérita du royaume d'Aragon par la mort du roi Jean 11 son père. Le 2 de Janvier de l'année 1492 , il s'empara de Grenade, et mit fin à la domination des Maures d'Espagne, qui subsistoit depuis plus de 700 ans. Au mois de Mars suivant, il bannit de l'Espagne les Juifs, qui étoient au nombre de huit cent mille. En 1496 , le pape lui donna le titre de roi catholique. Jeanne, sa fille aînée, épousa Philippe, archiduc d'Autriche, fils de l'empereur Maximilien ; de ce mariage sortirent Charles et Ferdinand , qui furent successivement empereurs d'Allemagne. Isabelle étant morte en 1504 , Ferdinand , qui avoit régné de son chef sur la Castille, fut obligé de céder ce royaume à Jeanne sa fille. Par ce moyen, Philippe I, qui avoit épousé cette princesse , gouverna la Castille jusqu'à sa mort arrivée en 1506. Ferdinand redevint régent de ce royaume , qui lui fut soumis jusqu'en 1526. Etant mort en cette année, Charles son fils vint de Flandre, ct fut reconnu roi de toute l'Espagne.

Ce prince, connu sous le nom de Charles-Quint, fut élu empereur en 1519, après la mort de Maximilien son grandpère. L'année suivante , il passa en Allemagne , et céda l'Autriche à Ferdinand son frère. En 1525, il vainquit François 1 à Pavie , et le fit prisonnier. Il rétablit dans ses . états Mulcassis , dey de Tunis , qui avoit imploré son secours contre Barberousse, fameux pirate turc , qui s'étoit rendu tres-formidable , et qui s'étoit fait dey d'Alger. Il obligea aussi Soliman a lever le siège de Vienne. En 1555, il résigna ses royaumes à Philippe son fils; et l'année suivante , il se fit remplacer dans l'empire par Ferdinand son frère. Il mourut trois ans après. Il avoit épousé Isabelle, fille d'Emmanuel , roi de Portugal ; ses filles, Marie , Jeanne et Marguerite, furent mariées, l'une à l'empereur Maximilien II, fils de Ferdinand , l'autre à Jean, prince de Portugal et la troisième à Alexandre de Médicis , due de Florence, puis à Octave Farnèse, prince de Parme.

sence du jeune roi (Charles-Quint), qui venoit d'être élu empereur, et qui étoit alors en Allemagne, pillèrent les maisons des seigneurs du royaume de Valence, et se rendirent maitres de la ville de Gandie. Le duc s'enfuit avec toute sa famille. Lorsqu'il fut à Saragosse, il remit François son fils, âgé de douze ans, entre les mains de l'archevêque Jean d'Aragon son beaufrère. Le prélat se chargea de l'éducation de son neyeu , et lui donna d'excellens maitres pour lui apprendre les sciences, et le former aux exercices convenables à sa naissance. Le jeune François, s'appliqua sur-tout à faire des progrès dans la vertu. Ayant entendu deux sermons, l'un sur le jugement dernier, et l'autre sur la passion

D. Juan d'Autriche, fils naturel de Charles-Quint, se rendit célèbre par la victoire qu'il remporta sur les Turcs à Lépante en 1571, et par une expédition contre Tuņis , ou il commanda trois ans après. Il mourut gouverneur des Pays-Bas.

Charles-Quiot a été un des plus puissans princes de l'Europe depuis Charlemagne. Outre l'empire d'Allemagne , et les royaumes d'Espagne, de Hongrie et de Bohême, il possédoit encore le duché de Milan, avec plusieurs autres, territoires en Italie , le duché de Bourgogne et les Pays-Bas. Les historiens ne s'accordent pas sur le jugement qu'on doit porter de ce prince ; les Français ne lui rendent point assez de justice : mais les Allemands et les Espagnols lui donnent des louanges outrées. Il eut de grands défauts et de grandes qualités. Il paroît qu'il expia par la pénitence les crimes. qu'on lui reproche.

Philippe II, roi d'Espagne, qui régna quarante- deux ans , et qui mourut à l’Escurial en 1598, épousa successive- ' ment Marie , fille de Jean IV, roi de Portugal; Marie d'Angleterre ; Elisabeth , fille de Henri II, roi de France. Il eut de sa première femme, D. Carlos , qu'il fit mettre à, mort ; et de sa troisième, Isabelle, qui fut mariée à l'archiduc Albert , fils de l'empereur Maximilien II. Albert avoit été fait cardinal dans sa jeunesse ; mais après la mort de son frère l'archiduc Ernest, gouverneur de Flandre , arrivée en 1596 , il quitta l'état ecclésiastique, et épousa l'infante d'Espagne. On leur donna pour apanage les PaysBas., avec le titre de princes de Flandre.

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