Images de page
PDF
ePub

le firent universellement regretter. Alcfrid voulut qu'il fût remplacé par Wilfrid , qu'il envoya en France, afin qu'il reçût l'onction épiscopale des mains d’Agilbert, son ancien ami. Agilbert ayant vu diviser son diocèse, dont une partie eut un évêque particulier, qui fixa sa résidence à Venta ou Winchester, revint en France où il étoit né. Peu de temps après, on l'y plaça sur le siége de Paris. La longue absence de Wilfrid , qui fut de deux ans, changea la face des affaires; Oswi demanda pour évêque saint Chad, disciple de saint Aïdan, et abbé de Lestingau. Le siège de Cantorbéry étant devenu vacant par la mort de Deusdedit, arrivée en 664, il fut sacré par Wina de Winchester, le seul évêque de la GrandeBretagne, dont l'ordination étoit alors regardée comme canonique. Cependant Agilbert, accompágné de douze évêques, avoit sacré Wilfrid à Compiègne, avec beaucoup de solennité. Wilfrid étoit alors dans la trentième année de son âge. Les évêques le portèrent sur une chaire d'or, selon la coutume des Gaulois.

De retour en Angleterre, il ne voulut point attaquer l'élection de saint Chad , mais il se retira dans le monastère de Rippon, où il passa trois ans. Le roi Wulfère l'en tiroit de temps en temps, et le faisoit venir dans la Mercie pour y exercer les fonctions épiscopales, sur-tout pour y ordonner des diacres et des prêtres (@).

(e) Le siège d’Yorek avoit été vacant pendant trente ans. L'ancien registre manuscrit des archevêques de cette ville cité par Léland, Itiner. t. II, fol. 64, porte qu'après une vacance de trente ans , le siége fut rempli par saint Chad , second évêque d’Yorck; que Wilfrid, à son arrivée, fut seulement évêque d'Hexam, et qu'il gouverna les églises de "Bernicie, soumises au roi Alcfrid , son protecteur; mais que trois ans après, Chad s’étant retiré, il fut fait évêque d'Yorck, et gouverna le vaste siège de tout le Northumberland jusqu'à son exil, c'est-à-dire , pendant dix ans. Boja

verna

Oswi ayant défait Penda , en 655, s'étoit emparé du royaume de ce prince; mais trois ans après il maria sa fille à Peada, fils du vaincu, et l'établit roi de cette partie des Angles qui habitoient le comté de Leicester et le pays voisin , situé au midi de la Trent. Peu de temps après, Peada mourut, et Oswi rentra en possession des provinces qu'il lui avoit cédées. En 659, les Merciens prirent les armes, et mirent sur le trône Wulfère , second fils de Penda. Ce prince fut quelque temps païen, ou du moins il favorisa le paganisme; mais il se déclara depuis en faveur de la religion chrétienne, et montra beaucoup de zèle pour la propagation de la foi. Il se gou

par

les conseils de saint Wilfrid , et se servit de lui pour fonder des monastères et des églises dans différens endroits de la Mercie. Un auteur moderne (2) a essayé de prouver que le Saint avoit bâti le prieuré de Saint-Léonard, auprès de Stamford; mais ce prieuré ne fut dédié sous l'invocation de saint Léonard, que lorsque Guillaume , évêque de Durham, le fit rebấtic sous le règne de Guillaume le Conquérant (f). fat le quatrième évêque d'Yorck, et siégea dix ans ; vint ensuite saint Jean de Beverley. On lit dans le même registre que saint Wilfrid , après son rappel , fut seulement évêque d'Hexam.

(2) Peck , Hist. de Stamford , l. 2.

(f) On lit dans Bède, que le roi Alcfrid donna à saint Wilfrid une terre de dix familles à Stamford , que

le Saint bâtit un monastère avant qu'il eût fondé celui de Rippon. Smitb est porté à croire que Stamford étoit situé sur la Derwent, dans le Yorckshire ; mais il avoue en même temps que les Mss. et les auteurs anciens placeat ce Stamford dans le Lincolnshire. Après la victoire d'Oswi sur Penda , toute la Mercie devint sujette des Northumbres, et les choses resterent en cet état jusqu'à ce que Oswi eût établi Penda plutôt vice-roi que souverain de la Mercie méridionale. Saint Wilfrid put donc bâtir une église dans ce pays. (Voyez M, Peck,

et

Saint Théodore, archevêque de Cantorbéry, faisant la visite de son diocèse peu de temps après son installation, trouva que l'élection de saint Chad n'avoit point été canonique, et en conséquence il lui ôta le siége qu'il occupoit ; mais il fut si touché de ses vertus, et sur-tout de son humilité, qu'il le fit évêque de Litchfield ; il mit. en même temps Wilfrid en possession du siége d’Yorck. Tout ceci se passa dans l'année 669. Oswi , qui mourut l'année suivante , ayant perdu Alcfrid, son fils aîné, qu'il avoit fait roi de Bernicie, lui donna pour successeur Eyfrid , son second fils. Saint Wilfrid consacra en présence du nouveau roi l'église qu'il avoit fait bâtir à Rippon sous l'invocation de saint Pierre; il consacra aussi dans son histoire de Stamford.) Le pays dont il s'agit s'étant depuis rendu indépendant, au moins en partie, les Northumbres en firent de nouveau la conquête, et en furent les maitres pendant quelques années.

L'église de Saint-Léonard près de Stamford étoit anciennement célèbre par la dévotion des fidèles. La pef qui subsiste encore,

offre les restes d'un édifice magnifique; elle sert aujourd'hui de grange. En creusant les fondations de la maison du fermier, on trouva des cercueils de pierre remplis d'ossemens de morts illustres qu'on jeta dans les champs avec une indécence qu'auroient sévèrement punie les Romains, tout païens qu'ils étoient. M. Héarn s'exprime de la sorte en parlant des ruines de l'abbaye de Rewley près d'Oxford , Præf. in Text. Roffens. p. 43. « On trouve souvent en creusant une grande quantité d'ossemens humains, que l'on traite avec

indignité, sans penser que les personnes enterrées en ce lieu » étoient célèbres par toutes sortes de vertus, et sur-tout par » leur justice, leur clémence et leur charité envers les pau»vres. Mais je prévois ce que répondront les apologistes du

sacrilége. o Il y a de semblables plaintes dans Stevens et dans plusieurs autres écrivains protestans; et la plupart pourroient paroître trop fortes si nous les rapportions ici.

Chez les Romains, on punissoit rigoureusement la violation volontaire d'un tombeau, comme nous l'avons observé plus haut. C'étoit un sacrilége, un crime qui intéressoit le public, et qui approchoit de celui de trahison. Voyez Guthérins , de jure manium , l. 3, c. 25. De sepulchro violato apud Grævium Antiquit. Rom, t. XII.

depuis celle de Saint-André d'Hexam, et plusieurs autres en différens lieux du royaume.

Comme il joignoità une vertu éminente , ledon de la persuasion, il étendit de toutes parts le règne de la piété. Il fit venir du royaume de Kent le chantre Eddi Stephani, qui depuis ce temps-là fut le compagnon inséparable de ses travaux, et qui dans la suite écrivit sa vie. Aidé de son secours , il établit l'usage du plain-chant dans toutes les églises du nord de la Grande-Bretagne, et sut l'adapter avec beaucoup d'intelligence aux différentes parties de l'office divin (g). Ce chant, qui est facile à apprendre, lui paroissoit d'ailleurs plus digne de la noble simplicité de la religion (3). L'état monastique étoit un des principaux objets de la sollicitude du saint évêque ; il l'établit au milieu et au nord de l'Angleterre, comme saint Augustin l'avoit precédemment établi dans le pays de Kent (4).

Dagobert, fils de Sigebert, roi d'Austrasie, avoit été chassé de France, de peur qu'il ne trouvât dans la suite les moyens de remonter sur le trône de son père. Il fut élevé en Irlande et en Angleterre, et il eut le bonheur, dès son enfance, de connoître saint Wilfrid, et de recevoir ses instructions. Le saint évêque lui rendit de grands

(8) Gui, moine d'Arezzo en Toscane, inventa en ioog la gamme, et les six notes ut, re, mi , fa, sol, la, syllabes qui sont tirées des trois premiers versets de l'hymne, Ut queant laxis , etc. Sans l'usage de la gamme, on ne pourroit bien apprendre le plain-chant , sur-tout en peu de temps. » J'espère , dit Gui dans une lettre qu'il écrivoit à ce sujet, » que ceux qui viendront après nous ne nous oublieront point

dans leurs prières. Nous faisons un habile maitre de chant » en un ou deux ans, tandis qu'auparavant il en falloit dix » pour l'apprendre même d'une manière imparfaite. »

(3) Voyez Smith , in Bed. app. n. 12 , p. 720.

(4) Voyez le savant ouvrage du P. Reyner , intitulé : Apostolatus Benedictinorum in Anglia. Tome IX.

Z

[ocr errors]
[ocr errors]

services , lorsqu'il retourna en France, où il recouvra , en 674, la plus grande partie de son royaume

Le roi Egfrid avoit épousé sainte Audri. Cette princesse voulut embrasser l'état monastique , en vertu de la liberté que l'église donnoit à cet égard aux personnes mariées , avant qu'elles eussent habité ensemble ; mais Wilfrid mit tout en æuvre pour

la dissuader de l'exécution de ce dessein. Les raisons qu'il alléguoit étant inutiles , et Audri persistant dans sa résolution, il consentit enfin à lui donner le voile. Cette action fit entrer le roi dans une étrange colère. Ses sentimens pour Wilfrid ne furent plus les mêmes ; excité d'ailleurs par Ermenberge, la nouvelle reine, il résolut de le mortifier en toute occasion. Il voulut d'abord démembrer son évêché qu'il gouvernoit saintement depuis dix ans. Il gagna , par des raisons spécieuses, Théodore, archevêque de Cantorbéry, et métropolitain de toute l'Angleterre. Ce prélat sacra Bosa , évêque d'Yorck pour les Déires; Eata, évêque d'Hexam pour les Berniciens; Eadhed, évêque de Lindsey, ou d'une grande partie de Lincolnshire , qu'Egfrid avoit détaché de la Mercie , quatre ans auparavant (5). Tout ceci se passa en 678. Eadhed fit d'abord sa résidence à Sidnacester, près de Gainsborough; mais il se retira à Rippon , lorsque le roi Wulfère eut recouvré le Lindsey et tout le Lincolnshire.

Wilfrid s'opposa d'abord au démembrement de son diocèse. Voyant qu'on n'avoit aucun égard à ses raisons, il résolut d'en appeler au pape. La crainte cependant d’exciter un schisme, lui fit

(5) Voyez Johnson dans sop Recueil des Cant. Ang. an. 679 , Præf.

« PrécédentContinuer »