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pour la retraite étoit si grand, qu'il fit' bâtir des
ermitages ou cellules auprès des villes dans les
différentes parties de son diocèse, afin de pou-
voir y aller loger dans le cours de ses visites. Il
alléguoit pour raison de cette conduite, que la
solitude étoit

un
lieu

propre au repos; mais, dans la réalité, il évitoit la compagnie des hommes, afin de ranimer les forces de son ame dans l'oraison et la contemplation. Il portoit un rude cilice sur sa peau, et mettoit par-dessus ùn vêtement grossier fait de laine.

Le saint roi Etienne, tant qu'il vécut , seconda le zèle de l'évêque de Chonad; mais Pierre, son neveu et son successeur, ne marcha point sur ses traces; il persécuta le Saint. Ses cruautés et ses débauches l'ayant fait chasser par ses propres sujets en 1042, on mit sur le trône'un seigneur nommé Abas, qui étoit aussi d'un caractère trèscruel. Le peuple se repentit bientôt de ce choix. Abas fit mourir tous ceux de la noblesse qu'il soupçonnoit n'avoir point été dans ses intérêts. Selon l'usage établi par saint Etienne, le roi de Hongrie devoit être couronné par quelque évêque, un jour de grande fête.“ Abas fiť dire à Gérard de se rendre à la cour pour cette cérémonie. Le Saint , qui regardoit comme injuste le détrônement du roi Pierre, refusa de communiquer avec l'usurpateur; il lui prédit même que s'il persistoit dans son crime, son règne finiroit avec sa vie par une juste punition du ciel. Il se rouva d'autres évêques qui voulurent bien se prêter à la cérémonie du couronnement; mais leux ans après, Abas fut détrôné par ceux mêmes uxquels il étoit redevable de son élévation, et eut 1 tête tranchée sur un échafaud. Pierre fut rapelé, et chassé uue seconde fois au bout de deux

ans. On offrit alors le sceptre à André, fils de Ladislas, et cousin-germain de saint Etienne , mais à condition qu'il détruiroit le christianisme, et rétabliroit l'idolâtrie. André, que l'ambition aveugloit , promit d'exécuter la condition.

Gérard el trois autres évêques se rendirent à Albe-la-Royale, dans le dessein d'engager le nouveau roi à renoncer à la promesse sacrilége qu'il avoit faite. Les quatre évêques, étant arrivés à Giod, près du Danube, Gérard célebra la messe et dit ensuite à ses compagnons : « Nous souffri» rons tous le martyre aujourd'hui , excepté l'évê» que de Bénétha. » Lorsqu'ils eurent un peu avancé, et qu'ils se préparoient à passer le fleuve, ils furent investis par une troupe de soldats qui avoient à leur tête le duc Vatha, l'un des plus zélés défenseurs de l'idolâtrie, et l'un des plus implacables ennemis de la mémoire de saint Etienne. Gérard fut assailli d'une grêle de pierres. Sa douceur et sa patience, loin de désarmer ses persécuteurs, ne firent que les aigrir. On le tira de son chariot pour le trainer par terre. Le Saint s'étant relevé sur ses genoux, fit la même prière que saint Etienne, pour ceux qui lui ôloient la vie; à peine l'eut-il achevée , qu'on le perça d'un coup de lance dont il mourut au bout de quelques instans. Deux des autres évêques , nommés Bezterd et Buld, partagèrent avec lui la gloire du martyre. Le nouveau roi étant arrivé sur ces entrefaites, tira le quatrième évêque de la main des soldats. Il se déclara depuis contre le paganisme , vainquit les Germains qui vouloient envahir ses états , et régna avec gloire. Le martyre de saint Gérard arriva le 24 Septembre 1046. On enterra son corps dans une église dédiée sous l'invocation de la sainte Vierge, près du lieu où il avoit souffert,

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mais on le porta depuis dans la cathédrale de Chonad. Ayant été déclaré martyr par

le

pape, on renferma ses reliques dans une châsse sous le règne de saint Ladislas. Les Vénitiens les ayant obtenues du roi de Hongrie , après bien des sollicitations, les firent transporter solennellement dans leur ville , et les déposèrent dans l'église de NotreDame de Murano.

Un bon pasteur se montre supérieur aux fatigues et aux dangers, lorsqu'il s'agit du salut des ames. S'il est chargé de cultiver un sol stérile il n'épargne ni peines , ni sueur pour le fertiliser ; mais il n'en attend la fécondité que du Père céleste. Il sait qu'il n'est tenu qu'à la persévérance et que ses travaux seront récompensés, quand bien même ils ne seroient pas suivis du succès. Le zèle et la charité l'animent, le soutiennent, l'encouragent ; il s'attendrit et verse des larmes sur le malheur des ames qui périssent , et qui méprisent la bonté infinie du Seigneur. Cependant on ne le voit jamais se relâcher ou se rebuter. N'étant point autorisé à maudire le figuier qui ne porte point de fruit, il emploie tous les moyens possibles pourl'améliorer; il espère toujours, et ne se lasse point de renouveler ses efforts. L'impatience et l'aigreur ne le troublent jamais; il sait qu'elles sont la production de l'amour-propre, qui s'irrite contre les difficultés. Il veille avec d'autant plus de soin pour se prémunir contre les assauts de cet ennemi , qu'il se glisse plus adroitement, même dans nos bonnes cuvres. Il le reconnoîtroit au dégoût, à l'humeur , au découragement. Enfin la patience et la bonté de Dieu sont toujours présentes à un bon pasteur. Il ne désespère point d'un pécheur, tant que les portes de la miséricorde

lui sont ouvertes , et que le Dieu qu'il a offensé l'attend, et lui offre la ressource de la pénitence.

S. ANDOCHE, PRÊTRE, S. THYRSE, DIACRE,

Er S. FÉLIX, MARTYRS. SAINT ANDOCHE, saint Thyrse et saint Andéol étoient disciples de saint Polycarpe, au rapport de Bède, d'Adon et d'Usuard. Le saint évêque de Smyrne les envoya dans les Gaules pour y faire connoître Jésus-Christ. Saint Andéol prêcha plusieurs années dans le Vivarais , et y versa son sang pour la foi (1).

Saint Andoche et saint Thyrse portèrent le flambeau de l'évangile dans plusieurs provinces des Gaules, et fondèrent un grand nombre d'églises. Etant arrivés dans le territoire d'Autun, sur la fin du second siècle, ils y reçurent la couronne du martyre à Saulieu , qui est peu éloigné de cette ville. Félix, qui les avoit logés dans sa maison. mérita d'être associé à leur bonheur.

Voyez Bede , Adon, et le nouveau bréviaire de Paris.

S. RUSTIQUE, VULGAIREMENT S. ROTRI,

ÉvÊQUE D'AUVERGNE. SAINT VÉNÉRAND, évêque d'Auvergne, étant mort le 24 Décembre 323, il s'éleva une grande contestation sur le choix de son successeur: mais

que

Dieu fit connoître sa volonté d'une manière extraordinaire, et qu'en conséquence on plaça Rustique sur le siége vacant. C'étoit un saint prêtre né dans le pays, et qui desservoit une paroisse. On ne saint rien du détail de ses actions. Il y avoit dans ce siècle deux autres

on dit

Vogez la vie de saint Andéol, au 1.es Mai.

évêques du même nom : l'un gouvernoit l'église de Lyon, et l'autre celle de Narbonne. Saint Rustique d'Auvergne mourut vers la fin du règne de Valentinien III. Il est nommé sous ce jour dans le martyrologe romain.

Voyez saint Grégoire de Tours, Hist. 1. 3, c. 13, Baillet, etc.

S. SOULEINE, ÉVÊQUE DE CHARTRES. SAINT SOUleine (a) fut élu évêque de Chartres vers la fin du cinquième siècle. Effrayé par la grandeur des devoirs de l'épiscopat, il prit la fuite, et se cacha si bien qu'on ne put le découvrir. Saint Aventin fut choisi pour le remplacer. Souleine croyant alors n'avoir plus rien à craindre , reparut : mais on avoit tant de vénération pour lui , qu'on le força de prendre le gouvernement du diocèse de Chartres. Saint Aventin se démit volontiers de sa dignité, ..et fut chargé de l'administration du Dunois , avec le titre de corévêque ou de vicaire général. L'opinion de ceux qui prétendent qu'il fut véritablement évê. que de Château-Dun, n'est appuyée sur aucun fondement solide. Saint Souleine, après avoir rempli fidèlement les devoirs d'un digne évêque, mourut vers l'an 50g. Son corps fut porté à Maillé en Touraine. On perdit depuis le souvenir du lieu où il avoit été enterré; mais ses reliques furent découvertes miraculeusement dans une grotte souterraine de l'église du monastère qui avoit été bâti à Maillé (b). Ce monastère a été changé en une église collégiale. Saint Souleine est honoré à Blois sous le nom de saint (a) En latin , Solemnis , Solemnius, Solønnis.

(b) Maillé a pris le nom de Luynes sous Louis XIII, et a été érigé en duché.

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