Images de page
PDF
ePub

renfermer en lui-même ses justes plaintes ; mais pour n'être pas témoin des désordres que proscrivoient les canons , il s'embarqua pour aller à Rome. Des vents contraires le jetèrent sur les côtes de la Frise, et comme les habitans de ce pays étoient plongés dans les ténèbres de l'idolatrie, il leur prêcha la foi. Il resta avec eux l'hi ver , et le printemps suivant; il en convertit et en baptisa un grand nombre, parmi lesquels il y avoit des personnes de considération. Ce fut ainsi qu'il commença

à défricher le champ que cultivèrent depuis saint Willibrord et les autres missionnaires qu'attira son exemple. Il y a toujours été honoré depuis comme l'apôtre du

pays (6).

Ebroïn, soit à la sollicitation des ennemis que Wilfrid avoit en Angleterre, soit à cause de son ancienne liaison avec saint Delphin, de Lyon , ou plus vraisemblablement à cause des services qu'il avoit rendus au roi Dagobert, écrivit à Adalgise , roi des Frisons, pour lui promettre une magnifique récompense, s'il vouloit lui livrer la tête du saint évêque. Le prince lut publiquement la lettre en présence de Wilfrid , en présence des enyoyés d'Ebroïn et de ses propres officiers ; il la déchira ensuite, et la jeta au feu pour marquer l'horreur qu'il avoit de la proposition qu'on avoit osé lui faire (h).

(6) Batavia sacra , p. 25.

(h) Winfrid , évêque de Mercie , ayant été chassé pour s'être opposé au démembrement de son diocese , s'embarqua et vint aborder à Quentavic ou Estaples, en Picardie. Ono le prit pour Wilfride, à cause de la ressemblance des noms , on le mit en prison après avoir massacré tous ceux qui l'accompagnoient. (Eddi, in vitâ S. Wilfridi, c. 34 , 53. ) Il nc put conséquemment aller à Rome counme il se l'étoit proposé. Lorsqu'il eut recouvré sa liberté, il retourna en Angleterre , et se retira dans le monastère que les imprimés de Bède ap

et

L'été suivant, Wilfrid quitta la Frise, après у avoir établi des pasteurs, et vint dans l’Austrasie. Le roi Dagobert II le reçut d'une manière très-honorable, et lui offrit l'évêché de Strasbourg, qui étoit alors vacant. N'ayant pu le lui faire accepter, il lui fit des présens considérables, en reconnoissance des services qu'il avoit reçus de lui pendant son séjour en Angleterre, et il voulut qu'il fût accompagné à Rome par Adéodat, évêque de Toul. Wilfrid arriva dans cette ville en 679.

Agathon occupoit alors le saint siége ; il avoit appris déjà ce qui s'étoit passé en Angleterre par les lettres de Théodore de Cantorbéry. Il résolut, pour

terminer celte affaire, de convoquer un concile , qui s'assembla au mois d'Octobre de l'année 679, dans la basilique de Latran , et qui sut composé d'environ cinquante, tant évêques que pretres (ë). Les causes de la dissention des églises de la Grande-Bretagne y ayant été mûrement examinées, il fut décidé par l'autorité du saint père, qu'il n'y auroit en Angleterre qu'un archevêque honoré du pallium; que ce seroit lui qui ordonpellent Baruæ pour Barnæ. Ce monastère étoit dans le Lindsey, nom que l'on donne à la partie septentrionale da Lincolnshire , qui est entre la Witham et l'Humber. On pense que c'étoit celui de Barney ; mais on ignore quel en fut le fondateur. L'opinion la plus probable est qu'il fut fondé par saint Chad, lorsqu'il étoit évêque de Mercie ; il est au moins certain qu'il fut bâti sous le règne de Wulfère. Carte conjecture que Winfrid resta évêque de Lindsey, qui vers ce tempslà devint un siége séparé sous le nom de Sidnacester, mais il n'est point dans le catalogue des évêques de ce siége ; d'ailleurs il étoit à peine arrive à Barney, quand Egfrid s'empara de tout le Lindsey. Ce prince en fut maître pendant cinq ans, c'est-à-dire , jusqu'en 679 qu'Ethelred, roi de Mercie , le lui enleva.

(1) Les noms de ceux qui assistèrent à ce concile sont étrangement défigurés dans Spelman, Conc. Brit. t. I, p. 158. oyez Labbe, Conc. t. VI, p. 579.

neroit canoniquement les évêques des autres siéges ; qu'aucun de ces évêques n'attenteroit aux droits de ses confrères, mais que tous s'appliqueroient à la conversion et à l'instruction du peuple. Après ce décret, on fit entrer saint Wilfrid au concile (k), et il presenta sa requête en personne. On donna des éloges à cette modération qui l'avoit porté à ne point aigrir les esprits par une résistance opiniâtre, et à se contenter de la voie de la protestation et de l'appel, en promettant de se soumettre à la décision de ses juges. Les pères du concile , frappés de la solidité de ses raisons , prononcèrent qu'il devoit être rétabli sur son siége. Wilfrid resta quatre mois à Rome et assista à ce celebre concile de Latran, qui condamna l'hérésie des Monothélites.

Lorsqu'il fut de retour en Angleterre, il alla trouver le roi , et lui remit les lettres du pape. Le prince les fit lire aux évêques de son parti qui étoient alors avec lui; mais comme ce qu'elles contenoient détruisoit ces prétentions, il s'écria qu'on en avoit imposé au souverain pontife. Il ordonna qu'on se saisit de Wilfrid , et qu'on le conduisît en prison. On lui enleva tout ce qu'il avoit, et on dispersa de différens côtés tous ceux qui lui étoient attachés. La reine s'empara d'une boîte de reliques qui lui appartenoit. Les gardes du saint évêque furent fort édifiés en l'entendant chanter des psaumes dans sa prison, et les marques

visibles de la puissance divine qu'ils y aperçurent les glacèrent d'effroi. Le principal officier de ceux qui gardoient Wilfrid , voyant qu'il avoit

(k) Suivant Johnson , le Saint n'assista qu'à un second coneile qui se tint peu de temps après celui dont il s'agit , et dans le même lieu. Il pense qu'il n'étoit point encore à Rome lorsque le premier s'assembla ; que ce fut par lettres qu'il instruisit le pape de son affaire..

guéri miraculeusement sa femme, refusa de prêter plus long-temps son ministère à l'injustice. Le roi fit conduire le Saint dans une autre prison. La reine cependant tomba dangereusement malade dans un monastère, dont Ebbe, tante du roi , étoit abbesse. Touchée des représentations qui lui furent faites sur l'injustice dont elle s'étoit rendue coupable, elle parut rentrer sérieusement en elle-même; elle voulut que Wilfrid fût mis en liberté, et ses reliques lui furent rendues. On permit aussi à ceux de ses amis qu'on avoit dispersés de venir le rejoindre.

Wilfrid , brûlant 'de zèle pour la conversion des infidèles et pour le salut des ames , se retira dans le pays des Saxons méridionaux, que la lumière de la foi n'avoit point encore éclairés. Edilwalch, roi de ces peuples , qui, depuis peu avoit été baptisé dans la Mercie , le vit arriver dans ses états avec beaucoup de plaisir. Le Saint , dont la mission fut autorisée par divers miracles, convertit toute la nation. Il bâtit les monastères de Bosenham et de Selsey. Le second devint un siége épiscopal , qui fut depuis transféré à Chichester. Wilfrid procura la conversion de l'ile de Wight, en y envoyant un prêtre zêlé pour la gloire de Dieu. Cadwalla, roi des West-Saxons, auquel cette ile obéissoit, l'envoya chercher pour lui demander des conseils. Le saint évêque faisoit sa résidence ordinaire dans la péninsule de Selsey; mais le roi Egfrid étant mort cinq ans après, on le rappela dans le Northumberland. Ce prince perdit la vie dans une bataille contre les Pictes, en 685. Comme il ne laissoit point d'enfans, on lui donna pour successeur Alcfrid, son frère naturel, qui, depuis plusieurs années, menoit une vie sainte en Irlande.

Cependant Théodore de Cantorbéry se voyant accablé d'années et d'infirmités, fit prier Wilfrid

de venir le voir à Londres, chez Erchambald, évêque de cette ville. Notre Saint lui accorda ce qu'il demandoit. Quand il fut arrivé, Théodore fit en sa présence et en celle d'Erchambald l'aveu des fautes de toute sa vie; puis, adressant la parole à Wilfrid : « Ce qui me donne, dit-il, le » plus de remords, c'est de m'être réuni au roi

pour vous dépouiller de vos possessions, sans » que vous eussiez mérité un pareil traitement. » Je confesse mon crime à Dieu et à saint Pierre, » et je les prends à témoins que je ferai tout ce

qui sera en moi pour le réparer, et pour vous » réconcilier avec les princes et les seigneurs qui » sont mes amis. Dieu m'a fait connoître que je » ne vivrai plus à la fin de cette année. Je vous

prie de consentir que l'on vous établisse, dès · mon vivant, archevêque de Cantorbéry. Puiso sent Dieu et saint Pierre, répondit Wilfrid , » vous pardonner toutes nos divisions ! je ne ces» serai de prier pour vous, comme pour mon » ami. Employez-vous pour que l'on me rende » une partie de mes possessions, conformément » au décret du saint-siége. Quant à votre succesc'est une affaire

que

l'on examinera en» suite dans une assemblée particulière. »

En conséquence de cet engagement, Théodore écrivit aux rois Alcfrid et Ethelred , à Elflède, qui avoit succédé à saint Hilde dans le gouvernement de l'abbaye de Streaneshalch, etc. Alcfrid rappela le saint évêque sur la fin de l'année 686, et lui rendit successivement tout son diocèse. Wilfrid réduisit Hexam et Rippon à l'état de simples monastères, comme ils avoient été primitivement. Saint Cuthbert, qui ne s'étoit laissé sacrer évêque que par obéissance, ayant vu notre Saint de retour, se retira à Farne, où il mourut

seur ,

« PrécédentContinuer »