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en 687. A sa mort, Wilfrid fut obligé de prendre le gouvernement du diocèse de Lindisfarne, jusqu'à ce qu'on lui eût donné un nouveau pasteur.

La sainteté, la vigilance et le zèle infatigable du saint évêque, devoient naturellement fermer la bouche à ses ennemis; mais ses vertus mêmes excitèrent contre lui de nouveaux orages. Alcfrid voulut ériger un évêché à Rippon; mais Wilfrid ne voulut point consentir à l'exécution de son projet : cette opposition irrita le prince, et le Saint fut obligé de s'enfuir cinq ans après son rétablissement. Il se retira chez Ethelred, roi des Merciens , qui le reçut avec bonté, et le pressa d'accepter le siège de Litchfield alors vacant. Ses discours sur la vanité du monde et sur l'importance du salut firent une impression si vive sur Ethelred, qu'il renonça depuis au trône pour embrasser l'état monastique. Il fonda dans la Mercie un grand nombre d'églises et de monastères.

Les ennemis qu'il avoit dans le Northumberland ne restèrent point tranquilles ; ils firent entrer dans leurs intérêts Brithwald, archevêque de Cantorbéry, et sollicitèrent une sentence de déposition contre celui qu'ils vouloient perdre. Wilfrid appela une seconde fois à Rome , et s'y rendit en 703. Ses accusateurs y allèrent aussi ; mais leurs mauvais desseins tournèrent à leur confusion. Le pape Jean VI le reçut honorablement, et le loua d'avoir en tout suivi ce que prescrivent les canons. Sa vie étoit d'ailleurs irréprochable , et ses ennemis en convenoicnt. Il n'auroit pu être déposé que pour quelque faute grave, et cette faute auroit dû être prouvée dans un concile. Quant à la division de son évêché, son consentement étoit nécessaire, et il y avoit de l'in

justice à le dépouiller de son siége. On avoit encore besoin de l'autorité d'un concile provin · cial, et même de celle du pape, comme il se pratiquoit en pareil cas dans l'église d'Occident: mais Wilfrid étoit la victime de l'envie et de la vengeance; ces deux passions en firent agir d'autres, quoiqu'on puisse cependant excuser quelques-uns de ses persécuteurs sur leur simplicité et leur ignorance. De tous les évêques de la Grande-Bretagne , il étoit le plus instruit et le plus versé dans la connoissance des canons de l'église , comme Théodore lui-même le reconnut avant de mourir : de là ce zèle

pour

la discipline que les courtisans désapprouvoient. On ne peut douter de la pureté de ses vues , quand on se rappelle sa charité envers ses persécuteurs ,

la douceur qu'il montra dans la défense des droits de son siége, cette humilité et ce désintéressement qui lui firent refuser l'évêché des Merciens, et qui l'empêchèrent de se rendre aux désirs de saint Théodore, qui vouloit le placer sur le siége de Cantorbéry (1). Jamais il ne se servit de ses revenus que pour fonder des églises et pour assister les pauvres. Malgré toutes les traverses qu'on lui suscita , il ne perdit rien de son activité

saisir toutes les occasions de procurer la gloire de Dieu. Tous ceux qui jugèrent de lui avec impartialité, reconnurent qu'il étoit tel que nous

(1) Un trait de modestie bien remarquable en saint Wilfrid, c'est qu'il ne sollicita jamais la juridiction de métropolitan que le pape saint Grégoire avoit accordée au siège d’Yorck , et dont saint Paulin avoit joui. Cette juridiction passa aux évêques scots qui résidoient à Lindisfarne ; mais elle revint au siège d’Yorcken 734 , sous l'épiscopat d’Egbert ou Ecgbright , frère d'Eadbyrht, roi de Northumberland , prélat qui fut, au rapport de Bède , bien plus recommandable par la supériorité de ses lumières que par son

uguste naissance: il fut le maître d'Alcuin.

venons de le dépeindre; aussi , lui rendit-on, a Rome, la justice qui lui étoit due.

Le pape Jean VI se déclara aussi hautement en sa faveur, que l'avoient fait Agathon et Serge, ses prédécesseurs. Il écrivit aux rois de Mercie et de Northumberland, pour leur recommander Wilfrid (7). Il y chargeoit Brithwald de Cantorbéry de convoquer un synede pour faire rendre justice à l'évêque persécuté, et dans le cas ou le synode ne pourroit avoir lieu, il ordonnoit aux parties de comparoître en personne devant lui. Le Saint se mit en route pour retourner en Angleterre. Etant en France, il fut arrêté à Meaux par une maladie dangereuse. On lit dans Bède (8), que Dieu lui fit alors connoître d'une maniére surnaturelle que sa vie seroit encore prolongée de quatre ans. Lorsqu'il fut arrivé en Angleterre, Brithwald lui promit de ne rien négliger pour le faire rétablir surson siége. Ethelred, qui avoit quitté le trône de Mercie pour se retirer dans un monastère, et qui étoit alors abbé de Bardney, le reçut avec beaucoup de joie, et le recommanda fortement à Coenred, son neveu, en faveur duquel il s'étoit démis de sa couronne. Coenred fut si touché des entretiens qu'il eut avec le saint évêque, qu'il forma le projet de renoncer au monde , et il en exécuta le dessein en 709; il se rendit à Rome avec Offa, roi des Saxons orientaux, y prit l'habit monastique, et y passa saintement le reste de ses jours.

On éprouvoit cependant toujours des difficultés de la part d'Alcfrid, roi de Northumberland :

(7) Spelman nous a donné sa lettre , p. 179 et 204. Elle est attribuée à Jean Vil, à la page 204 ; mais c'est une faute , et ce ne sont point deux lettres différentes.

(8) Hist. l. 5, c. 19.

mais les choses changèrent de face à la mort de ce prince arrivée en 705. Il témoigna dans sa dernière maladie un vif repentir de ses injustices envers Wilfrid. Lorsqu'il eut cessé de vivre, tout le royaume se réunit à demander le rétablissement' du Saint. Il se fit sous Osred, qui succéda à son père, à l'âge de huit ans, et auquel on donna pour régent le brave et vertueux Brithrick. L'archevêque de Cantorbéry, accompagné de Wilfrid , vint à un concile composé d'évêques, d'abbés et de princes, qui se tint sur le bord de la Nidd, dans le Yorckshire. Le roi honora aussi l'assemblée de sa présence. Brithwald lut les lettres du

pape,

et insista sur les menaces d'excommunication et de dégradation qui y étoient contenues , dans le cas où l'on refuseroit d'obéir et de se réconcilier avec Wilfrid. Le régent, de son côté, déclara qu'ayant vu le roi exposé à un trèsgrand danger, il avoit fait veu d'exécuter le décret du

pape

si le prince étoit délivré, et qu'ayant obtenu ce qu'il demandoit , il étoit tenu d'accomplir son veu, qui d'ailleurs s'accordoit avec les derniers sentimens d'Alcfrid. Tout le monde s'écria qu'on ne pouvoit plus différer d'exécuter ce que le pape demandoit. En conséquence, on rendit à Wilfrid le siége d'Hexam, qui n'avoit point été rempli, et dont on s'étoit contenté de donner l'administration à saint Jean de Beverley; on lui rendit aussi l'abbaye de Rippon avec tous les revenus qui en dépendoient. Le Saint prit possession de son diocèse; mais il fit sa principale résidence dans le monastère de Rippon, et laissa Yorck à saint Jean de Beverley. Il reprit le gouvernement des différens monastères qu'il avoit fondés dans la Mercie , et qui depuis furent détruits par les Danois. Il mourut le 24 Avril 709,

dans un de ces monastères nommé Undalum (aujourd'hui Oundle), dans le comté de Northampton. Il étoit âgé de 75 ans, et il en avoit passé 45 dans l'épiscopat. Avant de mourir, il donna tout ce qu'il possédoit aux églises, aux monastères et aux compagnons de ses exils. On l'enterra dans l'église de Saint-Pierre, à Rippon (9). Ce monastère ayant été détruit dans la suite, ses reliques furent transférées en grande partie dans la cathédrale de Cantorbéry, et déposées sous le principal autel de cette église, en 959. Lanfranc les fit renfermer dans une châsse, et saint Anselme les mit au nord du même autel, le 12 Octobre. On commença dès lors à célébrer en ce jour la principale fête du Saint , qui s'étoit faite précédemment le 24 Avril, comme on le voit par l'ancien missel de l'église britannique, qui se garde à Jumièges , par

l'ancien calendrier de saint Maxime, par le martyrologe en vers de Bède, qu'a publié d'Achéry (10), et par les anciens martyrologes anglais. On dit que les reli

ues de saint Wilfrid sont présentement auprès du tombeau du célèbre cardinal Polus.

La vraie vertu ne se dément jamais ; elle est toujours conduite par le même principe, toujours inébranlable dans ses résolutions. Elle est humble et modeste dans la prospérité, grande, active, courageuse dans l'adversité. Souffrir de

des
gens

de bien est sans doute une épreuve bien cruelle : mais de quelque côté que vienne la persécution , l'homme vertueux ne se laisse point abattre; il doit, au contraire, s’armer de fermeté, en s'humiliant toutefois devant Dieu et

(9) Voyez Dugdale, dans son histoire de l'église collégiale de Saint-Pierre de Rippon , qui fut détruite sous Henri VIII.

(10) Spicil, t. X.

la part

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