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les hommes, et en considérant, d'un côté, que la pusillanimité et le désespoir sont le partage des ames lâches, et de l'autre, que l'impatience, l'extrême sensibilité aux injures, la vengeance , viennent d'un fond d'amour-propre et d'orgueil. Telle fut la conduite que tint toujours saint Wilfrid. Il vit avec tranquillité les orages se former sur sa tête; jamais il ne chercha à se venger de ses persécuteurs; on ne l'entendit point se plaindre de la malice de ses ennemis , qui animoient tout le royaume contre lui. Lorsqu'il eut cessé de vivre, l'univers entier rendit justice à la pureté de ses intentions, à l'ardeur de son zèle pour la discipline et pour la gloire de Dieu, à Ia sainteté de sa vie. Les anciens historiens d’Angleterre s'accordent à payer un juste tribut de louange à sa mémoire, qui est d'ailleurs consacrée dans les fastes de l'église.

S. ÉDOUARD LE CONFESSEUR,

ROI D'ANGLETERRE. Tiré de Guillaume de Malmesbury, dc Reg. Angl. 1.12 ,c. 13,

qui est, au rapport de Saville, le meilleur historien' d’Angleterre , et qui écrivoit en 1140; de Matthieu de Westminster , ou de l'auteur des Flores Hist. Angl. de Matthieu Paris , etc. ; de la vie du Saint, par Aelred , abbé de Riéval, qui mourut en 1166, vie dont la meilleure édition est celle qu'a donnée Roger Twisden , inter 10 Angl. Scriptores, Londini , 1652, t. I, p. 370. Nous avons une relation exacte de la mort du saint roi, par Sulcard , moine de Westminster, qui florissoit sous le règne de Guillaume le conquérant , et qui, par l'ordre de Vital son abbé, composa une histoire abrégée de son monastère, sous ce titre : De consiructione Westmonasterii. Il y a deux Mss. de cet ouvrage, l'on dans la bibliothèque cottonienne, et l'autre dans les archives de Westminster. Ils ont été communiqués l'un et l'autre à l'auteur anglais. Voyez Ingulphe, publié par Gale; Brompton Knyghton, dans le recueil de Twisden; Hoveden , et Matthieu Paris, sous l'an 1066 ; Harpsfield , sect. 11, c. 3; Oderic Vital, in Hist. Normant.;

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Guillaume de Poitiers, de Gestis Guil. Ducis ; la lettre d'Innocent II sur la canonisation de saint Edouard, an 1138, ap. Wilkens Conc. Brit.t. 1, p. 419; la bulle d'Alexandre Il sur la canonisation du même Saint , ibid. p. 434 ; celle que donna Grégoire IX en 1227, pour célébrer sa fête dans toute l'Angleterre ; les Fædera de Rymer, t. I, p. 297.

L’an 1066. Dieu donne souvent les mauvais princes dans sa colère ; mais un bon roi est aussi le présent le plus précieux qu'il puisse faire à une nation. Un roi sage est le soutien du peuple (1). Tel qu'est le juge du peuple, tels sont les ministres ; et tel qu'est le prince de la ville , tels sont aussi les habitans. Le roi insensé perdra son peuple; et. les villes se peupleront par la sagesse de ceux qui les gouvernent (2). La vérité de ces maximes est confirmée par le bonheur qui accompagna le règne d'Edouard le Confesseur.

Le roi Ethelred II eut d'Elgive , sa première femme, Edmond , surnommé côte de fer, qui lui succéda. Il épousa depuis Emme , fille de Richard I, duc de Normandie, et il en eut deux fils, Alfred, et Edouard dont nous donnons la vie. Le règne de ce prince fut malheureux, parce qu'il fut foible. Les Danois, qui depuis environ soixante ans n'avoient point inquiété la GrandeBretagne, vinrent l'attaquer de toutes parts , et y commirent d'horribles ravages. Ethelred acheta d'eux une paix honteuse, et ne rougit pas de s'engager à leur payer tous les ans un tribut considérable, qui fut levé par une taxe à laquelle on donna le nom de Danegelt. Swein ou Suénon, roi des Danois, fit la conquête de toute l'Angleterre, peu de temps après, c'est-à-dire , en 1015. Ce prince mourut la même année , laissant nn fils nommé Knute ou Canute.

(1) Sap. v1, 26. (2) Eccl. X, 2, 3.

Ethelred, qui s'étoit retiré en Normandie , revint en Angleterre , lorsqu'il eut été instruit de la mort de Suénon , et il remonta sur son trône; mais il mourut l'année suivante , laissant encore la Mercie et quelques provinces de ses états entre les mains des Danois. Edmond côte-de-fer se présenta pour succéder à son père. Malheureusement pour lui, il avoit affaire à des ennemis puissans, et il lui fallut livrer plusieurs batailles. Enfin, les choses en vinrent au point, que l'on proposa un traité de

part et d'autre; il fut conclu près de Glocester, et l'on arrêta que Canute auroit le royaume de Mercie , de Northumberland et d’Eslanglie.

Peu de temps après, Edmond côte-de-fer fut indignement assassiné par un Danois qu'il avoit comblé de bienfaits. Canute profita de cette occa sion

pour s'emparer de toute l'Angleterre , il ordonna en même temps de conduire en Danemarck Edmond et Edouard , fils du roi, dans le dessein de s'en défaire secrètement; mais l'officier chargé de l'exécution de l'ordre , fut si touché de compassion pour les jeunes princes, qu'il les porta en Suède. Ils furent de là envoyés à Salomon, roi de Hongrie , leur parent , qui prit soin de leur éducation. Ce prince maria depuis Edmond avec une de ses filles, et fit épouser à Edouard, Agathe, sa belle-sœur.

Emme, seconde femme d'Ethelred , s'étoit retirée en Normandie avec ses deux fils Alfred et Edouard. Canute la demanda en mariage au duc Richard, son frère, et elle lui fut accordée; mais les deux jeunes princes restèrent en Normandie. Richard, second du nom, étant mort en 1026, eut pour successeur son fils Richard III. Celui-ci ne régna qu’un an. Il fut remplacé

par Robert, son frère , qui ne laissa qu'un fils naturel , connu depuis sous le nom de Guillaume le Conquérant.

Canute régna dix-neuf ans en Angleterre. Il fut magnifique, libéral , brave et zelé

pour

la religion; mais l'ambition ternit l'éclat de ses vertus. Il mourut en 1036 , et ses états furent partagés entre ses enfans; Swenon eut la Norwège , Harold l’Angleterre, et Hardicanute le Danemark. Alfred et Édouard vinrent de Normandie à Winchester pour y voir Emme, leur mère. Godwin , qui commandoit dans le West-Sex, et qui avoit contribué principalement à établir l'autorité de Harold, dans cette partie de l’Angleterre, convint avec le roi de faire venir les deux princes à la cour, dans le dessein de les faire périr secrètement. Emme , se défiant de ce qui se tramoit , craignit pour ses enfans ; elle se contenta d'envoyer Alfred, et trouva des prétextes pour retenir Edouard auprès d'elle. Godwin alla audevant d'Alfred , mais ce fut pour se saisir de sa personne : il le fit d'abord enfermer dans le château de Guilfort, d'où il fut conduit à Ely. On lui creva les

yeux ,

et on le mit dans un monastère, ou il mourut peu de jours après. Edouard retourna promptement en Normandie, et Emme se retira chez le comte de Flandre. Après la mort de Harold , arrivée en 1039, Hardicanute vint en Angleterre avec quarante vaisseaux danois, et s'y fit reconnoitre roi. Le prince Edouard у

vint aussi aussi de Normandie, et il y fut reçu par le le nouveau roi avec les égards qui lui étoient dus. Il demanda vengeance de la mort de son frère; mais Godwin l'évita , en faisant serment qu'il n'avoit point eu de part à la triste fin d'Alfred. Hardicanute, prince vicieux, mourut su

bitement en 1041. Suénon, autre fils de Canute, vivoit encore, et régnoit en Norwege; mais les Anglais, las de vivre sous la domination de rois étrangers, qui les traitoient avec indignité, résolurent de rétablir sur le trône leurs princes légitimes. C'étoit l'unique moyen qu'ils eussent de

s'affranchir d'un joug pesant qu'ils portoient avec ' impatience depuis plus de quarante ans. D'un

autre côté, les vertus d'Edouard avoient gagné les ennemis de sa famille, et tout le monde s'accordoit à vouloir lui rendre la couronne de ses pères. Leofrick, comte de Mercie , Siward, comte de Northumberland , et Godwin, comte de Kent, qui étoit en même temps gouverneur du royaume de West-Sex, les trois hommes les plus puissans de la nation , furent les principaux auteurs de la révolution qui fit rentrer l'Angleterre sous la domination de ses véritables maitres (a).

(a) Edouard , fils d’Edmond côte-de-fer, neveu de sain Edouard le confesseur, étoit le plus proche héritier de la branche saxone. De là quelques auteurs modernes prennent occasion de condamner l'avènement d'Edouard au trône, lequel ne pouvoit avoir acquis aucun droit de l'injuste conquête des Danois. ( Voyez le livre intitulé Hireditary Right. ) Mais ceux qui font cette objection devroient se rappeler ce qui arrivoit souvent sous le régne des Anglo ns , lorsqu'on se trouvoit dans des temps critiques, et que l'héritier présomptif ne paroissoit point propre au gouvernement : on déféroit la couronne à l'un des autres fils du roi défunt , ou à son frère ; en sorte cependant que l'on prenoit toujours quel qu'un de la famille royale. (Occasional Hlistory, n. 4. ) Si l'héritier présomptif étoit mineur, son oncle étoit souvent fait roi , et à la mort de l'oncle, la couronne retournoit au neveu ou à ses enfans. (Voyez Squires , Diss. sur le gouvernement des Anglo-Saxons, an 1753. ) Roberston , dans son beau discours préliminaire sur l'histoire d'Ecosse, montre que les peuples septentrionaux regardoient tous leurs rois comme électifs , quoiqu'ils se crussent obligés de les prendre dans la famille royale. Velly fait la même observation dans son premier tome de l'Histoire de France. On peut voir aussi Tome IX.

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