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peines inffligées aux coupables par ces lois, ne sont point sévères; elles reconnoissent peu de crimes dignes de mort; les amendes y sont déterminées d'une manière fixe , et ne dépendent point de la volonté des juges. Elles pourvoient à la sûreté publique, et assurent à chaque particulier la propriété de ce qu'il possède. On étoit rarement dans le cas de sévir , parce qu'on veilloit à l'observation des lois , et que la justice étoit bien administrée.« La

sage administration du pieux roi, » dit un savant moderne (7), avoit autant et v même plus de pouvoir sur le peuple que le texte >> des lois. Edouard le confesseur, dit ailleurs le » même écrivain (8), ce grand et sage législateur,

régnoit dans le coeur de ses sujets. L'amour » l'harmonie , l'intelligence qu'il y avoit entre lui des usages de France, et sur-tout de Normandie. ( Voyez le Journal des savans , 1726, p. 634. ) Guillaume le Conquérant fit traduire les lois d'Édouard en français, langue dans laquelle il ordonna que l'on plaideroit à l'avenir. Les Normands , dans le temps dont nous parlons, avoient adopté la langue et les meurs des Français. De toutes les lois du saint roi., la plus sévère est celle qui prive les usuriers de tous leurs biens. Voyez la loi vingt-troisième , ap. Wilkins , Conc. Britan. , t. 1,

p. 313.

Guillaume le Conquérant fit faire une description générale des terres ,

châteaux, etc. de l'Angleterre, dans la huitième et la douzième année de son règne. On en mit une copie dans les archives de Westminster, et une autre dans celles de la cathédrale de Winchester. ( Thom. Rudborne , Angl. Sacr. t. I, p. 259. ) Cette espèce de registre que les Anglais appellent Red-Book ou Doms-day Book, cite souvent les lois et la description d'Edouard le confesseur, comme on le voit par le bon extrait des coutumes anglo-saxonnes, que Gale a tiré de ce manuscrit, Angl. Script. 15, t. II, p. 759. La description d'Edouard , ainsi que celle d'Alfred , n'étoient point à beaucoup près aussi détaillées que celle de Guillaume, qui n'omettoit rien de tout ce qui pouvoit faire connoître parfaitement le sol , sa valeur , les biens des particuliers, etc.

(7) Gurdon, Hist, du parlement , t. I, (8) Ibid. p. 37.

po 47.

» et l'assemblée générale de la nation (k), pro

duisirent un bonheur qui devint la mesure de

(k) On appeloit Wittena Gemot ou Mycel Synod, l'assemblée des états de la nation. On ne s'accorde point sur le degré d'autorité qu'elle avoit ; ni sur la qualité des personnes qui la com posoient; il paroît par l'étymologie du nom qu'on lui don. noit, que l'on n'y admettoit que les grands thanes, ou lords.et gouverneurs. Il est cependant parlé de permission, d'approbation et de consentement du peuple dans les chartres d’lna, d'Egbert, d'Alfred, d'Edgar, de Ganute, etc. De là quelques auteurs concluent que les communes votoient dans l'assemblée générale de la nation.

Guillaume le Conquérant n'étoit pas de caractère à se laisser contredire par des assemblées. On dit cependant qu'il corrigea et approuva les anciens statuts concernant la tenue du parlement, et qui dans la préface sont attribués à Edouard le confesseur. La manière d'assembler cette cour y est réglée en vingt-cinq articles ; mais il paroît que plusieurs de ces articles furent ajoutés après le règne de Guillaume. D’Achéry les a publiés , Spicil. t. XII, p. 557.

Le parlement dont le nom est moderne et français, étoit regardé dans les guerres des barons comme le rétablissement de la grande assemblée de la nation, qui se tenoit sous les Anglo-Saxons, quoique la forme en fut considérablement changée. La chronique saxonne ne dit qu'un mot de Wittena Gemot , ce qui semble indiquer que ses décisions n'avoient point alors une grande célébrité.

Il y avoit d'autres cours chez les Anglo-Saxons; savoir, la Shire-Gemot ou Folkmote , qui se tenoit deux fois par an. On y jugeoit les causes d'une province ; l'évêque et l'ealderman y présidoient. En cas d'absence , le premier étoit remplacé par un deputė ecclésiastique, et le second par le grand schériff. Les évêques , sous Guillaume le Conquérant, cessèrent d'assister à cette cour , et ils en eurent une particulière pour les matières ecclésiastiques.

Chaque thane de la première classe avoit une cour où il prononçoit sur les affaires relatives à ses vassaux. Ce fut là l'origine de la cour des barons sous les Normands ; mais le jugement des causes qui s'y décidoient fut depuis réservé aux juges, royaux. La cour du roi étoit présidée ou par le prince ou par son chancelier. On y appeloit de toutes les ShireGemots, ou cours des provinces. Alfred y condampa à mort quarante-quatre juges des cours inférieures , convaincus de négligence dans l'administration de la justice, Les lois de ce prince n'étoient point sévères, mais il les faisoit exécuter avec la plus grande exactitude. A cette cour a succédé celle qu'on appelle banc du ro Voyez Lambard, sur les lois des anciens

venu

» celui que le peuple désiroit sous les règnes sui» vans. Les barons anglais et normands en appe► loient à la loi et au gouvernement d'Edouard. »

On rapporte le trait suivant du saint roi. Un jour qu'il étoit assoupi dans son palais, il vit un domestique venir deux fois prendre de l'argent qu'on y avoit laissé exposé. Ce domestique étant

une troisième fois, le prince l'avertit de prendre garde à lui, et se contenta de lui faire sentir le danger auquel il seroit exposé si on le découvroit. Le trésorier particulier d'Edouard étant arrivé quelque temps après, entra dans une grande colère sur ce qui s'étoit passé. Edouard essaya de l'apaiser, en lui disant

que

ce malheureux avoit plus besoin d'argent qu'eux. Cette action a été blâmée par quelques modernes; mais on peut la justifier, en disant que le roi fit comprendre au coupable toute l'énormité de son crime ; qu'il crut, d'après les avertissemens qu'il lui avoit donnés, qu'il se corrigeroit à l'avenir; qu'il regarda le tort qu'on lui faisoit comme un tort personnel, et qu'il étoit persuadé qu'il pouvoit pardonner cette faute d'autant plus facilement, qu'il n'en résulteroit rien de contraire à l'administration de la justice publique.

On a vu peu de princes qui se soient montrés aussi zélés qu'Edouard pour le bonheur de leurs peuples. Il prenoit spécialement les malheureux sous sa protection; il faisoit observer les lois , et vouloit que la justice fût rendue avec autant d'intégrité que de promptitude. Il se proposa pour modèle le roi Alfred, qui regardoit comme un de ses principaux devoirs d'éclairer sans cesse la conduite de ses juges. Guillaume le Bâtard, Anglais ; Selden, Spelman, Sommer , Drake , et sur-tout Squires.

duc de Normandie , fut lui-même le témoin des vertus et de la sagesse de son parent , lorsqu'en 1052 il vint le voir en Angleterre (1).

Edouard, pendant son exil en Normandie, avoit fait væu d'aller visiter le tombeau de saint Pierre à Rome, si Dieu mettoit fin aux malheurs de sa famille. Lorsqu'il se vit solidement établi sur le trône, il prépara de riches offrandes pour l'autel du prince des apôtres, et disposa tout pour se

(1) On lit dans les historiens normands, qu'Edouard promit à Guillaume de faire passer sur sa tête la couronne d'Angleterre. Les uns datent cette promesse du voyage de Guillaume en Angleterre ; d'autres la font remonter plus haut, et la font antérieure à l'avènement d'Edouard au trone ; d'autres enfin prétendent que le saint roi donna ses états à Guillaume par son testament ; mais tout ceci est une fable. On n'a jamais donné de preuves de cette promesse , ni de l'existence de ce testament. Commeot s'imaginer qu'Edouard ait voulu changer la forme du gouvernement, et cela sans avoir précédemment convoqué l'assemblée de la nation ? Il est d'ailleurs certain qu'en 1057, il reconnut Edouard , son neveu , pour son héri. tier , et qu'il ne pensa qu'à lui jusqu'à la mort de ce prince, qui arriva la mème année, suivant les meilleurs historiens d'Angleterre. Il traita ensuite Edgar avec beaucoup d'affection, considérant en lui son futur successeur ; il lui donna le titre d'Etheling on d’Edeling , qui étoit affecté à l'héritier du trône , ou du moins aux princes du sang royal. Il aimoit » Edgar comme son propre fils, dit Brompton , inter 10, • Scriptor. p. 946, et il le regardoit comme l'héritier de , l'Angleterre. s La même chose se prouve par

manière dont cet auteur rapporte , p. 957, 961, les malheurs d'Edgar, et de ceux qui lui étoient attachés. Saint Aëlred l. de Genealog. Regum Angliæ inter 10 Scriptor. t. 1, p. 366, montre aussi que les intentions du saint roi, par rapport à Edgar, n'étoient point douteuses. Le sentiment que nous suivons est encore appuyé sur l'autorité de Pordun et sur celle de Turgot , qui étoit alors en Angleterre , qui devint évêque de Saint-André en Ecosse , et qui mourut à Durham en 1115. Enfin il est bien étonnant qu'on ait donné dans les imaginations que nous combattons, tandis que Guillaume lui-même ne fit valoir que le droit de conquête. Il est vrai que Harold, ayant été jeté par une tempête sur les côtes de France, fut conduit au duc de Normandie , et lui promit de lui aider à mettre la conronne d'Angleterre sur sa tête ; mais il ne suit de là autre chose , sinon que le parjure se joignit à l'usurpation.

mettre en état de passer en Italie. Ayant convoqué ensuite l'assemblée générale de la nation, il y déclara l'engagement qu'il avoit contracté, et fit sentir l'obligation où il étoit de témoigner à Dieu sa reconnoissance. Il

proposa ensuite les moyens qui lui paroissoient les plus propres à faire fleurir le commerce, et à maintenir la paix; il finit par mettre ses sujets sous la protection du ciel. Les principaux de l'assemblée alléguèrent les raisons les plus fortes pour le dissuader de l'exécution de son dessein. Après avoir loué sa piété, ils lui représentèrent avec larmes les dangers auxquels l'état seroit exposé ; qu'on auroit à craindre tout à la fois les ennemis du dedans et du dehors; qu'ils s'imaginoient déjà voir toutes les calamités tomber sur le royaume. Edouard fut si touché de leurs raisons et de leurs prières, qu'il promit, avant de rien entreprendre, de consulter Léon IX, qui occupoit alors la chaire de saint Pierre. Il envoya à Rome pour ce sujet, Aëlred, archevêque d’Yorck, Herman, évêque de Winchester, et deux abbés. Le pape, persuadé que le roi ne pouvoit quitter ses élats sans exposer son peuple à de grands dangers, le dispensa de l'accomplissement de son võu; mais ce fut à condition qu'il distribueroit aux pauvres l'argent qu'il auroit dépensé en venant à Rome , et qu'il bâtiroit ou doteroit un monastère en l'honneur de saint Pierre.

Sébert, roi des Est-Angles , avoit fondé la cathédrale de Saint-Paul de Londres. Quelques auteurs lui ont aussi attribué la fondation d'un monastère en l'honneur de saint Pierre , qui étoit hors des murs et au couchant de la ville. On dit que ce monastère étoit à l'endroit où avoit été anciennement un temple d'Apollon, qu’un trem

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