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blement de terre avoit renversé : mais le silence de Bède fait croire qu'il fut bâti plus tard par quelques particuliers , et qu'il étoit peu de chose dans son origine. On l'appeloit Torney. Les Danois l'ayant détruit , le roi Edgar le fit rebâtir. Edouard , après l'avoir réparé, y fit des donations considérables; il voulut encore qu'il fût honoré d'exemptions et de priviléges, qu'il obtint du pape Nicolas II, en 1059. On lui donna le nom de Westminster, à cause de sa situation (m). Il est devenu depuis fort célèbre par le sacre des rois , et par la sépulture des grands hommes du royaume. C'étoit la plus riche abbaye de toute l'Angleterre, lorsqu'on y détruisit les monastères.

Plusieurs anciens historiens (9) rapportent divers miracles opérés par le saint roi, entre autres la guérison d'une tumeur chancreuse qui exhaloit une odeur infecte, et qui disparut lorsqu'Edouard eut formé le signe de la croix sur la

(m) On peut voir sur l'abbaye de Westminster , Widmore dans son histoire de ce monastère, et dans ses Recherches sur sa première fondation.

Henri VIII établit à Westminster un chapitre de chanoines séculiers, et même un siége épiscopal, en 1541. Thomas Thurley, qui vécut peu de temps, en fut le seul évêque. La reine Marie fit revenir les moines; en 1560 , Elizabeth rétablit le chapitre, qui fut composé d'un doyen et de douze prébendés. Elle y mit aussi une grande école pour l'iostruction de la jeunesse. Voyez Dugdale , Monast, t. I, p. 55 ; Stow , Descript. de Londres et de Westminster, p. 497-525; Maitland et Tanner Notit, Monast.; Widmore, Hist. de l'abbaye de Westminster , an. 1751. Voyez sur les profanations que les fanatiques commirent dans l'église de ce monastère , l'Appendice aux antiquités de l'abbaye de Westminster, p. 6.

Saint Edouard donna aussi des biens considérables au siége épiscopal d'Exeter, qui fut formé de ceux de Créditon et de Cornouaille, en 1044. Leofric fut le premier qui l'occupa. Voyez la charte d'Edouard pour l'érection de ce siége , dans l'Itinéraire de Léland , t. III, p. 49, 51, 53.

(9) Voyez Guillaume de Malmesbury , l. 2, de Reg. c. 13 ; saint Aëlred , Brompton, etc.

personne malade : de là l'usage où étoient les rois d'Angleterre de toucher ceux qui étoient attaqués des écrouelles , appelées le mal du roi. Pierre de Blois, dans une lettre écrite de la cour d'Angleterre, en 1180 (10), rapporte que le roi Henri Il touchoit ceux qui avoient cette maladie. Il paroit par les archives du royaume , déposées dans la tour de Londres, qu'en 1272, Edouard I donnoit des médailles d'or à ceux qu'il avoit touchés. La reine Elizabeth omit le signe de la croix dans cette cérémonie, en quoi elle fut imitée par les trois rois qui régnèrent successivement après elle. En 1650, Charles I fit inviter pompeusement tous ceux qui avoient la maladie dont il s'agit, de s'adresser à lui , afin qu'il pût les rendre participans du don céleste (n).

(10) Ep. 15 ad Clericos Aulæ Regiæ , p. 235, n. 6. Voyez Alford, Annal. ad an. 1062.

(n) Thiers, Tr. des Superstitions, t. 1, p. 508, édition de 1712 , reconnoît expressément que les rois de France guérissent les écrouelles par leur attouchement, accompagné du signe de la croix ; mais il regarde en même temps comme une erreur, l'opinion de ceux qui attribuent le pouvoir de guérir certaines maladies , aux septièmes garçons nés de légitimes mariages , sans que la suite des sept ait été interrompue par la naissance d'aucune fille, ib. p. 509. On lit dans Guibert de Nogent, qui écrivoit en 1100,

1,1 de pignor. sanct. c. 1, p. 381, que le roi Louis le Gros guérissoit les écrouelles par l'attouchement et le signe de la croix ; et il paroît que cet auteur avoit été souvent témoin oculaire de ce qu'il raconte. Il ajoute que Philippe I, père de ce prince, perdit ce don en punition de ses crimes. Il dit en même temps qu'il sait que le roi d'Angleterre ne fait rien de semblable. Comme il étoit étranger, il ne seroit pas surprenant qu'il se fût trompé sur ce dernier point.

Selon Guillaume de Nangis, saint Louis fut le premier qui employa le signe de la croix en touchant les écrouelles ; mais il paroît par Guibert, qu'il ne fit qu'en rétablir l'usage. Boniface VIII, dans la bulle de la canonisation du saint roi, dit qu'entre autres miracles qu'il opéra , il rendit la santé à ceux qui étoient affligés du mal du roi. Philippe de Valois guérit un grand nombre de ces sortes de maladies. François I toucha pour la inême maladie, à Bologne, en présence du pape, et lorsqu'il étoit prisonnier en Espagne.

parmi leurs

Edouard faisoit sa résidence, tantôt à Winchester, tantôt à Windsor ou à Londres, mais plus communément à Islip, dans la province d'Oxford , où il étoit né (0).

Anciennement les seigneurs du royaume demeuroient à la campagne,

et vivoient vassaux; ils n'alloient à la cour qu'aux grandes fêtes , et dans quelques occasions extraordinaires. La fête de Noël étoit une des principales , où la noblesse se rendoit auprès du roi. Edouard la choisit pour la dédicace de la nouvelle église de Westminster, afin

que

la cérémonie s'en fît avec plus de solennité. Les personnes les plus qualifiées du royaume y assistèrent. Le roi signa l'acte de fondation, et fit insérer à la fin de terribles imprecations contre ceux qui oseroient violer les privileges de son monastère (p). Tous ceux cependant qui étoient touchés ne recouvroient pas la santé ; et plusieurs se faisoient toucher plus d'une fois, comme le remarque le père le Brun, qui soutient que le privilége dont il s'agit est miraculeux, Histoire crit. des Superstit. 1. 4. Patricius Armacanus, c'est-à-dire , Jansenius, évêque d'Ypres, dans sa fameuse satyre contre les Français, intitulée Mars Gallicus, reconnoît que leurs rois jouissoient de ce privilége.

Bradwardin, de causâ Dei, fol. 39, l'attribue à Edouard III, roi d'Angleterre. Depuis le changement de religion en ce royaume, la reine Anne est la seule qui ait touché pour les écrouelles. On dit que Brompton est le premier auteur qui ait fait venir ce privilège de saint Edouard le confesseur.

(0) Hearne , savant antiquaire, montre dans son édition de l'Itinéraire de Léland, que le palais de saint Edouard, à Islip, étoit dans le lieu appelé Court-Close. On y voit encore les restes d'un fossé qui est aujourd'hui comblé. A quelque distance de là est la chapelle du saint roi qui subsiste encore, mais qui est employée à des usages profanes. Les fonts où il fut baptisé sont dans les jardins de feu sir George Brown, à Kiddington.

(p) On dit qu'Edouard le confesseur est le premier des rois d'Angleterre qui ait scellé les chartes. Il y a cependant des auteurs qui prétendent qu'on voit des marques de sceaux brisés dans quelques chartes des règnes précédens. Voilà au

le mo

Après le prince des apôtres, celui des Saints auquel il avoit le plus de dévotion étoit saint Jean l'évangéliste, ce parfait modèle de la pureté et de la charité. Les historiens de sa vie rapportent que ce Saint, en récompense de sa piété, lui fit connoître d'une manière surnaturelle

que ment de sa mort approchoit.

En faisant la fondation dont nous venons de parler, Edouard espéroit ériger un monument qui attesteroit aux siècles futurs son zèle pour la gloire de Dieu, et sa dévotion pour le prince des apôtres. Il vouloit donner à Dieu de vrais serviteurs, qui feroient sur la terre la fonction des anges, qui suppléeroient à l'imperfection de ses bonnes oeuvres , et qui le remplaceroient quand il ne vivroit plus. Il renouvela en même temps l'offrande qu'il avoit déjà faite, et qu'il faisoit tous les jours au Seigneur de lui-même et de tout ce qu'il possédoit.

S'étant trouvé mal avant la cérémonie de la dédicace de l'église de Westminster, il n'y assista pas moins jusqu'à la fin; mais il fut ensuite oblige de se mettre au lit. Il ne pensa plus qu'à se préparer à la mort par des actes fervens de piété, et par la réception des sacremens. Tous les seigneurs de sa cour témoignoient la douleur la plus vive. Voyant la reine fondant en larmes, il lui dit : « Ne pleurez plus; je ne mourrai point, mais je » vivrai; j'espère en quittant cette terre de mort » entrer dans la terre des vivans pour y jouir du moins l'origine du grand sceau. Montfaucon, Monum. de la monarchie fr., t. I, p. 191, en a fait représenter trois ou quatre qu'on avoit trouvés sur des chartes des rois mérovingiens. La plus ancienne est de Tierri 1. Edouard ema prunta des Français l'usage du sceau. Voyez sur son usage, Mabillon, De re diplomat. , et la nouvelle édition de la Diplom matique des Bénédictins. Tome IX.

A a*

» bonheur des Saints (11). » Il la recommanda ensuite à Harold et à d'autres seigneurs , et leur déclara qu'elle étoit restée vierge (9). Il expira tranquillement le 5 Janvier 1066, dans la soixantequatrième année de son âge, après un règne de plus de trente-trois ans. Jamais prince ne fut plus regretté de ses sujets. Guillaume le Conquérant, qui monta sur le trône d'Angleterre au mois d'Octobre de la même année, fit renfermer son corps dans un cercueil magnifique.

La reine Edithe vécut encore plusieurs années. Le moine Ingulphe, que Guillaume fit abbé de Croyland, et qui connoissoit particulièrement la princesse, donne de grands éloges à son savoir, à son humilité, à sa douceur et à la bonté de son caractère (12). Tous les autres historiens d'Angleterre en rendent le même témoignage. Dans sa dernière maladie, elle déclara , en présence de tous ceux qui étoient auprès d'elle, qu'elle avoit vécu avec le roi comme avec un frère, et qu'elle mouroit vierge. (13). Elle fut enterrée à

(11) Brompton , in Chron. p. 950. (9). Guillaume Caxton rapporte dans sa chronique manuscrite d’Angleterre , qu'Edouard , dans sa dernière maladie, donna un anneau qu'il portoit, à l'abbé de Westminster. On garda long;temps cet anneau comme une relique , et l'on s'en servoit pour guérir le mal caduc. De là l'usage des anneaux bénits le vendredi-saint pour la guérison de cette maladie et de la crampe, lequel a subsisté parmi les rois d'Angleterre jusqu'au changement de religion. (. Polydore, Virgile , Ilist. I. 8; Harpsfield , sect. 11, c. 3.) M. Anstis, Rules of the Gart, t. 11, p. 223, prouve par plusieurs monumens l'usage où étoient les rois d'Angleterre de bénir ces anneaux le vendredi-saint.

Les principaux miracles que l'on produisit dans la canoni. sation de saint Edouard , furent opérés après sa mort, mais long-temps avant le règne de Henri II. On ne les exigeoit point alors comme aujourd'hui.

(12) P. 895.
(13) Malmesb. l. 2. Reg. c. 19.

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