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Cyprien fut arrêté et conduit devant le gouverneur de Phénicie, qui faisoit sa résidence à Tyr. Justine éprouva un pareil sort à Damas où elle s'étoit retirée, et qui se trouvoit dans le resssort

du même présidial; on la fit donc également pa'roitre devant le gouverneur de Phénicie. Sa cons

tance lui attira une flagellation cruelle. Cyprien fut déchiré avec des ongles de fer. On les conduisit ensuite l'un et l'autre chargés de chaînes , à Nicomédie , où étoit Dioclétien. Ce prince n'eut pas plutôt lu la lettre du

gouverneur de Phénicie, qu'il les condamna tous deux à être décapités. La sentence fut exécutée sur les bords du fleuve Gallus , qui passe auprès de Nicomédie , vers l'an 504. Un chrétien nommé Théoctiste fut aussi décapité pour avoir parlé à Cyprien lorsqu'il alloit au lieu du supplice. Quelques fidèles de Rome portèrent dans cette ville les reliques des saints martyrs. Sous le règne de Constantinle-Grand, une femme pieuse de la famille de Claude, qui se nommoit Rufine , fit bâtir une église , sous leur invocation , près de la place qui porte le nom de ce prince. Leurs sacrés ossemens ont été transférés depuis dans la basilique de Latran. En même temps que

les erreurs et les égaremens de saint Cyprien montrent la dégradation de la nature humaine, devenue esclave du vice par le péché, sa conversion fait éclater le pouvoir qu'a la grâce de la rétablir dans l'état dont elle est déchue. Pour comprendre jusqu'à quel point l'image de Dieu est défigurée dans l'homme par le péché, il suffit de considérer le désordre qui règne dans ses facultés spirituelles, son entendement et sa volonté, qui, dans la création, portoient l'empreinte de la ressemblance divine. Il

n'a pas seulement à se plaindre de la révolte des animaux et des autres créatures, ainsi que de celle de son corps qui est livré en proie aux maladies et à la mort, sa volonté est aussi rebelle, et ses passions s'efforcent d'usurper l'empire sur la raison et la vertu. L'entendement , qui devoit être l'oeil de la volonté , est aveugle lui-même; en sorte que la lumière qui est en nous est devenue ténèbres. Dans l'état d'innocence, l'entendement n'étoit point obscurci par

les
vapeurs

des

passions ; il dirigeoit l'imagination et les sens ; il mettoit l'ame à portée de voir clairement et sans effort les vérités spéculatives de l'ordre naturel qui convenoient à la condition humaine : mais son plus beau privilége étoit de donner à l'homme des idées fixes et vraies des vertus morales;

parlà chacun avoit la loi en lui-même, et il suffisoit de descendre dans sa propre conscience pour être guidé sûrement dans la pratique du bien, que le secours de la grâce rendoit toujours facile. Son entendement étoit d'abord éclairé

par

la révélation divine, et sa volonté ne trouvoit point d'obstacle dans l'exercice des vertus theologales, et des autres vertus surnaturelles. De quels maux sa désobéissance n'a-t-elle pas été suivie ? Nous les déplorons dans les extravagances, les erreurs et les crimes où tombent les hommes, lorsqu'une fois ils sont esclaves de leurs passions. Il n'y a que

la religion et la foi qui puissent nous préserver de ces dangers , éclairer notre entendement, et guérir notre volonté de sa perversité.

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S. EUSÈBE, PAPE.
Saint Eusèbe fut le successeur du saint

pape Marcel. Il sut maintenir avec force la pieuse rigueur de la pénitence canonique, sur-tout par rapport à ceux qui étoient tombés durant la persécution. Son zèle lui attira plusieurs ennemis. Héraclius, homme turbulent, se mit à leur tête, et lui suscita toutes sortes de contradictions , dont il triompha par sa patience. Ce saint pape fut exilé en Sicile par le tyran Maxence, et y mourut peu de temps après en 310. Il ne siégea , selon le calendrier de Libère, que quatre mois et seize jours. On lit dans l'ancien calendrier publié par Buchérius , que sa mort arriva le 17

Août; mais les anciens martyrologes font mention de · lui sous le 26 Septembre, jour auquel il est pro

bable que son corps fut déposé dans les catacombes à Rome.

Voyez le pape Damas , Carm. in Euseb. et Mérenda, Opera sancti Damasi , č. 24, S. 2, p. 139.

in

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S. COLMAN ÉLO, ABBÉ EN IRLANDE.

Saint COLMAN, né dans la province de Méath , en Irlande , quitta sa patrie étant encore fort jeune , pour se consacrer entièrement au service 'de Dieu. Plus il étoit détaché des créatures, plus il se sentoit d'attrait pour les choses célestes, et plus son coeur s'enflammoit du feu sacré de l'amour divin : de là cette ardeur pour la prière et pour la contemplation, et cette union constante de son ame avec le souverain bien. Ayant passé un temps considérable, tant sur le MontBlandin, dans la province de Leinster , qu'à Corner dans l'Ultonie, il revint dans sa patrie , où il Tome IX.

D

fonda le monastère de Land-Elo (a). On l'a surnommé Elo, de ce lieu, pour le distinguer de plusieurs autres Saints qui ont porté le même nom. Il étoit intimement lié avec saint Colomkille, avant que celui-ci eût quitté l'Irlande. Il mourut le 26 Septembre 610.

Voyez Ussérius , Antiq. c. 18.

S. NIL LE JEUNE, ABB É. Ce Saint , Grec d'extraction , naquit à Rossana dans la Calabre en gio. Il reçut au baptême le nom de Nicolas ; mais il prit celui de Nil à sa profession religieuse. Il montra beaucoup de ferveur dès son enfance, et fit de grands progrès dans les lettres divines et humaines. Il s'engagea dans l'état du mariage , par le motif de remplir chrétiennement les devoirs qui y sont attachés. Jamais il ne manquoit de se réserver quelques heures pour se recueillir, ainsi que pour vaquer à la Tecture, à la prière et à la méditation, de peur que

les soins et les embarras du monde n'étouffassent en lui les semences de piété dont il étoit redevable à la grâce. Cette attention à veiller sur lui-même ne l'empêchoit point d'être fidèle à ses obligations envers le prochain. S'étant depuis relâché dans ses exercices , sa première ferveur diminua peu à peu , et il en vint jusqu'à contracter des habitudes vicieuses"; mais après la mort de sa femme, il sentit vivement le danger de son état. Son ancien amour pour la retraite le porta à se retirer dans un monastère , afin de se délivrer pour toujours des tentations

que

l'on rencontre dans le monde. Il étoit alors dans la trentième année de son âge. Le monastère de Saint-Jean

(*) Aujourd'hui Lin-Alli, dans le comté de King.

Baptiste de Rossana fut celui où il alloit goûter les douceurs de la solitude.

Rossana étoit la seule ville du pays qui eût échappé aux ravages des Sarrasins. Il y avoit une célèbre image de la sainte Vierge, qu'on dit être encore dans la cathédrale. Ce fut aux pieds de la mère de Dieu que Nil se consacra solennellement au Seigneur; il visita ensuite le monastère de Saint-Mercure, que le saint abbé Jean gouvernoit alors ; ceux de Fantin (a), et de l'abbé Zacharie, qui furent depuis détruits par les Sarrasins, et qui étoient sur les côtes de la mer de Toscane. Ayant pris l'habit dans l'abbaye de Saint-Mercure, il se retira peu de temps après dans celle de Saint-Nazaire, dite aujourd'hui de SaintPhilarète, qui est environ à cinq milles de la première. Il porta. à un si haut degré de perfection l'obéissance, l'humilité, la mortification des sens et la contemplation, qu'on l'appeloit un autre saint Paul, tandis qu'on regardoit comme un autre saint Pierre; saint Fantin son ami et son père spirituel. Au bout de quel- ques années, ses supérieurs lui accordèrent la permission qulil (damandoit d'aller vivre dans une forêt voisine, et de fixer sa demeure dans un ermitage attenant à une petite.chapelle de SaintMichel. Il reçut dans la suite deux disciples, nommés: Bun Etienne , et l'autre George. Le second

étoit un gentilhomme de Rossana , qui mourut en s odeur de sainteté.

Saint Nil devint bientôt célèbre par ses prédictions et ses miracles. La réputation de son ex

(a) Saint Fantin ayant beaucoup souffert en Calabre de la part des Sarrasins , durant soixante ans, se retira à Thessalonique, où il mourut. Le Père Pinius , un des continuateurs de Bollandus, a donné sa vie, avec des remarques , sous

le 30 Août.

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