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traordinaire sainteté se répandit par tout le pays, l'on venoit de toutes parts le consulter. En 976, Théophylacte , métropolitain de Calabre , accompagné de Léon,

seigneur du

pays,
ainsi
que

de quelques prêtres et de plusieurs autres personnes, vint voir le Saint , moins

pour

s'édifier par ses discours, que pour connoître son savoir et son 'érudition. Nil s'en aperçut. Après avoir salué honnêtement la compagnie , et fait une courte prière, il présenta à Léon un livre où étoient diverses maximes concernant le petit nombre des élus. Comme on les trouvoit trop sévères, le Saint prouva qu'elles étoient conformes aux principes établis par l'évangile , par saint Paul et

par Pères de l'église. « Elles vous paroissent , dit-il, » effrayantes, parce qu'elles sont la condamna»tion de votre conduite. Si vous nė vivez tous » saintement, vous ne pourrez échapper aux tour>> mens éternels. » Ces paroles jetèrent la crainte dans l'ame de tous les auditeurs , et ils exprimèrent par leurs gémissemens et leurs soupirs, les sentimens qu'ils éprouvoient. Quelqu'un de la compagnie ayant demandé au saint abbé si Salomon étoit damné ou sauvé, il répondit : « Que .» vous importe de savoir si Salomon est sauvé, » ou ne l'est pas ? Ce qu'il vous importe de savoir, » c'est

que

Jésus-Christ menace de la damnation » tous ceux qui commettent le péché d'impu» reté. » Il parloit de la sorte, parce qu'il savoit que celui auquel il adressoit la parole étoit un impudique. «J'aimerois mieux savoir , ajouta

t-il , si vous serez damné ou si vous serez » sauvé. Quant à Salomon , l'écriture ne parle

point de sa pénitence , comme elle fait de celle » de Manassés. »

e, aussi rempli de vanité que de hau

teur, ayant été envoyé en Calabre, avec le titre de gouverneur , par la cour de Constantinople, plusieurs abbés lui firent des présens. Saint Nil n'imita point leur exemple. Euphraxe , pour

s'en venger, chercha toutes les occasions de le mortifier: mais il changea bientôt de sentiment à son égard. Etant tombé malade, il l'envoya chercher, lui demanda pardon à genoux, et le conjura.de lui donner l'habit monastique. « Les voeux du » baptême vous suffisent , lui dit le Saint : la pé» nitence n'en exige point de nouveaux. Ayez seu

lement un caur contrit, et le désir de chan» 'ger de vie. Euphraxe, non content de cette réponse, le pressa de nouveau de lui donner l'habit monastique, ce qui lui fut à la fin accordé. Dès qu'il l'eut reçu , il parut un homme tout nouveau; il affranchit ses esclaves , distribua tous ses biens aux pauvres , et mourut trois jours après dans de grands sentimens de piété.

L'empereur Othon III étant venu à Rome, en chassa Philagate , évêque de Plaisance , que le senateur Crescence avoit fait antipape. Saint Nil alla le trouver pour le prier, ainsi que Grégoire V, qui étoit le pape légitime , de faire grâce à l'évêque de Plaisance , et de ne point oublier dans la punition à laquelle on le condamneroit, le caractère dont étoit revêtu. Nil fut reçu avec de grandes marques d'honneur, et on lui promit d'avoir égard à sa recommandation. Lorsqu'0thon fit un pélerinage au Mont-Gargan, il alla visiter le Saint dans son monastère , qui n'étoit qu'un assemblage de pauvres cabanes. « Ces » hommes, dit-il en parlant des disciples de Nil, » sont véritablement citoyens du ciel, ils vivent » dans des tentes , comme étrangers sur la terre. » Le serviteur de Dieu le conduisit d'abord à l'ora

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toire , où il pria quelque temps, et le fit entrer ensuite dans sa cellule. Othon lui offrit inutilement un emplacement pour bâtir un monastère qu'il promettoit de doter. « Si mes frères , ré»-pondit saint Nil, sont de véritables moines » Notre-Seigneur ne les abandonnera point lors» que je ne serai plus avec eux. Demandez-moi ce » qu'il vous plaira, reprit l'empereur; je vous

regarde comme mon fils, je vous l'accorderai >> avec joie. » Saint Nil lui mettant alors la main » sur la poitrine , lui dit : « la seule chose que je » vous demande , est que vous pensiez au salut de » votre ame. Quoique vous soyez empereur , vous » mourrez , et vous rendrez compte à Dieu comme » les autres hommes. » Il ne voulut point accepter l'évêché de Rossana , et refusa d'écouter les

pressantes sollicitations qu'on lui faisoit d'aller à la cour de Constantinople.

Saint Nil avoit formé une espèce de communauté de ses disciples , qui vivoient dans des cabanes auprès de son ermitage; mais on ne put jamais le faire consentirà prendre le titre d'abbé. Les Sarrasins étendant de plus en plus leurs conquêtes et leurs ravages

dans la Calabre, il se retira avec ses moines au Mont-Cassin. Aligerne , qui en étoit abbé, alla au-devant de lui avec sa communauté, et le reçut avec la distinction que méritoit sa sainteté. Quelque temps après, il lui donna le monastère de Val-Luce: mais Nil le quitta bientôt, parce qu'il ne trouvoit point ce lieu assez solitaire. Il passa dix années dans le monastère de Serperi , situé sur le bord de la mer (1). Ce temps expiré, il se rendit avec ses disciples à Tusculum (6), à

(1) V. Rosetti , Descrip. Cajetæ , discur. 2. (6) La ville de Tusculum fut entièrement détruite par les Romains en 1190, comme le rapportent Sciommari, note

douze mille de Rome, et s'établit dans l'ermitage de Sainte-Agathe. Il prenoit soin de conduire ses religieux dans les voies de la perfection; mais il vivoit dans une cellule séparée , sans s'arroger l'autorité de supérieur. On doit cependant le regarder comme le principal fondateur de ce monastère, quoiqu'il ait été achevé après sa mort par le P. Barthélemi. Il y avoit long-temps qu'il étoit à Sainte-Agathe , lorsque Dieu l'appela à lui. Il mourut en 1005, à l'âge de g5 ans. Sa communauté fut depuis transférée à Grotta-Fer- , rata, dans le voisinage de Tusculum.

Saint Nil avec ses disciples célébroit l'office en grec, et suivoit la règle de saint Basile; a insi on ne doit pas le compter parmi les Saints de l'ordre de Saint-Benoît. On porta ses reliques à GrottaFerrata.

Voyez la vie de saint Nil , écrite par un de ses disciples , et abrégée par Baronius. Annal. t. X; par Fleury , l. 57, n. 5, et par d'Andilly, Saints illustres. D. Martène, Vet. Script, ampliss. Collect. t. VI, p. 887, etc. a publié cette vie en entier, et a prouvé qu'elle étoit l'ouvrage de saint Barthélemi, troisième abbé de Grotta-Ferrata ; il a donné aussi ib. p. 958, la vie de saint Barthélemi , qui est honoré dans son monastère le 11 Novembre. Le P. Clé a fait imprimer, t. VII, Sept. p. 279, le texte grec de la vie de saint Nil, lequel est l'original , et l'a accompagné de savantes remarques. 30 sur la vie de saint Barthélemi de Grotta-Ferrata , et le P. Clé, un des continuateurs de Bollandus. Cardoni, abbé de Saint-Basile à Rome , prouve que le monastère de GrottaFerrata est sur les ruines de la maison de campagne que Cicéron avoit à Tusculum. V. Cardoni , Discertatio Apolog, adv. P. Zuzzer, Soc. Jesu, Romæ , 1757 , in.4,0

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S. COSME ET S. DAMIEN, MARTYRS. Voyez le martyrologe d'Adon, avec les commentaires de M.

Géorgi , ceux de Bède et d'Usuard ; saint Grégoire le Grand et saint Grégoire de Tours. Les actes des saints martyrs ont été tellement défigurés par les Grecs modernes , qu'ils ne méritent aucune créance. Stilting pense que les actes de ces Saints, qui sont plus courts que les précédens , et qu'il a publiés le premier, t. VII, Scpt. p. 431 , ont été tirés du greffe proconsulaire , mais qu'ils ont été depuis interpolés. Adon, Bède , etc. en ont fait usage.

Vers l'an 303. SAINT Cosme et saint DAMIEN, tous deux frères, étoient Arabes de naissance; mais ils firent leur cours d'études en Syrie , et se rendirent fort habiles dans la médecine. Comme ils professoient le christianisme, et qu'ils étoient animés de cet esprit de charité qu'il inspire, ils exerçoient leur profession avec beaucoup de zèle et de désintéressement. Ils sont appelés Anargyres par les Grecs , parce qu'ils ne recevoient point d'argent de leurs malades. Ils vivoient à Eges , dans la Cilicie. On les aimoit et on les respectoit universellement. Ils étoient connus par leur attachement à la religion chrétienne , à laquelle ils s'efforçoient tous les jours de faire de nouveaux prosélytes.

La persécution de Dioclétien s'étant allumée, il étoit difficile qu'ils ne fussent pas découverts des premiers. On les arrêta par l'ordre de Lysias , gouverneur de Cilicie, qui , après leur avoir fait souffrir divers tourmens , les condamna à perdre la tête. Leurs corps furent portés en Syrie, et enterrés à Cyr. Théodoret , qui étoit évêque de cette ville au cinquième siècle, dit (1), qu'on y

(1) Ep. 133.

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