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on faveur de ceux dont les besoins spirituels et corporels lui étaient connus. C'est pour ceux-ci, disait-il, que j'ai été spécialement envoyé à Bourges. Les pécheurs pénitens trouvaient en lui un père rempli de douceur et de tendresse. Quant aux pécheurs endurcis, il leur opposait une fermeté inflexible, sans vouloir toutefois employer contre eux la puissance du bras séculier, comme il se pratiquait dans ce temps-là. Il y en eut plusieurs qui, touchés de sa merveilleuse douceur, rentrèrent en eux - inêmes et renoncèrent à leurs désordres. Quelques personnes puissantes prirent occasion de cette douceur pour attenter aux droits de l'é glise de Bourges; ils se flattaient que le saint n'aurait point le courage de leur résister. Mais ils ne furent pas long-temps à s'apercevoir de leur erreur. Guillaume, au risque de perdre ses revenus, défendit vigoureusement les droits de son église, même contre le roi, auquel il était d'ailleurs très-soumis dans tout ce qui concerne le temporel. Il eut aussi des contradictions à essuyer de la part de son chapitre et de quelques membres de son clergé : il en triompha par sa fermeté et encore plus par sa profonde humilité.

Son zèle s'enflammait à la vue des ravages que causait l'hérésie des Albigeois. Il en convertit plusieurs, et si la mort ne l'eût enlevé, il aurait été faire une mission parmi eux. Il tomba malade lorsqu'il s'occupait de ce pieux projet. Il crut d'abord qu'il en serait quitte pour une légère indisposition; et, malgré la fièvre, il monta en chaire pour prendre congé de son peuple avant de partir pour sa mission. Mais il n'en fut pas plutôt descendu, que la fièvre augmenta considérablement; il fallut même qu'il se mît au lit. Les progrès du mal lui firent bientôt juger qu'il approchait de sa fin. Il demanda donc l'extrême-onction, puis le saint viatique; car c'était l'ordre que l'on suivait alors dans la réception de ces deux sacremens'. Il reçut le dernier à genoux en fondant en larmes. Sa faiblesse parut l'avoir quitté; il resta long-temps prosterné, priant, les bras étendus en forme de croix. La nuit suivante, il perdit l'usage de la parole, lorsqu'il commençait ses matines. On comprit à ses signes qu'il voulait être étendu sur la cendre et le cilice. On lui accorda cette satisfaction, et il expira un peu après minuit, le 10 janvier 1209. On l'enterra dans la cathédrale de Bourges.

Les miracles qui s'opérèrent à son tombeau firent lever de terre son corps en 1217. L'année suivante, le pape Honorius III le mit au nombre des saints. Quelque temps après, l'abbaye de Châlis obtint un os du bras de S. Guillaume. En 1399, les chanoines de

' Bellarm. de Arte moriendi ; Juenin, de Sacram. tom. 2, et Histoire des sucremens lun. 7.

Bourges donnèrent une côte du même saint à l'église du collége de Navarre, à Paris. L'université de cette ville lui rendait un eulte particulier, comme au patron de la nation de France. En 1562; les Huguenots brûlèrent son corps, que l'on gardait dans la cathédrale de Bourges, et jetèrent ses cendres au vent. S. Guillaume est honoré dans plusieurs églises de France, quoique son nom ne soit point dans le Martyrologe romain a. La comtesse Mathilde, sa nièce, avait tant de respect pour sa mémoire, qu'elle donna à l'église de Bourges plusieurs terres situées dans le Nivernais'.

Les vertus sublimes qui éclatèrent dans tous les saints étaient les fruits de cette prière, formée par les gémissemens ineffables de l'esprit de Dieu. C'est elle en effet qui éclaire l'homme sur la connaissance de ses devoirs, et qui lui communique cette sagesse infiniment préférable à celle des philosophes; c'est elle qui purifie les affections du coeur; qui sanctifie l'âme, qui l'orne d'une beauté toute céleste, et qui l'enrichit des plus précieux dons de la grâce; et voilà pourquoi Jésus-Christ nous en a si fortement recommandé l'exercice. Non content de nous servir de maître, il voulut encore devenir notre modèle. Souvent il se retirait sur les montagnes et dans les déserts, où il passait les nuits entières à s'entretenir avec son Père, dans le silence de toutes les créatures. Ce n'était pas qu'il interrompît jamais son oraison; il la commença en s’incarnant, et ne la finit qu'en expirant sur la croix. Ses plus fidèles disciples, touchés de son exemple, conçurent la plus haute estime de la prière, et l'on en a vu plusieurs renoncer à la société des hommes pour n'avoir plus de commerce qu'avec le ciel. D'autres, que la Providence retenait au milieu du monde, surent allier l'oraison du coeur avec le tumulte des occupations extérieures. Que dirai-je de tant de saints pasteurs qui portèrent dans l'exercice de leurs fonctions ce même esprit de prière qui les avait rendus dignes de gouverner l'Eglise ? Mais, quoiqu'ils marchassent toujours en la présence de Dieu, ils ne laissaient pas d'avoir des heures marquées pour l'oraison. Ils prenaient même considérablement sur leur sommeil pour s'unir au Seigneur d'une manière plus étroite et plus intime, et pour prévenir ces refroidissemens dont il est si. difficile de préserver la charité. Heureux tous ceux qui aiment la prière! On ne peut douter qu'ils n'appartiennent au nombre des

a Il a été rétabli dans les nouvelles éditions. On vit renaitre S. Guillaume dans la personne du B. Philippe Berruyer son neveu , qui fut archevêque de Bourges, depuis l'an 1236 jusqu'à l'an 1250, qu'il mourut'en odeur de sainteté. De Nangis lui attribue plusicurs miracles. On trouvera le détail de ses éminentes vertus dans les auteurs du Gallia Christiana nova, tom. 2, p. 67 ; Dom Martenne a publié sa Vie, écrite par un auteur contemporain, Anecd. tom 3, p. 1927.

Gallia Christinna noo'a, tom. 2, p. 63.

élus, puisqu'ils suivent les traces de ceux qui sont déjà couronnés dans la pàtrie céleste.

S. AGATHON, PAPE.

S. AGATHon naquit en Sicile, et se rendit principalement recommandable par une humilité profonde, une douceur admirable de caractère, et une grande inclination à faire du bien. La manière dont il remplit pendant plusieurs années la place de trésorier de l'Eglise romaine le fit juger digne de succéder au pape Domnus en l'année 679. L'année suivante, il présida par ses légats au sixième concile général convoqué à Constantinople contre les Monothélites, par les soins de l'empereur Constantin Pogonat. Il écrivit à ve prince une belle lettre, dans laquelle il réfutait l'impiété du monothélisme par la tradition de l'Eglise romaine. « L'univers catho»-lique, disait-il, reconnaît cette Eglise pour la mère et la maîtresse » de toutes les autres. Sa primauté vient de S. Pierre, le prince » des apôtres, auquel Jésus-Christ confia la conduite de tout son » troupeau, avec promesse que sa foi ne faillirait jamais. » Cette lettre ayant été remise aux Pères du concile, ils la reçurent avec respect, et déclarèrent unanimement que Pierre avait parlé par la bouche d'Agathon. Ce saint pape procura le rétablissement de S. Wilfrid sur le siége d'Yorck, et combla de bienfaits le clergé et les églises de Rome. Il mourut en 682, après avoir siégé deux ans et demi. Le grand nombre de ses miracles lui mérita, suivant Anastase, le surnom de Thaumaturge. Il est honoré par les Grecs comme par

les Latinsa.

Voyez Anastase, de l'édition de Bianchini Muratori, et le P. Labbe, Conc. tom. 6, p. 1,109.

a Nous trouvons dans les lettres de S. Agathon un style moins pur que dans celles de ses prédécesseurs et de ses successeurs. Ceci venait des incursions continuelles des Barbares, qui rendaient l'étude presque impossible, et qui causaient une si affreuse misère, qu'à peine pouvait-on fournir chaque jour à sa subsistance par le travail des mains. Notre saint allégua ces raisons pour excuser le peu d'éloquence des légats qu'il envoyait à Constantinople : Mais, ajoutait-il, si nous ignorons les grâces du langage, nous conservons avec simplicité du coeur la foi que nos pères nous ont transmise. Les légats tinreut le même discours, et confirmerent ce qu'Agathon avait avancé sur l'impossibilité où étaient les Occidentaux de cultiver les lettres. « Notre pays, dirent-ils, v est en proie à la fureur des nations barbares. Nous vivons au milieu des com» bats et des déprédations. Nous sommes dans des inquiétudes et des alarmes » continue Hes. Le travail des mains est notre unique ressource pour sub» sister, »

$. MARCIEN, GRAND ÉCONOME

DE L'ÉGLISE DE CONSTANTINOPLE.

S. MARCIEN naquit à Constantinople, de parens originaires de Rome, et alliés à la famille impériale des Théodose. On le vit, à l'exemple de S. Jean-Baptiste, consacrer à Dieu ses premières années par le jeûne, les veilles et la prière. Sa charité pour les pauvres avait quelque chose d'extraordinaire; il faisait couler secrètement dans leur sein des aumônes considérables. Tout le temps qu'il ne passait pas avec eux, il le donnait à la retraite et à l'oraison. Anatolius, archevêque de Constantinople, qui connaissait son éminente sainteté, crut qu'il était du bien de l'Eglise de l'attacher au service des autels. Il l'ordonna donc prêtre, sans avoir égard à l'opposition que voulut faire l'humilité du saint. Ceci arriva sous le règne de l'empereur Marcien.

Le nouveau prêtre regarda le sacerdoce comme une obligation encore plus étroite de tendre à la perfection évangélique. Son plus grand plaisir était d'instruire les pauvres et de fournir à tous leurs besoins corporels. Quant à lui, il menait une vie très-austère et conforme aux principes de morale qu'il avait puisés dans la loi de Jésus-Christ. Quelques personnes, qui trouvaient dans sa conduite la condamnation de leurs cupidités, formèrent l'horrible projet de noircir sa réputation. Ils l'accusèrent d'un rigorisme outré, et même de novatianisme. Marcien ne leur opposa que la douceur et le silence. Avec ces seules armes, il triompha de la calomnie, et sa vertu, sortit plus brillante que jamais des nuages dont on avait voulu l'obscurcir; car le patriarche Gennade le fit grand économe de l'église de Constantinople a. Le clergé et le peuple applaudirent à ce choix. Rien ne prouve mieux le zèle dont notre saint était dévoré pour la maison de Dieu, que la magnificence avec laquelle il båtit et répara un grand nombre d'églises. Ce zèle ne se bornait

pas à la décence du culte extérieur; il embrassait encore la pureté de la foi. Les Ariens confondus en firent l'expérience, ainsi que plusieurs autres hérétiques. S. Marcien devint célèbre par un grand nombre de miracles opérés avant et après sa mort, qui arriva vers la fin du cinquième siècle. Son nom est marqué au 10 de janvier dans les Ménées et dans le Martyrologe romain.

Voyez, dans Surius et Bollandus, une ancienne Vie de S. Mar

a C'était la première dignité après le patriarcat.

cien, écrite par un anonyme; Cédrenus, Sozomène, Théodore Lecteur, Codinus, Orig. Constant. p. 6o; Tillemont, t, 16, p. 161.

Ferrarius , Servite italien ; du Saussay, Bollandus et le P. Giry, comptent parmi les saints de ce jour Séthride, en latin Sedredo, vierge anglaise, ct scconde abbesse de Faremoutier. Effectivement on lit dans Bede, l. 3, c. 8, quc cette Séthride, qui était fille de ste Héreswide, mariée en secondes noces à Anna, roi des Anglais orientaux, fut envoyée au monastère de Brie ( à Faremoutier ), et qu'on l'en fit abbesse, entre s'e Fare et ste Aubierge, fille naturelle du même roi Anna, Mais comment arrive-t-il qne son nom ne soit marqué dans aucun calendrier, et qu'on ne l'honore pas même à Faremoutier, quoiqu'on y célèbre la fête de ste Aubierge, et celle de şte Arthongate, petite fille du roi Anna ? D'ailleurs, pourquoi ne voit-on pas les reliques de Séthride avec celles des deux saintes dont nous venons de parler ? Peut-être Séthride serait-elle la même que Sissétrude, dont la fête est marquée, tantôt le 6, tantôt le 7 de mai. Mais Jonas de Bobio, plus ancien que Bède, lui donne le titre de cellerière, et non d'abbesse de Faremoutier. Voyez Chastelain, p, 159 et suiv. et du Plessis, Hist. de Meaux,

MARTYROLOGE. Ex Chypre, S. Nicanor, l'un des sept premiers diacres, qui, s'étant rendu admirable par l'éminence de sa foi et de sa vertu, mérita une couronne immortelle de gloire.

A. Rome, S. Agathon, pape, qui, après avoir brillé par sa piété et sa science, mourut en paix.

A Bourges, S. Guillaume, archevêque et confesseur, illustre par ses miracles et ses vertus; il fut canonisé par le pape Honorius III.

A Milan, S. Jean le Bon, évêque et confesseur.

Dans la Thébaïde, le décès de S. Paul, premier ermite, qui, n'ayant encore que seize ans, demeura seul dans un désert jusqu'à la cent treizième année de son âge. S. Antoine vit son âme que les anges portaient au ciel au milieu d'une troupe nombreuse d'apôtres et de prophètes. On ne célèbre sa fête que le 15e jour de ce mois.

A Constantinople, S. Marcien, prêtre.

Au monastère de Cusan, S. Pierre Urseolo, d'abord doge de Venise, ensuite religieux de l'ordre de Saint-Benoit, et remarquable par sa piété et ses vertus. On célèbre sa fète le 14 de ce mois.

Saints de France.
A Die, S. Pétrone, évêque.
En Limousin, S. Vaury, ermite allemand.

A Arezzo en Toscane, S. Grégoire, pape, Xe du nom, qui avait été archidiacre à Liége, et professeur en théologie à Paris. L'église cathédrale d'Arezzo est titrée de son nom, et sa fête est gardée ce jourci par le peuple en cette ville.

Autres.
A Rome, le décès de S. Melchiades, pape.

Ce même jour, S. Ald, honoré comme confesseur à Saint-Michel de Pavie, où est son corps.

A Amarante en Portugal,S. Gonçalès, de l'ordre de Saint-Dominique. Sa Vie a été écrite par l'ordre de dom Barthélemy des Martyrs, archevêque de Brague.

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