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bandɔnnerait point l'église confiée à ses soins par la Providence, à moins qu'on ne l'y forçât. Arcaļe eut recours aux voies de fait; et comme le peuple était toujours attaché à son pasteur, il envoya, le samedi saint, une troupe de soldats pour le chasser de l'église. Il se portèrent à de si grands excès, que les lieux saints furent profanés et ensanglantés.

Cependant le saint archevêque écrivit au pape Innocent Ief, pour le prier de déclarer nulles toutes les procédures faites contre lui, puisqu'on y avait violé toutes les règles de la justice'. Il implora aussi le secours de plusieurs şaints évêques d'Occident. Théophile, de son côté, envoya au pape les actes du conciliabule du Chêne. A la seule inspection de ces actes, Innocent découvrit qu'ils étaient l'ouvrage de la cabale. Il manda donc à Théophile de venir à un coneile, où l'on jugerait l'affaire conformément aux canons de Nicée. Il en disait assez pour annuler la prétendue autorité des canons d’Antiochę. Il eût bien voulu, ainsi qu'Honorius, empereur d'Occident, qu’on assemblât un nouveau concile, pour réparer tout le mal qui s'était fait; maiş Arcade et Eudoxie trouvèrent le moyen d'en éluder la tenue. Théophile, Sévérein et leurs complices s'y opposaient aussi sourdement pour les raisons qu'il est aisé d'apercevoir.

Jean était toujours à Constantinople. Mais le jeudi de la semaine de la Pentecôte, l'empereur lui envoya un ordre exprès de partir pour le lieu de son exil. Le saint pasteur, auquel on le remit dans l'église, dit, en le recevant, à ceux qui étaient autour de lui: « Venez, » prions et prenons congé de l'ange de cette église. » Ensuite, après avoir salué les évêques qui lui étaient attachés, il entra dans le baptistère pour dire adieu à sainte Olympiade et aux diaconesses, qui toutes fondaient en larmes; il sortit après cela secrètement, de peur que le peuple ne se révoltât. Un officier, nommé Lucius, le conduisit à Nicée, en Bithynie, où il arriva le 20 juin 404. Peu de temps après son départ, le feu prit à l'église Sainte-Sophie et au palais où s'assemblait le sénat. Ces deux édifices, les plus beaux de Constantinople, furent réduits en cendres a. Les flammes cependant épargnèrent le baptistère et les vases sacrés qu'on y gardait. On ne manqua pas de rejeter l'incendie sur les amis du saint. On en mit même plusieurs à la question, dans l'espérance de découvrir les coupables. Mais ils soutinrent tous, au milieu des tortures les plus barbares, qu'ils étaient innocens du crime dont on les accusait.

' $. Chrys. Oper. tom. 3, p. 515; Pallad. Dial. Stilting, S 58, p. 578. a Plusieurs chefs-d'œuvre, entre autres les belles statues des muses de l'Hé. licon , périrent avec le palais. C'est ce qui a fait dire à Zozime, en parlant de ces monumens, que l'incendie dont nous parlons était le plus grand malheur qui fùt jamais arrivé à la ville de Constantinople.

ravages des

Les principaux d'entre eux furent Tigrius, prêtre, et Eutropez lecteur et chantre de Sainte-Sophie. Le premier fut dépouillé, fouetté sur le dos et tourmenté si cruellement, que ses os en furent disloqués : on l'envoya ensuite en exil. Le second, après avoir été fouetté, eut les joues déchirées avec les ongles de fer, et les côtés brûlés avec des torches ardentes. Il mourut en prison, de ces tourmens. Ils sont nommés tous deux dans le Martyrologe romain sous le 12 de janvier. Pallade attribue à la vengeance divine l'incendie dont nous avons parlé, ainsi que

les Isauriens et des Huns, la mort d'Eudoxie a, et la grêle qui causa, un horrible dégât cinq jours après le départ du saint archevêque.

Arcade ayant écrit à S. Nil, afin de lui demander l'assistance de ses prières, tant pour sa personne que pour l'Empire, le solitaire lui répondit avec cette généreuse liberté, digne d'un homme qui ne craint ni n'attend rien du monde ; « Comment, lui dit-il, • espérez-vous voir Constantinople délivrée des coups de l'ange

exterminateur, tandis que le crime y est autorisé, et après le » hannissement du bienheureux Jean, cette colonne de l'Eglise 2 w ce flambleau de la vérité, cette trompette de Jésus-Christ'? Vous avez exilé Jean, la plus brillante lumière du monde.... mais du moins ne persévérez pas dans votre crime ? » L'empereur Honorius et plusieurs autres personnes écrivirent aussi à Arcade sur le même sujet, et dans les termes les plus forts. 3 Mais toutes ces lettres ne produisirent aucun effet. Le malheureux Arcade, trompé par les calomnies de quelques dames de la cour, qu'un acharnement opiniâtre à perdre leur archevêque avait endurcies contre tous les remords, ne changea point de sentiment. Arsace, homme sans vigueur et sans capacité, fut placé sur le siége du légitime pasteur, dont il était l'ennemi.

Le saint ne resta pas long-temps à Nicée, où il se trouvait assez tranquille. Dès le mois de juillet, on le fit partir poạr Cucuse, lieu désigné

par l'impératrice. Il eut beaucoup à souffrir de la chaleur et des fatigues du voyage, de la brutalité de ses gardes, et de la privation presque continuelle du sommeil. Il succomba, et fut pris de la fièvre et d'un grand mal de poitrine. On n'en continua pas moins de le faire marcher jusque bien avant dans la nuit. On porta l'inhumanité jusqu'à lui refuser les choses les plus nécessaires, telles qu’un lit, un peu d'eau claire, et de bon pain. Cepen: dant son état l'affligeait encore moins que les criminelles disposi

a Cette princesse mourut en couches le 6 d'octobre suivant. I L. 2, ep. 265.

S. Chrys. tom. 3, P. 523. * L. 3, ep. 279.

tions de ses ennemis. Enfin, après une marche de soixante-dix jours, il arriva à Cucuse a, où l'évêque et le peuple le reçurent avec les plus vives démonstrations de charité et de respect. Il dut être extrêmement touché de l'attachement de plusieurs de ses amis, qui vinrent exprès d'Antioche et de Constantinople pour le consoler. Son zèle ne put rester oisif à Cucuse. Il envoya des missionnaires chez les Goths, dans la Perse et la Phénicie, et procura, par le moyen de ces hommes apostoliques, la conversion d'un grand nombre d'idolâtres. Il nomma Constance prêtre d'Antioche, supérieur général des missions et de l'Arabie b.

Ce fut du lieu de son exil que le bienheureux archevêque écrivit ses dix-sept lettres à Olympiade. On doit les regarder toutes comme autant de traités de morale. Voici comment il s'exprime dans la huitième : « Mon caur goûte une joie inexprimable dans les souf» frances; il y trouve un trésor caché. Vous devez vous en réjouir » avec moi, et bénir le Seigneur qui m'accorde dans un tel degré » la grâce de souffrir pour lui. » Il revient souvent sur les dangers de la tristesse de l'âme. « Elle est, dit-il dans la troisième » lettre, le plus funeste des maux de l'homme. C'est un bourreau

domestique qui le tourmente, une tempête qui le plonge dans les » ténèbres, une guerre intestine qui le déchire, une maladie qui » le mine et le consume. » Il donne, dans la quatrième, d'excellens avis aux personnes malades. Il convient que la maladie est une rude épreuve, et un temps d'inaction : mais il montre ensuite qu'elle est l'école de toutes les vertus, une source féconde de mé rites et un véritable martyre, lorsqu'on sait en faire un bon usage. Il veut que l'on ait 'recours aux médecins, de manière toutefois que l'on reste avec résignation sous la main de Dieu. Il accuse de crime ceux qui ne désirent la mort que pour ne plus souffrir. Dans une autre lettre, il déplore la chute de Pélage, et marque toute son horreur pour les dogmes impies de cet hérésiarque. Ce fut aussi à Ste Olympiade qu'il adressa le traité intitulé : Que personne ne peut nuire à celui qui ne se nuit pas

nuit pas à lui-même. Arsace étant mort en 405, on lui donna pour successeur Atticus, l'un des ennemis de notre saint. Cependant le pape refusa de communiquer avec Théophile, ou du moins avec quelques-uns des persécuteurs de Jean'. Il envoya aussi, de concert avec Honorius, cinq évêques à Constantinople, pour demander un concile qui pût rétablir sur son siége le pasteur exilé, dont la déposition avait été contraire à toutes les lois de l'Eglise?. Mais on emprisonna

a Petite ville d'Arménie, dans les déserts du mont Taurus.

b Nous avons quelques lettres de ce Constance. On les trouve parmi celles de S. Chrysostôme.

I Pallad. Théodoret, l. 5, c. 34. 9 Pallad. Sozomène, l. 8, c. 28,

ces députés en Thrace, sur le refus qu'ils firent de communiquer avec Atticus. Cette violence fut exercée à l'instigation des ennemis du saint archevêque, qui ne voulaient point d'un concile ou l'on ne manquerait pas de les condamner. Aussi faisaient-ils jouer tous les ressorts imaginables pour qu'il ne pût avoir lieu. Mais il est temps de revenir à notre saint.

Les incursions des Isauriens qui ravageaient l'Arménie l'ayant obligé de sortir de Cucuse, il se retira dans le château d'Arabisse, sur le mont Taurus. Il se porta assez bien durant l'année 406 et l'hiver de l'année suivante, malgré le froid excessif qui régnait dans ce lieu. Les Arméniens eux-mêmes étaient surpris qu'un homme d'une complexion aussi faible n'en fût pas incommodé. , Le saint retourna à Cucuse lorsque les Isauriens se furent retirés; mais il n'y resta pas long-temps. Ses ennemis, furieux de le voir honoré de tout le monde chrétien, résolurent enfin de se défaire de lui à quelque prix que ce fût. Ils engagèrent donc l'empereur à donner un ordre pour le tranférer à Arabisse, et de là à Pityonte, sur le bord du Pont-Euxin, près de la Colchidea. Deux officiers furent chargés de le conduire en un certain nombre de jours, malgré la difficulté des chemins; et on leur promit de les avancer, si, à force de mauvais traitemens, il pouvait mourir entre leurs mains. L'un de ces officiers conservait encore quelques sentimens d'humanité; pour l'autre, il était si brutal, qu'il s'offensait même de tout ce qu'on pouvait dire pour l'adoucir. Tantôt on exposait Je saint archevêque, qui était chauve, aux ardeurs brûlantes du soleil; tantôt on le faisait sortir par la plus forte pluie, et on le faisait marcher jusqu'à ce que ses habits-fussent percés et tout dégouttans d'eau.Sa santé se trouva entièrement épuisée à Comane, dans le Pont. On ne laissa pas de passer outre, on le fit encore marcher plus de deux lieues; mais il ne put aller plus loin; et sa faiblesse devint si grande, qu'il fallut absolument revenir au lieu où reposaient les reliques du saint martyr Basilisque b. On le logea dans l'oratoire du prêtre. Là, S. Basilisque lui apparut pendant la nuit, et lui adressa ces paroles : « Courage, mon frère, demain » nous serons ensemble. » Cette vision le remplit de joie; et quand

a Pityonte. était à l'extrémité de l'Empire, sur les frontières des Sarmates, peuples les plus barbares d'entre les Scythes.

b Le P. Stilting a démontré que le passage de Pallade où S. Basilisque a le titre d'évêque de Comane a été falsifié par les copistes. Il prouve encore que $. Basilisque fut martyrisé, non à Nicomédie , mais auprès de Comane, à l'endroit où reposaient ses reliques. Ce S. Basilisque est le même que celui dont on honore la mémoire le 3 de mars. Tillemont , tom. 5, n. 4, sur S. Basilisque : le P. Le Quien , etc. distinguent deux martyrs de ce nom ; l'un soldat , qui souffrit à Comane sous Maximien-Galère, et l'autre, évêque de la même ville de Comane. Mais leur opinion n'est appuyée sur aucun fondement solide. Voyez le P. Stilting, $ 83, p. 665.

le jour fut venu, il pria ses gardes de le laisser en ce lieu jusqu'à onze neures. Sa prière fut pour eux un nouveau motif d'accélérer le moment du départ. On l'obligea donc encore de marcher près de deux lieues. Mais le mal s'accrut au point qu'il fallut le ramener au lieu d'où il était parti. Dès qu'il y fut arrivé, il quitta ses habits et en prit de blancs, comme pour se préparer aux noces célestes de l'Agneau. Il reçut la communion, étant encore à jeûn, fit sa prière, qu'il termina, selon sa coutumé, par ces paroles : Dieu soit glorifié de tout; puis ayant đît amen, et formé sur lui le signe de la croix, il remit tranquillement son âme entre les mains de Dieu. Sa mort arriva l'an 407, le 14 de septembre, jour de l'exaltation de la sainte Croix. Il avait été archevêque de Constantinople neuf ans et environ sept mois a.

On enterra son corps auprès de celui de S. Basilisque. Il y eut à ses funérailles un concours prodigieux de vierges, de moines et de personnes de tout état, qui étaient venues de fort loin. Plusieurs prélats s'étant obstinés à ne pas mettre son nom dans les dyptiques), le pape refusa de communiquer avec eux. Atticus l’y mit à Constantinople, en 417, et S. Cyrille, à Alexandrie, en 419'

En 438, S. Procle fit transférer solennellement le corps de S. Chrysostôme à Constantinople. L'empereur Théodose et sa seur Pulchérie assistèrent à la cérémonie de cette translation, avec de grands sentimens de piété, demandant miséricorde pour leur père et leur mère qui avaient eu le malheur de persécuter le saint archevêque. On déposa ses reliques dans l'église des Apôtres, où l'on enterrait ordinairement les empereurs et les archevêques de Constantinople. Ceci arriva le 27 de janvier, jour auquel le saint est honoré par les Latins. Pour les Grecs, ils en font la fête le 13 de novembre?; ils en font encore mémoire, ainsi que de S. Basile et de S. Grégoire de Nazianze, le 30 de janvier. Les reliques de notre saint furent ensuite portées à Rome, où elles reposent sur l'autel qui porte le nom de S. Chrysostome, dans l'église du Vatican.

S. Chrysostôme-avait la taille petite et le visage maigre et décharné, ce qui venait surtout de sa vie mortifiée et pénitente. Les austérités de sa jeunesse, le séjour qu'il fit dans la caverne dont nous avons parlé, ses prédications continuelles, avaient entièrement ruiné sa poitrine, qui depuis lui causa des maladies fâ

a S. Chrysostome, selon le chevalier 'Henri Saville, n'était âgé que de cinquante-deux ans lorsqu'il mourut. Nous lui en donnons soixante-trois , parce que nous le supposons né en 344.

C'étaient les registres où l'on écrivait le nom des évêques morts dans le sein de l'Eglise.

- Nestor. or. 12, apud Mar. Mercat. 2 Vid. Jos. Assémani, Comment. in p. 86, ed. Garn. Stilting, p. 685, Calend. Univ. tom. 6, p. 105, et Stiltinge

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