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Quvre pour se réconcilier avec Oreste. Il fit les

premieres avances, et lui envoya demander son amitié au nom des saints Évangiles; mais tout cela fut inutile. Le gouverneur ne voulut point entendre parler de réconciliation. Nous allons voir les funestes effets que produisit cette division.

Une fille païenne, nommée Hypacie, avait ouvert à Alexandrie une école de la philosophie platonicienne. Sa réputation lui attira un grand nombre de disciples. Le célèbre Synésius alla l’écouter comme les autres, et la pria même de revoir ses ouvrages.

Les philosophes les plus renommés la consultaient sur les questions les plus difficiles, et recevaient même ses décisions comme autant d'oracles. Hypacie était étroitement liée avec Oreste, et ce fut ce qui causa son malheur. Le peuple d'Alexandrie, dont l'imagination était très-facile à échauffer, mit sur son compte le refus que faisait le gouverneur de se réconcilier avec le patriarche. Il n'en fallut pas davantage pour la perdre. Sa mort fut résolue par une troupe de furieux. Un jour donc qu'elle sortait de sa maison, ou qu'elle allait y entrer, ils se jetèrent sur elle avec furie, la tirèrent de son chariot, la mirent en pièces, et traînèrent ses membres dans les différens quartiers de la ville. Ceci arriva l'an 415. Une action aussi horrible fut désapprouvée par tous les gens de bien, et surtout par S. Cyrille ', qui cherchait les moyens de ramener la paix et d'étouffer toutes les semences de division.

Malheureusement notre saint s'était laissé prévenir contre S. Chrysostôme, condamné par son oncle; et ce fut par une suite de cette prévention, qu'il refusa long-temps de rétablir sa mémoire. Mais il se rendit à la fin, et, en 419, il mit le nom du saint archevêque de Constantinople dans les dyptiques. Le pape Zozime, informé de ce qu'il avait fait, lui envoya aussitôt des lettres de communion. Voilà tout ce que nous savons de la vie de S. Cyrille, jusqu'à l'an 428. Comme il s'agit actuellement des travaux de son zèle à défendre la foi contre le nestorianisme, nous allons faire connaître en peu de mots l'auteur de cette hérésie.

Nestorius, moine et prêtre d'Antioche, avait tout ce qu'il faut pour en imposer au peuple, qui se laisse toujours prendre aux apparences. Il menait une vie retirée, avait un extérieur pénitent et mortifié, et joignait à quelques connaissances une grande facilité à s'exprimer; mais il cachait sous ces dehors une profonde hypocrisie, un orgueil insupportable, un esprit faux et entêté de ses propres idées, qu'il préférait à la doctrine des anciens Pères a. Le

! Voyez la Vie d'Hypacie, par M. l'ab- du P, Desmolets, tom. 5, part. 1, p. 139. bé Goujet, dans les Mém. de Littér.

a Tel est le portrait que nous font de Nestorius les auteurs contemporains. On peut voir Socrate et Théodoret , qui d'abord s'en étaient laissé imposer par: l'extérieur hypocrite de cet hérésiarque.

siége de Constantinople étant devenu vacant, il y fut élevé en 428. Il commença son épiscopat par persécuter avec une espèce de fureur les Ariens , les Macédoniens, les Manichéens, les Quarto décimans, et il finit par les chasser de son diocèse. Il se trompa, s'il voulut s'attirer par une telle conduite la réputation de pasteur zélé; le vrai zélé ne donne point dans les extrémités. Au reste, dans le temps que Nestorius persécutait avec tant de violence les hérétiques dont nous venons de parler, il niait avec les

. Pélagiens la nécessité de la grâce, quoiqu'il reconnût avec l'Eglise l'existence du péché originel. On le vit même communiquer avec Célestius et Julien, ces deux principaux défenseurs de Pelage, et cela, après que les papes

Innocent et Zozime les eurent condamnés, et que l'empereur Honorius les eut chassés de l'Occident. Il ne s'en tint pas là; il osa prêcher et faire prêcher publiquement qu'il y a deux personnes en Jésus-Christ : celle de Dieu et celle de l'homme; que le Verbe ne s'est point uni hypostatiquement à la nature humaine ; qu'il ne l'a prise que comme un temple où il habite, et que par conséquent la Ste Vierge n'est point mère de Dieu, mais seulement mère de l'homme ou du Christ. A la vérité, il consentit dans la suite à donner à la Ste Vierge la qualité de mère de Dieu; mais ce n'était que dans un sens impropre qui détruisait toujours la vérité de l'incarnation. Ces nouveautés impies excitèrent l'indignation des fidèles. Les prêtres attachés à la saine doctrine, entre autres S. Procle, et Eusébe, depuis évêque de Dorilée, réclamèrent en faveur de la foi; et représentèrent vivement à Nestorius l’horrible scandale qu'il causait dans l'Eglise. Ils eurent la douleur de le voir mépriser leurs remontrances. Alors ils në balancèrent plus, et se séparèrent de la communion de leur arche vêque.

Cependant S. Cyrille reçut les homélies de Nestorius, et la lecture qu'il en fit lui prouva de plus en plus que cet hérésiarque était coupable de toutes les erreurs dont on l'accusait. Il lui en écrivit pour tâcher de le ramener à la vérité par les voies de la douceur. Mais Nestorius, qui n'aimait point à être contredit, fut vivement piqué de cette lettre, et il y répondit avec la dernière hauteur. Cette affaire ayant été portée à Rome, le pape Célestin y convoqua un concile pour examiner la nouvelle doctrine. Tous les Pères s'étant écriés que Nestoriùs était hérésiarque, on prononça contre lui une sentence d'excommunication et de déposition; on l'envoya à S. Cyrille, en le chargeant de la faire exécuter, si, dans l'espace de dix jours, à compter de celui de la signification, Nestorius ne rétractait publiquement ses erreurs :

· Conc, tom. 3, p. 343; Liberat , in Breviar. c. 4,

Notre saint, pour dernière monition, lui écrivit une nouvelle lettre, à la fin de laquelle étaient douze anathématismes, ou articles, que l'archevêque de Constantinople devait souscrire, s'il voulait être reconnu pour orthodoxe. Mais celui-ci refusa d'obéir, et se montra plus opiniâtre que jamais. Ce fut cette opiniâtreté qui donna lieu à la convocation du troisième concile général, dont l'ouverture se fit à Ephèse en 431. Il s'y trouva deux cents évêques, et S. Cyrille y présida au nom du pape Célestin'. Nestorius refusa d'y comparaître, quoiqu'il fût dans la ville. Sa doctrine, qu'on examina dans la première session, y fut condamnée, et après trois citations juridiques, on prononça contre lui une sentence de déposition dont on informa l'empereur.

Six jours après arrivèrent Jean d'Antioche et quatorze évêques d'Orient. Ils ne s'étaient pas rendus plus tôt à Ephèse, parce qu'ils favorisaient secrètement la personne de Nestorius, croyant qu'on lui imputait des erreurs qu'il n'enseignait pas. Au lieu donc de se joindre aux Pères du concile, ils excommunièrent S. Cyrille et ceux qui tenaient son parti. On réclama des deux côtés la protection de l'empereur, qui donna ordre d'arrêter S. Cyrille et Nestorius; mais le premier, quoique innocent, fut plus maltraité que le second. Peu s'en fallut même qu'il ne fût exilé, tant son ennemi avait de crédit à la cour. Heureusement l'arrivée des évêques Arcade et Projecte, et du prêtre Philippe, tous trois légats du pape S. Célestin, fit prendre aux affaires un tour plus favorable pour S. Cyrille. Ces légats, pleinement instruits de ce qui s'était fait, approuvèrent la conduite de notre saint, déclarèrent nulle la sentence prononcée contre lui, et confirmèrent la condamnation de Nestorius. Enfin, la vérité ayant repris ses droits, S. Cyrille fut rétabli. Les évêques schismatiques se réconcilièrent avec lui en 433, souscrivirent à la condamnation de Nestorius, et donnèrent une confession de foi claire et orthodoxe. Quant à Nestorius, il se retira dans le monastère d'Antioche, où il avait été élevé. Jean, patriarche de cette ville, l'en fit chasser quelque temps après, par l'empereur Théodose , parce qu'il ne cessait de dogmatiser et de répandre ses erreurs. Cet hérésiarque fut relégué à Oasis, dans les déserts de la haute Egypte, où il mourut sans avoir rétracté sa doctrine impie. Le nestorianisme survécut à son auteur, et il subsiste encore aujourd'hui dans l'Orient a.

* S. Léon, ep. 72, c. 3, Conc. tom. 3, p. 606, 980.

a Les Nestoriens orientaux ont une liturgie qui porte le nom de Nestorius, et dans laquelle il est dit que le pain et le vin sont changés au corps et au sang de Jésus-Christ par l'opération du Saint-Esprit , et qu'on les utfre en sacrifice. Outre cette liturgie, ils en ont encore deux autres qu'ils prétendent être fort anciennes. Voyez Renaudot, Liturg. Orient. tom. 2 , et le P. Le Brun, Liturg, tom. 3,

On ne saurait assez louer la conduite de S. Cyrille dans l'affaire de Nestorius. Il employa d'abord les voies de douceur pour gagner cet hérésiarque; mais il s'arma d'un zèle intrépide lorsqu'il le vit opiniâtrément attaché à ses erreurs. En vain la cabale lui suscita des persécutions; il les regarda comme des épreuves que Dieu lui envoyait, et il eût volontiers répandu son sang pour la défense de la foi catholique'. Sa présence n'étant plus nécessaire à Ephèse, il reprit la route d'Alexandrie, où il arriva le 30 octobre 431. Il s'appliqua le reste de sa vie, avec autant de soin que de ferveur, à remplir les devoirs de l'épicospat, à conserver dans toute sa pureté le précieux trésor de la foi, à rétablir et à cimenter la paix que l'hérésie avait troublée pendant plusieurs années. Il mourut le 28 juin a 444. Le

a 444. Le pape S. Célestin avait conçu pour lui la plus haute estime. Il lui donnait les titres de généreux défenseur de l'Eglise et de la foi, de docteur catholique et d'homme vraiment apostolique 2. Les Grecs l'honorent le 18 de janvier et le g de juin. Le Martyrologe romain en fait mémoire le 28 de janvier.

On voit, par les ouvrages de S. Cyrille, qu'il avait une grande dévotion envers le mystère de l'incarnation. Il n'en avait pas moins pour la divine Eucharistie. De là ce zèle avec lequel il insiste si souvent sur les effets que cet auguste sacrement produit dans ceux qui le reçoivent dignement. « Il guérit, dit-il, les malav dies spirituelles de nos âmes; il nous fortifie contre les tenta» tions; il amortit les ardeurs de la concupiscence; il nous incor» pore à Jésus-Christ 3. » Le saint docteur honorait encore la sainte Vierge d'une manière toute particulière. Rien de plus énergique que ce qu'il dit de ses glorieuses prérogatives. Mais écoutons-le parler lui-même 4. « Je vous salue, Marie, mère de Dieu, trésor » vénérable de tout l'univers, lampe qui ne s'éteint point, bril» lante couronne de la virginité, sceptre de la bonne doctrine.... » Je vous salue, vous qui, dans votre sein virginal, avez renfermé » l'Immense et l'Incompréhensible; vous par qui la sainte Trinité » est glorifiée et adorée; vous par qui la croix précieuse du Sauv veur est exaltée par toute la terre; vous par qui le ciel triomphe, » les anges se réjouissent, les démons sont mis en fuite, le tenta» teur est vaincu, la créature coupable est élevée jusqu'au ciel, la

Ep. ad Theopomp. t. 3 Conc. p. 771. rit. t. 1, n. 231; l. 10 in Joun. tom. 4,

Conc. tom. 3, p. 1077.. 3 L. 4 contra Nestor. tom. 6, part. 1, 4 Tom. 5, part. 2, p. 380; item Conc. p. 110; 1. 7 de adoratione in spir. et ve- t. 3, p. 583.

a C'est-à-dire le troisièm: du mois appelé Epiphi par les Egyptiens. C'est le sentiment unanime des Alexandrins, des Cophtes et des Ethiopiens, qui nomment S. Cyrille, Kerlos, par abréviation, et lui donnent le titre de docteur. du monde. TOME I.

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C. 13.

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» connaissance de la vérité est établie sur les ruines de l'idolâtrie; » vous par qui les fidèles obtiennent le baptême, et sont oints de » l'huile de joie; par qui toutes les églises du monde ont été fondées, et les nations amenées à la pénitence; vous enfin

par qui » le Fils unique de Dieu, qui est la lumière du monde, a éclairé » ceux qui étaient assis dans les ombres de la mort..... Est-il un » homme qui puisse louer dignement l'incomparable Marie? »

NOTICE DES ÉCRITS DE S. CYRILLE.

Les ouvrages qui nous restent de S. Cyrille, sont :

1° Le traité de l'Adoration en esprit et en vérité, divisé en dix livres. C'est une explication allégorique et morale de passages détachés du Pentateuque. S. Cyrille ne s'est point astreint à l'ordre que Moïse a suivi dans sa narration.

2° Les treize livres appelés Glaphyres, c'est-à-dire profonds ou élégáns, renferment une explication allégorique des histoires rapportées avec plus d'étendue dans le Pentateuque. Le saint docteur à choisi celles qui avaient un rapport plus visible à Jésus-Christ et à son Eglise.

Les Commentaires sur Isaïe et sur les douze petits Prophètes. On y trouve une explication de la lettre et du sens spirituel.

4° Le Commentaire sur l'Evangile de S. Jean. Il était divisé en douze livres, dont dix seulement sont entiers. Nous n'avons que des fragmens du septième ct du huitième. Les livres 5, 6, 7 et 8 manquant autrefois, Josse Clicthoué les suppléa dans l'ancienne édition latine, d'après les écrits des autres Pères. Il s'est trouvé des auteurs qui ont cité ces supplémens comme étant de s. Cyrille. Ils ne seraient point tombés dans cette faute, s'ils avaient lu la préface qui les précède. Jean Aubert a donné le texte grec de ces quatre livres d'après les manuscrits. Pour revenir au commentaire de notre saint, il y explique le sens littéral et spirituel de l'Ecriture, et y réfute les:Manichéens et les Eunomiens. Il y enseigne aussi, de la manière la plus formelle, la doctrine de la transsubstantiation.

5° Le livre intitulé le Trésor, à cause du grand nombre de vérités et de principes qu'il renferme, est divisé en trente-cing litres ou sections. S. Cyrille y renverse le système impie des Ariens, et prouve la divinité de Jésus-Christ par l'Ecriture. Il se sert aussi de la même autorité pour établir la divinité du Saint-Esprit, dans les titres 33, 34 et 35.

6° Le livre sur la sainte et consubstantielle Trinité fut composé à la prière de Némesin et d'Hermias. Ce sont 'sept discours' en forme de dialogue, tous destinés à prouver la consubstantialité du Verbe. A ces dialogues, le saint docteur en ajouta deux autres sur l'Incarnation, se proposant pour but principa de combattre les erreurs de Nestorius, qui toutefois n'était pas nommé, parce qu'apparemment son 'hérésie n'avait pas encore été condamnée. A la suite de ces dialogues sont des scolies ou éclaircissemens sur l'Incarnation, avec un petit traité sur le même sujet. Il y est prouvé que la sainte Vierge est véritablement mère de Dieu, puisque Jésus-Christ est tout à la fois, et fils de Dieu , et fils de l'homme.

7° Les trois Traités sur la foi. S. Cyrille les composa à Éphèse. Il marque dans le premier, adressé à l'empereur Théodose, les différentes hérésies qui s'étaient élevées jusqu'alors sur l'incarnation, celles de Manès, de Cérinthe, de Photin, d'Apollinaire et de Nestorius; puis il les réfute l'une après l'autre. Il s'applique surtout à combattre les erreurs du dernier. Il adressa le second traité aux princesses Pụlchérie, Arcadie et Marine, sæurs de l'empereur, qui toutes trois s'étaient consacrées au service de Dieu. La foi catholique y est prouvée contre Nestorius, Le troisième traité détruit les objections des hérétiques.

Les cinq livres contre Nestorius renferment·la réfutation des blasphèmes

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