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Voyez sa Vie écrite, en 1340, par Guérin, de l'ordre de SaintDominique. Ranzano en a donné l'abrégé.

MARTYROLOGE.

A ROME, Ste Agnės, pour la seconde fois.
Au même lieu, S. Flavien, qui souffrit la mort sous Dioclétien.

A Apollonie, les SS. Thyrse, Leuce et Callinique, qui, du temps de l'empereur Déce, après avoir été livrés à divers supplices, accomplirent leur martyre. Le premier et le dernier eurent la tête tranchée; Leuce rendit l'esprit au moment où une voix céleste l'appelait.

Dans la Thébaïde, S. Léonide et ses compagnons, qui, du temps de Dioclétien, obtinrent la palme du martyre.

A Alexandrie, la commémoraison de plusieurs saints martyrs, qui, ayant été surpris dans l'église au moment où ils célébraient les divins mystères, souffrirent divers genres de mort par le crime de Syrien, chef de soldats, de la secte des Ariens.

Le même jour, S. Cyrille, évêque d'Alexandrie, qui, après avoir été un des plus généreux défenseurs qu'ait eus la foi catholique, et s'être distingué par sa science et sa sainteté, mourut en paix.

A Sarragosse, S. Valère, évêque.

A Cuença en Espagne, la fête de S. Julien, évêque, qui, donnant aux pauvres les revenus de son église, et vivant du travail de ses mains, à l'exemple des apôtres, mourut en paix, illustre par ses miracles.

Au monastère de Réomay, le décès de S. Jean, prêtre, homme de Dieu.

En Palestine, S. Jacques, ermite, qui demeura long-temps caché dans un tombeau, pour y faire pénitence d'une faute qu'il avait commise; puis, devenu célèbre par ses miracles, il alla jouir de la présence de Dieu.

Saints de France, outre S. Jean de Réomay. A Mons, au duché de Juliers, S. Irmons, berger, sous le nom du. quel l'ancienne église cémétériale de ce lieu était dédiée.

Autres.
Chez les Grecs, Ste Carite, qui eut les pieds coupés pour Jésus-
Christ.

A Trévi en Ombrie, S. Emilien, évêque et martyr.
A Imme, au désert de Chalcide en Syrie, S. Pallade, solitaire.

En l'ile d'Iniscath, aux côtes d'Irlande, St Cannère, vierge. la B. Marguerite au 28 de janvier , quoiqu'elle soit morte le 18 du même mois, parce que ce dernier jour et les suivans sont assez remplis.

S. FRANÇOIS DE SALES, ÉVÊQUE ET PRINCE

DE GENÈVE.

Tiré de ses écrits, de la bulle de sa canonisation, et des différentes histoires

de sa vie , données par Charles-Auguste de Sales, son neveu ; parle P. Goulu, général des Feụillans; par Henri de Maupas, transféré de l'évêché du Puy à celui d'Evreux ; par madame de Bussy-Rabutin, religieuse de la Visitation, et par M. Marsolier. Voyez aussi l'Esprit de S. François de Sales, par M. Camus , évêque de Belley ; le livre intitulé : Quel est le meilleur gouvernement, le rigoureux, ou le doux , imprimé à Paris en 1636, et réimprinie dans la même ville en 1776, sans nom d'auteur, mais qui est du P. Binet , jésuite; et la dernière édition des Lettres de S. François de Sales ; Paris , 1758, 6 vol. in-12.

L'AN 1622 François naquit le 21 août 1567, au château de Sales, à trois lieues d'Annecy. Il eut pour père François, comte de Sales, et pour mère Françoise de Sionas, tous deux d'une naissance également illustre, mais beaucoup moins recommandables encoré par la noblesse de leur sang que par la piété dont ils faisaient profession. Dès les premiers mois de sa grossesse, la comtesse de Sales offrit au Seigneur l'enfant qu'elle portait, le priant, avec les sentimens de la dévotion la plus tendre, de le préserver de la corruption du siècle, et de la priver plutôt du plaisir de se voir mère, que de permettre qu'elle mît au monde un enfant qui fût assez malheureux pour devenir un jour son ennemi par le péché. Nous verrons bientôt que Dieu exauca une prière si fervente.

François vint au monde à sept mois, malgré toutes les précautions qu'avait pu prendre sa mère; ce qui fit que, dans ses premières années, il fut extrêmement faible. On eut beaucoup de peine à l'élever, et les médecins désespérèrent plus d'une fois de sa vie. Il échappa cependant aux dangers de l'enfance, et devint grand et robuste. On découvrit en lui, à mesure que les traits de son visage se formerent, une beauté et des charmes qui ne permettaient pas qu'on le vît sans l'aimer. A ce dehors si avantageux, il alliait un naturel excellent, une grande pénétration d'esprit, une modestie rare, une douceur singulière, et une soumission absolue à ses parens et à ses maîtres.

La comtesse, infiniment attentive à éloigner de son fils tout ce qui avait même l'apparence du vice, ne le perdait point de vue. Elle le menait à l'église, et lui inspirait un profond respect pour la maison de Dieu et pour toutes les choses de la religion. Elle lui lisait la Vie des Saints, et joignait à cette lecture des réflexions qui étaient à sa portée. Elle voulut même qu'il l'accompagnat lorsqu'elle faisait la visite des pauvres; qu'il leur rendît les petits

faire avancer les enfans

à

services dont il était capable, et qu'il fût le distributeur de ses aumônes. Le jeune enfant répondit parfaitement aux soins que sa vertueuse mère prenait de le former aux exercices de la piété chrétienne. Il faisait ses prières avec un recueillement et une dévotion qui n'étaient point de son âge. Il aimait tendrement les pauvres; et quand il n'avait plus rien à leur donner, il sollicitait en leur faveur la libéralite de tous ses parens; il se retranchait même une partie de sa nourriture pour les assister. Sa sincérité avait quelque chose d'extraordinaire, et toutes les fois qu'il lui arrivait de tomber dans ces fautes ordinaires aux enfans, il aimait mieux être châtié, que d'éviter le châtiment par un mensonge.

La comtesse de Sales, qui appréhendait les dangers si communs dans les écoles publiques, éût bien voulu que l'on n'y envoyat point son fils, et que l'on prît des maîtres capables de lui enseigner sous ses yeux les lettres humaines. Mais le comte, qui savait dans les sciences, fut d'un avis différent, et se persuada que Dieu conserverait des dispositions dont il était l'auteur. Le jeune comte

six ans, fut erivoyé au collége de la Roche, ' d'où il passa ensuite à celui d'Annecy. Ses progrès le distinguèrent bientôt entre ceux de son âge. Il joignait la plus grande application à une mémoire excellente, à une conception vive, à un jugement solide. Aussi les leçons de ses maîtres ne suffisaient-elles pas pour l'occuper; il y suppléait par d'autres exercices propres à étendre ses connaissances. Mais son amour

pour
l'étude

prenait rien sur les devoirs de la piété. Dans la distribution de ses momens, il savait ménager des intervalles pour nourrir son coeur par la lecture des bons livres, surtout par celle de la Vie des Saints. Des dispositions si rares dans un enfant firent juger au •comte de Sales que son fils perdrait désormais son temps à Annecy. Il résolut donc, en '1578, de l'envoyer à Paris pour y achever ses études.

La comtesse, qui allait perdre son fils pour long-temps, redoubla de zèle pour l'affermir dans la vertu. Elle lui recommandait surtout l'amour de Dieu'ét de la prière, la fuite du péché et des occasions qui y portent. Elle lui répétait souvent ces paroles que la reine Blanche avait coutume de dire à S. Louis':

: . Mon fils, j'aimerais mieux vous voir mort, que d'apprendre que vous eussiez commis un seul péché mortel. » Le jour fixé pour son départ étant arrivé, il se rendit à Paris sous la conduite d'un prêtre habile et vertueux. Il fit sa rhétorique et sa philosophie au college des jésuites, avec le plus brillant succès. On l'envoya ensuite à l'académie, afin qu'il apprît à monter à cheval, à faire des armes,

ne

>>

pas

à danser, et généralement tout ce qu'un gentilhomme de sa qualité ne pouvait ignorer. Il ne se sentait aucun goût pour ces différens exercices; mais parce qu'il se faisait une loi inviolable d'exécuter la volonté de ses parens, il ne laissa pas d'y réussir et d'acquérir cet air aisé qu'il conserva toujours depuis. Comme il ne s'y appliquait que par manière de divertissement, il cultiva toujours ses premières études, et apprit encore l'hébreu, le grec et la théologie positive, sous Génébrard et sous le P. Maldonat, jésuite, qui enseignait alors à Paris avec beaucoup de réputation: six ans se passèrent de la sorte. Cependant les études dont nous venons de parler ne faisaient

la seule occupation de François; il donnait une partie considérable de son temps aux exercices de piété, afin d'animer toutes ses actions d'un esprit de christianisme. Son plus grand plaisir était de lire et de méditer l'Ecriture sainte. Après ce livre divin, il n'y en avait point dont la lecture le charmât plus que celle du Combat spirituel, qu'il portait toujours sur lui; il recherchait la compagnie des personnes vertueuses, et se plaisait surtout à celle du P. Ange de Joyeuse, qui, de duc et de maréchal de France, s'était fait capucin. Les entretiens de ce saint homme sur la nécessité de la mortification portèrent le jeune comte à ajouter à ses dévotions ordinaires celle de porter le cilice trois fois la semaine. Il fit en même temps le vou de chasteté perpétuelle dans l'église de SaintEtienne-des-Grès, où il allait souvent prier, parce que c'était un lieu retiré et éloigné du tumulte. Il se mit ensuite sous la protection particulière de la sainte Vierge, qu'il pria d'être son avocate auprès de Dieu, et de lui obtenir la grâce de la continence.

Mais le moment que Dieu avait marqué pour éprouver son serviteur arriva. D'épaisses ténèbres se répandirent insensiblement. sur son esprit; une agitation violente prit la place de cette paix profonde dont il avait joui jusqu'alors : il tomba dans une sécheresse et une mélancolie désespérante; enfin,

olie désespérante; enfin, il se persuada que le Dieu qu'il aimait tant l'avait mis au nombre des réprouvés. Cette affreuse idée le jeta dans des frayeurs qui ne peuvent être connues que de ceux qui ont eu la même tentation. Il passait les jours et les nuits à pleurer et à se plaindre. Une jaunisse universelle se répandit sur son corps; il ne pouvait plus ni manger, ni boire, ni dormir. Son précepteur, qui l'aimait avec tendresse, était d'autant plus affligé de l'état où il le voyait réduit, qu'il en cherchait inutilement la cause. Mais Dieu fit enfin succéder le calme à l'orage. François, étant retourné à l'église de Saint-Etienne-des-Grès, sentit ranimer sa confiance à la vue d'un tableau de la sainte Vierge. Il se prosterna devant la Mère de Dieu; et, se reconnaissant in-,

digne de s'adresser directement au Père de toute consolation, il la conjura d'intercéder en sa faveur, et de lui obtenir au moins la grâce d'aimer de tout son coeur sur la terre un Dieu qu'il aurait le malheur de haïr éternellement après sa mort. Sa prière était à peine achevée, que le trouble disparut. Il lui sembla qu'on lui ộtait un poids accablant de dessus le coeur, et il recouvra sur-lechamp la tranquillité dont il jouissait auparavant.

François, ayant achevé ses exercices, fut rappelé par son père qui, en 1584, l'envoya étudier en droit à Padoue, sous le célèbre Gui Pancirole. Il s'attacha dans cette ville au P. Antoine Possevin, qu'il chargea du soin de diriger sa conscience et ses études théologiques. Ce pieux et savant jésuite lui expliquait la Somme de S. Thomas, et lisait avec lui les Controverses du cardinal Bellarmin. Mais il cherchait bien moins à le rendre savant qu'à l'affermir dans les voies de la perfection, où il marchait déjà à grands pas. François se fit un réglement de vie, qui nous a été conservé par son neveu; et on y remarque, entre autres choses, qu'il se tenait toujours en la présence de Dieu ; qu'il faisait tout en vue de lui plaire, et qu'il implorait le secours de sa grâce au commencement de chacune de ses actions. Il sut conserver une chasteté inviolable au milieu de la corruption qui régnait à Padoue. Les piéges que les libertins tendirent à son innocence-ne servirent qu'à multiplier ses triomphes, et à faire éclater la fidélité qu'il avait vouée Seigneur.

Une maladie dangereuse, dont il fut attaqué dans la même ville, lui fournit l'occasion de prouver combien il était détaché du monde et soumis aux décrets de la divine Providence. On appela les médecins les plus habiles; qui, après avoir épuisé inutilement toutes les ressources de leur art, déclarèrent

que le jeune comte ne pouvait guérir. Lui seul ne fut point alarmé de son état; il attendait avec résignation et même avec joie le moinent où son âme, affranchie des liens du corps, irait s'abîmer dans le sein de la divinité. Son précepteur, accablé de la douleur la plus amère, lui demanda , tout baigné de larmes, ce qu'il voulait qu'on fît de son corps après sa mort. «Qu'on le donne, dit-il, aux écoliers de » médecine pour être disséqué. Je m'estimerai heureux si, après

avoir été inutile pendant ma vie, je suis de quelque utilité après » ma mort. Par là j'empêcherai encore quelques-unes des disputes

qui s'élèvent entre les étudians en médecine et les parens des v morts qu'ils déterrent. » Mais Dieu, qui avait ses desseins sur son serviteur, lui rendit la. santé, contre toute espérance, et le mit bientôt en état de reprendre ses études. Son cours achevé, I reçut le bonnet de docteur, après s'être tiré des épreuves ordi. TOME 1.

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