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plus l'utilité des religieux de la Merci, leur donna plusieurs mai. sons dans le royaume de Valence; celle d'Uneza, la plus célèbre de toutes , qui porte aujourd'hui le nom de Notre-Dame de la Merci del Puche, fut bâtie à l'endroit où l'on avait trouvé cette image de la sainte Vierge, que l'on y voit encore dans l'église. C'est pour cette raison qu'elle est extrêmement fréquentée par le peuple fidèle. Le roi fonda ce monastère en mémoire de ce qu'il avait pris la ville de Valence par la vertu des prières de notre saint. Il était effectivement si convaincu de leur efficacité, qu'il leur attribuait les victoires qu'il avait remportées sur les Mahometans, ainsi que la conquête des royaumes de Valence et de Murcie.

Dès que Pierre Nolasque eut une fois embrassé la profession monastique, il quitta la cour. Ce fut en vain que le roi tâcha de le retenir; rien ne pút contre-balancer dans son cour l'amour qu'il avait pour la retraite. A la vérité, il reparut dans le monde quelque temps après ; mais la charité seule l'y attira. Son desseir était de réconcilier deux seigneurs puissans, dont les divisions avaient troublé le repos de l'Etat, et allumé le flambeau de la guerre civile. Il eut le bonheur de réussir, et d'éteindre entière. ment le feu de la discorde. Sa présence n'étant plus nécessaire dans le monde, il rentra dans son monastère. Comme il voulait donner une nouvelle perfection à son ordre, il représenta à ses religieux qu'il ne suffisait pas de racheter quelques captifs sur les terres sujettes aux princes chrétiens, mais qu'il fallait encore élire deux personnes qui allassent exercer cette bonne ouvre dans les pays gouvernés par les infidèles. Son avis fut

reçu avec un ap plaudissement unanime, et on le nomma lui-même, avec un second, pour remplir une fonction qui a fait donner le titre de Rédempteurs à ceux qui en sont chargés. Il partit de Barcelone, afin de se rendre dans le royaume de Valence. Sa charité y donna le spectacle le plus édifiant. Les divers exercices de cette vertu l'occupaient si fort, qu'il ne lui restait pas un instant pour respirer. Tout son temps se passait à visiter, à instruire et à consoler les captifs. Dans l'impossibilité où il était de les racheter tous, il et Jean XXII ayant ordonné que les prêtres seuls pourraient être élevés au généralat, les chevaliers furent incorporés à d'autres ordres militaires. Cet institut est connu sous le titre d'Ordre royal, milituire et religieux de Notre-Dame de la Merci, pour la rédemption des captifs. Il possède en Espagne des commanderies fort riches. Il a huit provinces en Amérique, trois en Espagne, et une dans la partie méridionale de la France, que l'on appelle la province de Guienne. Cet ordre, par ses coustitutions, n'est point obligé à de grandes austérités corporelles. Le P. Jean-Baptiste Gonzalès, autrement dit, du Saint-Sacrement, mort en 1618, y introduisit une réforme qui fut approuvée par le pape Clément VIII. Ceux qui la suivent vont nu-pieds, et vivent dans la plus exacte pratique de la retraite, du recueillement, de la pauvreté et de l'abstinence. Les Pères réformés de la Merci ont deux provinces en Espagne et une en Sicile.

• En latin Pudoniensis.

obtint au moins la liberté pour le plus grand nombre qu'il put. Dans l'impossibilité où il était de les racheter tous, il obtint au moins la liberté pour le plus grand nombre qu'il put. Les Mahométans furent singulièrement frappés de l'éclat de ses vertus; et il y en eut plusieurs d'entre eux qui ouvrirent les yeux à la lumière de l'Evangile. Le saint fit encore d'autres voyages sùr les còtes d'Espagne, et toujours avec le même succès. Il eut beaucoup à souffrir dans celui d'Alger, où on le chargea même de fers pour la foi de Jésus-Christ. Mais rien ne pouvait lier sa langue; il continuait, malgré la défense qu'on lui en avait faite, d'éclairer les infidèles sur leurs erreurs aussi impies qu’extravagantes. Son courage était d'autant plus invincible, que le martyre était l'objet de ses désirs les plus ardens.

Notre saint, quelque temps après son retour à Barcelone, voulut se démettre du généralat, afin de vivre en simple religieux le reste de ses jours; mais personne ne voulut y consentir. Tout le succès de ses prières et de ses larmes se réduisit à lui obtenir un vicaire qui le déchargerait d'une partie du fardeau. On juge bien que la qualité de supérieur ne prenait rien sur l'humilité d'un tel homme. Pierre Nolasque se regardait comme le dernier de ses religieux, et recherchait avec empressement les plus bas offices de la communauté. Il aimait surtout à distribuer les aumônes à la porte du monastère, parce que cette fonction le mettait en état d'instruire les pauvres, et de les exhorter à la pratique de la vertu.

S. Louis, roi de France, avait une estime singulière pour notre saint, et il lui écrivit plusieurs lettres pour l'engager à venir le voir. Il eut cette satisfaction en Languedoc, en 1243. Il reçut

le serviteur de Dieu avec les démonstrations de la joie la plus vive, l'embrassa tendrement, et lui proposa de le suivre à la TerreSainte. Pierre Nolasque, qui désirait depuis long-temps de faire ce voyage, eût volontiers accompagné S. Louis ; mais le mauvais état de sa santé l'en empêcha. Il éprouva en effet, durant les dernières années de sa vie, une langueur continuelle, principalement, occasionée par les fatigues et les austérités de la pénitence. Ses infirmités augmentant de jour en jour, il se démit, en 1249, du généralat et de l'office de rédempteur, pour ne plus penser qu'à l'éternité. Dans sa dernière maladie, il ne démentit point cette patience héroïque qui avait déjà éclaté dans des infirmités aussi longues que douloureuses. Pendant son agonie, il fit à ses religieux une instruction sur la persévérance, et la termina par ces paroles : Le Seigneur a envoyé un Rédempteur à sono peuple; il a fail une alliance avec lui

pour

toute l'éternité 1. Il recommanda ensuite son · P. CX, 9.

ame à Dieu, et mourut le jour de Noël, l'an de Jesus-Christ 1256, et le soixante-septième de son âge. Les miracles opérés par la vertu de ses reliques, que l'on garde à Barcelone, chez les PP. de la Merci, l'ont fait mettre au nombre des saints par Urbain VIII, en 1628; Alexandre VII fixa depuis sa fête au 31 de janvier.

On a toujours remarqué dans les saints une tendre charité pour tous les hommes. Ils les portaient, pour ainsi dire, dans leur caur, et ils étaient dans la disposition de sacrifier jusqu'à leur vie, lorsqu'il s'agissait de les assister. Non contens de pourvoir aux besuins des corps, ils travaillaient encore à détruire dans les âmes le règne du péché, pour y établir celui de la justice. L'ingratitude, les mauvais traitemens même, n'étaient point capables de les rebuter. Ils regardaient les hommes comme des malades, plus dignes de compassion que de colère. Ils les recommandaient à Dieu dans le silence de la retraite, et sollicitaient sans cesse sa miséricorde en leur faveur. Cette conduite des saints n'aura rien qui nous étonne, si nous nous rappelons les puissans motifs que le Sauveur emploie pour porter ses disciples à l'amour du prochain. Mais comment justifier cette impitoyable dureté qui, sous mille prétextes frivoles, nous fait refuser aux malheureux la plus petite partie de nos biens temporels ? Avcns-nous donc oublié que JésusChrist, notre Rédempteur, de qui et par qui nous avons tout reçu, nous a fait un précepte formel de la charité envers le prochain, et surtout envers les pauvrés ? Il nous dit de les regarder comme les membres d'un même chef, comme nos frères et nos cohéritiers, comme des enfans chéris qui le représentent; il nous assure qu'il se tiendra fait à lui-même tout le bien que

nous leur

aurons fait; il s'engage à payer nos aumônes d'une gloire immortelle. De tels motifs, dit S. Chrysostôme, seraient suffisans pour toucher un coeur de pierre. Mais il y a encore quelque chose de plus, ajoute ce père, c'est que ce même Jésus-Christ, que nous refusons de nourrir dans la

personne des

pauvres, nourrit nos âmes de sa chair sacrée et de son sang précieux. Pourrions-nous, après cela, nous flatter de trouver grâce devant lui? O aveuglement incompréhensible! Nous nous creusons peut-être un abîme éternel avec ce qui pourrait nous assurer la conquête d'un royaume qui ne fi. nira jamais".

1 Chryst. Hom, in illud : Vidua eligatur, etc. tom. 3, p. 327, ed. Ben,

S. SÉRAPION, MARTYR. Ce saint, Anglais de naissance, et un des premiers disciples de S. Pierre Nolasque, fit deux voyages, l'un en Murcie, et l'autre à Alger, pour racheter des captifs. Etant resté en otage chez les Algériens, jusqu'au paiement total de la somme dont on était convenu, il eut le bonheur de convertir et de baptiser plusieurs Mahométans. Mais son zèle à étendre le règne de Jésus-Christ lui coûta la vie en 1240. Benoît XIII le déclara martyr en 1728, et approuva le culte qu'on lui avait de tout temps rendu chez les pères de la Mercia, qui célèbrent sa fête le 14 de novembre.

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S. CYR ET S. JEAN, MARTYRS. Le premier était un médecin d'Alexandrie, qui profitait des facilités que lui donnait son art pour désabuser les personnes malades des impiétés du paganisme. Le second était arabe de naissance. Ayant appris tous deux qu'une femme chrétienne, nommée Athanasie, avait été arrêtée avec ses trois filles à Canope en Egypte, ils se rendirent aussitôt dans cette ville, afin de les encourager à confesser généreusement Jésus-Christ. Mais les païens ne les eurent pas plus tôt connus pour Chrétiens, qu'ils les arrêtèrent aussi. On les battit rudement; on leur brûla les côtés avec đes torches ardentes, puis on mit du sel et du vinaigre dans leurs plaies, pour les rendre encore plus douloureuses. Athanasie et ses filles, qui avaient été témoins de cette affreuse question, la souffrirent à leur tour. On les condamna ensuite tous les six à être décapités. Le supplice de Cyr et de Jean fut différé de quelques jours, c'est-à-dire jusqu'au 31 de janvier b. a Voyez Benoit XIV, 1. 2, de Canoniz. c. 24, sec. 42, p. 296.

S. Cyr est le même que l'Abba-Cher , que les Cophtes nomment dans leur calendrier en ce jour, qui est le 6 de leur mois méchir. Il est appelé Abbacyrus dans la vie de S. Jean l'Aumônier, écrite par Léonce, dans plusieurs anciens Martyrologes, et dans d'autres monumens antiques. Abbacyrus est un mot chaldaïque qui signifie le Père Cyrus. Comme S. Cyr était d’Egypte, il est probable qu'il s'appelait originairement pa-Cher ou pa-Cyrus , les Egyptiens ayant coutume de pré-ajouter l'article pa aux noms d'hommes. Nous voyons ceci dans paChomis, pa-Phantis, pa-Phnutis, etc.

Il est dit, dans les Actes de nos deux martyrs, qu'ils furent enterrés à Canope, à douze stades d'Alexandrie, et que leurs reliques furent ensuite transférées Manuthe, village situé à deux stades de Canope , lequel devint célèbre par un grand nombre de miracles qui s'y opérèrent. Ces reliques sont présentement dans une église de Rome appelée Sant' Appassura. Le mot Appassara est l'Abbacyrus, que les Italiens ont défiguré. Il y avait anciennement à Rome plasieurs églises dédiées sous l'invocation de nos deux saints martyrs. Voyez Chastelain, Not. sur le Mart. Rom. p. 469 et suiv,

Voyez les Actes de ces martyrs, avec les remarques de Bollandus. Ils sont de S. Sophrone de Jérusalem, et le septième concile général en a fait l'éloge.

ste MARCELLE, VEUVE.

Cette sainte, que S. Jérôme appelle, la gloire des dames romaines, devint veuve après sept mois de mariage. Elle ne voulut point passer à de secondes noces, malgré tous les moyens qu'employa le consul Céréalis, oncle du césar Gallus, pour la déterminer à l'épouser. Résolue de consacrer à Dieu le reste de ses jours, elle se proposa d'imiter la vie des solitaires d'Orient. Elle se revêtit donc d'habits simples et grossiers, s'interdit l'usage du vin et de la viande, partagea son temps entre la lecture, la prière et la visite des églises des apôtres et des martyrs, se fit une loi de ne jamais parler seule à aucun homme. Plusieurs vierges de qualité se mirent sous sa conduite, et la ville de Rome fut bientôt remplie de monastères. Marcelle consultait S. Jérôme dans ses doutes, et nous avons encore les réponses de ce grand docteur dans les onze lettres qu'il lui écrivit.

Les Goths, commandés par Alaric, ayant pillé la ville de Rome en 410, notre sainte eut beaucoup à souffrir de çes barbares, qui la déchirèrent à coups de fouet, pour l'obliger à découvrir des trésors qu'elle n'avait plus, ou plutôt qu'elle avait cachés dans le sein des pauvres. Alarmée du danger que courait l'innocence de Principie, sa chère fille spirituelle“, elle se jeta aux pieds des soldats, et les conjura, les larmes aux yeux, de ne point abuser de la faiblesse de son âge et de son sexe. Ceux-ci, oubliant leur férocité, se laissèrent attendrir, et conduisirent Marcelle et Principie

ins l'église de Saint-Paul; car Alaric avait ordonné qu'elle servît d'asile, aussi bien que celle de Saint-Pierre, à tous ceux qui s'y seraient retirés. Notre sainte survécut peu de temps au désastre de sa patrie. Elle mourut pleine de mérites dans les bras de sle Principie, vers la fin d'août, en 410. Le Martyrologe romain n'en fait mémoire que le 31 janvier.

Voyez S. Jérôme, Ep. 96, ol. 16, ad Principiam, tom. 4, p.778, ed. Ben. Baronius, ad an. 410; et Bollandus, tom. 2, p. 1105.

a Principie n'était point, comme quelques auteurs l'ont cru, la propre fille de gle Marcelle.

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