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Les incursións que firent les barbares, au quatrieme siècle, empêchèrent long-temps de donner un successeur à S. Taurin, premier évêque d'Evreux; mais Dieu eut enfin pitié de son peuple abandonné, et lui suscita un pasteur selon son cœur, Germain, évêque de Rouen, fut l'instrument dont il se servit pour élever S. Gaud sur le siége d'Evreux. Le nouvel évêque a passait les jours à prêcher la foi dans les villes et dans les villages; pour les nuits, il les consacrait à la prière, afin d'attirer sur ses travaux les bénédictions du ciel. Il vint à bout d'extirper les superstitions du paganisme, et d'établir sur leurs ruines le règne de Jésus-Christ. Enfin, se sentant épuisé, après quarante années du plus pénible apostolat, il désigna le prêtre Maurusion pour son successeur, se démit de son évêché, et se retira, selon la tradition immémoriale du pays, dans la solitude de Scicy, au diocèse de Coutances 6. Cette solitude était alors habitée par plusieurs ermites, tels que S. Pair, S. Sénier, S. Aroaste et S. Scubilion. Gaud y passa les dernières années de sa vie dans les exercices de la plus sublime contemplation, et mourut en 491. On l'enterra dans l'oratoire de S. Pair, avec lequel il avait travaillé à la conversion des idolâtres du pays. Cet oratoire est aujourd'hui l'église paroissiale de Saint-Pair-surMer. On y voyait dans une chàssé les reliques de S. Gaud, qui furent découvertes en 1131. En 1664, l'évêque de Coutances fit présent à la cathédrale d'Evreux, d’un os de la jambe du saint. M. Le Febvre du Quesnoy, évêque de Coutances, donna, en 1760, un os entier du bras du même saint à l'église paroissiale d’Acquigny,

diocèse d'Evreux,en mémoire de ce qu'il y avait reçu l'onction épiscopale en 1757. S. Gaud est honoré le 31 de janvier à Coutances et à Évreux.

Voyez le Gallia Christiana nova, tom. II, p. 566; le Brasseur, Hist. d'Evreux; M. Trigan, Hist. Ecc. de Normandie. M. Rouault, curé de Saint-Pair, donna en 1734 une Vie de S. Gaud, où l'on trouve la relation de plusieurs miracles opérés par son intercession dans ces derniers temps.

u ul pe parait pas que S. Gaud soit né dans le territoire d'Evreux. Le nom de Waidus que lui donnent les anciens , et qui n'est ni romain ni gaulois, porterait plutôt à croire qu'il naquit dans la basse Bretagne, ou au moins qu'il descendait de parens bretons.

b La solitude de Scicy est sur le bord de la mer , et sur les frontières de la Bretagne.

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S. NICET, ARCHEVEQUE DE BESANÇON.
Voyez le Breviaire de Besancon, et les Bollandistes, t. 2, feb. p. 168.

VII SIÈCLE.
Pendant le règne de Thierry II, roi de Bourgogne et d'Aus-
trasie, S. Nicet, homme distingué par så sagesse et sa piété, fut
élevé sur le siége métropolitain de Besançon. Ce pontife entre-
tenait de grandes relations avec S. Grégoire le Grand, et montra
beaucoup de zèle pour défendre la foi catholique contre les hé-
rétiques de son temps. S. Colomban était très-lié avec lui, et ce
fut à la demande de ce vertueux abbé que Nicet consacra les
églises que Colomban avait fait construire dans les Vosges. Il alla
mème visiter les monastères d'Anegrai, de Luxeuil et de Fon-
taines, et adressa dans cette circonstance plusieurs exhortations
aux fervens religieux qui militaient alors sous la règle de S. Co-
lomban dans ces diverses maisons. Il reçut chez lui ce digne ami,
obligé de quitter Luxeuil, et lui offrit la plus touchante hospi-
talité, cherchant à adoucir autant qu'il était en lui le sort de ce
saint homme, si indignement persécuté par le jeune Thierri , roi
de Bourgogne, qu'il avait eu le courage de reprendre sur la vie
scandaleuse que ce monarque menait avec des concubines. Co-
lomban fut si touche de ces marques d'attachement, qu'il en versa
des larmes, et avoua que le séjour de Besançon était pour
tôt un séjour de délices que de peines et d'exil.

Nicet avait appris par révélation le jour de son trépas. Apres avoir convoqué son clergé, il lui recommanda la fidélité à la vraie doctrine de Jésus-Christ, ainsi que l'assiduité aux devoirs du saint ministère. Des sanglots interrompirent son discours : il ne put continuer, et s'endormit du sommeil de la paix, le 20 janvier 611. Plusieurs miracles opérés près de son tombeau attestèrent sa sainteté.

lui plu

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MARTYROLOGE.

A BARCELONE, S. Pierre Nolasque, confesseur, décédé le 25 jour de décembre.

A Rome, sur la voie de Porto, S. Cyr et S. Jean, martyrs, qui furent décapités après avoir beaucoup souffert pour la confession du nom de Jésus-Christ.

A Alexandrie, S. Métran, martyr, qui, sous l'empereur Dèce, de voulant pas dire des paroles impies que les païens lui commandaient

de proférer, eut tout le corps brisé des coups de bâton qu'ils lui don. nèrent; puis, lui ayant percé le visage et les yeux avec des roseaux très-aigus, et l'ayant chassé de la ville, sans discontinuer de le tourmenter, ils le mirent à mort sous une grêle de pierres.

En la même ville, les saints martyrs Saturnin, Thyrse et Victor.

De plus, les SS. Tharsice, Zotique, Cyriaque, et leurs compagnons, martyrs.

A Cyzique dans l'Hellespont, Ste Tripnene, qui, après avoir surmonté plusieurs tourmens, fut mise à mort par un taureau, et mérita la palme du martyre.

A Modène, S. Géminien, evêque, illustre par ses glorieux miracles.

Dans le Milanais, du temps de l'empereur Théodose, S. Jules, prêtre et confesseur.

A Rome, Ste Marcelle, veuve, dont S. Jérôme a écrit l'éloge.

Au même lieu, la bienheureuse Louise d'Albertone, veuve romaine, du tiers-ordre de S. François, femme d'une éminente vertu.

Le même jour, la translation de S. Marc, évangéliste, lorsque son sacré corps, qui était à Alexandrie, ville d'Égypte, occupee alors par les barbares, fut apporté à Venise, et placé avec honneur dans la principale église, qui est dédiée à Dieu sous son nom.

A Viterbe, Ste Hyacinthe Marescotti, vierge, religieuse du tiersordre de S. François, qui s'étant élevée courageusement au-dessns des séductions du siècle et des vanités du monde, s'efforça constamment de plaire à l'Époux céleste, par sa charité , son humilité et sa mortification. Le pape Pie VII l'a canonisée.

Saints de France.

Près de Valence en Dauphiné, S. Tronquets, évêque de Trois-Chateaux, qui a une église de son nom dans ce diocèse.

En Champagne, S. Pouange, confesseur.
A Evreux, S. Gaud, évêque, successeur de S. Taurin.

En Picardie, Ste Ulphe, vierge, dont le corps est honoré en l'église cathédrale d'Amiens.

A Troyes, S. Bodin, évêque, né en Aquitaine, dont le corps était à Monstier-la-Celle où il avait été moine. A Saint-Gal, le bienheureux Landeol, évêque de Tarbe en Bigorre.

Autres. En Afrique, les saints martyrs Victor, Publius, Saturnin et Polycarpe. A Trente, le martyre de S. Vigile, évêque, à qui S. Ambroise a écrit. En Irlande, S. Moëg, évêque de Fernes.

A Modon dans la Morée, S. Athanase, évêque de cette ville, natif de Catane en Sicile.

A Cordoue, S. Martin de Taure, curé au diocèse de Coimbre en Portugal.

S. IGNACE, ÉVÊQUE D'ANTIOCHE, MARTYR.

Tiré de ses Lettres et des Actes de son martyre; d'Eusébe , Hist. eccl. 1. 3, c. 36; de S. Chrysostome, Hom. in S. Ignat. Mart. tom. 2, p. 592, edit. Ben. Voyez Tillemont, tom. 2, p. 190 ; Cave, tom. 1, p. 100; D. Ceillier, tom. 1, p. 621;' D. Maréchal, Concorde des Pères grecs et latins , tom. 1, p. 58

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S. Ignace, surnommé Théophore", était, selon les Actes de son martyre, disciple de S. Jean l'Evangélisté b. Les apôtres l'élevérent sur le siége d'Antioche, après la mort de S. Evode; et nous apprenons de S. Chrysostôme qu'il fut un modèle de toutes les vertus épiscopales, pendant quarante ans qu'il gouverna cette église. Il ne cessa, durant la persécution de Domitien, de veiller à la garde de son troupeau, et de le soutenir par ses exhortations et ses prières. La paix ayant été rendue à l'Eglise par la mort du persécuteur, il s'en réjouit pour l'amour des fidèles; mais il s'attrista en même temps de n'avoir pas été jugé digne de souffrir pour le Seigneur. Il concluait, de ce qu'il n'avait pas eu le bonheur de sceller sa foi par l'effusion de son sang, qu'il n'était pas encore parvenu à cette charité parfaite qui caractérise le vrai disciple de Jésus-Christ.

La paix dont jouissaient les Chrétiens ne fut point troublée durant les quinze mois que régna Nerva. Mais la persécution se ralluma dans quelques provinces sous l'empereur Trajan, comme nous l'apprenons de la lettre écrite à ce prince par Pline le Jeune,

a Le mot grec beb opus signifie porte-Dieu, lorsque l'accent est sur la pénultième syllabe, comme dans les Actes de notre saint: mais s'il a l'accent sur I'antépénultiềne, sa signification est passive, et il veut dire porté de Dieu.

us. Grégoire, l. 4, ep.39, le fait disciple de S. Pierre. L'auteur des Constitutions apostoliques prétend, 1.7, c. 46, qu'il fut aussi disciple de S. Paul. S. Chrysostome, hom. in S. Ignat. et Théodoret, Dial. 1, donnent pour certain qu'il fut fait évêque par le choix et par l'imposition des mains de S. Pierre et de S. Paul, qui avaient conjointement planté la foi à Antioche. Selon S. Chrysostome, S. Pierre éleva S. Ignace sur le siége d'Antioche, lorsqu'il le quitta. Origène, hom. VI in

S. Athanase, de Syn. p. 922, Facundus, etc, paraissent avoir été du même sentiment. Mais l'autorité d’Eusébe cause un embarras. Cet auteur dit dans son Histoire, l. 3, c. 22, 36, que S. Evode fut le successeur immédiat de S. Pierre, et dans sa chronique il met l'intronisation du même saint à l'an 43 de JésusChrist. Il ajoute qu'il mourut en 68, et que S. Ignace lui succéda. Baronius, pour lever la difficulté, suppose qu'il y avait à Antioche deux évêques, l'un pour les Juifs, et l'autre pour les Gentils, et que S. Ignace, évêque des premiers, fut aussi chargé de la conduite des seconds après la mort de S. Evode. Quelques critiques ont prétendu que le savant cardinal s'était trompé dans l'indication de l'année de la mort de S. Evode; et ils la mettent avant le martyre de S. Pierre, qui lui donna S. Ignace pour successeur.( Voyez Cotelier , not. p. 299, et Tillemont, not. 1, p. 576.) S. Evode est nommé le 7 de septembre dans les Ménées. Hom. in. S. Ignat. tom. 2, p. 592; Théodoret, Dial. 1, p. 33.

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Luc:

TOME 1.

gouverneur de Bithynie. Ainsi, quoiqu'il fût défendu de rechercher les Chrétiens, on ne laissait pas de les condamner à mort, lorsqu'ils étaient dénoncés. Il faut convenir que Trajan avait de belles qualités et plusieurs vertus morales; mais il en ternit l'éclat par des vices honteux, et par les cruautés qu'il exerça contre les adorateurs dů vrái Dieu. Il devint persécuteur par une prétendue reconnaissance envers ses divinités imaginaires, auxquelles il se croyait redevable des victoires qu'il avait remportées sur les Daces et les Scythes, dans les années 101 et 105. Persuadé que rien ne pourrait plus résister à l'effort de ses armes, il résolut de les tourner contre les Parthes, qui avaient souvent donné de l’inquiétude à l'Empire. Il partit donc pour l'Orient, l'an 106 de JésusChrist, qui était le neuvième de son règne. Il vint à Antioche l'année suivante, et y fit son entrée le 7 de janvier avec beaucoup de magnificence. Son premier soin, en arrivant dans cette ville, fut de pourvoir à la gloire de ses dieux, ce qui le porta à exiger des Chrétiens qu'ils les adorassent, et à prononcer la peine de mort contre ceux qui refuseraient de le faire.

Ignače, qui ne craignait que pour son troupeau, se laissa généreusement conduire devant l'empereur, qui lui dit en le voyant: « C'est donc vous, mauvais démon, qui osez enfreindre mes or» drės, et persuader aux autres de périr misérablement? Ignace

répondit : Personne n'appelle Théophore un mauvais démon. » — Trajan. Et qui est Théophore? - IGNACE. Celui qui porte » Jésus-Christ dans son coeur. TRAJAN. Vous croyez donc que » nous n'avons pas dans nos cœurs les dieux qui nous aident à » vaincré nos ennemis ? IGNACĖ. C'est une erreur d'appeler

dieux les démons que vous adorez; car il n'y a qu'un seul Dieu

qui a fait le ciel et la terre avec tout ce qu'ils contiennent, et un » Jésus-Christ, son Fils unique, dans le royaume duquel je désire » ardemment d'être admis. TRAJAN. Vous voulez sans doute

parler de celui qui fut crucifié sous Ponce-Pilate? — IGNACE. » C'est celui-là même, qui par sa mort a crucifié le péché avec l'au»teur du péché, qui a triomphe de la malice des démons, et qui » les a assujettis sous les pieds de ceux qui le portent dans leur » coeur. — Trajan. Vous portez donc le Christ en vous? - IGNACE. » Oui, car il est écrit: J'habilerai et me reposerai en eux. » Trajan, irrité de la fermeté avec laquelle le saint évêque avait confessé sa foi, prononça la sentence suivante : « Nous ordonnons qu'Ignace, » qui dit porter en lui le crucifié, soit lié et conduit à Rome pour » y être dévoré par les bêtes, et y servir de spectacle au peuple. Le martyr ayant entendu l'arrêt de sa mort, s'écria, dans un transport de joie : « Je vous rends grâces, Seigneur, de ce que vous

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