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» mus dites simplement que j'ai sacrifié, et vous direz vrai. » Įl donnait à entendre par là qu'il n'avait point immolé de victimes et d'animaux, mais qu'il avait offert à Dieu un sacrifice plus spirituel, comme celui de la prière, ou même celui de l’Eucharistie'.

Ses proches étaient présens, ainsi que plusieurs autres personnes de distinction. Le gouverneur, espérant qu'il se laisserait attendrir par les sentimens de la nature, lui dit : « Voyez le dé» plorable état où votre femme se trouve réduite. » Le martyr répondit : « Jésus-Christ, le Sauveur des âmes, qui m'appelle à » l'héritage de sa gloire, y peut aussi appeler ma femme s'il le » veut. » Les avocats, touchés de compassion, dirent à Culcien : Phileas demande un délai. Le gouverneur, en s'adressant au saint: » Je vous l'accorde, afin que vous pensiez un peu à ce que vous » avez à faire. J'y ai pensé, répliqua Philéas, et je persiste toujours » dans la ferme résolution de mourir pour Jésus-Christ. » .Alors les juges, le lieutenant de l'empereur, qui était le premier magistrat de la ville, et tous les autres officiers de la justice, s'étant joints aux proches de Philéas, se jetèrent tous à ses pieds, et le conju-rèrent d'avoir pitié d'une famille désolée, et de ne pas abandonner ses enfans dans un âge où sa vie leur était si nécessaire; mais le saint, semblable à un rocher que la fureur des vagues ne peut ébranler, éleva son coeur à Dieu, et protesta qu'il ne reconnaissait pour ses parens que les apôtres et les martyrs. Il se trouva parmi les assistans un tribun qui était en même temps trésorier général de l'empereur à Alexandrie. Il avait dans la ville un tribunal particulier, où il jugeait les procès avec plusieurs personnes de grande considération. On le nommait Philorome. Pénétré d'admiration pour les réponses de Philéas, et indigné de l'acharnement de ses ennemis à le perdre, il s'écria : « Pourquoi vous opiniâtrer » ainsi à vouloir vaincre la résistance de ce brave homme ? Pour» quoi chercher à le rendre infidèle à son Dieu par une lâche com» plaisance? Ne voyez-vous pas qu'il n'envisage que la gloire du » ciel, et qu'il n'a que du mépris pour toutes les choses de la terre? Ces reproches irritèrent l'assemblée, qui demanda la mort de Philéas et de Philorome. Ils furent donc condamnés tous deux à perdre la tête.

Comme on les conduisait au supplice, le frère de Philéas, qui était du nombre des juges, dit: « Philéas désire qu'on lui accorde » sa grâce. » Culcien l'ayant fait rappeler, lui demanda si cela était vrai. « Moi, répondit le saint, à Dieu ne plaise ! Bien loin de souv haiter la révocation de la sentence qui me condamné à mort, je ý n'ai au contraire que des actions de grâces à rendre aux empe

Vorez Tillemont et Ceillier.

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» reurs et à vous, puisque je vais entrer aujourd'hui en possession » d'un royaume que Jésus-Christ veut bien partager avec moi. » A peine eut-il achevé ces paroles, qu'on le reconduisit au lieu du supplice, où, après avoir exhorté les fidèles à la persévérance, il fut décapité avec Philorome. Son martyre arriva entre les années 306 et 312. On trouve le nom de ces deux saints dans les anciens Martyrologes.

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Il se fit moiné dans sa jeunesse, et devint ensuite supérieur d'un monastère situé dans le voisinage de la ville dont il porte le nom. Nous apprenons de Facundus et de Suidas qu'il fut élevé à la dignité du sacerdoce. On le regardait comme une règle vivante de la perfection monastique. S. Cyrille et les autres évêques qui vivaient dans le même temps l'honoraient comme leur père. Ayant choisi S. Chrysostôme pour modèle, il ne pouvait manquer de faire de grands progrès dans la vie spirituelle. Il mourut vers l'an 449. Nous avons de lui deux mille douze lettres qui sont fort courtes, mais qui sont remplies d'excellentes instructions. Le style en est naturel, élégant, plein de feu et d'onction a. L'auteur devait être un homme plein de prudence, de zèle et d'humilité, brûlant d'amour pour Dieu, et orné de toutes les vertus.

Voyez Photius, Cod. 232 et 228; Tillemont, tom. 15, p. 97; Bollandus, 4 febr. p. 468.

SAINT AVENTIN, SOLITAIRE AU DIOCÈSE DE TROYES.

IL naquit à Bourges, de parens peu favorisés des biens de la fortune. La réputation de S. Loup l'ayant attiré à Troyes, il y fut reçu parmi ceux que ce saint évêque formait aux vertus cléricales. Il fut fait économe de l'église de Troyes, sous Camélien ou Camillan, successeur de S. Loup. L'amour extraordinaire qu'il se sentait pour la solitude le porta ensuite à s'éloigner tout-à-fait du commerce des hommes. Il se retira dans une île déserte, où il servit Dieu dans la prière et le jeûne. Il ne mangeait que du pain d'orge avec des herbes et des racines, et ne buvait que de l'eau. Quelquefois il passait trois jours sans prendre aucune nourriture. Il portait un rude cilice, et par-dessus, une tunique d'une étoffe

a Posscvin desirait qu'on s'en servit dans les classes, pour apprendre la lap. guc grecque aux jeunes gens.

vile et pauvre. Il ne put se dispenser de recevoir des disciples, qu'il réunit en corps de communauté a. Sa mort arriva vers l'an 540. Vincent, évêque de Troyes, ayant fait bâtir une église sous son nom, son culte y devint très-célèbre. Ses reliques étaient dans la collégiale de Saint-Etienne de Troyes. Il y en a des parcelles dans différentes autres églises.

Poyez Grégoire de Tours, de Glor. confess. c. 68; la Vie de S. Loup, ad 29 jul. Bulteau, etc.

On honore en ce jour un autre S. AVENTIN, dont le corps est dans l'église paroissiale de Saint-Médard à Château-Dun, diocèse de Chartres. Il avait été sacré évêque de Chartres, après que S. Souleine, ordonné malgré lui, eut pris la fuite pour éviter l'épiscopat. Ce dernier ayant été découvert et ramené à son église, Aventin fut fait corévèque, ou inspecteur du Dunois, avec pouvoir d'exercer les fonctions épiscopales dans toute l'étendue de son territoire. On trouve dans les souscriptions des conciles du temps, son nom avec la qualité d'évêque, tantôt de Chartres, tantôt de Château-Dun. On ignore s'il prit la place de S. Souleine après sa mort. S. Aventin du Dunois mourut quelque temps avant S. Aventin de Troyes.

Voyez Baillet, etc.

S. MODAN, ABBÉ EN ÉCOSSE.

Le monastère de Dryburgh, situé auprès de Mailros, et l'un des plus célèbres de l'Ecosse, fut celui que Modan choisit pour se consacrer à Dieu vers l'an 522. Persuadé que l'exercice de la prière et de la contemplation était l'unique moyen de parvenir à la perfection évangélique, il ydonnait six ou sept heures par jour. Comme il savait encore que l'esprit de prière a pour fondement cette pureté de ceur qui est le fruit de l'abnégation de soi-même, de lobéissance et de l'humilité, il saisissait toutes les occasions de mortifier sa chair par la pratique des plus grandes austérités; il se rabaissait au-dessous de toutes les créatures par les sentimens qu'il avait de sa propre personne, et se soumettait à la volonté de ses supérieurs avec tant de promptitude et de joie, qu'ils disaient tous n'avoir jamais vu un homme aussi mort à lui-même. Les religieux du monastère l'ayant élu abbé, il prouva par sa conduite la vérité de cette maxime, que, pour bien savoir gouverner, il faut avoir appris

a Ce monastère, connu autrefois sous le nom d'abbaye de l’Isle, n'était plus avant la révolution qu’un prieuré dépendant de Molesmę.

à bien obéir. Son zèle pour le maintien de la discipline n'avait * rien de dur; il fut toujours tempéré par la douceur et la charité. Ses discours avaient tant d'onction, qu'on ne pouvait résister à leur efficacité; les reproches même perdaient leur amertume en passant par sa bouche. Il prêcha la foi à Stirling, dans le voisinage du Forth, et surtout à Falkirk. De temps en temps il interrompait ses travaux apostoliques, pour se retirer sur les montagnes

de Dunbarton, où il passait trente à quarante jours dans l'exercice de la contemplation. Il mourut en paix dans le lieu de så retraite a, au septième siècle, quoique quelques auteurs mettent sa mort plus tard. Ses reliques étaient autrefois à Rosneith, dans une église de son nom. Il est encore premier patron de la grande église de Stirling ou Sterling, et honoré d'une manière particulière à Dunbarton et à Falkirk.

Voyez Hector Boëtius, Lesley, King dans son Calendrier; le Bréviaire d'Aberdeen; la Chronique de Score; et Bollandus,

P. 497.

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S. REMBERT naquit près de Bruges, en Flandre, et se fit moine à Turholt, qui n'était pas éloigné de sa patrie. S. Anschaire, qui l'avait associé à ses travaux apostoliques, le désigna pour son successeur dans sa dernière maladie. « Rembert, dit-il alors, est plus

digne d'être archevêque, que je ne suis digne d'être son diacre. » Après la mort de ce saint homme, arrivée en 865, Rembert fut choisi d'une voix unanime pour gouverner les diocèses de Brème et d'Hambourg qui avaient étě unis, comme nous l'avons dit dans la Vie de S. Anschaire b. On lui donna encore une inspection géné, rale sur les églises de Suède, de Danemark et de la basse Allemagne, afin qu'il mît la dernière perfection à l'ouvrage que son prédécesseur avait heureusement commencé. Son zèle, toujours infatigable lorsqu'il s'agissait d'accroître le règne de Jésus-Christ, lui inspira le dessein d'aller prêcher l'Evangile aux Slaves et aux Vandales e. Sa charité pour les malheureux était si grande, qu'il vendit les vases sacrés, afin d'avoir de quoi racheter les captifs qui

a Près d'Alcluid, qui est une forteresse bâtie sur la Cluid. On l'a depuis appelée Dunbritton; c'est aujourd'hui Dunbarton.

6 Le siège d'Hambourg ayant été uni à celui de Brème, cette dernière église était devenue la métropole de toute l'Allemagne septentrionale. La ville de Brème, après avoir embrassé le lutheranisme, chassa son archevêque sous le règne de Charles-Quint. Ce siége et celui de Ferden furent sécularisés et cédés à la Suède par le traité de Westphalie, en 1648,

c Aujourd'hui ceux de Brandebourg.

gémissaient sous l'esclavage des Normands. Malgré la multiplicité
de ses occupations, il savait trouver des momens pour vaquer à
* l'exercice de la prière. Il mourut le 11 juin 888; mais le Martyro-
loge romain en fait mémoire le 4 de février, jour où il fut élu ar-
chevêque a
Voyez sa Vie, écrite

peu
de
temps après sa mort, laquelle a

été publiée par Henschénius, p. 555, et par dơm Mabillon, Act, Ben, etc.

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S. GILBERT, FONDATEUR DES GILBERTINS.

Ce saint naquit à Sempringham, dans la province de Lincoln. Ayant été formé à la pratique de toutes les vertus cléricales, il fut élevé aux saints ordres, puis reçut là prêtrise de l'évêque de Lincoln. Il ouvrit une école, où il enseigna quelque temps à la jeunesse les principes des sciences, 'et, encore plus, les grandes maximes de la piété. En 1123, il fut nommé à la cure de Semprin. gham et à celle de Tirington. Ces deux paroisses, dont son père était seigneur, avaient été unies et pouvaient par conséquent être desservies

par un même prêtre. Le saint ne se réserva du revenu de ces deux bénéfices que ce qui lui était absolument nécessaire pour vivre; tout le reste fut distribué aux pauvres. Il se livra tout entier à l'instruction de ses paroissiens, et ce fut avec un succès extraordinaire. Ils vivaient en effet dans leurs maisons comme des religieux dans leurs cloîtres, et il suffisait de les voir pour connaître quel était leur pasteur. Sept vierges s'étant consacrées à Dieu dans une maison voisine de l'église paroissiale de Sempringham, Gilbert en prit un soin particulier, et leur donna une règle qu'elles observaient exactement dans leur retraite. Il en donna une aussi à une communauté d'hommes qui demandèrent à vivre sous sa conduite. Il avait tiré la première de ces règles de celle de S. Benoît, et la seconde de celle des chanoines régufiers; mais il ajouta à l'une et à l'autre quelques nouvelles constitutions. Telle fut l'origine de l'ordre d'es Gilbertins, que le pape Eugène III approuva.

Notre saint entra lui-même dans cet ordre, et en prît le gouvernement, dont il se démit toutefois quelque temps avant sa mort. Il ne se nourrissait que de racines et de légumes; encore mangeait-il si peu, que l'on ne concevait pas comment il pouvait 'subsister. Il

a Nous avons de S. Rembert, 1o la Vie de S. Anschaire, écrite avec beaucoup de fidélité, d'élégance et d'onction; 2° une lettre à Walburge, première abbesse de Nienherse. C'est une exhortation fort pathétique à l'humilité et à la virginita.

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