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étaient environnées d'une balustrade, n'avait que trois pieds de diamètre; ce qui faisait que le saint ne pouvait ni se coucher, ni s'asseoir. Il s'inclinait sur la balustrade lorsqu'il avait besoin de repos; il s'inclinait aussi très-fréquemment dans la prière. On le voyait, durant la ferveur de son oraison, tenir plusieurs heures de suite les yeux levés vers le ciel. Deux fois le jour il faisait des exhortations à ceux qui le visitaient, c'est-à-dire aux hommes, car les femmes n'avaient pas la liberté d'entrer dans l'enceinte où était sa colonne. Il étendit cette règle jusqu'à sa propre mère, qui était venue pour le voir: mais lorsqu'il eut appris sa mort, il pria pour le salut de son âme avec une grande ferveur. Ses discours roulaient ordinairement sur les juremens, sur l'observation de la justice, sur le crime de l'usure, sur la fréquentation des églises, et sur la nécessité de prier, non-seulement pour soi, mais pour tous les hommes en général. Il s'exprimait avec une force et une onction qu'il serait impossible de peindre; aussi avait-il le talent de convaincre les esprits et de toucher les cours. On ne pouvait l'entendre sans aimer la vertu et sans détester le vice.

Cependant un genre de vie si singulier devint bientôt l'objet de la censure publique. On lui donnait pour principe la vanité, ou au moins l'extravagance. Les évêques et les abbés du voisinage crurent qu'il fallait s'assurer des dispositions intérieures du saint, avant que de le condamner. Ainsi leur avis fut qu'on lui enverrait dire de quitter sa colonne, et de rentrer dans la voie ordinaire des autres serviteurs de Dieu. A peine l'ordre eut-il été notifié à Siméon, que, sans répliquer, il se mit aussitôt en devoir de descendre. Le député, conformément aux instructions qu'il avait reçues, se contenta de sa docilité. « Restez, lui dit-il; la prompti» tude de votre obéissance prouve la pureté des motifs qui vous » font agir : continuez de suivre, la volonté de Dieu, et de correspondre fidèlement à votre vocation. »

Siméon, assuré, plus que jamais, qu'il était dans l'ordre de la Providence, persista dans la même manière de vivre. On continua toujours de le visiter aux heures dans lesquelles il se communiquait. La force de ses discours, jointe à l'éclat de ses miracles, convertit un grand nombre de Perses, d'Arméniens, d'Ibériens, et toute la nation de Lazes, qui était venue de la Colchide pour l'écouter. Les princes et les princesses d’Arabie allaient recevoir sa bénédiction. Varanane V, roi de Perse, ne put s'empêcher de le respecter, quoiqu'il fût ennemi déclaré et persécuteur des Chrétiens. Théodose le Jeune et Léon, empereurs romains, le consultaient souvent, et se recommandaient à ses prières. L'empereur Marcien se travestit en simple particulier, pour se procurer

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plus facilement le plaisir de le voir et de l'entendre. Ce fut par ses avis qué l'impératrice Eudoxie abjura l'eutychianisme quelque temps avant sa mort. Tant d'honneurs, joints au don des miracles et au don de

prophétie a, auraient exposé une âme commune à la plus délicate des tentations, à celle de la vanité, et peut-être qu'elle y aurait succombé. Mais Siméon était trop solidement affermi dans l'humilité, pour rapporter à lui-même la gloire qu'il recevait de la part des hommes. Persuadé qu'on peut prédire l'avenir et opérer des prodiges, sans être pour cela un saint, il se regardait comme le rebut du monde et le dernier des pécheurs. Sa patience n'était pas moins admirable que son humilité. Outre qu'il souffrait avec joie les afflictions, les mépris, les opprobres, il observait encore de n'en jamais parler. Il cacha long-temps un horrible ulcère qu'il avait au pied, et quand on l'eut découvert, il ne voulut point permettre qu'on le pansåt, quoiqu'il en sortît une grande quantité de vers. Que n'aurions-nous pas à dire de sa douceur et de sa charité pour tous ceux qui le visitaient, de la vivacité de son amour pour Dieu, de son détachement des choses terrestres, de sa ferveur dans l'oraison, et de toutes les autres vertus qu'il porta jusqu'au plus sublime degré de la perfection?

Il est rapporté' que Domnus, patriarche d'Antioche, l'ayant été visiter, lui administra la communion sur sa colonne. On ne peut douter

que d'autres prêtres ne lui administrassent souvent cet auguste sacrement. Enfin cet incomparable pénitent sentit

approcher sa fin. Il s'inclina pour prier à l'ordinaire, mais il ne se releva point, parce qu'il s'était endormi dans le Seigneur. On ne s'aperçut de sa mort qu'au bout de trois jours. Elle arriva, selon Cosmas, un mercredi 2 septembre l'an 459. Le saint était dans sa soixante-neuvième année. Le vendredi, on porta son corps à Antioche : les habitans de toute la contrée et plusieurs évêques assistèrent au convoi. On fut confirmé dans l'idée que l'on avait de la sainteté du serviteur de Dieu, par les miracles qui s'opérèrent en cette occasion . On célébra depuis sa fête dans tout l'Orient avec une grande solennité b. Evagr. l. 1, c. 13, 14.

Evagr. l. 1, c. 13, 14; Anton. Cosmas. a On trouve dans la relation de Théodoret le détail des miracles et des prédictions de notre saint.

6 M. Majelli, prelat romain, représente, dans sa dissertation sur les stylites, la colonne de S. Siméon enfermée par le haut d'une espèce de balustrade. Il prouve que depuis $. Siméon il y a toujours eu des stylites en Orient, jusqu'à l'empire des Sarrasins et des Turcs. L'intempérie de l'air rend ce genre de vie impossible aux Occidentaux. Cependant S. Grégoire de Tours parle, 1. 8, c. 10, d'un certain Vulfilaïc qui vécut quelque temps sur une colonne, dans le voi. sinage de Trèves. Il était de Lombardie, et avait été disciple du saint abbé Yrier en Limousin. Il engagea le peuple des villages voisins à renoncer au culte des idoles, et à abattre la grande statue de Diane d'Ardenne, honorée depuis

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Les voies extraordinaires par lesquelles marcha S. Siméon annoncent un homme qui voulait vivre dans une entière séparation des créatures, pour s'attacher uniquement à Dieu. L'amour de la singularité n'entra jamais pour rien dans ses vues ; il ne se proposait que l'accomplissement de la volonté céleste:de là cette disposition à quitter sa colonne dès qu'on lui notifie l'ordre de ses supérieurs. Vraiment humble, il se regardait comme un coupable justement banni de la compagnie des hommes, et dont la vie devait être toute cachée en Jésus-Christ. Malheur à quiconque tendrait à la perfection, dans le dessein de paraître grand aux yeux du monde ! La perfection chrétienne doit avoir pour base l'esprit d'humilité et l'amour de l'abjection. Malheur encore à ces âmes qui, par un orgueil plus raffiné, ne rechercheraient dans la saintété qu'un état sublime et relevé! Il faut aspirer à la sainteté, parce que Dieu nous y appelle, et qu'en y tendant de plus en plus, nous nous rendons agréables à ses yeux. Ce fut sur ces grandes maximes que S. Siméon régla toute sa conduite. Il est vrai qu'il fit des choses qui ne sauraient être le sujet de notre imitation : mais ne pouvonsnous pas aimer comme lui la pauvreté, les mépris, les souffrances, les croix ? Est-ce que nous serions dispensés de l'obligation de devenir conformes à Jésus-Christ? Avons-nous donc oublié que cette conformité avec notre divin modèle nous est absolument nécessaire si nous voulons participer au bienfait de la rédemption? Gardons-nous de cet orgueil secret qui, sous de frivoles prétextes, voudrait nous faire préférer les actions d'éclat à celles dont le mérite n'est connu que de Dieu seul. Jamais nous ne répondrons à notre vocation, à moins que nous ne comptions parmi nos devoirs la nécessité de porter notre croix à la suite de JésusChrist, de mener une vie cachée, au moins en esprit, de nous défier continuellement de notre fragilité, de nous humilier, de nous anéantir à la vue de l'abîme impénétrable de nos faiblesses et de nos misères.

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S. TÉLESPHORB était Grec de naissance; il succéda au pape Sixte Ier, et fut le huitième des évêques de Rome depuis S. Pierre. Il eut la douleur de voir les ravages que fit dans l'Eglise la persécution le règne de Domitien. Son évêque lui ayant ordonné de quitter un genre de vio trop austère pour un climat froid, il obéit sur-le-champ, et se retira dans un monastère. Il parait que Vulfilaïc a été le seul stylite d'Occident. Voyez Fleury, 1. 35, tom. 8, p. 54.

allumée par l'empereur Adrien. Nous apprenons de S. Irénée et d'Eusebe ?, qu'il termina glorieusement sa vie par le martyre, vers le milieu du second siècle. Il avait siégé onze ans.

Voyez S. Irénée et Eusébe, loc. cit. Pagi, Orsi, Berti, etc.

ste SYNCLÉTIQUE, VIERGE.

ste SYNCLÉTIQUE naquit à Alexandrie en Egypte, de parens ori

. ginaires de Macédoine, et aussi distingués par leur naissance que par leurs richesses. On vit en elle, dès son enfance, un amour décidé pour la vertu et pour tous les exercices de la religion. Une immense fortune, jointe à une rare beauté, la firent rechercher en mariage par les plus considérables partis de la ville; mais elle les refusa tous, parce qu'elle avait promis à Jésus-Christ de n'avoir jamais d'autre époux que lui. Il fut impossible de lui faire quitter la résolution qu'elle avait prise de vivre dans une virginité perpétuelle; elle sortit victorieuse de tous les assauts qui lui furent livrés. Comme elle était intimement persuadée qu'elle n'avait point de plus dangereux ennemi qu'elle-même, elle employait la pratique de toutes sortes de mortifications pour soumettre la chair à l'esprit. Ses jeûnes étaient longs et rigoureux; et la nécessité de manger plus souvent qu'elle ne l'eût voulu, lui paraissait un vrai supplice.

Après la mort de ses parens elle pourvut aux besoins d'une soeur infirme qui lui restait, puis elle distribua tous ses biens aux pauvres. Rien ne pouvant plus l'attacher au monde, elle se retira dans un sépulcre, afin de s'appliquer uniquement à la contemplation des choses célestes. Son premier soin fut de faire venir un prêtre qui lui coupa les cheveux. Le dépouillement extérieur de sa tête était un signe de son entière renonciation au siècle, et un renouvellement du veu de virginité qu'elle avait fait autrefois. Depuis ce temps-là elle se regarda comme une personne consacrée par état aux austérités de la pénitence et aux exercices de la prière et de la méditation. Dieu seul fut, pendant quelque temps, le témoin de la vie tout angélique que menait sa servante; mais il permit enfin

que l'éclat de ses vertus percât l'obscurité des ténèbres auxquelles elle s'était condamnée.

Il se fit bientôt à la demeure de la sainte un grand concours de femmes chrétiennes, qui venaient la consulter sur des matières de piété. Si elle en eût cru son humilité, elle ne se serait point mêlee

9 Hist, l. 4, c. 10.

' L. 3, c. 3.

»

de l'instruction des autres; mais la charité l'emporta. On ne pouvait l'écouter sans être attendri, parce que ses discours étaient dictés par le zèle le plus pur, et que les larmes abondantes qui coulaient de ses yeux leur donnaient une force singulière. « Oh!que » nous serions heureuses, disait-elle, si nous faisions pour plaire » à Dieu, et pour gagner le ciel, ce que font les mondains pour » amasser des biens périssables! Sur terre, ils s'exposent à l'avi

dité des voleurs; sur mer, ils affrontent la fureur des vents et » des tempêtes; les périls, les naufrages ne les rebutent point; ils » tentent, ils hasardent tout : et nous, quand il s'agit de servir un

si grand maître, qui nous promet des biens incompréhensibles, » nous nous laissons effrayer par la plus petite contradiction. » Une autre fois elle parlait ainsi des dangers de cette vie : « Nous » devons être sur nos gardes, parce que nous avons une guerre ó continuelle à soutenir. Sans cette vigilance, l'ennemi nous sur

prendra lorsque nous y penserons le moins. Un vaisseau échappe quelquefois à une violente tempête; mais si le pilote ne veille, » même pendant le calme, une vague soulevée par un coup de vent » imprévu suffira pour le submerger. Pourvu que l'ennemi vienne » à bout de détruire la maison, il se soucie peu des moyens qu'il » met en oeuvre. Pendant cette vie, nous voguons sur une mer in> connue et semée d'écueils, où le calme et l'orage se succèdent » continuellement. Toujours nous sommes en danger; et si nous » avons l'imprudence de nous endormir, notre perte est assurée. » Jésus-Christ lui-même veut bien être le pilote de notre vajsseau, wet il nous conduira au port du salut, à moins que nous ne nous

perdions par notre négligence. » Elle inculquait la vertu d'hunilité en ces termes : « Un trésor est en sûreté tant qu'il reste

caché; mais s'il est découvert et abandonné à tout venant, on » l'enlève aussitôt : il en est de même par rapport à la vertu : elle » est hors de danger, tant qu'elle reste secrète. L'expose-t-on té» mérairement au grand jour, elle s'évapore comme une fumée lé

gère. Par l'humilité et le mépris du monde, nous foulons aux pieds les lions et les dragons; notre âme, semblable à un aigle,

prend l'essor, et s'élève au-dessus de toutes les choses terres» tres. » Elle s'exprimait avec la même force sur les autres vertus chrétiennės.

Dieu permit que le démon, jaloux de tout bien, exercât par les tribulations celle qui faisait échouer toutes ses ruses. Ce cruel ennemi lui porta les coups les plus sensibles, et renouvela dans sa personne les souffrances de Job. A l'âge de quatre-vingts ans, Syn: clétique fut prise d'une fièvre violente et continuelle qui la minait peu à peu. Un abcès se forma en même temps à ses poumons, Un

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TOME I.

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