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Lorsque Finan, évêque de Lindisfarne, eut baptisé le roi Péade a

, avec un grand nombre de seigneurs, d'officiers et de soldats qui l'avaient suivi à la cour d'Oswy, roi de Northumberland, le saint fut chargé, avec trois autres missionnaires, de prêcher la foi dans les Etats du prince converti. On y vit bientôt les temples des idoles abandonnés : le peuple instruit renonçait à ses superstitions, et venait en foule demander la grâce du baptême. Le roi Penda, tout païen qu'il était, n'empêcha point les zélés missionnaires d'annoncer l'Evangile dans cette partie de la Mercie qui lui était soumise. Il n'inquiétait point ceux qui se faisaient chrétiens; mais, quand quelques-uns d'entre eux ne vivaient pas d'une manière conforme à leur religion, il avait coutume de dire : « Ces misérables, qui ne veulent

point obéir au Dieu en qui ils ont cru, ne sont-ils pas dignes du » dernier inépris ? » Quelque temps après, une nouvelle carrière s'ouvrit au zèle de notre saint.

Oswy, roi de Northumberland, avait gagné à Jésus-Christ Sigbercht, autrement Sigebert, roi des Saxons orientaux, qui l'était venu voir, et ce prince fut baptisé par l'évêque Finan. De retour dans son royaume, il ne s'occupa plus que des moyens d'y établir la religion chrétienne; il crut qu'il n'y avait rien de mieux à faire que de prier Oswy de lui procurer des prédicateurs zélés. Celui-ci envoya notre saint avec un autre prêtre. Dieu bénit les travaux de ces deux hommes apostoliques, et donna une telle efficace à leurs paroles, que le nombre de ceux qui se convertirent fut presque innombrable. Cedde fonda plusieurs églises, afin d'assurer une plus longue durée aux fruits de sa mission.

Le saint étant allé à Lindisfarne pour consulter Finan sur quelques matières importantes, celui-ci, assisté de deux de ses confrères, le sacra évêque des Saxons orientaux. Lorsque le nouvel évêque fut arrivé dans son diocèse, il continua l'ouvrage qu'il avait déjà si heureusement commencé. Il bâtit partout des églises, qu'il pourvut de saints ministres. Il fonda aussi deux monastères, dont l'un était auprès de la Tamise 6. Camden croit qu'il demeurait ordinairement dans ce dernier, selon la coutume des premiers évêques d'Angleterre, qui vivaient dans les monastères; mais l'opinion la plus commune est qu'il résidait à Londres, pour lors

a Il était fils de Penda, roi de Mercie. Son père l'avait fait roi des Anglais du milieu du pays, c'est-à-dire du comté de Leicester, et d'une partie des comtés de Lincoln et de Derby.

6 Dans la ville de Tillaburg, aujourd'hui appelée Tilbury. L'autre monastère était auprès de la ville d'Othona, dont le nom fut changé par les Anglo-Saxons en celui d'Ythancester : cette ville était bâtie sur le bord de la Pante, appelée aujourd'hui Froshwell. Elle a depuis été engloutie par la mer. Les deux monastères dont nous parlons furent détruits par les Danois, et on ne les a jamais rebåtis

capitale du royaume, comme l'ont fait les plus anciens de ses suc

cesseurs.

Edilwald, fils d'Oswald, qui régnait sur les Deïrois, dans le comté d'Yorck, connut Cedde à l'occasion d'un voyage qu'il fit dans sa patrie. Frappé tout à la fois et de sa profonde sagesse, et de son éminente sainteté, il lui offrit quelques fonds de terre pour bâtir un monastère. Le dessein de ce prince vertueux était d'y aller souvent prier avec les moines pendant le reste de sa vie, et de s'y faire enterrer après sa mort. Le saint choisit l'emplacement du monastère sur des montagnes escarpées, beaucoup plus propres à servir de retraite aux voleurs et aux bêtes sauvages, que d'habitation aux hommes. Mais, avant que de rien entreprendre, il résolut de consacrer en quelque sorte ce lieu, en y passant les quarante jours du carême dans le jeûne et dans la prière. Tous les jours, excepté les dimanches, il ne faisait qu'un repas vers le soir. Un cuf, avec un peu de pain et de lait mêlé d'eau, étaient sa nourriture a. Le roi l'ayant rappelé pour des affaires pressantes, dix jours avant la fin du carême, il chargea son frère Célin, qui dirigeait toute la cour d'Edilwald, d'achever ce qu'il avait commencé. Ce ne fut qu'en 658 que le monastère reçut sa dernière perfection. Il prit le nom de Lestingay. Notre saint y mit des moines et un supérieur, tirés de Lindisfarne, de manière cependant qu'il en fut toujours le premier supérieur, et il y allait quelquefois de Londres pour y faire sa visite.

Le trait suivant nous apprendra avec quel soin les evêques de ce temps-là veillaient à la manutention de la discipline ecclésiastique. Notre saint ayant excommunié un des principaux seigneurs d'entre les Saxons orientaux, qui avait contracté un mariage incestueux, défendit à tous les fidèles d'entrer dans sa maison et de manger avec lui. Le roi, sans avoir égard à la défense, fit l'un et l'autre. Cedde le rencontra lorsqu'il venait de chez le seigneur excommunié. Le malheureux prince, tout déconcerté, descend de cheval en tremblant, et.se jette aux pieds du saint pour lui demander pardon de sa faute. « Prince, lui dit Cedde, en le touchant de la

baguette qu'il tenait à sa main, vous mourrez dans la maison de » cet excommunié, où vous avez eu la hardiesse d'entrer. » L'événement vérifia la prédiction. Le roi fut assassiné quelque temps après b par le seigneur même, aidé d'unde ses parens.

« Cette manière de vivre en carême était celle que l'on suivait au monastère de Lindisfarne, d'après S, Colomh. Apparemment que les canons de l'Eglise qui défendaient en carême l'usage des oeufs et du lait le permettaient dans les pays situés au nord, où l'on ne pouvait avoir de légumes si tot, à cause de la rigueur du climat

En 661. Il eut pour successeur Suidhelm, fils de Sexbarld, baptiné par S. Cedde

D

Saint Cedde assista au synode tenu à Streneshalch en 664. Il y abandonna la pratique que les églises d'Ecosse suivaient dans la célébration de la pâque, pour se conformer à ce qui avait été réglé par les canons. Il survécut peu de temps à ce synode. Il mourut le 26 d'octobre dans son monastère de Lestingay a, de l'horrible peste qui ravageait alors l'Angleterre. Son corps fut enterré dans un cimetière; on le leva ensuite de terre, pour le transporter au côté droit de l'église du monastère. Le nom de S. Cedde est marqué au 7 de janvier dans le Martyrologe d'Angleterre.

Voyez Bède, Hist. l. 3, c. 21, 22, 23, etc. Wharton, Hist. episcop. Londin. etc.

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ste KENTIGERNE était fille de Kelly, prince de Leinster, en Irlande, et mère du saint abbé Foélan, appelé aussi Félan. Après la mort de son mari, elle passa d'Irlande en Ecosse, où elle prit l'habit monastique. Elle édifia surtout ses soeurs par son humilité et par la pratique des plus grandes austérités de la pénitence. Dieu la retira de ce monde le 7 janvier de l'année 728. Adam King rapporte qu'il y avait une église paroissiale de son nom à Locloumont, dans la petite île d'Inchelroch, sur les côtes d'Irlande, où elle s'était retirée quelque temps avant sa mort pour goûter plus librement les douceurs de la contemplation.

Voyez le Bréviaire d’Aberdeen, et Colgan au 7 de janvier,

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S. ALDRIc reçut la vie d'un père et d'une mère également distingués par leur naissance. Le premier était de Saxe, et la seconde de Bavière : mais ils étaient tous deux sujets du roi de France. Ce fut dans l'année 800 de Jésus-Christ que notre saint vint au monde. A peine eut-il atteint l'âge de quatorze ans, que son père le conduisit à la cour, pour l'attacher à la maison de Louis le Débonnaire. Quoiqu'on ne connaisse guère le mérite chez les grands, on ne tarda cependant pas à rendre justice à celui du jeune Aldric. Son application aux choses sérieuses, son exactitude à remplir tous ses devoirs, et surtout son éminente vertu, lui acquirent

a Les Danois le détruisirent depuis. On ne sait pas bien aujourd'hui le vraj licu où il était.

bientôt une estime universelle. Il sentait trop bien le vide des honneurs, pour se laisser éblouir par leur faux éclat. Il ne connaissait de véritable gloire que celle qui se trouve dans le service de Dieu. Tout son plaisir eût été de vivre dans une entière séparation du monde, pour ne s'occuper que de l'éternité. Enfin, pressé par la grâce qui tous les jours augmentait en lui le dégoût du siècle, il quitta la cour d'Aix-la-Chapelle vers l'an 821, et choisit pour le lieu de sa retraite la maison de l'évêque de Metz, qui menait avec son clergé la vie la plus édifiante. Les progrès qu'il faisait dans la vertu étant très-sensibles, on le jugea digne de recevoir la tonsure cléricale. On l'éleva ensuite au diaconat, puis au sacerdoce.

La renommée n'eut pas plutôt instruit Louis le Débonnaire de la piété et de la sagesse d’Aldric, qu'il eut envie de l'avoir auprès de sa personne. Il l'appela donc à la cour, afin de le faire son prenner chapelain et son confesseur. Il se crut ensuite obligé de le rendre à l'Eglise, qui avait besoin de ses services. En effet, Aldric fut élu évêque du Mans, et sacré le 22 décembre de l'an 832. Le saint pasteur passa les fêtes de Noël avec l'empereur, qui était venu au Mans. Lorsqu'il se vit placé sur le chandelier de l'Eglise, il ne s'occupa plus que de la sanctification de son troupeau. On vit briller en lui toutes les vertus épiscopales, et entre autres une patience admirable et une humilité profonde. Il n'avait de sévérité que pour lui-même : il traitait tout le monde avec une douceur singulière et une charité vraiment cordiale. Son crédit et son patrimoine étaient uniquement employés à de saints usages. Il soulageait les misères des pauvres, rachetait les captifs, bâtissait des églises, fondait des monastères, ne se proposant d'autre but que d'étendre le règne de la piété et de la religion.

Notre saint, qui naturellement ne devait pas avoir d'ennemis, ne laissa pas d'éprouver une persécution cruelle. Voici quelle en fut l'occasion. Le feu des guerres civiles s'étant allumé en France sous les règnes de Louis le Débonnaire et de Charles le Chau ve Aldric, inviolablement attaché à ses princes légitimes, parla fortement contre l'esprit de révolte, afin de retenir son peuple dans la soumission. Cette conduite ne servit qu'à échauffer davantage les plus mutins. Bientôt ils réunirent leurs efforts pour perdre leur évêque. Non contens de l'avoir chassé de son église, ils noircirent encore sa réputation par les plus atroces calomnies. Mais la vérité se fit jour, et le saint fut rappelé. Il avait été exilé pendant près d'un an a.

a Oa ne sait pas bien si cet exil arriva sous Charles lc Chauve, ou sous sop prédécesscur.

Aldric employa le repos dont il jouissait, à établir une discipline exacte dans son clergé. Ce fut ce qui le porta à faire un recueil de canons tirés des conciles et des décrétales des

papes.

On

ne saurait trop regretter la perte de ce précieux monument, connu sous le nom de Capitulaires d'Aldric. Le neuvième siècle n'avait rien produit d'aussi savant ni d'aussi judicieux en ce genre'. Le saint fit encore de sages réglemens par rapport à la célébration du service divin a. Il nous reste de lui trois testamens », dont le dernier est une preuve authentique de sa piété. On trouve dans les deux autres des legs pieux et de sages règles pour entretenir le bon ordre et la charité entre les clercs et les moines.

Le concile tenu à Aix-la-Chapelle en 836 députa notre saint avec Erchenrad, évêque de Paris, vers Pepin, roi d'Aquitaine, qui était alors réconcilié avec l'empereur son père. Il parla avec tant de force à ce prince, qu'il lui persuada de restituer à l'Eglise les biens qui lui avaient été ravis pendant les troubles du royaume. Nous ne savons plus rien de sa vie, sinon qu'il assista au huitième concile de Paris, en 846, et à un autre concile tenu à Tours en 849. Enfin il tomba dans une paralysie qui le retint au lit les deux dernières années de sa vie. Alors il redoubla sa ferveur et son assiduité à la prière. Il mourut le 7 janvier 856, ayant été évêque près de vingt-quatre ans. On l'enterra dans l'église de SaintVincent, qu'il avait enrichie de ses libéralités, ainsi que le monastère auquel elle appartenait. On y voit encore ses reliques. Le diocèse du Mans célèbre la fête de S. Aldric de temps immémorial.

Nous avons trois différentes Vies de S. Aldric. L'auteur de la première cite des actes originaux; ce qui porterait à croire qu'il était contemporain, Histoire littéraire de la France, tom. 5, p. 145. Elle a été publiée par Baluze, tom. 3 Miscell. d'après un ancien manuscrit. La seconde, donnée par Mabill. Analect. tom. 3, p. 47, 60, 275, etc., paraît avoir été composée par un chanoine de la cathédrale du Mans, sous l'évêque Robert, successeur de S. Aldric; mais on y a inséré quelques pièces supposées, Hist. littér. de la France, ibid. p. 148. La troisième Vie, publiée par Bollandus, est l'ouvrage d'un moderne, Jean Moreau, chanoine du Mans.

" Voyez Baluze, Capitul, regum Fr. ? Ibid. p. 63, 70, 72, 80. tom. 2, p. 44.

a Il nous en reste quelques fragmens dans Baluze, loc. cit. p. 143. Il y est porté que les jours de grande fête on allumera dans la cathédrale dix cierges et quatre-vingt-dix lampes.

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