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HENRIETTE.

Le plus sûr est de gagner ma mère. Mon père est d'une - humeur à consentir à tout ; Mais il met peu de poids aux choses qu'il résout : Il a reçu du ciel certaine bonté d'ame Qui le soumet d'abord à ce que veul sa femme. C'est elle qui gouverne ; et, d'un ton absolu, Elle dicte pour loi ce qu'elle a résolu. Je voudrois bien vous voir pour elle et pour ma tante Une ame , je l'avoue , un peu plus complaisante , Un esprit, qui flattant les visions du leur , Vous půl de leur estime attirer la chaleur,

CLITANDRE.

Mon coeur n'a jamais pu , tant il est né sincère ,
Même dans votre soeur , flatter leur caractère ;
Et les femmes docteurs ne sont pas de mou goût.
Je consens qu'une femme ait des clartés de tout :
Mais je ne lui veux point la passion choquante
De se rendre savante afin d'être savante;
Et j'aime que souvent, aux questions qu'on fait ,
Elle sache ignorer les choses qu'elle sait :
De son étude enfin je veux qu'elle se cache ,
Et qu'elle ait du savoir sans vouloir qu'on le sache ,
Sans citer les auteurs , sans dire de grands mots,
Et clouer de l'esprit à ses moindres propos.
Je respecte beaucoup madame votre mère

;
Mais je ne puis du tout approuver sa chimère ,
Et me rendre l'écho des choses qu'elle dit,
Aux encens qu'elle donne à son héros d'esprit.

Tome VIII.

Son monsieur Trissouin me chagrine , m'assomme ;
Et j'enrage de voir qu'elle estime un tel homme",
Qu'elle nous mette au rang des grands et beaux esprils
Un bênet dont partout on siffle les écrits,
Un pédant dont on voit la plume libréale
D'officieux papiers fournir toute la halle.

HENRIETTE. .

Ses écrits, ses discours , tout m'en semble ennuyeux ,
Et je me trouve assez votre goût et vos yeux.
Mais, comme sur ma mère il a grande puissance,
Vous devez vous forcer à quelque complaisance.
Un amant fait sa cour où s'attcehe son coeur
Il veut de tout le monde y gagner la faveur ;
Et , pour n'avoir personne à sa flamme contraire ,
Jusqu'au chien du logis il s'efforce de plairc.

CLITANDRE.

Oui, vous avez raison; mais monsieur Trissotin
M'inspire au fond de l'ame uu dominant chagrin.
Je ne puis consentir, pour gagner ses suffrages,
A me déshonorer en prisant ses ouvrages;
C'est par eux qu'à mes yeux

il a d'abord paru,
Et je le connoissois avant que l'avoir vu.
Je vis , dans le fatras des écrits qu'il nous donne,
Ce qu'étale en tous lieux pédante personne,
La constante hauteur de sa présomption,
Cette intrépidité de sa bonne opinion,
Cet indolent état de confiance extrême
Qui le rend en tout temps si content de soi-même ,

Qui fait qu'à son mérite incessamment il rit,
Qu'il se sait si bon gré de tout ce qu'il écrit ,
Et qu'il ne voudroit pas changer sa renommée
Contre tous les honneurs d'un général d'armée.

HENRIETTE.

C'est avoir de bons yeux que de voir toutcela.'

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Jusques à sa figure encor la chose alla ,
Et je vis, par les vers qu'à la tête il nous jette ,
De quel air il falloit que fût fait le poëte ;
El j'en avois si bien deviné tous les traits,
Que , rencontrant un homme un jour dans le palais ,
Je gageai que c'étoit Trissotin en personne ,
Et je vis qu'en effet la gageure étoit bonne:

HENRIETTE.

Quel conte!

CLITANDRE.

Non, je dis la chose comme elle est.
Mais je vois votre tante : agréez", s'il vous plait ,
Que mon coeur lui déclare ici notre mystère,
El gagne sa faveur auprès de votre mère.

* SCENE I V.

BÉLISE, CLITANDRE.

CLITANDRE.
SOUFFREZ , pour vous parler , madame , qu'un amant

Prenne l'occasion de cet heureux moment,
Et se découvre à vous de la sincère flamme...

BÉLISE. Ah! tout beau.Gardez-vous de m'ouvrir trop votre ame. Si je vous ai su mettre au rang de mes amans , Contentez-vous des yeux pour vos seuls truchemtens ; Et ne m'expliquez point par un autre langage Des désirs qui, chez moi , passent pour un outrage : A imez-moi , soupirez , brûlez pour mes appas; Mais qu'il me soi permis de ne le savoir pas. Je puis fermer les yeux sur vos flammes secrètes , Tant que vous vous tiendrez aux muets interprètes ; Mais si la bouche vient à s'en vouloir mêler , Pour jamais de ma vue il vous faut cxiler.

CLITANDRE.

Des projets de mon coeur ne prenez point d'alarme,
Henriette , madame , est l'objet qui me charme ;
Et je viens ardemment conjurer vos bontés
De seconder l'amour que j'ai pour ses beautés.

BÉLISE,
Ah ! certes , le détour est d'esprit , je l'avoue :
Ce abtil faux-fuyant mérite qu'on le loue :
Et, dans tous les romans où j'ai jelé les yeux ,
Je n'ai rien rencontré de plus ingénieux.

CLITANDRE.

Ceci n'est point du tout un trait d'esprit, madame; Et c'est un pur aveu de ce que j'ai dans l'ame.

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