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était vide ', se remplit parce que la confiance est revenue avec l'homme de bien. La Bastille rend ses prisonniers. Le projet de l'archevêque pour les bailliages est abandonné, et le parlement rappelé. Tout présageait un retour stable et heureux, mais la proposition de Despréménil2, non-seulement ramène les troubles, mais donne naissance à des désordres plus fâcheux encore. Cet homme semblait être destiné à devenir le génie malfaisant de sa patrie et de son roi. Sans doute , la double représentation du tiers était le vœu de tout homme justeet raisonnable, il le fallait adopter ; mais la proposition était intempestive; tout était maladroit.

La Bretagne et le Dauphinése disputent l'honneur d'avoir été la première province proclamant sa liberté. La Bretagne , comme le Dauphiné, a scellé son témoignage du sang de ses citoyens; chacune d'elles a été une vraie fille de la France; et à cette époque, l'adresse qui fut faite au roi par les États du Dauphiné rassemblés à Romans, eut une grande influence sur l'opinion lorsqu'elle fut publiée.

1 Lorsque , en 88, M. Necker fut nommé contrôleur-général , il y avait 260,000 fr. au Trésor.

2 II mettait pour condition à l'enregistrement d'observer, pour la convocation des états-généraux, la forme suivie aux derniers, en l6i4

« Sire, disait-on au roi, le jour qui vit enlever à la patrie la libre expression de son vœu, au souverain ses véritables conseillers , au peuple ses représentans, ce jour vit couronner un grand attentat. »

Bientôt après parurent tous ces écrits admirablement faits, forts de logique, de raison, et appuyés par toute la partie importante de la nation. Tels étaient : Y Essai sur les privilèges; Réponse à unministre; État delà France. Mais avant tout, la brochure intitulée: Qu'est-ce que le tiers-état? Ce dernier ouvrage eut une influence immense, directe et immédiate; l'effervescence fut générale, parce que la vérité pénétrait de toute part. M. Necker, dont le cœur vertueux comprenait et partageait tous les nobles élans, sentit cependant que l'impression était trop vive; il voulut la modifier, et peut être fit-il une faute en rappelant les notables. Son but dans cette mesure était, comme tout ce qu'il se proposait, Jouable et philantropique; mais il fallait peut-être alors marcher avec le temps plus qu'avec les choses; il fallait considérer l'état comme une personne malade à qui tel médicament sera salutaire à un paroxisme de sa fièvre, et mortel dans un autre. Quoi qu'il en soit, le 2.7 décembre 1788, à un conseil du roi, auquel assistait la reine, la détermination fut prise d'accorder la double représentation du tiers1. Qui pourra peindre le bonheur délirant de la France à cette nouvelle? Mais si elle était forte de puissance et d'action, elle était malheureusement encore trop faible de raison dans quelques-unes de ses parties, pour supporter l'éclat éblouissant de cette belle liberté qui lui apparaissait enfin.

Nous en voyons une triste preuve dans ce qui se passa à Rennes, en apprenant la déclaration du roi. Le peuple la reçut avec transport. Les États étaient assemblés. Les deux ordres privilégiés témoignèrent un grand mécontentement de l'allégresse publique. Le tiers-état se vit insulté et quitta le lieu des délibérations, laissant le clergé et la noblesse, qui se déclarèrent en permanence; le parlement intervint dans l'affaire, et ne fitqu'aigrir les partis. Des pamphlets sont écrits de part et d'autre dans les trois dialectes usités en Bretagne, et jetés par milliers dans les diverses paroisses. Enfin l'orage éclate.Un rassemblement a lieu au champ de Montmorin; il est composé en grande partie de domestiques,et de domestiques placés. Celui qui les conduit est un nommé Sté- 1 Ce qui faisait monter à six cents le nombre des députés du tiers-état. Les deux autres ordres n'étaient que de trois cents, ainsi la totalité des députés aux états-généraux était de douze cent*.

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