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fit une faute grave : il devait répugner, à un homme vertueux, de flatter un parti qui persécutait les gens de bien. Mais il fallait marcher souvent avec les inconvéniens que l'on ne pouvait encore détruire.

Cependant les états avaient commencé leurs travaux. Les cahiers des bailliages étaient ouverts, et une chose remarquable, c'est que les instructions, données par le duc d'Orléans à ses représentai, ont servi de modèle dans la plupart des assemblées.

Si l'accord eût été général entre toutes les parties de ce grand ensemble, cet admirable ouvrage serait venu à bien. Malheureusement cet accord non-seulement manquait, mais il n'y avait pas même intention de l'établir.

Le tiers finit par se lasser de n'être pas écouté; et surtout de ne recevoir pour réponse que des demandes faites par le clergé et la noblesse avec tm'ton d'autorité qui ne convenait plus aux circonstances. Enfin arriva la séparation du tiers d'avec les deuxordres privilégiés. Dès lors tout fut consommé; la lutte se soutenait encore entre quelques orateurs faisant assaut d'éloquence, mais le grand procès entre le trône et la nation venait d'être jugé.

La retraite du tiers-état dans la salle du jeu de

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« Mais vous en étiez bien aussi, vous!...— M. de Narbonne lui prouva que rien n'était plus faux, Ses opinions constitutionnelles l'éloignaient d'une pareille manière de diriger ou même de combattre la révolution , quand son esprit ne lui en aurait d'ailleurs pas démontré les dangers. — C'est surtout la reine, poursuivitM. deNarbonne, quitenait à cette double représentation du pouvoir royal, mais sans nulle disposition hostile contre la France, tjue je puis certifier qu'elle aimait, comme on aime le pays qui est devenu notre seconde patrie et où doivent se fermer nos yeux. Que d'absurdités ont été dites là dessus! Cela devait être; après les torts qu'on avait envers les Bourbons, il fallait bien s'appuyer sur un point de départ, quel qu'il fût. Par exemple, quoi de plus sot que d'accuser une femme de mieux aimer son frère que son mari, ses enfans,'elle-même et la couronne qu'elle porte !... et tout cela pour prouver... rien du tout. Je crois , disait toujours M. de Narbonne, qu'en 1792 la reine était tellement irritée par tout ce qu'elle avait supporté depuis trois ans que ses sentimens étaient alors fort changés; mais c'était par les mêmes raisons qui lui faisaient avant chérir la France. La mère, l'épouse, la reine, tout avait souffert, tout avait été blessé, et tout craignait.. Aussi s?» fidèles- sur France. Eh! comment n'aurait-elle pas aimé une nation qui l'entourait de vœux, d'adorations et d'amour? Comment n'aurait-elle pas donné son cœur à un peuple qui voyait en elle une souveraine charmante, gracieuse, mère de celui qui devait être son roi, et qui lui donnait tout ce qu'il avait d'aimant dans le cœur pour reconnaître toutes ces qualités?

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Ma mère citait une fois devant moi l'enthousiasme délirant qu'inspirait la reine, lorsqu'elle paraissait en public dans les premières années de son règne. Un jour, à l'Opéra, elle arriva assez tard; on donnait Iphigénie en Aulide. On venait de dire: « Chantons, célébrons notre reine!...» Le parterre, les loges, la salle entière redemanda le chœur, et tout se mit à répéter : « Chantons, célébrons notre » reine,» avec cet accent d'amour qui vient de l'âme, avec une telle ardeur que la reine fondit en larmes. Hélas! l'infortunée princesse auraitelle pu penser, dans ce moment d'ivresse, qu'un jour ces larmes délicieuses se changeraient en larmes de sang! Pourquoi ce changement a-t-il été si prompt et si grand? Voici un des faits qui ont pu l'amener.

Tandis que M. de Vergennes était aux affaires étrangères, la reine, un jour, le fit appeler pour lui faire une confidence assez singulière. L'em

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