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avec soi le développement, le complément j'ai puisé moi-même, et se livrer à des études de son idée, et où il s'agit de définir plus plus étendues et plus approfondies. Afin d'aque de raisonner, la méthode n'est pas aussi bréger ces indications, je n'ai cité que les vonécessaire. Il y a d'ailleurs des avantages lumes et les pages qu'on devra consulter, incontestables dans l'ordre alphabétique ; me réservant de faire connaitre ici, une fois l'un est de donner à une longue suite de pour toutes, les éditions que j'avais entre les préceptes l'attrait de la variété, l'autre est mains. de présenter dans chacun des articles tout

Voici les ouvrages qui m'ont servi pour son objet sous divers rapports.

la rédaction de ce Dictionnaire. Je crois utile Quant à la manière de procéder pour la de les faire connaître en détail, pour en farédaction de ce Dictionnaire, j'ai suivi le ciliter le choix aux ecclésiastiques qui vouconseil de l'abbé Sabatier de Castres, « Si draient se les procurer. l'on voulait donner à quelqu'un, dit-il, l'idée d'une machine un peu compliquée, on com- AUTEURS ANCIENS, PROFANES ET ECCLÉmencerait par démonter cette machine pour en faire voir distinctement et séparément

SIASTIQUES. toutes les pièces; ensuite on expliquerait le

CICÉRON. Les traités de Cicéron sur la rapport de chacune de ces pièces à ses voisines, et en procédant ainsi, on ferait entendre rhétorique sont, suivant l'ordre que leur ont clairement le jeu de toute la machine, sans

donné les éditeurs, 1° Quatre livres de la même être obligé de la remonter. Que doit Rhétorique d Herennius ; 2° deux livres de donc faire l'auteur d'un dictionnaire de

l'Invention ; 3° trois livres de l'Orateur que science ? C'est de dresser d'abord une table

l'auteur adresse à son frère Quintus; 40 un des principaux objets de la science dont il dialogue intitulé Brutus sur les orateurs veut traiter, des différents termes qui y

illustres; 5. un traité de l'Orateur, adressé

au même Brutus. sont en usage, voilà la machine démontée : il prendra ensuite les parties principales

Tous ces ouvrages réunissent les agrédont il fera des articles étendus et distin- ments du style à la solidité des préceptes. gués, et marquera avec la liaison de ces articles

concerne , les passions dépendent ou dont ils dépendent ; il fera des meurs, mais la doctrine du maitre y est articles abrégés avec un renvoi à l'article perfectionnée par tout ce qu'une vaste éruprincipal, sans craindre même de tomberdition, un génie étonnant et une longue exdans des redites, lorsque ces redites seront périence pouvaient y ajouter. peu considérables et qu'elles pourront épar- Le traité de l'Orateur n'a paru celui dont gner au lecteur la peine d'avoir recours à la lecture peut être le plus utile. Je me suis plusieurs articles sans nécessité. >>

servi de la traduction française qu'en publia Tel est le plan que j'ai tâché de suivre

l'abbé Colin en 1737, 1 vol. in-12, Paris. dans ce répertoire. Bien des détails où je cette traduction joint au mérite de la fidésuis entré paraîtront inutiles à des lecteurs lité celui d'etre écrite d'un style pur et instruits ; je n'ai pas cru toutefois devoir les agréable; la préface est elle-même, sinon supprimer; n'ayant en vue que l'utilité de une rhétorique complète, du moins une exmes jeunes confrères, j'ai pensé qu'ils se

cellente introduction à la lecture de l'ouraient bien aises de retrouver ici quelques- yrage de Cicéron. Les notes placées à la fin uns de ces préceptes qu'on étudie quelque- de chaque chapitre contiennent des explicafois trop à la hate durant la jeunesse et dont tions, les unes grammaticales, les autres il ne reste souvent dans l'esprit que des ré

purement littéraires qui prouvent l'érudiminiscences vagues et confuses; c'est pour

tion et le goût du traducteur. quoi j'ai parlé, en divers articles, de l'inven- QUINTILIEN. De l'Institution de l'orateur. tion oratoire, qui comprend les arguments, - Les douze livres de cet ouvrage sont écrits leus meurs, les passions, des différentes avec tout l'art, toute l'élégance, toute l'éner. qualités du style, soit générales, soit parti- gie imaginables, et ils sont enrichis d'images culières, des ligures de mots et de pensées, et de comparaisons qui, en bannissant la sédes règles à suivre pour l'exacte disposition cheresse, cachent la méthode la plus exacte du discours et de quelques autres principes et la plus philosophique qu'on ait jamais élémentaires qui semblent appartenir exclu- suivie en matière d'éloquence. Cet ouvrage sivement à un cours de rhétorique, mais est si bien fait que Rollin ne craignait pas dont il est bon de rafraîchir le souvenir d'en porter ce jugement: Ex omnibus andans la mémoire des jeunes prêtres qui com- liquis scriptoribus, qui magis prodesse juvenmencent à s'exercer dans le ministère de la tuli possit, neminem prorsus reperiri posse parole. Mais l'objet principal de ce recueil arbitror. Je me suis servi de la traduction est l'éloquence sacrée ; on y trouvera sur de l'abbé Gédoyn, revue, corrigée et augcette vaste matière toutes les règles et les mentée par Capperonier, Lyon, 1812, 3 vol. conseils dont la connaissance est indispen- in-12. Cette traduction ne vaut pas celle de sable au prédicateur.

l'abbé Colin, mais la préface est très-esJ'ai ajouté à la fin de chaque article un

timée. certain nombre d'indications à l'usage de Longin. Traité du sublime. Cet ouvrage ceux qui voudraient recourir aux sources où est un des plus propres à former un grand orateur; il est admirable par la justesse et la vant etre employé à persuader la vérité et le profondeur des aperçus, la délicatesse, l'élé- mensonge, serait-il juste que le mensonga gance, la simplicité et la force du

style. J'ai s'en servant pour combattre la vérité, celle-ci cité quelquefois la traduction que Boileau en ne s'en servit pas pour se défendre contre le a faite. Boileau dit que Longin, en traitant mensonge?» des beautés de l'élocution, a employé toutes les finesses de l'élocution, que souvent il

Il décrit les devoirs d'un orateur chrétien, fait la figure qu'il enseigne, et qu'en parlant faire tout ce que les rhéteurs enseignent

et il marque, en peu de mots, « qu'il doit du sublime il est lui-même très-sublime. Il n'est pas inutile d'ajouter qu'on peut l'on parle. »

qu'il faut faire pour persuader ceux à qui encore lire avec fruit la Rhétorique d'Aristote et les fragments qui nous restent de Denys

Il reconnait « qu'il y en a qui peuvent d'Halicarnasse. Ceux-ci sont des morceaux parler sagement, mais qui n'ont pas le talent précieux, dont l'étude peut etre très-profita- de parler éloquemment. ” - n conseille à ble à quiconque aspire à l'éloquence. Ce que

ces personnes de se servir beaucoup des padit Aristote des mours et des passions, des

roles de l'Ecriture. preuves, de l'élocution et de toute l'économie Après avoir distingué ces deux sortes de du discours, est aussi d'une sagesse remar- prédicateurs, il dit que « celui qui peut parler quable.

et sagement et éloquemment est préférable Assurément un ecclésiastique aura beau- à l'autre, et profite davantage à ses audicoup à laisser de coté dans les ouvrages des

teurs. » -- 11 montre ensuite que l'éloquence anciens rhéteurs; il y trouvera bien des cho- n'a pas manqué aux auteurs canoniques, ses étrangères à son ministère; mais on ne mais qu'ils en ont une qui leur est propre : peut révoquer en doute les avantages que lui il en rapporte plusieurs exemples. Après procurera l'étude de ces grands maîtres. avoir parlé de l'éloquence des prophètes, il Quelques auteurs, entre autres l'abbé du en vient aux prédicateurs, et il leur applique Jarry, ont prétendu que les orateurs chré- les plus importantes observations des maitiens ne doivent pas s'attacher aux règles d'é- tres de l'ari oratoire. ll insiste sur le soin loquence que les orateurs profanes nous ont qu'on doit avoir de la clarté du style, qualité laissées. Saint Augustin n'est pas de cet avis:

si essentielle qu'elle doit faire quelquefois il dit, au contraire, qu'en suivant ces règles, négliger la beauté, et même la pureté du le prédicateur fera plus de fruit; et la raison langage. Il dit qu'il y en a qui prechent ce en est toute naturelle, c'est que ces règles qu'ils ont préparé et appris par cour, et d'aune nous apprennent autre chose, sinon que tres qui n'apprennent pas de mémoire: il l'orateur doit instruire, plaire et toucher; or énumère les avantages que les seconds ont c'est ce que l'on attend de tout prédicateur : sur les premiers. Il explique les trois prince sont là pour lui des devoirs qu'il doit rem

cipaux devoirs de l'orateur: enseigner, plaire, plir. S'il n'était question que de voir les vé toucher, et s'appuie sur l'autorité de Cicéron: rités de la religion et de la morale expliquées Dixit quidam eloquens, et verum dixit, ita diavec dignité, avec force, avec pompe même,

cere debere eloquentem, ut doceat, ut delectet, en un mot, avec éloquence, il n'y a pas de ut flectat. C'est ce qu'il explique en d'autres doute, c'est dans l'Ecriture sainte, dans les termes, en disant que l'orateur chrétien doit Pères de l'Eglise et les auteurs ecclésiasti- parler de telle sorte qu'il soit écouté intelliques, et non dans Cicéron, qu'on les trouve; genter, libenter, obedienter; c'est-à-dire qu'on mais s'il s'agit de voir les règles de l'élo- comprenne bien ce qu'il dit, qu'on se plaise quence bien enseignées, bien exécutées ; de à l'entendre, et qu'on se rende à ce qu'il a les voir réduites en art, et d'en apprendre voulu persuader. les vrais principes et les fondements solides, Il va au-devant d'une objection qui est il faut avoir recours aux livres des païens et

qu'on ne doit pas se mettre en peine d'enà leurs traités de rhétorique. C'est dans ces

seigner aux prédicateurs ce qu'ils doivent sources que saint Augustin les a puisées; dire et de quelle manière ils le doivent dire; e'est de la qu'il les a empruntées pour former car c'est le Saint-Esprit qui les doit enseile style du ministre et du disciple de Jésus- gner : il la résout en disant que, si cette conChrist, en montrant que les règles qu'on sequence

était rigoureuse, on pourrait prépourrait se faire soi-même en lisant les au

tendre aussi que nous n'avons pas besoin de ieurs sacrés, si elles sont vraies et justes, ne rien demander à Dieu dans nos prières, puissont elles-mêmes que celles que les païens que Jésus-Christ nous enseigne dans l'Evannous ont laissées, et qui ne sont point au- gile que Dieu connait nos besoins avant quo trement pratiquées dans leurs ouvrages que nous les lui manifestions. dans ceux des chrétiens.

Il approuve et développe un passage de Saint AUGUSTIN. De Doctrina christiana, li- Cicéron qui dit que, pour être éloquent, il bri quatuor. - Cet illustre docteur a traité faut dire les petites choses d'un style simà fond la manière de prêcher, dans le ivo li- ple, les médiocres d'un style relevé, et les vre de cet ouvrage. Il sera utile d'en donner grandes d'un style grand ei sublime: Parra ici un résumé succinct.

subinisse, modica temperate, magna granditer Saint Augustin pose d'abord pour principe dicere. Ce que saint Augustin dit pouvoir so qu'il convient à un prédicateur de se servir rapporter à ces autres paroles : Docere, mode la rhétorique; a car cet art, dit-il, pou- vere, flectere : : d'autant plus, ajoute-t-il,

qu'il n'y a rien de petit dans les choses teur sur les Evangiles, et ses commentaires dont on prédicateur doit parler. Il ne doit sur le chapitre xxxIII d'Ezéchiel. pas toujours néanmoins parler des grandes choses d'un style sublime, mais d'un style

AUTEURS MODERNES, ECCLESIASTIQUES ET șimple, quand il enseigne ; d'un style mé

PROFANES. diocre, quand il loue ou qu'il blame; au lieu que, quand il s'agit de faire pratiquer quelque action de vertu à des personnes qui en

Gerson. Tractatus de pueris ad Christum

trahendis. Cet opuscule est un petit chefont de l'éloignement, il faut se servir du style grand et sublime, et y employer des

d'euvre de pieuse sensibilité et de foi vive. paroles qui les enlèvent. »

AUGUSTIN VALÉRIO, évêque de Vérone. RheLe saint docteur explique ensuite ce que

torique du prédicateur. Cet ouvrage, imprimé c'est que prêcher sagement et éloquemment :

en latin, pour la première fois, en 1574, a « C'est, dit-il, employer dans le style simple

été traduit en français par l'abbé Dinouart.

Je me suis servi de l'édition imprimée à Pades paroles qui soient propres à faire com

ris en 1750. prendre ce que l'on veut enseigner ; et en employer de brillantes dans le style médio- Valério a suivi la doctrine d’Aristote, de cre, ei de fortes et véhémentes dans le style Cicéron et de saint Augustin. Il traite fort sublime; ne se servir de tout cela que pour solidement, dans son premier livre, la mafaire entrer la vérité dans l'esprit de ceux à tière des prédications, et fait connaître les qui l'on parle.

abus dans lesquels on peut tomber en traiIl donne d'excellents préceptes touchant la

tant les plus grands sujets. Il ne veut pas nécessité de varier le style : « que l'on souf

qu'ou loue trop les vivants, ni qu'on suive fre plutôt la longueur dans le style simple

sans réserve ce que les païens ont prescrit que dans le sublime, et que, dans les pièces touchant l'amplification. Il explique la diaqui sont, de leur nature, du genre sublime, lectique par des exemples tirés de l'Ecriture tout ne doit pas y etre sublime ; qu'on ne

et des Pères. Il ne veut, comme Aristote, doit pas croire qu'un discours soit du genre que l'enthymême et l'exemple dans les preusublime parce que l'auditeur y fait des ac

ves qu'emploie l'orateur. Il traite au long clamations, l'agréable et le tin du style sim

des mouvements et des passions dans son ple et les ornements du style médiocre pou- second livre. Il demande que le prédicateur vant avoir cet effet : au lieu que le sublime

soit intérieurement touché, et, pour cela, saisit tellement, qu'otant l'usage de la voix,

qu'il soit bien plein de son sujet; qu'il lise il ne laisse que le pouvoir de pleurer. »

les discours forts et pathétiques, tels quo C'est ce que le saint docteur dit lui être ar

sont les livres des prophètes, et qu'il invorivé dans un sermon qu'il prêchait à Césa

que le Saint-Esprit, sans lequel on ne peut róe de Mauritanie,

rien. Dans le un livre, il s'agii de l'élocution. Il résume les trois fins de la prédication :

Il en montre d'abord l'importance, ensuite

les défauts. Il demande la pureté du langage, que la vérité soit connue, qu'elle soit écoutée avec plaisir, qu'elle touche. Pateat, pla

et plus encore la clarté, un usage raisonna

ble des métaphores et des autres figures, ceat, moveat.

sans trop s'assujettir au nombre du Jiscours. Enfin il termine en disant que la bonne Il ne s'amuse point à faire le dénombrement vie du prédicateur donne plus de poids à ses des figures, il veut qu'on les apprenne par discours que la plus grande éloquence; mais l'usage et renvoie à ceux qui en ont parlé ; que ceux qui vivent mal ne laissent pas d'etre il en fournit cependant des exemples, qu'il utiles à leurs auditeurs quand ils prêchent

tire de l'Ecriture et des Pères. Il traite en sagement et éloquemment, quoiqu'ils se nui

maitre de tout ce qui est capable d'orner ou sent à eux-mêmes. Saint Augustin a écrit de fortifier la diction, et il en traite toujours encore un autre ouvrage que doivent lire d'une manière convenable au ministère de tous les prédicateurs : c'est un opuscule in- l'Evangile. Gibert, dans ses Jugements sur titulé : De catechizândis rudibus. « Ce livre,

les savants, va jusqu'à dire que ce n'est pas ainsi que le précédent, sont des mines iné

sařs raison qu'on a présenté la Rhétorique de puisables, dit M. Hamon; plus on les étudie,

Valério comme un ouvrage du caractère de plus on y découvre de choses. »

ceux de Thucydide, c'est-à-dire comme un Saint JEAN CHRYSOSTOME. De sacerdotio, ouvrage où le nombre des pensées égale celib. iv et v. — Cet ouvrage est moins prati- lui des mots. L'auteur l'entreprit à la sollique quo ceux de saint Augustin, mais ce- citation de saint Charles Borromée, son ami, pendant on peut le lire avec fruit.

qu'il allait souvent visiter à Milan. Saint GRÉGOIRE Le Grand. De cura pasto

Saint Charles. Acta Ecclesiæ Mediolanensis, rali. – La troisième et la quatrième partie ubi de prædicatione. de ce livre admirable, digne d'être le manuel

Saint François De Sales. Lettre d l'arche de tous les pasteurs, dit encore M Hamon,

réque de Bourges. contiennent les règles les plus sages sur la prédication, et les deux premières parties

Saint Ignace. Règles de la Société de Jésus ont encore quelques chapitres précieux, re

pour la prédication. Tatifs à celle matière. On lira encore très- Saint François Xavier. Lettres au P. Barutilement l'homélie 17' du même saint doc- zée,

Saint FRANÇOIS de Borgia. De ratione con- d'autre rhétorique que celle qu'ils ont laiscionandi.

sée. Mais ses exemples, il les prend la pluLe P. AQUAVIVA. Instructio pro conciona- part dans les prophètes et dans les Pères. Il toribus.

en rapporte un grand nombre, parce qu'il

écrivait pour des lecteurs raisonnables et Benoît XIV. Institutio, 9a, 10a, 72a.

que son sentiment était qu'une personne qui Tous ces écrits sont des monuments de

a déjà quelque age s'instruit mieux par sagrsse et de piété. On les trouve réunis

l'étude et l'imitation des discours éloquents dans un volume publié par M. l'abbé de

que par des préceptes. En traitant de la Baudry, intitulé : Le guide de ceux qui an- preuve dans le second livre, il dit beaucoup noncent la parole de Dieu, Lyon, 1829. On ne de choses qui regardent les expressions et saurait trop conseiller aux jeunes ecelésias- les ornements. Il s'étend beaucoup, dans le tigues la lecture de cet ouvrage. Celui qui quatrième livre, sur la narration, les sens est chargé d'annoncer l'Evangile ne peut être figurés de l'Ecriture et les diverses espèces mieux guidé que par les hommes de Dieu; de sermons, Il traite aussi avec soin de la c'est en marchant sur leurs traces, c'est en diversité des styles, et sur cela il suit les suivant fidèlement leurs instructions qu'il principes de saint Augustin, qui avait luipourra, comme eux, produire de grands même suivi Cicéron, Sa doctrine sur les fruits dans son pénible ministère. C'est passions est presque en tout conforme à pourquoi il serait bon que chaque prédica- celle d'Aristote qu'il regarde comme le preteur eat entre les mains l'ouvrage de M. l'ab- mier maitre, tant sur le témoignage de Cicébé de Baudry, qui offre la doctrine la plus ron que sur la lecture qu'il avait faite luisûre et la mieux autorisée par l'expérience même de ce philosophe. qu'en ont faite les hommes vraiment apostoliques. L'auteur s'est attaché à ceux qui sont

Les deux points sur lesquels Grenade les plus voisins de notre siècle, parce que nonciation. Il marque l'importance de l'ạc

s'étend davantage sont les figures et la proleurs avis lui ont paru, avec raison, mieux adaptés aux circonstances des temps et des

tion et pose pour principe que la prononcia

tion doit être exacte, claire, ornée; et que lieux où nous vivons.

cela dépend de la bonté, de la force, de la Le P. LOUIS DE GRENADE. Rhétorique eccléa beauté et de la douceur de la voix, il parle siastique, traduite par Binet, nouvelle édia ensuite du geste, dont il montre les défauts tion, revue et augmentée par M. l'abbé de aussi bien que ceux de l'action. Baudry; Lyon, 1837, 2 vol. in-8°.

Le P. RAPIN. Reftexions sur l'eloquence de Cet ouvrage est regardé comme le chef

ce temps. - La troisième partie de cet opusd'euvre de l'auteur; selon Binet, Grenade

cule traite de l'éloquence de la chaire; le n'eu a point fait qui soit plus instructif en son genre, ni mieux écrit'; il ne s'en voit style est net, poli, élégant, on y trouve plu

sieurs avis remplis de sagesse ; mais il y a point qui renferme un si grand nombre de

tant d'autres défauts, que la lecture de cet choses, eu égard à son étendue, qui donne

écrit ne peut être que d'une médiocre utilité. tant de préceptes pour l'éloquence chrétienne, ni qui soit plus capable de servir, dit le P. Rapin sur le style des saintes Ecri

On remarquera cependant que tout ce que non-seulement de règle, mais encore de tures, sur la nécessité et la manière de l'imimodèle. Tout y est éclairci et expliqué par ter, est solide et judicieux. L'édition que j'ai des exemples pris de l'Ecriture sainte et des Pères de l'Eglise, si bien choisis, si pleins citée est celle de Paris, 1681, 1 vol. in-18. de pensées justes et solides, qu'ils sont infi- Marc-Antoine de Foix, L'art de prêcher niment estimables en eux-mêmes, indépen- la parole de Dieu, contenant les règles de l'élodamment du bel ordre dans lequel ils sont

quence chrétienne.

Cet ouvrage a été écrit placés. C'est, en un mot, une rhétorique par un homme d'un esprit supérieur et fort entière et vraiment chrétienne, également distingué dans la compagnie de Jésus; il est bien conçue et bien exécutée, où les mys- plus solide et plus approfondi que celui du tères de l'art sont non-seulement découverts, P. Rapin, et on n'a à lui reprocher que de mais exposés dans le plus beau jour. Voilà fréquentes redites et surtout trop de digresune partie des louanges que le traducteur şions. On en trouvera une analyse fort exacte de Grenade donne à son auteur, et il est dans la Bibliothèque française de Gougel, certain qu'il exagère peu.

tom. II, p. 80-94. Grenade se propose de traiter de l'inven- LAURENT JUILLARD DU JARRY. Ministère tion, de la disposition, de l'élocution et enfin évangélique, ou réflerions sur l'éloquence de de la prononciation du sermon. Parlant de la chaire, Paris, 1726. - Cet ouvrage a été l'invention, il renvoie l'explication des lieux sévèrement critiqué par Gibert et Gouget, à la dialectique, mais il veut qu'avant de se qui lui reprochent une foule d'idées singulivrer à la prédication on ait fait une étude lières et en opposition avec l'enseignement

les leurs prédicateurs, fait de bonnes collec- l'ont pas jugé avec tant de rigueur. On loue tions. Il donne de fort bonnes règles pour principalement la dissertation de l'abbé du l'action et la diction, de même que pour Jarry sur les oraisous funèbres, Fléchier, l'usage des passions; et il tire ces règles des qui l'avait lue, disait qu'elle est remplie de auteurs profanes, parce qu'il n'y a point pieux enseignements et de réflexions judia cieuses qui ramènent cette espèce d'élo- son sujet, mais encore qu'il y peint tout ce quence son véritable point, c'est-à-dire, à qu'il dit, d'après la religion et la raison, la religion et à la raison, dont elle sortait avec délicatesse, qu'il va toujours droit au quelquefois. « Vous avez fort bien raison, but, que ses règles sont sûres, que les moajoutait le célèbre évéque de Nimes, écrivant dèles qu'il en donne sont d'un choix exquis, à l'abbé du Jarry, sur les règles qu'il faut que tout ce qu'il dit est puisé dans le bon observer et sur les qualités qu'il faut avoir sens, etc. Les auteurs des Mémoires de Trépour se soutenir dans ces éloges singuliers vous vous donnent aussi le P. Gisbert où l'on veut honorer les morts, édifier les comme un grand maître dont ils se font gloire vivants et rendre à Dieu comme un tribut de suivre les idées et les principes. Cependant des louanges et des fragilités humaines. » Gibert, dans ses Jugements sur les savants, On trouvera cette dissertation presque en

trouve de nombreux défauts dans cet outière à l'article : ORAISONS FUNÈBRES.

vrage. L'abbé Gouget, dans sa Bibliothèque Bretteville. Traité de l'éloquence de la française, en signale plusieurs ; mais il terchaire et du barreau. – Tout ce qu'il y a de

mine en disant qu'on a parlé avec trop de ineilleur dans cet ouvrage parait avoir été mépris du livre du P. Gisbert. « On y trouve puisé dans la Rhétorique du P. Grenade, que

certainement, dit-il, un assez grand nombre l'auteur avait bien lue. On en juge encore

de préceptes fort justes et des réflexions erpar ce qu'il dit sur l'étude qu'un prédicateur

cellentes, et il n'y a aucun des 23 chapitres doit faire de l'Ecriture, des conciles et de la

dont il est composé qu'on ne puisse lire avec

utilité. » théologie. On trouve donc d'excellentes cho

Lu célèbre écrivain protestant Jacques ses sur ces différents points dans le traité de l'abbé de Bretteville ; mais il y a aussi beau

Lenfant avait la même idée de cet oucoup d'endroits qui manquent de justesse et

vrage, qu'il fit réimprimer à Amsterdam en quelques-uns même de vérité.

1728. Voici le jugement qu'il en porte dans

une lettre adressée à un de ses amis : ARNAUD. Réflexions sur l'éloquence. - Cet ouvrage est un des meilleurs que l'on ait

Monsieur, faits sur l'éloquence des prédicateurs, et peut- Vous me demandez des nouvelles littéraires. Je être absolument le meilleur. L'auteur le

n'en sache pas qui vaillent la lecture que je viens de composa pour réfuter l'académicien Dubois, faire du livre du P. Gisbert, De l'éloquence chréqui, dans la préface de sa traduction des tienne. Oh ! Monsieur, l'admirable et le terrible livre! Sermons de saint Augustin, avait prétendu Il est également propre à perfectionner et à encouprouver que les prédicateurs doivent renon- rager les bons prédicaleurs, et à persuader aux maucer à l'éloquence. Dubois voulait qu'ils se vais, s'ils se connaissent bien, de changer de métier. bornassent à des discours simples, croyant

On peut dire de cet auteur, pour le moins avec auque c'est faire injure à une si haute profes- qu'en parlant du sublime il est lui-même très-subli

tant de raison que Despréaux l'a dit de Longin, sion que d'employer les tours et les adresses

me. Cependant il se déclare pour la popularité ; de l'éloquence humaine pour faire entrer c'est son mot, mais c'est une belle popularité que la dans les cours la science du salut. Il disait sienne. Il faudrait, Monsieur, vous copier son livre, encore que l'éloquence nuit beaucoup aux pour vous en marquer les beaux endroits : il n'y a auditeurs, parce qu'elle excite leur imagina- presque pas de choix à faire. L'ouvrage n'est pourtion : ce qui les rend, selon lui, plus inca

iant pas sans défauts ; je trouve, par esemple, que pables de bien connaitre ce qu'on doit leur

son ordre est trop imperceptible, il ne semble meprêcher. L'auteur, qui regardait sa préface fois diffus et trop brillant. . . J'ai trouvé aussi que

me que quelquefois il manque d'ordre. Il est quelque comme un chef-d'æuvre, crut devoir l'adres

ses modèles de saint Chrysostome sont trop longs, ser à Arnaud. Celui-ci la lut avec empresse- encore l'auteur a-t-il soin d'en faire un long éloge ment; mais y ayant découvert beaucoup et de les appliquer aux règles qu'il a données ; mais d'idées singulières et de maximes fausses, il dans un ouvrage aussi complet et aussi accompli en entreprit la réfutation et écrivit l'ouvrage sur cette matière, non ego paucis offendar maculis, dont nous venons de parler. L'abbé d'Olivet

On trouvera dans plusieurs articles de ce en porte le jugement que voici : « Dans la

Dictionnaire des chapitres reproduits presréponse qu'Arnaud fit à Dubois, le nouveau

que intégralement de l'ouvrage du P. Gissystème de celui-ci est foudroyé ; il fut assez heureux pour ne la point voir, car la mort

bert. Je n'en ai retranché que les longues

citations de saint Jean Chrysostome. L'édiprévint la douleur qu'il aurait oue de se voir contredit ou plutôt anéanti par son

tion que j'ai citée est celle de 1728, Amster

dam. maitre. »

Le P. GAICHIEZ. Maximes sur le ministère GISBERT. L'éloquence chrétienne dans l'idée

de la chaire. — Voici un ouvrage au-dessus et la pratique. — Cet ouvrage parut d'abord de tout éloge. On en trouve une analyse fort en 1702 sous le titre suivant : Le bon goût étendue dans le III' volume des Jugements dans l'éloquence chrétienne ; mais, en 1715, sur les savants par Gibert, dans le lle voee titre fut remplacé par le premier. C'est

lume de la Bibliothèque des auteurs ecclésiassans doute ce qui a donné lieu à l'erreur de tiques du xyl siècle, pour servir de contiM. Hamon, qui attribue au P. Gisbert deux nuation à celle de Dupin. ouvrages sur la même matière.

Selon Gibert, les maximes sur le minis. Berthe, docteur de Sorbonne, dans l'ap- tère de la chaire sont l'ouvrage d'un homme probation qu'il a donnée à ce livre, prétend apostolique qui a vieilli dans l'emploi sur que l'auteur a non-seulement approfoudi lequel il donne des règles, et qui s'est rendu

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