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GALOPIN. Je vais lui dire, Madame, que vous voulez être sortie.

URANIE. Arrêtez , animal, & la laissez monter', puisqus la sottile est faite.

GALOPIN.
Elle parlc encore à un homme dans la rue.

URANIE. Ah, Cousine ! que cette visite m'embarralle à l'heure qu'il est !

ELISE. Il est vrai que la Dame est un peu embarrassante de son naturel ; j'ai toujours eu pour elle une furieuse aversion; &, n'en déplaise à la qualité, c'est la plus forte bête qui se soit jamais mêlée de raisonner.

URAN I E. L'épithete est un peu forte.

ELISE Allez , allez, elle mérite bien cela , & quclquc chose de plus, si on lui faisoit justice. Est-ce qu'il yaune personne qui soit, plus véritablement qu'elle, ce qu'on appelle précieuse, à prendre le mot dans fa plus mauvaise fignification ?

URANIE.
Elle se défend bien de ce nom, pourtant.

ELISE
Il est vrai. Elle se défend du nom ,

mais non pas de la chose : car enfin elle l'est depuis les pieds jufques à la tête, & la plus grande façonniere du monde. Il semble que tout son corps soit démonté, & que les mouvemens de ses hanches, de ses épaules & desa tête n'aillent que par ressorts. Elle affecte toujours un ton de voix languissant & niais, fait la moue pour montrer une petite bouche, & rouleles 'yeux pour les faire paroître grands.

URANIE.
Doucement donc. si cllc venoit à cntendre...

ELISE.
Point, point; elle ne monte pas encore. Je me
souviens toujours du soir qu'elle eut envie de voir
Damon sur la réputation qu'on lui donne, & les
choses quc le Public a vues de lui. Vous connoiffez
l'homme, & sa naturelle paresse à soutenir la con-
versation. Elle l'avoit invité à souper comme bel.
esprit, & jamais il ne parut si sot , parmi une demi-
douzaine de gens à qui elle avoit fait fête de lui, &
qui le regardoient avec de grands yeux, comme
une personne qui ne devoit pas être faite comme
les autres. Ils pensoient tous qu'il étoit là pour dé-
frayer la compagnie de bons mots ; que chaque
parole qui sortoit de la bouche, 'devoit être extraor-
dinaire ; qu'il devoit faire des in-promptu sur tout
ce qu'on disoit , & ne demander à boire qu'avec
une pointe. Mais illos trompa

fort

par con silence; & la Dame fut ausili mal fatisfaite de lui, que je le fus d'elle.

URANIE. Tais-toi. Je vais la recevoir à la porte de la chambre.

ELISE. Encore un mot. Je voudrois bien la voir mariée avec le Marquis, dont nous avons parlé. Le bel

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assemblage que ce seroit d'une précieuse & d'un turlupin !

URAN I E. Veux-tu te taire ? La voici.

SCENE

III.

CLIMENE, URA NIE, ELISE.

URANIE.

VRAIMENT, c'est bien tard que...

CLIMEN E. Hé , dc grace! ma chere, faites-moi vite donner un liege.

URANIE à Galopin, Un fauteuil promptement.

CLIME NE.
Ah! mon Dieu !

URANIA,
Qu'est-cc donc ?

CLIMENE.
Je n'en puis plus.

URANI E.
Qu'avez-vous ?

CLI ME NE,
Le cæur me manque.

URANIE.
Sont-ce vapeurs qui vous ont pris .

CLIMEN E.

Non,

URANIE.

Voulez-vous qu'on vous délace?

CLIMENE. Mon Dieu, non. Ah !

URANI E.
Quel est donc votre mal, & depuis quand vous
a-t-il pris ?

CLIMENE.
Il y a plus de trois heurcs , & je l'ai apporté du
Palais-Royal.

URANIE
Comment ?

CLIMEN E. Je viens de voir, pour mes péchés, cette méchante rapsodie de l'Ecole des Femmes. Je suis en. core en défaillance du mal de cæur que cela m'a donné, & je pense que je n'en reviendrai de plus de quinze jours.

ELISE. Voyez un peu comme les maladies arrivent , sans qu'on y songe !

URANIE. Je ne sais pas de quel tenipérament nous sommes, ma cousine & moi; mais nous fûmes avant-hier à la même Piece, & nous en revînmes toutes deux saines & gaillardes.

CLIMEN E.
Quoi ! vous l'avez vue ?

URAN I E
Oui; & écoutée d'un bout à l'autre.

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CLIMENE, Et vous n'en avez pas été jusques aux convulfions , ma chere?

URAN I Ë. Je ne suis pas si délicate, Dieu inerci ; & je trouve pour moi que cette Comédie seroit plutôe capable de guérir les gens, que de les rendre malades,

CLI MENE, Ah! mon Dieu , que dites-vous là ? Cette proposition peut-elle être avancée par une personne qui ait du revenu en sens commun? l'eut-on impunément, comme vous faites , rompre en visière à la raison ? & dans le vrai de la chole, eft-il un esprit si affamé de plaisanterie, qu'il puisse tårer dcs fadaises dont cette Comédie est assaisonnéc? Pour moi, je vous avoue que je n'ai pas trouvé le moindre grain de sel dans tout cela. Les enfans par l'oreille m'ont paru d'un goût déteftable ; la tarte à la crême m’a affadi le cour , & j'ai pensé vomir au potage.

ELISE. Mon Dieu, qué tout cela est dit élégamment ! J'aurois cru que cette Picce étoit bonne ; mais Madame a une éloquence fi persuasive, elle tourne les choses d'une maniere fi agréable, qu'il faut être de son sentiment, malgré qu'on en ait.

URANIE. Pour moi, je n'ai pas tant de complaisance; &, pour dire ma pensée, je tiens cette Comédie une des plus plaisantes que l'Auteur ait produites,

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