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CLIMENE. Ah ! vous me faites pitié de parler ainsi; & je ne Taurois vous souffrir cette obscurité de discernement. Peut-on, ayant de la vertu, trouver de l'agrément dans une Piece, qui tient sans cesse la pudeur en alarme, & falit à tout moment l'imagination?

ELISE Les jolies façons de parler que voilà ! Que vous Etes, Madame , une rude joucuse en critique, & que je plains le pauvre Moliere de vous avoir pour ennemie !

CLIME NE. Croyez-moi, ma chere, corrigez de bonne foi votre jugement ; &, pour votre honneur , n'allez point dire par le monde que cette Comédie vous ait plu.

URANIE. Moi ! je ne sais pas ce que vous y avez trouvé qui blesse la pudeur.

CLIMEN E. Hélas ! tout ; & je mets en fait qu'une honnête femme ne la sauroit voir sans confusion , tant j'y ai découvert d'ordures & de faletés.

URANIE. Il faut donc que, pour les ordures, vous ayicz des lumieres

que

les autres n'ont pas ; car, pour moi, je n'y en ai point vu.

CLIMEN E. C'est que vous ne voulez pas en avoir vu , aftucément; car enfin toutes ces ordures, Dieu merci,

y

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ş sont à visage découvert. Elles n'ont pas la moindre enveloppe qui les couvre; & les yeux les plus hardis sont effrayés de leur nudité.

ELISE. Ah !

CLIMENZ. Hai, hai , hai.

URANI.. Mais encore, s'il vous plaît , marquez-moi une de ces ordures que vous dites.

CLIMEN E.
Hélas ! est-il nécessaire de vous les marquer ?

URANIE Oui. Je vous demande seulement un endroit qui vous ait fort choquée.

CLIMEN B. En faut-il d'autre que la scene de cette Agnès, lorsqu'elle dit ce qu'on lui a pris ?

URANIE.
It que trouvez-vous là de sale?

CLIMIN E.
Ah !

URANII. De grace.

CLIMENI. Fi :

URANIE. Mais encore !

CLIMEN L.
Je n'ai rien à vous dire.

URANI.
Pour moi, je n'y entends point de mal.
Tome III.

B

CLIMEN E. Tant pis pour vous.

URANIE. Tant mieux plutôt, ce me semble. Je regarde les choses du côté qu'on me les montre, & ne les tourne point pour y chercher ce qu'il ne faut pas voir.

CLIMENE, L'honnêteté d'une femme...

URANIE. L'honnêteté d'une femme n'est pas dans les grie maces. Il lied mal de vouloir être plus sage que celles qui font sages. L'affectation en cette matiere est pire qu'en toute autre; & je ne vois rien de fi ridicule, que cette délicatesse d'honneur qui prend tout en mauvaise part, donne un sens criminel aux plus innocentes paroles, & s'offense de l'ombre des choses. Croyez-moi : celles qui font tant de façons, n'en sont pas estimées plus femmes de bien. Au contraire, leur sévérité mystérieuíc & leurs grimaces affectées irritent la censure de tout le monde contre les actions de leur vie; on eft ravi de décou. vrir ce qu'il y peut avoir à redire : &, pour comber dans l'exemple , il y avoit l'autre jour des femmes à cette Comédie, vis-à-vis de la Loge où nous étions, qui, par les mines qu'elles affecterent durant toute la Piece , leurs détournemens de tête, & leurs cachemens de visage, firent dire de tous côtés cent fottiles de leur conduite, que l'on n'au

dites sans cela ; & quelqu'un, même des Laquais , cria tout haut, qu'elles étoient plus shastes des oreilles, que de tout le reste du corps.

roit pas

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CLIMEN E. Enfin, il faut être aveugle dans cette Picce, & ne pas faire semblant d'y voir les choses.

URANIE. Il ne faut pas y vouloir voir ce qui n'y est pas.

CLIMENE. Ah ! je soutiens encore un coup, que les falctés y crevent les yeux.

URAN I E.
Et moi, je ne demeure pas d'accord de cela.

CLIMEN E. Quoi ! la pudeur n'est pas visiblement blessée par ce que dit Agnès dans l'endroit dont nous parlons ?

URANIE. Non , vraiment. Elle ne dit pas un mot, qui de foi ne soit fort honnêre ; & fi vous voulez entendre dellous quelque autre chose, c'est vous qui faites l'ordure , & non pas elle, puisqu'elle parle seulement d'un ruban qu'on lui a pris.

CLIMEN E. Ah! ruban, tant qu'il vous plaira ; mais ce le, où elle s'arrêtc, n'est pas mis pour des prunes. Il vient , sur ce le, d'étranges pensées. Ce le scan. dalise furieusement; & , quoi que vous puissicz dire , vous ne sauriez défendre l'insolence de ce le.

ELISE. Il est vrai , ma cousine , je suis pour Madame contre ce le. Ce le eft infolent au dernier point , & vous avez tort de défendre ce le.

CLIME N E.
I a une obscénité qui n'est pas supportable.

ELISE.
Comment dites-vous ce mot-là , Madame?

CLIMIN E.
Obscénité, Madame.

ELIS E. Ah, mon Dieu ! obscénité. Je ne sais ce que ce . mot veut dire ; mais je le trouve le plus joli du monde.

CLIMINE Enfin , vous voyez comme votre sang prend mon parti.

URAN I E. Hé, mon Dieu ! c'est une causeuse qui ne dit pas ce qu'elle pense. Ne vous y ficz pas beaucoup, si vous m'en voulez croire.

ELISE. Ah ! que vous êtes méchante de me vouloir rendre suspecte à Madame ! Voyez un peu où j'en serois , fi elle alloit croire ce que vous dites. Serois-je fi malhcureuse, Madame, que vous cufliez de moi cette pensée ?

CLI MENE. Non, non. Je ne m'arrête pas à ses paroles, & je vous crois plus sincere qu'elle ne dit.

ELISE. Ah ! que vous avez bien raison, Madame , & que vous mc rendrez justice, quand vous croirez que je vous trouve la plus engageante personne du monde, que j'entre dans tous vos sentimens , & suis charmée de toutes les expressions qui sortent de votre bouche.

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