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il y avoit plus de trente ans que nous ne nous étions vues ; elle me parut horriblement changée. La petite du Janet ne me quitta point ; elle a le voile blanc depuis trois jours 5 c'est un prodige de ferveur et de vocation : je m'en vais en écrire à sa mère* Mais quel ange ( Madame de la Vallière ) m'apparut à la fin I car M, le Prince de Conti la tenoife au parloir. Ce fut à mes yeux tous les charmes que nous avons vus autrefois, je ne la trouvai, ni bouffie^ ni jaune; elle est moins maigre et plus contente t elle a ses mêmes yeux et ses mêmes regards : l'austérité , la mauvaise nourriture et le peu de sommeil, ne les lui ont ni creusés, ni battus \ cet habit si étrange n'ote rien à la bonne grâce, ni au bon air y pour la modestie , elle n'est pas plus grande que quand elle donnoit au monde une Princesse de Conti : mais c'est assez pour une Carmélite, Elle me dit mille honnêtetés, et me parla de vous si bien , si à propos 3. tout ce qu'elle dit étoit si assorti à sa personne , que je ne crois pas qu'il y ait rien de mieux. M. de Conti l'aime et l'honore tendrement 3 elle est son directeur \ ce Prince est dévot, et lésera comme son père. En vérité, cet habit et cette retraite sont une grande dignité pour elle.

Vous avez vu l'effet de ma prophétie. Non assurément, la personne qualifiée {Madame de Moniespan ) ne partage pas avec la personne enrhumée( Madame de Maintenon ) ; car elle la regarde comme l'amie et la personne de confiance* La Dame-, ^ui est au-dessus ( la Reine) en fait autant ; ell© est donc l'âme de cette Cour. Je pris plaisir à vous avancer cette nouvelle de quelques jours, comme on me l'avoit avancée. Pour la personne qu'on ne voit point ( Madame de Fonlanges ), et dont on ne parle point, elle se porte parfaitement bien; elle paroît quelquefois, comme une divinité 3 elle n'a nul commerce ; elle a donné des étrennes magnifiques à sa devancière et à tous les enfans : c'est pour récompenser des présens du tems passé , qui n'avoient point été rendus ? parce qu'en ce tems-là les louis étoietit moins fréquens.

Madame de Soubise est toujours à Paris sans vouloir être vue 3 on croit qu'elle y sera pluslongtems qu'elle ne pense : elle a dit plusieurs choses qui ont déplu. Monsieur a prié Beauvais de quitter le Palais-Royal : il la trouva dans la chambre de Madame qui parloit au Comte de Soissons (î).Elle est chez Madame de Vibraye. Voilà le vrai moyen de faire que Beauvais épouse ce Prince, qui voudra se faire un honneur de ne pas l'abandonner, voyant qu'elle souffre pour lui. On dit que Madame de Vibraye sera Dame d'honneur de Madame la Princesse de Conti, mais avec tous les privilèges de Dame du palais.

(1) Louis-Thomas de Savoie, Comte de Soissons , épousa en Décembre ib82ÏJranie de la Cropte-de~Beauvais.

* Madame dit dans ses lettres : « Le Roi s'amouracha de Ma» demoiselle de Beauvais ; mais elle tint ferme : alors il se » retourna vers sa compagne, la Fontanges. ». Elle étoit fille de cette Madame de Beauvais, première femme-de-Chambre de Ja Reine Anne d'Autriche , qui, quoique borgne, sans jeunesse et sans beauté , fit la première connoître au jeune Louis XIV, des plaisirs qui tinrent depuis une si grande place dans sa vie.

J'ai reçu ce matin une grande lettre de Madame de Villars : je vous Tenverrois, sans qu'elle ne contient que trois points qui ne vous apprendroient rien de nouveau, l'estime, l'admiration et la tendresse que vous lui connoissez pour vous 5 les déplaisirs et les étonnemens sur la disgrâce de M. de Poinpone, dont vous sortez^ les nouvelles d'Espagne, et les louanges de Madame de Grancey, que vous savez. Il me paroît de plus qu'elle se renferme fort chez elle, voulant éviter tous les airs d'empressement , et faire mentir les prophéties. La Reine veut la voir incognito ; elle se fait prier, pour se donner un nouveau prix, La Reine est adorée : elle a paru, pour la dernière fois, chez la Reine sa belle-mère, habillée et parée à la françoise. Elle apprend le françois au Roi, et le Roi lui apprend l'espagnol : tout va bien jusqu'ici.

Madame de Coulanges est à Saint-Germain^ elle a été fort employée pour les étrennes i, et ce pauvre la Trousse en a eu par hasard toute la fatigue : il est toujours assidu, et elle toujours dure, méprisante et amère : leur conduite ne peut se concevoir. La Marquise {delà Trousse) toujours enragée, la fille toujours désespérée. J'entretiens tous les commerces que vous pouvez désirer. Madame de Lesdiguières m'a dit mille amitiés pour vous, et d'un bon ton. Je ferai vos complimens à Madame de Rochefort, et pour sa compagne {Madame de Mainienon) > Madame de Coulanges s'en chargera. Madame de Vins est encore ici, les antres à Pompone : l'hôtel de Paris a pensé brûler; une chambre, avec ce qui étoit dedans, a été brûlée toute entière ; et le miracle, c'est qu'il y avoit dans cette chambre de la poudre qui ne prit point, et qui, vraisemblablement, devoit faire sauter la maison : il ne falloit que cela pour les ruiner ; mais Dieu les a conservés. Adieu, ma très-chère et très - aimable. Mon fils, qui est encore à Nantes, seroit tout content d'attendre, pour revenir, que Madame la Dauphine fût grosse : je me moque de sa proposition; je lui mande de partir, ou de vendre sa charge.

LETTRE 5()l.

A la même. à Paris , mercredi 10 Janvier 1680. Oi j'avoisun cœur de cristal, où vous pussiez voir la douleur triste et sensible dont j'ai été pénétrée, en voyant comme vous souhaitez que ma vie soit composée de plus d'années que la vôtre, vous connoîtriez bien clairement avec quelle vérité je souhaite aussi que la Providence ne dérange point l'ordre de la nature, qui m'a fait venir en ce monde beaucoup devant vous, pour être votre mère5 la raison et la règle veulent que je parte la première ; et Dieu sait avec quelle instance je lui demande que cet ordre s'observe en moi. Il est impossible que la justice de ce sentiment ne vous touche pas autant que j'en suis touchée : de là, ma fille, vous n'aurez point de peine à vous représenter quelle sorte d'intérêt je prends à votre santé. Je vous conjure , par tonte l'amitié que vous avez pour moi, de ne m'écrire qu'une feuille tout au plus : dites à quelqu'un de m'écrire, et même ne dictez point, celafatigue. Enfin, je ne puis plus trouver de plaisir à ce qui me charmoit autrefois, dans votre absence, et vos grandes lettres me font plus de mal qu'à vous; je vous prie de m'oier cette peine, il m'en reste encore assez. Madame de Schomberg vous conseille, si vous voulez à toute force prendre du café, d'y mettre du miel de Narbonne au lieu de sucre, cela console la poitrine, et c'est avec cette modification qu'on en laisse prendre à M. de Schomberg, dont la santé est extrêmement mauvaise, depuis six à sept mois. La mienne est parfaite; je vous ai mandé comme je m'étois purgée à merveilles, et puis de cette eau de cerises. Pour mes mains, je crois qu'elles sont guéries, je n'y pense pas. Eh, ma chère enfant ! ne songez qu'à vous, n'oubliez rien de tout ce qui doit vous soulager ; vous connoissez trop l'amitié pour douter de ce que je souffre quand je pense à l'état où vous êtes ; et cette pensée ne s'éloigne pas de moi.

Je suis de votre avis sur tous les choix de la Maison de Madame la Dauphine. Le Maréchal iTHumières a mandé à Rouville qu'il étoit serviteur des dévots, depuis qu'il voyoit le Maréchal de Bellefond Ecuyer, Madame d'Effiat Gouver

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