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n'irois pas, tant je suis rebutée. Le nom de son. gendre, c'est d'Altembourg. Je pris plaisir de l'écrire ridiculement ( 1 ) , comme un nom allemand , en vous disant que vous ne connoissiez autre chose 5 c'est une mauvaise plaisanterie.

Il y auroit à parler un an sur l'état inconcevable et surprenant des cœurs de M. de la Trousse et de Madame de Coulanges : j'espère que nous traiterons quelque jour ce chapitre, et plusieurs autres, si vous voulez. Adieu, ma très-belle, je vous embrasse de toute la tendresse de mon cœur.

A Monsieur 1)E G&1GNAN.

Comment n'êtes-vous pas percé à jour , ou consumé, mon cher Comte, d'avoir été exposé tout l'hiver à la pointe et au feu de ces regards, que votre chère épouse me représente si plaisamment? Une personne qui est occupée de cette conduite, peut subsister partout ; votre Province même est plus propre à exercer ce beau talent, que nulle autre, il y a toujours des passant et des étrangers; on mourroit fort bien dans celle-ci, faute d'alimens. Je me réjouis de la visite que vous avez faite à M. de Louvois; il y a des choses que la dépense ne peut empêcher de faire. Montanègre a été plus exposé que vous. Je vous conjure que ma fille ne réponde point à cette lettre, c'est un monstre d'écriture : je n'ai rien à faire, je me porte bien, et c'est mon unique plaisir de lui parler. (1) Voyez la Lettre du 5 Mai.

LETTRE

LETTRE 633.

A la même»

Aux Rochers, mercredi 5 Juin 1680.

JjjNFiN> j'ai le plaisir, dans notre extrême éloignement, de recevoir vos lettres le neuvième jour ^ en attendant d'autres consolations. J'admire souvent l'honnêteté de ces Messieurs, dont parlent si plaisamment les Essais de Moraley et qui sont si bons et si obligeans : que ne font-ils point pour notre service ? à quels usages ne se rabaissent-ils pas pour nous être utiles ? Les uns courent deux cents lieues pour porter nos lettres , les autres grimpent sur les toits de nos maisons, pour empêcher que nous ne soyons incommodés de la pluie; quelques-uns font bien pis. Enfin , c'est un effet de la Providence5 et la cupidité, qui est un mal? est le fonds d'où elle tire tant de biens. J'ai apporté ici quantité de livres choisis, je les ai rangés ce matin : on ne met pas la main sur un, tel qu'il soit, qu'on n'ait envie de le lire tout entier ; toute une tablette de dévotion, et quelle dévotion ! bon Dieu, quel point de vue pour honorer notre Religion ! l'autre est toute d'histoires admirables 5 l'autre de morale 5 l'autre de poésies , et de nouvelles, et de mémoires. Les romans sont méprisés > et ont gagné les petites armoires. Quand j'entre dans ce cabinet , je ne comprends pas pourquoi Tome V. O

j'en sors : il seroit digne de vous, ma fille : la promenade en seroit digne aussi, maïs notre compagnie , en vérité, fort indigne. Mon pot est étrange à écumer les dimanches (1); ce qu'il y a de bon, c'est que chacun va souper à six heures, et c'est la belle heure de la promenade, où je cours pour me consoler. Mlle. du Plessis, en grand deuil, ne me quitte guère 5 je dirois bien volontiers de sa mère, comme de ce M. de Bonneuil, elle a laissé une pauvre fille bien ridicule; elle est impertinente aussi. Je suis honteuse de l'amitié qu'elle a pour moi 5 je dis quelquefois, y auroit-ii par hasard quelque sympathie entr'elle et moi ? elle parle toujours, et Dieu me fait la grâce d'être pour elle, comme vous êtes pour beaucoup d'autres $ je ne l'écoute point du tout. Elle est assez brouillée dans sa famille pour les partages, cela fait un nouvel ornement à son esprit : elle confondoit tantôt tous les mots 5 et en parlant des mauvais traitemens 1 elle disoit, ils m'ont traitée comme une barbarie, comme une cruauté. Vous voulez que je vous parle de mes misères, en voilà peut-être plus qu'il ne 'vous en faut. Toutes mes lettres sont si grandes, que vous devriez , selon votre règle, m'en écrire de petites, et.laisser le soin de tout à Montgobert: la santé est toujours un solide et véritable bien $ on en fait ce qu'on veut.

(1) A cause de la compagnie qui grossissoit ces jours-là, et à laquelle-Madame de Se vigne secroyoit obligée de faire leshoaiif.urs des Rochers. Elle appeloit cela écumer son pot.

Madame de Coulanges me mande mille bagatelles, que je vous enverrais, si je ne voyois fort bien que c'est une folie. La faveur de son amie (Madame de Maintenon) continue toujours : la Reine l'accuse de toute la séparation qui est entre elle et Madame la Dauphine : le Roi la console de cette disgrâce i, elle va chez lui toua les jours, et les conversations sont d'une longueur à faire rêver tout le monde. Je ne sais, ma très-chère, comment vous pourriez croire que votre présence fut un obstacle à la fortune de vos frères 5 vous n'êtes guère propre à porter guignon. Vous n'avez point assez bonne opinion de vous $ et pour le coin de votre feu, que vous dites qui empêchoit le Chevalier de faire sa cour, parce que cela le rendoit paresseuxy je vous assure qu'il n'a fait que changer de cheminée , et que la fortune l'est venu chercher dans sa chambre, assez incommodé des chicanes de son rhumatisme. L'Abbé de Grignan étoit désolé 5 il eût jeté sa part aux chiens^ et tout d'un coup, par une suite d'arrangemens, troj) longs à vous dire, on le nomme, on le choisit, et le voilà dans le pluâ agréable Evêché qu'on puisse souhaiter. Portez^ vous toujours bien, cette provision est bonne, que savons-nous? Je regarde l'avenir comme une obscurité , dont il peut arriver des biens et des clartés, à quoi l'on ne s'attend pas*

M. de Lavardin se marie (1), c'est tout de bon 5

(1) Avec Louise-Anne de Noailles , sœur d'Anne-Jules, Duc deNoailles, Mare'chal de France,

et on dit que c'est Madame de Mouci (1) qui irî£pire à Madame de Lavardin tout ce qu'il y a de' plus avantageux pour son fils : c'est une âme toute extraordinaire que cette Mouci. Ce petit Molao épouse la sœur de la Duchesse de Fontanges : le Roi lui donne la valeur de plus de quatre cent mille francs. Mon Dieu, que vous dites bien sur la mort de M. de la Rochefoucauld, et de tous les autres ! On serre les files, il n'y paroït plus. Il est pourtant vrai que Madame de la Fayette est accablée de tristesse, et n'a point senti, comme elle auroit fait, ce qui est arrivé à son fils ^Madame la Dauphine n'avoit garde de ne la pas bien traiter : Madame de Savoie lui en avoit écrit comme de sa meilleure amie.

Je suis fort aise que M. de Grignan soit content de ma lettre : j'ai dit mon sentiment avec assez de sincérité 5 il devroit bien renvoyer toutes les fantaisies ruineuses qui servent chez lui par quartier $ il ne faudrait pas qu'elles dormissent', comme cette noblesse de Basse-Bretagne 5 il seroit à souhaiter qu'elles fussent entièrement supprimées. Adieu r ma très - aimable, j'admire et j'aime vos lettres; cependant je n9en veux point ; cela paraît un peu extraordinaire-, mais cela est ainsi : coupez court, faites discourir Montgobert : je m'engage à vous ôter le dessein de m'écrire beaucoup, par la lon

(1) Marie de Harlai, sœur d'Achille de Harlai, alors Procureur-général , et depuis Premier-Président du Parlement de Faris.

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