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est bon de se tourmenter un peu pour avoir des places ; il est certain que celles qui avoient été nommées pour Dame d'honneur de cette Princesse, avoient fait leurs diligences. Le hasard,veut que Madame de Buri (1) ? qui est à cinquante lieues d'ici, tombe dans l'esprit de Madame Colbert; elle l'a vue autrefois, elle en parle à M. de Lavardin son neveu, elle en parle au Roi; on trouve qu'elle est tout comme il faut; on mande quelle aura six mille francs d'appointemens, qu'elle entrera dans le carrosse de la Reine. On fait écrire le Père JBourdaloue qui est son confesseur; car elle n'est pas Janséniste comme Madame de Vibraye ; c'est avec ce mot qu'on a supprimé celle-ci, quoiqu'elle soit sous la direction de Saint-Sulpice, qui est, pour la doctrine, comme celle des Jésuites. Enfin, le courrier part, et on l'attend demain. M^e, de Lavardin fait présent à Madame de Buri d'une robe noire, d'une jupe , d'un mouchoir de point avec les manchettes, tout cela prêt à mettre. La Senneterre a eu beau tortiller autour du Bourdalone *; point de nouvelles. Vous êtes étonnée que la presse soit sï grande, vous n'êtes pas la seule\ mais la rage est d'être là in ogni rnodo.Voïlk donc une amie de M. le Coadjuteur encore placée : c'est un moulin à paroles, comme vous savez ; elle parle Buri, c'est une langue; mais au moins elle ne s'en est pas serviepour être à cette place. Celle de la Maréchale de Clérembault est fort extraordinaire ; elle est protégée par Madame, qui voudroit bien en faire une Dame de la Reine. Elle va à la Cour, comme si de rien n'étoit ; il ne semble pas qu'elle se souvienne d'avoir été et de n'être plus Gouvernante %

(1) Anne-Marie d'Eurre d'Aiguebonne, veuve de François de Rostaing, Comte de Buri.

* L'austère Directeur, le Prédicateur fulminant, le grand Bourdaloue, faisant des Dames d'honneur et les prenant parmi les Molinistes ! Cela mérite bien d être remarqué ; et d'autant plus qu'on le vit plusieurs années après refuser le poste le plus désirable pour un intrigant, s'il l'eût été. Madame de Maiutenon, lui proposa de diriger sa conscience. Il ne voulut lui promettre que deux jours dans l'année, le reste étant voué à la prédication. Il est vrai que, dans la suite, il lui reprocha vivement d'avoir pris un Directeur qui n'étoitpas Jésuite.

Tome V. C

Et trouve le chagrin, que Monsieur lui prescrif,
Trop digne de mépris pour y prêter l'esprit.

Vous rajusterez ces vers : mais quand ils se trou-* vent en courant au bout de ma plume, il faut qu'ils passent. Je vous trouve une personne tout à fait jalouse, et M. de Grignan tout à fait amoureux, Montgobert me parle d'un bal, où je vois danser fort joliment mon petit Marquis. Pauline a-t-elle la même inclination pour la danse que sa sœur d'Adhémar ? Il ne faudroit plus que cet agrément pour la rendre trop aimable : ah, ma fille, divertissez-vous de cette jolie enfant ; ne la mettez point en lieu d'être gâtée 5 j'ai une extrême envie de la voir,

* Madame dit dans ses Lettres que cette Dame ne lui fut ôiëe que parce qu'elle l'aimoit; que c etoit un tour de la Maréchale de Grancey, dont la fille cadette étoitla maîtresse du Chevalie? d« Lorraine, favori lui-même de Monsieur»

Je m'en vais vous dire une chose plaisante, dont Corbinelli est témoin ; je lui dis lundi matin que j'avois songé toute la nuit d'une Madame de Rus; que je ne comprenois pas d'où me revenoit cette idée, et que je voulois vous demander des nouvelles de cette sorcière. Là-dessus je reçois votre lettre , et justement vous m'en parlez y comme si vous m'aviez entendue; ce hasard m'a paru plaisant: me voilà donc instruite de ce que je voulois vous demander; c'est une étrange histoire que de voir un homme assez amoureux de cette créature pour en perdre sa fortune ; mais c'est ainsi qu'elle se fait aimer ; je ne puis rien vous mander de si extraordinaire. Je n'ai pas oublié le Comte de Suze; M. de Saint-Omer son frère a été à l'extrémité; il a reçu tous les sacremens ; il ne vouloit point être saigné avec une grosse fièvre, une inflammation ; le Médecin Anglois le fit saigner par force; jugez s'il en avoit besoin ; et ensuite avec son remède il Ta ressuscité, et dans trois jours iljouera-à la fossette. Hélas ! cette pauvre Lieutenante qui aimoit tant M. de Vins, et qui craignoit tant qu'on ne le sût pas , la voilà morte 3 et très-jeune ; mandez-moi de quelle maladie , je suis toujours surprise de la mort des jeunes personnes. Vous avez raison de vous plaindre que je vous ai mal élevée ; si vous aviez appris à prendre le tems comme il vient, cela vous auroit extrêmement amusée.

N'avez-vous point remarqué la gazette de Hollande ? Elle compte ceux qui ont des charges chez Madame la Dauphine : M. de Richelieu, Chevalier d'honneur; M. le Maréchal de Bellefond, premier Ecuyer y M. de Saint-Géran, rien (1). Vous m'avouerez que cela est plaisant. Enfin , celle folie est passée jusqu'en Hollande. Mon fils est toujours les délices de Qûimper ; je crois pourtant qu'il est présentement à Nantes, et qu'il sera ici à la fin du mois ; vous voyez bien que je l'ai mieux élevé que vous : j'espère que dans quinze jours il n'y paroîtra pas, et qu'il sera prêt à partir avec les autres. N'écrivez point, et gardez-vous bien de répondre à toutes ces causeries dont je ne me souviendrai plus moi-même dans trois semaines. Si la santé de Montgobert peut s'accommoder à écrire pour vous, elle vous soulagera entièrement, sans même que vous ayez la peine de dicter : elle écrit comme nous

J'approuve fort que vous soupiez 5 cela vaut mieux que douze cuillerées de lait. Hélas ! ma fille, je change à toute heure ; je ne sais ce que je veux : c'est que je voudrois que vous pussiez retrouver de la santé 5 il faut me pardonner, si je cours à tout ce que je crois de meilleur; et c'est toujours sous le nom de bien et de mieux que je change d'avis. Pour vous, ma très-chère, n'en changez point sur la bonne opinion que vous devez avoir de vous, malgré les procédés désobligeans de la fortune. En vérité , si elle vouloit, M. et Madame de Grignan tiendroient fort bien leur place à la Cour : mais vous (1) Voyez ci-dessus la Lettre du 25 Décembre.

savez où cela est réglé , et l'inutilité du chagrin qu'on ne peut s'empêcher d'en avoir.

Je ne sais rien encore de ce qui s'est passé à la noce. J'ignore si ce fut à la face du soleil ou de la lune que le mariage se fit. J'irai faire mon paquet chez Madame de Vins, et vous manderai ce que j'aurai appris. Cependant, je vous dirai une trèsgrande nouvelle^ c'est que M. le Prince fit faire hier sa barbe ; il étoit rasé ; ce n'est point une illusion, ni une de ces choses qu'on dit en l'air, c'est une vérité $ toute la Cour en fut témoin ; et Madame de Langeron prenant son tems qu'il a voit les pattes croisées comme le lion , lui fit mettre un justau-rcorps avec des boutonnières de diamans 5 un valetde-chambre, abusant aussi de sa patience, le frisa, lui mit de la poudre, et le réduisit enfin à être l'homme de la Cour de la meilleure mine, et une tête qui efFaçoit toutes les perruques : voilà le prodige de la noce. L'habit de M. le Prince de Conti étoit inestimable 5 c'étoit une broderie de diamans fort gros, qui suivoit les compartimens d'un velouté noir sur un fond de couleur de paille. On dit que la couleur de paille ne réussissoit pas, et que Madame de Langeron, qui est l'âme de toute la parure de l'hôtel de Condé, en a été malade. En effet, voilà de ces sortes de choses dont on ne doit point se consoler. M. le Duc, Madame la Duchesse et Mademoiselle de Bourbon avoient trois habits garnis de pierreries différentes pour les trois jours.

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