Images de page
PDF
ePub

Cour qui y étoit. Mou ami, lui dit il en luifrap» parti sur V épaule, il faut vous consoler avec » Jésus-Christ ». Le Roi même en pensa éclater* Il disoit hier à M. le Dauphin devant le Roi : « Mon» seigneur, je vous supplie de dire à xMadame là » Dauphine qu'il n'a pas tenu à moi que je n'aie » été de sa Maison, j'en prends le Roi à témoin » * On dit que Ton partira à la fin de Janvier pour aller épouser cette Princesse, N'êtes-vous pas bien contente de tous les choix qu'on a faits? M. de Richelieu et le Maréchal de Bellefond rempliront bien ces deux charges , et ne feront pas même de places nouvelles aux Cordons-bleus , quand il y en aura 2 car ils l'auroient été sans cela. On a donné à Ma-* dame de Soubise les mêmes appointemens et les mêmes entrées qu'à la Dame d'honneur, sans en avoir le titre, cela s'appelle de l'argent5 c'est, avec les deux mille écus des Dames de la Reine, qu'on lui conserve toujours, vingt-un mille livres de rente qu'elle aura tous les ans. Quand on a voulu faire des complimens à M. de Soubise. Hélas ! cela vient par ma femme ,je n'en dois point recevoir les complimens*, Et Madame de Rochefort. Voilà ce que test que des être bien attachée à la Reine. Le monde est toujours bon à son ordinaire. La Duchesse de Sully revient de Picardie, elle s^en va passer l'hiver à Sully jusqu'au retour de Madame de Verneuil. Madame de Lesdiguières est très - digne de votre souvenir; elle me demande toujours de vos nouvelles avec amitié, et m'a priée même de vous dire bien des choses de sa part. J'ai été à la messe de minuit aux Bleues, où il faisoit chaud ; le sermon de Paprès-dînée a été froid, c'étoit un Jésuite aussi pervers, que je suis perverse, le jour que je dîne dans la petite société.

LETTRE 587.

A la même* à Paris , mercredi 27 De'cembre 1679. Toute la maison de Pompone est venue passer les fêtes ici. Madame de Vins y étoit la première 5 je Pavois vue deux fois. Je trouvai M. de Pompone, le M. de Pompone de Frêne, n'étant plus que le plus honnête homme du monde tout simplement 5 comme le ministère ne l'avoit point changé, la disgrâce ne le change point aussi. Il est de trèsbonne compagnie ; il me parla fort tendrement de vous, et me parut fort touché de votre dernière lettre : ce chapitre ne s'épuisa pas sitôt : j'avois de mon côté à lui dire de quelle manière vous m'écriviez sur son sujet. Madame de Vins s'attendrit en parlant de la bonté de votre cœur, et tous nos yeux rougirent. Ils s'en retournent demain à Pompone, ji7ayant point encore pris de consistance : ils n'ont pas donné leur démission : on ne leur a point donné d'argent. Il a demandé s'il lui seroit permis de voir le Roi, il n'a point eu de réponse. Je trouve qu'il ne peut être mieux qu'à Pompone, à inspirer la véritable vertu à ses enfans, et à causer avec les solitaires qui y sont. Nous avons fait toute la journée des visites, Madame de Vins et moi; elle n'a plus Madame de Villars, ni vous : elle me compte pour quelque chose, et je me trouve heureuse de pouvoir lui faire ces petits plaisirs. Nous avons été chez Mesdames de Richelieu , de Chaulnes , de Créqui, de Rochefort; et puis chez M. de Pompone, qui me paroît toujours plus aimable; c'est la tête la mieux faite que j'aie vue. Madame de Vins s'en va faire un tour à Saint-Germain : quelle douleur de revoir ce pays qui étoit le sien, et où elle est étrangère I je crains ce voyage pour elle. Elle reviendra ensuite trouver les malheureux dont elle fait la joie et la consolation.

La Cour est toute réjouie du mariage de M. le Prince de Conti et de Mademoiselle de Blois. Ils s'aiment comme dans les romans : le Roi s'est fait un grand jeu de leur inclination : il parla tendrement à sa fille, et l'assura qu'il l'aimoit si fort, qu'il n'avoit point voulu l'éloigner de lui : la petite fut si attendrie et si aise, qu'elle, pleura. Le Roi lui dit qu'il voyoit bien que c'est qu'elle avoit de l'aversion pour le mari qu'il lui avoit choisi : elle redoubla ses pleurs, et son petit coeur ne pouvoit contenir tant de joie. Le Roi conta cette petite scène, et tout le monde y prit plaisir. Pour M. le Prince de Conti, il étoit transporté, il ne savoit, ni ce qu'il disoit, ni ce qu'il faisoit; il passoit pardessus tous les gens qu'il trouvoit en son chemin, pour aller voir Mademoiselle de Blois. Madame

AS

Colbert ne vpuloit pas qu'il la vît que le soir ; il força les porter, et se jeta à ses pieds, et lui baisa la main\ elle, sans autre façon, l'embrassa, et la revoilà à pleurer. Cette bonne petite Princesse est si tçndre et si jolie, que l'on voudrait la manger. Le Comte de Grammont fit sesçouaplimens, comme les autres, au Prince de Conti : « Monsieur, je me » réjouis de votre mariage ; croyez-moi, ménagez >> le beau^père, ne le chicanez point, ne prenez » point garde à peu de chose avec lui ; vivez bien » dans cette famille, et je vous réponds que vous » vous trouverez fort bien de cette alliance ». Le Roi se réjouit de tout cela, et marie sa fille , en faisant des complimens, comme un autre, à M, le Prince , à M, le Duc et à Madame la Duchesse, à laquelle il demande son amitié pour Mademoiselle de Bjlois, disant qu'elle seroit trop heureuse d'être souvent auprès d'elle, et de suivre un si bon exemple. Il s'amuse à donner clés transes au Prince de Conti, à qui on dit que les articles ne sont pas sans difficulté 5 qu'il faut remettre l'affaire à l'hiver qui vient : là-dessus, le Prince amoureux tombe comme évanoui 5 la Princesse l'assure qu'elle n'en aura ja*mais d'autre. Cette fin s'écarte un peu dans le Don Quichotte ; mais dans la vérité, il n'y eut jamais un si joli roman. Vous pouvez penser comme ce mariage, et la manière dont le Roi le fait, don-* nent de plaisir en certain lieu*.

* Madame de Montespan voyoit sans doute avec chagrin la tendresse du Roi pour une fille de Madame de la Vallière.

Le portrait de Madame la D&upiiine est arrivé $ elle y paroit très-médiocrement belle : on loue «on esprit, ses dénis , sa taille; c'est où de Troy (1) n'a pas trouvé à s exercer. J'ai fait vos reinercîmens à M* de Ja Rochefoucauld ; il a une attention fort obligeante pour M. de Grignan et pour vous. Madame de la Fayette vous dit ses tendresses; MM. les Cardinaux de Bouillon et d'Estrées, et les veuves; je ne trouve autre chose que des gens qui me prient de vous parler d'eux.

Madame d'Effiat n'a encore rien gâté, et n'est point gâtée. La Maréchale de Clérembault est ici; elle soutient stoïquement sa disgrâce; et ne se fera point ouvrir les veines * : mais elle perdit mille louis contre le petit d'Harouïs tète-à-tête, la veille de son arrivée. Il ne faut que cela pour trouver la raison de ce qui lui arrive au Palais-Royal.

(1) Peintre célèbre pour les portraits. * Allusion à la mort de Sénèque.

LETTRE 588.

A la même.

à Paris, vendredi 29 Décembre 1679. Jb iGUREZ-vous, ma chère bonne, que je suis à genoux devant vous, et qu'avec beaucoup de larmes 9 je vous demande, par toute l'amitié que vous avez pour moi , et par toute celle que j'ai pour vous j de ne plus m'écrire que comme vous avez

« PrécédentContinuer »