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Mais j'oubliois le meilleur, c'est que Fépée de M. l&

Prince étoit garnie de diamans,

JLaJamosa spada9
u4ll9 oui valore ogni vittoria è certa,

La doublure du manteau du Prince de Contî étoit de satin noir, piqué de diamans comme de la moucheture* La Princesse étoit romanesquement; belle, et parée, et contente.

Qu'il est doux de trouver dans un amant qu*on aime
Un époux que l'on doit aimer !

Je n'en sais pas davantage 5 je vous dirai ce que j'apprendrai ce soir. Je vous conseille de faire lire les gazettes, elles sont très-bien faites,

M. Courtin revient de Saint-Germain; il a tout vu : ce fut le soleil à midi qui éclaira ce mariage, la lune a été témoin du reste. Le Roi embrassa tendrement la Princesse quand elle fut au lit, et la pria de ne rien contester à M. le Prince de Conti, et d'être douce et obéissante : nous croyons qu elle l'a été.

LETTRE 594.

A la même.
à Paris, vendredi 19 Janvier 1680.

I^E n'est point une feuille que je demande, c'est une page que j'ai voulu dire, c'est une ligne, c'est enfin , ce qui ne peut vous faire aucune incommodité. Si vous êtes mal, ma chère enfant, vous êtes incapable d'écrire 5 si vous êtes bien, tenez-vous tranquille, et craignez de retomber. Quand le tems est doux ici, je pense qu'à Aix il est encore plus doux ; mais cet air doux est trop subtil, et il vous incommode quelquefois comme la bise : quand vous vous promenez par ces beaux jours que je connois, y portez-vous cette douleur et cette pesanteur ? N'êtes-vous jamais sans plus ou moins de cette incommodité ? J'admire comme on peut tourner uniquement sur une pensée, et comme tout le reste me paroît loin : c'est bien précisément cette lunette qui approche et qui recule les objets.

Il faut que je vous remercie de vos jolies étrennés; elles sont utiles, je suis ravie de les avoir, et le tems viendra que je vous en remercirai tous les jours intérieurement. Si elles changent un peu de couleur, je n'en tirerai point de fâcheuses conséquences pour votre amitié : il n'en est pas de même de mes misérables petites étrennes 5 des que je ne vous-aimerai plus, elles deviendront vertes comme du pré 5 observez-les bien,, ma fille, je me suis livrée à cette marque indubitable; et sans que je prenne le soin de vous parler jamais de mon amitié , vous en saurez la vérité. Je vous remercie donc de votre joli présent, et je reçois comme une marque de votre tendresse, le cas que vous faites du mien , quoique petit et inutile. Voilà les seuls chagrins que me donne ma médiocre fortune 5 mais ils ne sont pas médiocres comme elle : j'en suis pénétrée, et je regarde l'abondance de Madame de Verneuil (1) , comme un plaisir fort au-dessus de sa principauté. Je viens de lui écrire ; je n'y avois pas encore pensé. Je n'ai point vu M. de Gordes, j'irai le chercher. Au reste, vous n'avez pas bien chaussé vos besicles sur les prophéties que vous faites; vous verrez toujours Mesdames de Créqui et de Richelieu Dames d'honneur ; ce choix est trop bon pour leur donner des compagnes ; jamais le Roi n'a eu dessein de donner les entrées et les honneurs de cette place à Madame de Soubise y et c'est pour l'avoir cru et l'avoir dit, qu'elle est à Paris : comme elle trouva dans l'explication, que tout cela se réduisoit à une augmentation de dix mille francs de pension, elle se plaignit et parla ; voilà ce qui nous a paru. Les bons offices de ce pays-là n'ont pas manqué d'être placés généreusement pendant son absence. Elle se cache, afin qu'au moins on ne la fasse plus parler. Mais cette

(1) Charlotte Séguier , veuve de Maximilieii-François de Béthune, Duc de Sully, et remariée le 29 Octobre 1668 avec Henri de Bourbon, Duc de Verneuil.

rougeole imaginée, et cette parfaite solitude , ne nous plaisent pas à nous autres spectateurs. On croit pourtant que tout s'adoucira : mais voilà une belle noce dont elle n'a point été ; c'est quelque chose à une personne qui ne comprend pas qu'on puisse vivre ailleurs qu'à la Cour.

M. de Marsillac est si extraordinairement occupé , et de sa cour 3 et de sa chasse, qu'il est comme imbenecido ; il ne répond ni aux billets de M. de la Rochefoucauld, ni à ceux de Langlade, quoiqu'il s'agisse de ses propres affaires. Ce n'est pas que si M. de Grignan veut dîner avec lui , ou lui donner les moyens de le servir, il ne retrouve alors son ancien ami ; c'est de quoi son père m'assure tous les jours en vous faisant mille amitiés, et en demandant de vos nouvelles avec un soin très-obligeant. Madame de la Fayette y mêle encore plus de tendresse, à cause de votre ancienne et nouvelle amitié. Celle de Madame de Vins me paroît bien véritable; elle vous conjure de ne point lui écrire : il faudroit, en vérité, ne vous aimer guère , pour vouloir contribuer au mal que cela vous fait. Quand je vais chez M. de Pompone, ce n'est plus, comme vous savez, que chez le plus honnête homme du monde, ce n'est plus chez un Ministre. On ne lui a pas encore donné sa somme entière. Je crois que Madame de Vins ira bientôt à Saint-Germain ; Madame de Richelieu l'a souhaité; je la plains, ce voyage sera triste pour elle; je ne m'accoutume point à cette disgrâce.

Mon fils ne m'écrit point, il n'est pas encore revenu à Nantes : j'avois jusqu'ici tout mis sur mon compté, en disant qu'il achevoit mes affaires 5 mais je commence à succomber aux reproches amers de M. de la Trousse, qui me dit que je devrois donc lui faire vendre sa charge, pouF vaquer à celle de mon Intendant. Je suis persuadée que mon fils reviendra, lorsque j'y penserai le moins, et qu'au "bout de huit jours, il n'y paroîtra plus. Les Dames de Madame la Dauphine et sa Maison ^ partent jeudi 25 pour Schélestat. -Le Chevalier a été à la noce ; il ne tiendra qu'à lui de vous faire de beaux récits. La belle Fontanges n'y parut point; on dit qu'elle est triste de la mort d'une petite personne. Adieu, ma très-belle et très-aimable, j'embrasse vos enfans et les miens, et ceux de M. de Grignan.

LETTRE 5<)5.

A la même.

à Paris, mercredi a4 Janvier 1680.

Voila une bouffée de mal qui dure long-tetns, et que je comprends qui doit être bien triste et bien incommode. Il n'y a personne qui ne coniioisse quelque douleur d'estomac; mais celle que vous sentez se passe dans un endroit si intérieur et si intime; c'est tellement soi qui souffre, que j'admire, ma chère enfant, et j'ai toujours admiré votre douceur et votre patience. Je vois que c®

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