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n'est pas le repos qui vous manque; on vous ménage fort bien : les promenades sont placées parles plus beaux jours du monde : c'est donc de votre poitrine, de votre sang , de votre poumon que vient tout le mal. Je suis bien heureuse que le conseil que j'ai donné, de la part de Fagon, de manger davantage, ait réussi. Cette sorte de régime, pour les personnes délicates, s'introduit beaucoup. Vous êtes en lieu de prendre vos résolutions sur le lait.

M. de Grignan m'a fait un grand plaisir de me parler de mon petit Marquis; je sens beaucoup d amitié pour lui : pour Pauline, il faut de la passion : elle me paroît toute charmante. M. de Mêmes m en parla l'autre jour sur ce ton ; il semble qu'il vienne de la quitter : le mari et la femme sont encore tout pleins du souvenir de votre bonne réception. Mademoiselle de la Basinière est en religion , tout auprès de Madame de la Fayette; quelques intérêts de famille, et une très - désagréable humeur, ont causé cette retraite, où elle s'ennuie fort. Mon fils n'est point encore à Nantes ; pour avoir trop à dire là-dessus, je ne dis rien. Il y a deux mois qu'il seroit ici, s'il avoit retranché cfe son voyage les jours qu'il a donnés aux plaisirs charmans qu'il a trouvés en Basse-Bretagne. 11 est allé passer les Rois à cinquante lieues de Nantes; il a passé par Saint - Brieux, dont l'Evêque est nommé à l'Evêché de Poitiers. Je regarde toujours ce qui se passe pour les Evêchés, à cause de notre bel Abbé, La Maison (de Madame la JDauplxine) part demain pour aller au-devant de cette Princesse, dont la physionomie ne promettoit pas tant de bonheur. Celle qui vous aime tant (1) me paroit bien aimable de conserver si long-tems et de si loin un si bon goût. Madame de Solre n'est point à Paris ; je crois qu'elle auroit envoyé ici, ou que j'aurois entendu parler d'elle.

Madame la Princesse de Conti est toujours charmante : elle se trouva si mal la nuit de ses noces d'undévoiement, qu'on a jeté son bonnet par-dessus les moulins, et Ton n'a vu goutte. Elle se porte bien, et Ton dit des merveilles de la belle âme et de la générosité de M. le Prince de Conti; il jette Pargeut héroïquement $ il a des bontés de Henri IV, des procédés du Chevalier Bayard, et des justices de Sylla * : on conte cinq ou six choses admirables. Madame de Buri a été reçue du Roi au-delà de ce qu'on pensoit ** : il lui a recommandé la conduite de sa fille, sa fille , il la nomme toujours ainsi, et l'aime chèrement. Il donne deux mille écus de pension à cette Buri, qui, dès le jour même entra dans le carrosse de la Reine : cette sauce rend cette place des meilleures ; ce qui viendra de l'hôtel de

(1) Anne-Elisabeth de Lorraine, Princesse de Vaudemont.

* Ce nom se trouve dans toutes les Éditions. Mais la comparaison est si étrange que je crois qu'il faut lire Sully au lieu de Sylla.

** Madame de Buri, qui est assez maltraitée ici, est représentée par M. de Saint-Simon sous des traits beaucoup plus favorables. Il est bon de remarquer que ce fut elle qui introduisit à la Cour sa nièce , Mademoiselle Choin, qui fut aimée et même cpousée ( dit-on ) par le Dauphin.

Conli seront des présens; mais elle est au Roi. C'est à Madame de Langeron à voir si elle pourra rentrer dans ses droits du carrosse, qu'elle a perdus par l'hôtel de Coudé. Il est difficile de juger de l'effet des conduites; Madame de Buri, à cinquante lieues de Paris, est enlevée pour mettre dans une place que l'on a rendue fort bonne. Madame de Saint-Géran *, en mangeant tous les gratins des poêlons des petits enfans, n'attrape rien ; M. de Saint-Brieux, dans son diocèse, est transporté à Poitiers qu'il souhaitoit; d'antres, en rang d'oignon tous les jours à la messe du Roi, n'ont rien : quelle conséquence peut-on tirer? sinon que tout va comme il plaît à Dieu. Pauline et moi, nous suivons cette opinion perverse; elle vous a répond a dans ce sens. M. de Saint-Omer ( 1 ) est guéri de l'Anglois. Madame la Duchesse de Saint-Aignan (2) en est morte ; il est vrai qu'on lui donna ce remède à l'agonie. Son mari est revenu du Havre en poste sur les vieilles ailes de son vieil amour; il arriva comme elle expiroit, il lui baisa la main, fit des cris, poussa des sanglots ; il va nous donner d'une sierra morena dans sa retraite et dans son deiûL .Voilà Madame de Livry (1) affligée, elle perd tout*

* N. d'O , mariée à Bernard delà Guiche C. de Saint-Ge'ran, fut intime amie et confidente de Madame de Maintenon. On a leurs lettres. C'est à elle que celte-ci écrivoit : Ce maître vient, chez moi, malgré moi } et s'en retourne désespéré sans être rebuté. On a vu plus haut que , comme elle, son mari faisoit sa cour à tout prix. Le Duc de Béthune disoit de lui : Le gros Saint-Géran est un honnête homme ; mais il a besoin d'être tué pour être e&imé solidement.

(1) Depuis Archevêque d'Auch.

(3) F. de Beauvillier9, Duc de Saint-Aignan,

J'ai vu Madame de Coulanges ; elle vous embrasse , et me paroît fort aise de vatre espèce de commerce. Elle a été à Saint-Germain toujours fort caressée, fort gâtée. Elle étoit mal avec la Comtesse de Grammont; l'Abbé Têtu, quoiqu'il ne la voie plus, n'a pas laissé de vouloir faire cette paix; il l'a faite. M. le Dauphin demande à M. de Monlausier quandMadame laDauphine sera grosse? Ils seront mariés demain à Munich; il est, je crois, persuadé qu'elle pourra l'être en arrivant à Schélestât : c'est le Prince son frère qui l'épouse. On envoie d'ici des habits magnifiques, que l'Electeur avoit demandés pour lui et pour sa sœur ; mais en bien moindre quantité qu'il ne vouloit, parce que rien n'est égal aux magnificences que la Maréchale de Rochefort porte à cette Princesse. La Dame d'honneur, les Dames d'atour, les filles, la Gouvernante, les hommes, et toute la Maison part demain. Madame de Coulanges est aujourd'hui dans le tourbillon de leur départ; elles sont toutes à Paris ,

Voici une histoire bien tragique. Cette pauvre Bertillac est devenue passionnée , pour ses péchés passés, de l'insensible C....*; il l'a vu s'enflammer,

(1) Marie-Antoinette de Beauvilliers, femme de Louis Sanguin y Marquis de Livry.

* On voit par le Supplément aux Mémoires de Bussy, que M. de Caderousse étoit le héros de cette vilaine aventure. Mais la Dame y est appelée Madame de Rambures. Peut-être celle-ci avoit changé de nom ou en portoit deux*

fct non pas se défendre; il a élé d'abord au fait, et lui a fait mettre en gage ses perles, pour soutenir. un peu la bassette. On le vit arriver chez Madame de Quintin avec mille louis qu'il fit sonner; sa reconnoissance l'obligea de dire d'où ils venoient. Ce procédé a si excessivement saisi la Bertillac , qu'elle en est devenue une image de Benoît, comme elle a été autrefois; et le sang et les esprits ne courant plus, elle est actuellement enflée et gangrenée ; de sorte qu'elle est à l'agonie. Nous y passâmes hier, le petit Coulanges et moi; on attend qu'elle expire ; elle est mal pleurée ; le père et le mari voudroient qu'elle fût déjà sous terre. Il n'y a point deux opinions sur cette belle cause de sa mort. Madame de Frontenac en paroît honteuse, aussi

bien que tout le sexe, qui devroit déchirer C

comme Orphée. Je n'en ferai jamais mon héros; j'ai le même chagrin contre lui, que Madame de Coulanges contre la Fare *; elle ne le salue plus, et dit qu'il l'a trompée : il n^y a qu'elle qui s'en plaigne. La Sablière a pris son parti en jolie et spirituelle personne. Ce n'est pas pour le même

sujet que je hais C , comme vous voyez; car

même il ne m'a pas trompée.

Mercredi à dix heures du soir. Ma grosse lettre est partie ; mais quand il y a de grandes nouvelles, il faut les écrire, quoique

* Le Marquis de la Fare, connu par ses y ers, par ses Mémoires , et par l'amitié de Chaulieu , avoit été amoureux de Madame de Coulanges,, et aimé de Madame de k Sablière.

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