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nière affaire du courrier n'est pas excusable (1), et ce fut un assoupissement qui n'étoit pas naturel. Je vous assure que ces sortes de douleurs se retrouvent bien aisément, quand on se laisse la Hiberté d'yo penser et d'en parler sans contrainte. Nous fûmes tout ce que vous connoissez de femmes au service de cette pauvre Bertillac (2). Il est trèsvrai que c'est Caderousse qui l'a tuée; elle étoit dans un certain tems, quand elle fut saisie du procédé que vous savez : elle en fut frappée à mort comme d'un coup de poignard. C'est à la campagne. Pour moi, je trouve que c'est comme S..... l'un pour un meurtre , l'autre pour un sortilége : enfin , c'est l'étoile des crimes qui règne. A On recommencera à travailler à cetteChambre(5) plutôt qu'on ne pensoit : on assure qu'il y a bien des confrontations à faire. Il nous faut quelque chose de nouveau pour nous réveiller ; on s'endort ; et ce grand bruit est cesséjusqu'à la première occasion. On ne parle plus de M. de Luxembourg : j'admire vraiment comme les choses passent : c'est bien un vrai fleuve qui emporte tout avec soi. On nous promet pourtant encore des scènes curieuses. Il y en eut une lundi bien triste, et que vous eomprendrez aisément : M. de Pompone est enfin allé à la Cour. Il craignoit sort cette journée : vous

(1) Voyez la Lettre du 6 Décembre 1679.

(2) Voyez la Lettre du 24 Janvier. .

(5) La Chambre ardente pour juger de l'affaire des poisons, etc. Voyez la page 66. v

pouvez vous imaginer tout ce qu'il pensa par le chemin, et lorsqu'il revit les cours de Saint-Germain, lorsqu'il reçut les complimens de tous les Courtisans dont il fut accablé. Il étoit saisi : il entra dans la chambre du Roi qui l'attendoit. Que peut-on dire ? et par où commencer ? Le Roi l'assura qu'il etoit toujours content de sa fidélité, de ses services ; qu'il étoit en repos de toutes les affaires secrètes qui lui étoient connues; qu'il lui feroit du bien , et à sa famille. M. de Pompone ne put retenir quelques larmes, en lui parlant du malheur qu'il avoit eu de lui déplaire : il ajouta que pour sa famille, il l'abandonnoit aux bontés de Sa Majesté; que toute sa douleur étoit d'être éloigné d'un maître auquel il étoit attaché, autant par inclination que par devoir; qu'il étoit difficile de ne pas sentir vivement cette sorte de perte ; que c'étoit celle qui le perçoit, et qui faisoit voir en lui des marques de foiblesse, qu'il espéroit que Sa Majesté lui pardonneroit. Le Roi lui dit qu'il en étoit touché ; qu'elles venoient d'un si bon fond qu'il ne devoit pas en être fâché. Tout roula sur ce point, et M. de Pompone sortit avec les yeux un peu rouges , et comme un homme qui ne méritoit pas son malheur. Il me conta tout cela hier au soir; il eût bien voulu paroître ferme, mais il ne fut pas le maître de son émotion. C'est la seule occasion où il ait paru trop touché ; et ce me seroit pas mal faire sa cour, s'il y avoit encore une cour à faire. Il reprendra la suite de son cou·rage , et le voilà quitte d'une grande affaire : ce

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sont des renouvellemens que l'on ne peut s'empêcher de sentir comme lui. Madame de Vins a été à Saint-Germain ; bon Dieu, quelle différence ! on lui a fait assez de complimens, mais c'étoit son pays, et elle n'y a plus ni feu, ni lieu : j'ai senti ce qu'elle a souffert dans ce voyage.Adieu, ma très-chère et très-aimable, j'attends toujours de vos nouvelles avec impatience ; mais me m'écrivez que deux mots, renoncez à l'écriture, épargnez sur moi : cela me fait horreur d'imaginer que ce sont ceux qui vous aiment , et que vous aimez, qui détruisent votre santé.

LETTRE 6 o o.
A la méme.
à Paris, vendredi 9 Février 168o.

JE vous trouve, ma chère belle, en plein carnavak: vous faites de petits soupers particuliers de dixhuit ou vingt femmes : je connois cette vie et la grande dépense que vous faites à Aix ; mais il me paroît qu'au milieu de votre bruit vous vous reposez fort bien. On dit quelquefois : je veux me réjouir pour mon argent ; mais vous dites , ce me semble : je veux me reposer pour mon argent; reposez-vous donc, ayez au moins cela de bon. Je suis un peu étonnée que l'air du menuet ne vous donne pas la moindre tentation : quoi ! pas une seule agitation dans les jambes ! pas un petit mouvement dans les épaules ! quoi, rien du tout ! cela n'est pas naturel : je ne vous ai jamais vue immobile dans ces occasions ; et si je voulois tirer les conséquences ordinaires, je vous croirois plus malade que vous ne dites.

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Il y eut hier au soir une fête extrêmement enchantée à l'hôtel de Condé. Madame la Princesse de Conti nommoit une des filles de M. le Duc avec le Prince de la Roche-sur-Yon. C'étoit d'abord le baptême, et puis la collation du baptême ; mais quelle collation ! et puis une comédie ; mais quelle comédie ! toute chamarrée de beaux endroits ; de la musique, et des bons danseurs de l'opéra. Un théâtre bâti par les fées , des enfoncemens, des orangers tout chargés de fleurs et de fruits , des · sestons, des perspectives, des pilastres : enfin toute cette petite soirée coûte plus de deux mille louis , et le tout pour cette jolie Princesse. L'opéra ( de Proserpine) est au-dessus de tous les autres. Le Chevalier dit qu'il vous a envoyé plusieurs airs, et qu'il a vu un homme ( Quinault) qui doit vous avoir envoyé les paroles ;vous en serez contente. Il y a une scène de Mercure et de Cérès, qui n'est pas bien difficile à entendre : il faut qu'on l'ait approuvée, puisqu'on la chante : vous en

jugereZ. L'affaire des poisons est toute aplatie , on ne dit plus rien de nouveau. Le bruit est qu'il n'y aura point de sang répandu : vous ferez vos réflexions comme nous. L'Abbé Colbert est Coadjuteur de Rouen. On parle d'un voyage en Flandre. On ne sait pourquoi cette assemblée de troupes. Le frère Ange a ressuscité le Maréchal de Bellefond ; il a rétabli sa poitrine entiérement déplorée. Nous avons été voir, Madame de Coulanges et moi, le Grand-Maître ( le Duc du Lude ), qui a pensé mourir depuis quinze jours : sa goutte étoit remontée, une oppression à croire qu'il alloit rendre le dernier soupir, des sueurs froides, une perte de connoissance ; il étoit. aussi mal qu'on peut être. Les médecins ne le secouroient point : il fit venir le frère Ange qui l'a guéri, et tiré de la mort avec les remèdes les plus doux et les plus agréables : l'oppression cessa , la goutte se rejetta sur les genoux et sur les pieds, et le voilà hors de danger. Adieu , ma chère enfant. Je fais toujours cette même vie que vous savez , ou au faubourg, ou avec ces bonnes veuves ; quelquefois ici; quelquefois manger la poularde de Madame de Coulanges, et toujours fort aise que le tems passe et m'entraîne avec lui, afin de me redonner à vous.

LETTRE 6 o 1 .

A la méme. à Paris, mercredi 14 Février 168o. J E vous trouve bien heureuse d'avoir Madame du Janet ; elle est venue tout exprès pour vous ; voilà une amitié qui me plaît. Je suis assurée qu'elle est occupée de votre santé, je vous prie de lui dire

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