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N° 16409

DES

MSS. LATINS

DE

LA BIBLIOTHÈQUE

NATIONALE.

sidant la commission chargée de faire une enquête sur la traduction
d'un écrit de Marsile (1), et, en 1379, assistant à l'assemblée de prélats
et de docteurs à qui, durant le schisme, le roi demanda quel pape il
devait accepter. Jean-Pierre de Calore mourut en 1381 (2), n'ayant pas
la meilleure des réputations. On lui reprochait de s'être fait
licences.

payer

des

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Ce que nous savons de ses vespéries ne fait ne fait pas soupçonner que, sur la question de la grâce, son langage sera, ce qu'il est, très réservé. Dieu, dit-il, ne peut obliger à l'adorer qu'une créature intelligente et libre. L'intelligence ne va pas sans la volonté : Implicat contradictionem sallem evidentem aliquam creaturam esse intellectivam et non volitivam. Nous ne voyons ici, pour notre part, qu'une protestation contre le déterminisme dogmatique de Bradwardin. Les termes de cette protestation ont-ils semblé trop pélagiens?

Notre manuscrit contient, en outre, quelques passages de sa thèse en Sorbonne. La question est : Utrum expediat catholico viatori adducere rationes probabiles ad ea quæ sunt fidei? Oui, répond-il; et il ajoute, avec Duns Scot, que la vérité de tous les articles de la foi peut être établie par des arguments au moins probables. Quoi qu'il en soit, notons que l'orateur plaide encore ici pour cette raison humaine à qui Bradwardin ne pouvait reconnaître aucun droit.

A Jean-Pierre de Calore succède maître Jacques de Moret. Ce Jacques de Moret ou de Morey est-il le frère Prêcheur de ce nom, que l'archevêque de Lyon recommandait au pape en 1363, le priant de vouloir bien l'envoyer lire les Sentences dans le couvent de Paris (3)? On en doute, le titre de Prêcheur n'étant pas ici joint à son nom. Sa thèse est celle-ci : tout effet procède d'une cause unique, et cette cause unique est Dieu; tout ce que nous faisons, c'est Dieu qui nous détermine à le faire; nous vivons, nous agissons sous le joug de la nécessité. Et pourtant, dit-il pour conclure, nous méritons et déméritons. Les deux propositions, comme on le voit, ne s'accordent guère.

(1) D'Argentré, Collect. jud., t. I, p. 397. Chart. univ. Paris., t. III, p. 223. (2) Launoius, op. cit., p. 893. (3) Chart. univ. Paris., t. III, p. 98.

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Ensuite, paraît maître Simon Fréron, qui se prononce plus franchement encore pour la doctrine de Bradwardin. Il n'y a dans nos actions pas plus de mérite que de démérite. Ce n'est pas en prévoyant la conduite de ceux-ci, de ceux-là, que Dieu les a prédestinés, soit à la béatitude, soit au supplice. Il a, sans affection et sans haine, par un acte de sa pure volonté, éternellement, immuablement, réglé le sort futur des uns et des autres. Ce Simon Fréron, né en 1327, du diocèse de Soissons, élève du collège de Navarre, était en 1349 maître ès arts, en 1355 licencié en théologie (titre qu'il paya, dit-il, 12 florins) (1), maître en 1355 (2). Nous assistons, en l'année 1361, à un grave débat devant le parlement entre lui et Nicole Oresme. La reine Jeanne, femme de Philippe le Bel, avait, en fondant le collège de Navarre, prescrit qu'on en devrait sortir lorsqu'on aurait obtenu quelque part un bénéfice dont les fruits seraient d'au moins soixante livres. Or Nicole Oresme, ayant été nommé par le roi, le 5 juin 1361, supérieur du collège, Simon Fréron, qui se croyait des droits à ce titre, protesta contre cette nomination, disant que Nicole Oresme, doyen de l'église de Rouen, jouissait d'un bénéfice qui ne lui permettait pas même de résider dans la maison. Il gagna ce procès, et fut nommé supérieur en la place d'Oresme, le 4 décembre 1361(3). Nous le voyons plus tard chanoine de Cambrai, chanoine et sous-chantre de Paris, trésorier de l'église de Lisieux, et, en 1381, exilé lui-même du collège de Navarre, comme possédant en diverses églises des revenus supérieurs à soixante livres. Sa vie fut très active et son influence dans l'université considérable.

Voici maintenant une sixième réponse, in aula mag. Guillelmi a Fonte Frigido, à la question précédemment posée par l'abbé Bernard, ou Benoît, touchant notre perception transcendante de la félicité future. Cette réponse n'en a pas dû compromettre l'auteur. En fait, dit-il, nous ne savons pas et ne pouvons savoir evidenter quelle sera cette félicité. Nous ne savons pas même s'il est nécessaire de la mériter pour l'obtenir. Mais croyons fermement à la justice, à la bonté de Dieu.

(1) Chart. univ. Paris., t. III, p. 370. (2) Chart. univ. Puris., t. III, p. 127. (3) Launoius, Reg. Nav. gymn. hist.. p. 69.

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Enfin, nous retrouvons ici maître Richard Barbe soutenant que la prédestination n'a pas épuisé la causalité divine; que la volonté de Dieu peut toujours, dans le temps, transformer l'imparfait en parfait et tirer l'être du néant.

Suivent plusieurs courtes pièces, les unes et les autres anonymes, sur des questions déjà plus d'une fois traitées. Ce sont là de simples déclarations faites en Sorbonne et ailleurs; l'argumentation est absente. Mais nous avons au feuillet 181 une thèse véritable sur une question nouvelle. Il s'agit de prouver que les prières pour les vivants et les morts ne peuvent en rien modifier la sentence prononcée contre les réprouvés. Prier pour eux est donc inutile. L'est-il aussi de prier pour les élus? Oui sans doute. Approuvons néanmoins ces prières pour les élus; ce sont, en effet, de dévotes actions de grâces rendues à Dieu pour les avoir gratuitement prédestinés à la future béatitude: Orationes factæ pro defunctis vel vivis non sunt nisi quædam regratiationes. Potest patere, nam in omnibus hujus vile factis supponitur circumstantia divinæ prædestinationis; nec petitur ne mutetur quia hæc supponitur immutabilis. L'auteur de cette thèse très fermement anti-pélagienne se prétend d'accord avec Guillaume d'Auvergne, saint Thomas et Bradwardin; mais il combat les philosophes et Pierre Auriol comme ayant admis plus ou moins de contingence dans les décrets de la volonté divine.

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Ici finit la ressemblance des nos 16408 et 16409. Les derniers cahiers du no 16408 sont occupés par des extraits de thèses, où nous voyons figurer les noms nouveaux de maîtres Feraud, Barthélemy, Raymondin, Jean de Middleton; les derniers du n° 16409 nous offrent un traité considérable sur la prédestination, où nous retrouvons toute la doctrine de Bradwardin prolixement exposée, puis combattue par une correspondante série d'arguments purement logiques. Ce que l'auteur se propose d'abord de démontrer, c'est que tous les actes mauvais de la créature ne sont pas les effets nécessaires d'une loi fatale, et qu'elle est en conséquence justement responsable du mal qu'elle fait. Mais, avant d'argumenter contre la thèse du déterminisme, il prend soin de la faire bien connaître. Citons le début de son exposition:

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. Utrum cum præventione voluntatis et gratiæ Redemptoris stet ad bene vel male agendum libertas contingentiæ in voluntate viatoris? Argutum fuit multipliciter, adhuc arguitur aliter sic: Nulla est viatoris mala operatio, nec esse potest; igitur conclusio falsa. Consequentia nota. Antecedens patet, nam cujuslibet operationis viatoris Deus est causa immediata, etiam ejus quæ peccatum dicitur. LA BIBLIOTHÈQUE Quod patet multipliciter. Primo sic: peccatum Antichristi esse futurum, vel Antichristum esse peccaturum, non est aut fuit de se futurum, sed ab æterno a Deo factum est esse futurum; a nullo enim temporali hoc esse potest, cum sit æternum; igitur causa hujus est divina æterna volutio sola. Item peccatum Antichristi esse futurum, vel Antichristum esse peccaturum, est a Deo notum notitia simplici, licet non notitia approbationis; igitur hujus velle est causa hujus notitiæ et propositum. Item a Dei velle contingenti est quod Antichristus est contingenter peccaturus, quia, ut dictum est, nisi esset hujus velle concinens, concurrens aut præveniens voluntatem, nulla foret contingentia ad utrumlibet; igitur ab ejus velle est ac fuit quod Antichristus est peccaturus contingenter et quod peccabit contingenter. Item vel Deus habet actum voluntatis circa peccatum, vel non. Si sic, ille non est nisi volendi vel nolendi; sed non est actus nolendi, quia tunc peccatum non esset; igitur volendi. Si dicatur quod voluntas divina nullum actum habet circa peccatum contra naturam, tunc voluntas divina circa illud est in potentia et non in actu, et sic non est actuativa ac summe perfecta. Confirmatur, nam circa peccatum habet actum intelligendi, igitur volendi; aliter voluntas divina non esset æque actualis sicut divinus intellectus; imo, ut prius non esset. actualis, sed potentialis, sicut arguit P. (1) xır° Metaphysicæ, in textu commenti 14 et 15, ubi probat Deum intelligere in actu, aliter esset sicut dormiens; sic posset argui de velle. Patet deductio similis. Ulterius probatur quod Deus non solum permittit peccatum fieri voluntate bene placiti, nam aliquod peccatum prodest; igitur aliquo modo est bona; omne autem bonum in quantum bonum a Deo volitum; igitur assumptum patet Enchiridii (2) vn°: non Deus omnipotens ullo (modo) sineret aliquid mali in operibus suis, nisi, usque adeo esset omnipotens et bonus, ut inde bonum eliceret, et Enchiridii XIX, nisi esset hoc bonum ut essent etiam mala, nullo modo sinerentur ab omnipotenti bono; et allegat Magister(3) hoc, in dist. XLVI primi, ad idem, scilicet quod Deus velit hujusmodi actus qui dicuntur esse peccata. Patet sic quicumque scit aliqua duo esse inseparabiliter copulata et vult esse copulata, et sufficienter et rationabiliter vult unum, vult etiam reliquum; sed Deus vult actum peccati cum omnibus circumstanciis positivis cum quibus novit illum actum esse et solum cum eis. Hoc au

(3)De saint Augustin.

(3) Pierre le

«

(1) Philosophus, c'est-à-dire Aristote. Lombard.

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tem non est possibile, scilicet alicui actui inesse omnes circumstancias positivas nisi sibi insint omnes privationes; et, si omnia tam positiva quam privativa sibi possibilia inesse insint, non est possibile quin sit peccatum. Igitur, si Deus vult aliquid vel aliquam cum quibus peccatum est necessario copulatum, vult peccaLA BIBLIOTHÈQUE tum. Sed hoc vult, ut patet. Assumpta igitur.

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Eodem modo potest argui de peccati pœna; nam Deus vult hujus peccati esse pœnam, igitur vult hujusmodi peccatum esse. Similiter Deus vult hominem pro peccato damnari; sed quicumque rationabiliter vult aliquid vult ea quæ necessario sequuntur vel requiruntur ad id, nisi sit de facto, ideo propter ignorantiam aut aliter, quod Deo convenire non potest. Igitur propositum. Aliter formatur supra tacta ratio, non bene sequitur peccatum est, pœna igitur; peccatum est, igitur peccatum est peccatum; sed Deus vult primum antecedens et, ut videtur, vult consequentiam esse bonam, nam de facto est bona. Similiter in alio casu peccator punitur pro peccato suo; igitur peccat aut peccavit; sed Deus vult antecedens et consequentiam; igitur debet velle consequens. Ad idem Hugo, De Sacramentis, parte quarta, capitulo secundo: «Leve est et sine scrupulo conscientiæ dicere Deus vult bonum; si vero dicitur: Deus vult malum, grave est et non facile hoc recipit mens pia (1) »; et infra : « Refutat hoc mens pia, non quia quod dicitur non bene dicitur, sed quia non bene intelligitur. » Ex his propositum. Ad idem Augustinus, De gratia et libero arbitrio, cap. XLIV... Item, nisi voluntas divina esset causa peccati, tunc voluntas creata ageret peccatum Dei voluntate non concurrente, et tunc non videtur causa quare creatura non posset agere unam aliam privationem, quæ non foret peccatum, se sola, Deo non concurrente similiter, et aliquod aliud positivum. Ad idem non repugnant quod aliquid sit a Deo volitum voluntate beneplaciti et tamen sit peccatum; igitur peccati Deus potest esse causa. Conséquentia nota. Antecedens assumptum patet, quia non repugnat quod aliquid sit a Deo volitum fieri a Socrate et tamen prælatus præcipiat Socrati ne illud faciat, et tunc Socrates agens a agit illo modo quo Deus vult ipsum agere, et tamen peccat quia facit contra conscientiam propriam actualem et præceptum prælati. Adhuc secundo assumptum patet, nam et ipse Deus præcepit Abrahæ immolare filium et tamen ipsemet noluit Abraham immolare filium, et sic, ut videtur, econtra potest contingere quod prohibeat aliquid et velit idem, ut videtur fuisse de leproso mundato cui prohibuit ne cuiquam diceret, et tamen ille egressus diffamavit eum, nec in hoc male egit... Ad idem arguitur, supposito quod peccatum seu peccare sit facere contra præceptum. seu dictamen, seu judicium actuale; et tunc arguitur sic: Deus vult voluntate beneplaciti Socratem facere talem actum et tale præceptum contra quod faciet

(Hugo de S. Vict., De Sacram., lib. I, part. 4, cap. 12.

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