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payés, puisque des arrérages s'élevant à 916 1. lui furent seulement versés le 18 juillet 1735 et que, lors de son décès, il lui était encore dů 478 1., que toucha sa veuve le 2 avril 1737 (Ibid., série B). Adjudicataire des travaux exécutés en 1726 et en 1727 pour le nivellement de la Place et la reconstruction du grand perron du Palais, il est simplement qualifié d' « entrepreneur » dans les procès-verbaux de mise aux enchères et de réception (Ibid., C 315 et C 2633); d'ailleurs il avait à la niême date l'entreprise des travaux de la route de Rennes à Saint-Brieuc (Ibid., C 2356). En 1730, c'est comme architecte qu'il modifie la façade de l'église de Chavagne, dont il agrandit le porche, qu'il surmonte d'un cil de bæuf (Abbé Paris-Jallobert, Anciens registres paroissiaux de Bretagne : Chavagne, p. 30). Enfin, le « livres pour servir à la paroisse de Tousains pour se tenir conte de se qu'il an poura couter pour le retablissement de l'eglize... » commencé le 11 mai 1716 » (Ibid., G 548), mentionne des achats de sable et de pierre effectués sur l'ordre du st Gerbiè, « qu'est à la porte Tousaint ».

Sur Jean-François Huguet (1679-1749), architecte et ingénieur du Roi, artiste de talent, fils de François Huguet, architecte, nous sommes infiniment mieux renseignés, grâce à l'étude que lui a naguère consacrée le regretté M. Lucien Decombe (Un arliste rennais du XVII° siècle) dans les Mémoires de la Société archéologique d'Ille-et-Vilaine, t. XXXII, 1903, p. 163-225.

Enfin, il y a lieu de remarquer que l'église des Toussaints dont il est ici question n'est pas l'édifice actuellement occupé par la paroisse de ce nom et qui est l'ancienne chapelle du collège des Jésuites, devenu le Lycée, mais un monument détruit depuis nombre d'années, sur lequel on consultera avec intérêt le travail de M. Banéat sur le Vieur Rennes (Mémoires de la Société archéologique d'Ille-et-Vilaine, t. XXXIV, 1905, p. 117 et suiv. [Place de la Halle-aux-Blés]), et dont une planche de l'Album breton de Lorette et Ducrest de Villeneuve reproduit l'état des ruines d'après un croquis fait en 1807.

En complétant sur ces points de détail, pour les lecteurs des Annales de Bretagne, la documentation de M. Pierre Marcel, je n'entends nullement diminuer à leurs yeux l'importance ou la valeur d'un ouvrage établi avec le plus grand soin et destiné à rendre aux historiens de l'art du XVIII° siècle les services les plus précieux.

André LESORT.

Marcel Marion. Le garde des sceaux Lamoignon et la réforme

judiciaire de 1788. Paris, Hachette, 1905, in-8°; 269 pages.

Que de fois, dans l'histoire des nations, des réformes fondamentales, désirées par les populations, nécessaires à leur existence, ont été entravées ou ajournées par ceux-là même auxquels elles devaient le plus profiter ! Combien d'hommes se sont vus honnis de leurs contemporains pour avoir préconisé, trop tôt peut-être, des doctrines ou des institutions qui devaient être adoptées avec enthousiasme quelques années plus tard ! C'est un des exemples les plus frappants de ces fåcheux malentendus, de cette mobilité de l'esprit public que vient d'étudier M. Marion dans un ouvrage fortement documenté, animé de la plus entière impartialité et très agréable. ment écrit.

Il est hors de doute qu'au premier rang des améliorations unanimement souhaitées à la fin de l'ancien régime on mettait celles qui devaient rendre la justice plus rapide et moins onéreuse : la réduction de l'étendue des ressorts, qui aurait pour conséquence l'amoindrissement des frais et faciliterait les relations des plaideurs avec les hommes de loi chargés de leurs intérêts; l'augmentation de la compétence des tribunaux inférieurs, la diminution du nombre des degrés de juridiction, la suppression des justices d'exception (1), la simplification de la procédure, l'unification d'une jurisprudence presque aussi variée qu'il y avait alors de cours souveraines en France. Or, ces heureuses modifications ne pouvaient se faire qu'au détriment de la toute puissance des Parlements, et ceux-ci eurent l'habileté, tout en défendant leurs privilèges et leurs intérêts, de faire croire au pays, ou du moins à certaines parties du pays, que les fameuses ordonnances du 8 mai 1788, où étaient consacrées ces réformes judiciaires, avaient été forgées par le garde des sceaux Lamoignon autant et plus contre la liberté de la nation que contre l'absolutisme du pouvoir central, qu'eux seuls étaient capables d'opposer une résistance efficace au despotisme royal, et que celui-ci, en les supprimant pour les chatier de s'être refusés à enregistrer les édits bursaux, se préparait ainsi à régner en maitre et à éviter la prochaine convocation des Etats généraux.

1) M. Marion est, à mon sens, beaucoup trop sévère pour les juridictions spéciales; sans doute arrivait-il souvent que les officiers des greniers à sel ou des cours des monnaies fussent d'une insuffisance notoire, mais il ne faudrait pas englober dans la même réprobation telles juridictions, comme les amirautés ou les maitrises des eaux et forêts, qui avaient à appliquer une législation spéciale et à connaitre fréquemment de faits qui, par leur caractère technique, échappaient à la compétence des magistrats des cours ordinaires, si érudits qu'ils pussent être. La preuve s'en trouve dans les archives qui nous ont été conservées de ces tribunaux spéciaux.

En réalité, les réformes financières dont ce refus d'enregistrement ajournait la réalisation étaient inspirées d'une tendance égalitaire qui eût du leur mériter l'approbation de ceux-là même qui les combattirent en soutenant l'opposition parlementaire. A ces édils, qui, par la création d'une cour plénière, devaient-assurer l'unité de la jurisprudence, on reprocha précisément de contenir les germes de la plus grande discordance dans l'interprétation des lois, et l'on feignit de ne pas voir que les éléments dont devait être composée cette cour plénière, regardée par l'opinion publique comme un instrument servile du trône, se trouvaient justement compter au nombre des plus fougueux ennemis du ministère et des ordonnances! On ne voyait pas que ces magistrats, dont la bouche était remplie de protestations virulentes contre un gouvernement qui, suivant eux, jetait dans l'administration le désordre et l'anarchie et sapait les bases de l'autorité, étaient les premiers à semer l'indiscipline dans l'armée, à provoquer la populace à la révolte et à encourager les scènes révolutionnaires dont furent alors témoins maintes villes parlementaires. Contrastes piquants : les réformes contenues dans ces édits que la plupart des historiens s'accordent à nous représenter comme si foncièrement impopulaires, M. Marion nous les montre énoncées, quelques mois plus tard, dans un grand nombre de caliers de doléances des paroisses, et, parmi ces magistrats des tribunaux inférieurs pour lesquels on n'eut pas alors assez d'injures, les électeurs devaient aller chercher près du quart de leurs députés à la Constituante; tels d'entre eux, comme Basset, lieutenant général civil de la sénéchaussée de Lyon, ou Boullenger, lieutenant général du présidial de Rouen, étaient acclamés en 1789 par leurs concitoyens, qui, un an plus tôt, les avaient vigoureusement conspués !

Dès lors, comment expliquer les émeutes de 1788, la chute de Lamoignon et l'échec de la réforme judiciaire? M. Marion fait tout d'abord très justement observer que le mouvement de protestation contre les édits ne fut, il s'en fallut de beaucoup, ni aussi général, ni aussi profond, - ni aussi spontané, aurait-il pu ajouter, - que le donnent à croire les libelles contemporains, si nombreux et si venimeux, et la plupart des historiens postérieurs. Il convient en outre de tenir compte de la situation spéciale de certaines villes parlementaires, telles que Rennes, où chaque famille un peu notable figurait par quelqu'un de ses membres dans le monde du Palais, où la chicane était la meilleure source de revenus, où le commerce vivail en partie du séjour des plaideurs, et, ce qui est moins terre-à-terre, où la cité participait en quelque chose du lustre de la cour souveraine qui siégait dans ses murs: l'attachement à des lois particulières ou à des usages locaux, l'amour-propre provincial, parfois poussé jusqu'à l'exagération, ne pouvaient encore qu'exalter ces rancunes. Mais le succès de la réforme était surtout comproniis parce qu'elle était entreprise par un gouvernement faible, sans cohésion, sans vues d'ensemble, sans esprit de suite, parce qu'elle était compromise par l'adjonction de projets inopportuns, parce que le Trésor était vide et que le ministère dut céder pour obtenir de l'argent. Tandis que Lamoignon, faisant preuve d'une grande fermeté de caractère et d'un vrai courage civique, tenait tête à l'orage, le faible et indécis Brienne tergiversait et négociait; quand le gouvernement se voyait forcé de faire intervenir les troupes pour faire appliquer la loi et pour protéger contre l'émeute les magistrats des nouveaux grands bailliages, il donnait aux chefs l'ordre de ne pas faire usage de leurs armes et les contraignait ainsi de céder à l'émeute, ce qui est toujours la pire des politiques.

Ce få cheux concours de circonstances rendait modérés et prudents les esprits les plus avancés : Mirabeau, sympathique à la réforme, n'osa pas se prononcer publiquement, et Necker, dont tous les efforts tendaient à conjurer la banqueroute, dut finalement, pour trouver les ressources nécessaires à la vie de l'Etat, faire cause commune avec les robins. Quant à la masse de l'opinion publique, quant à la magistrature des tribunaux inférieurs, elles demeuraient flottantes, « se tenaient à califourchon sur les deux partis », suivant la pittoresque expression du sceptique Hérault de Séchelles, n'osant se compromettre d'un côté ou de l'autre, et cédant finalement aux calculs de l'intérêt et aux suggestions de la peur.

Enfin, on peut se demander si toutes ces protestations parlenentaires qui, d'un bout à l'autre de la France, presque à la même date, se formulaient en des termes à peu près identiques, n'étaient pas inspirées par une organisation plus ou moins clandestine, plus ou moins puissante, dont il semble que M. Marion ne reconnait peut-être pas assez l'influence; et cependant il a lui

même montré comment le parti parlementaire avait partout des affiliés, comment il trouvait moyen de correspondre avec les prisonniers au secret, de connaître les projets les plus cachés du gouvernement, comment ses agents épiaient, contrecarraient, trahissaient les délibérations du ministère et poussaient l'audace et l'habileté jusqu'à violer les correspondances privées.

Telles sont, dans leurs grandes lignes, les conclusions qui se dégagent du livre de M. Marion, mais il faut lire les chapitres excellents qu'il consacre à l'étude de l'organisation judiciaire au XVIIIe siècle, notamment à la législation criminelle, au récit des scènes auxquelles donna lieu l'application des édits de mai, à l'analyse des innombrables publications, devenues 'fort rares aujourd'hui, qui furent inspirées par ces événements : on y trouvera de quoi éclairer singulièrement l'histoire des origines de la Révolution.

André LESORT.

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DHERVOT, La médecine et les médecins à Saint-Malo (1500-1820);

préface du Dr Raphaël BLANCHARD. Rennes, Plihon et Hommay, 1906, in-8°, 248 p.

Ce livre, dans lequel M. le Dr Hervot reproduit in-extenso une foule de documents originaux tirés des dépôts d'archives ou de sa collection particulière, retrace avec beaucoup d'érudition et de saveur l'histoire administrative du service médical public et privé à Saint-Malo et nous fait en même temps connaitre le bagage scientifique des anciens disciples d'Hippocrate et leurs procédés de diagnostic et de thérapeutique.

Dans une ville maritime aussi étroitement resserrée que l'est Saint-Malo sur son rocher, les épidémies, facilement introduites par les équipages des navires, ne tardaient pas à causer de grands ravages, et le Dr Hervot nous fait assister aux efforts des autorités locales pour en enrayer la propagation, depuis le rébut du XVIe siècle : création de lazarets au Bé, au Talard et, plus tard, à l'ile de Césambre; organisation, en 1720, d'un bureau de santé muni de pleins pouvoirs sur la navigation, faisant surveiller la rade par ses deux bateaux, imposant des quarantaines, faisant détruire des marchandises apportées sur des navires suspects, se préoccupant même d'empêcher la propagation de nouvelles erronées sur le mauvais état sanitaire de la ville ou des environs.

L'aptitude professionnelle des médecins, des chirurgiens et des

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