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PHILIPPE DE FÉLICE. L'autre monde, Mythes et Légendes, le Purga.

loire de saint Patrice. Paris, Champion, in-8°, 193 p.

Cet excellent livre est la première partie d'une étude sur le Purgatoire de saint Patrice. Après avoir exposé la légende, l'auteur en recherche les origines et montre la place qu'elle occupe dans l'ensemble des traditions relatives à l'autre monde. Dans des chapitres bien documentés, M. de Félice décrit d'abord le Lough Derg et l'ile du Purgatoire dans leur état actuel; puis il étudie les sources de la légende du Purgatoire et expose, d'après le texte de Roger de Wendover et le poème anglais Owayn Miles, les aventures du chevalier Owen; la première partie se termine par une histoire du sanctuaire du Lough Derg et une étude sur l'origine de ce sanctuaire. Le sanctuaire actuel existait vraisemblablement déjà avant l'apparition du christianisme. Le mythe du Lough Derg provient sans doute de croyances relatives aux tumuli d'Irlande que la légende associe aux Tuatha Dê Danann. M. de Félice croit que le prototype d'Owein est le roi des Tuatha De Dannan, Oengus. Dans la seconde partie de son cuvre, l'auteur étudie les légendes analogues à la légende du Lough Derg, laquelle ne se distingue essentiellement des autres que parce qu'elle assigne à l'autre monde une place spéciale avec une entrée dans un endroit précis et que le héros qui y descend est vivant. Parmi ces légendes figurent pour une bonne part tout ce que l'on peut extraire de l'épopée irlandaise relativement au séjour des morts ou au départ des vivants pour les Iles des bienheureux. Mais, lorsqu'il s'agit de l'ancienne religion des Celtes, il faut prendre garde que l'épopée irlandaise ne fournit pas de renseignements plus précis que n'en fourniraient des contes populaires du VIII° siècle d'un autre pays pour l'étude de la religion préchrétienne de ce pays, et il ne faut pas oublier que les textes les plus intéressants pour la mythologie irlandaise proviennent de manuscrits du XV ou du XVI siècle. Souhaitons le prompt achèvement de l'ouvrage de M. de Félice qui constituera une étude complète et pénétrante d'une des légendes auxquelles on attribue volontiers un caractère plus spécialement celtique.

G. DOTTIN.

J.-M. DES NOYERS. Quelques intersignes ou avènements au pays

malouin (Extrait de la Revue de Bretagne). Vannes, 1905, in-8°, 40 p.

Sous ce pseudonyme, M. l'abbé Mathurin publie vingt-neuf intersignes recueillis par lui en pays malouin. Ils constituent un docu. ment de premier ordre pour l'étude de la légende de la mort en Haute-Bretagne. Quelques-uns sont identiques aux intersignes de Basse-Bretagne que A. Le Braz a donnés dans le chapitre ser de la Légende de la Mori.

G. D.

Ch. DURGET. La Géographie et l'Histoire par la lecture des noms de

contrées, lieur, etc. (Extrait des Annales fléchoises et la vallée du Loir). La Flèche, 1905, gr. in-8°, 114 p.

Dans ce livre on tente d'expliquer les noms de lieux par le mot breton ankelc'her « lutin, feu follet »; ainsi Orgiacus Orgé, remonterait à Porte guy ankelc'her a la porte du lutin Guyon, dont l'emblème était le gui ». Je ne vois guère à en retenir qu'une bonne reproduction d'une inscription trouvée dans le lit de la Mayenne, au barrage de Boisseau, et qui avait été signalée par M. (Ehlert dans le Bulletin de la Société des Antiquaires de France, le 5 septembre 1883. Cette inscription est d'ailleurs très fragmentaire et incompréhensible.

G. D.

K. MEYER. The Triads of Ireland (Royal Irish Acadeiny, Todd lecture

series, vol. XIII). Dublin, Hodges, Figgis and Co. 1906, xv-54 p.

Les lecteurs des Annales de Bretagne connaissent les triades humoristiques, morales et poétiques des Gallois par l'article que leur a consacré M. J. Loth dans le tome V, p. 500-515, 692-705. Les triades irlandaises étaient jusqu'ici inédites. M. Kuno Meyer en publie une collection conservée dans neuf manuscrits; il y a joint une traduction anglaise et donne en note les variantes. Un index des noms de lieux et de personnes ainsi qu'un glossaire des mots rares termine cette intéressante brochure.

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On sait que la plus ancienne triade celtique nous a été conservée en grec par Diogène Laërce (préface 6), qui l'attribue aux druides. Le groupement des divinités celtiques par trois a été constaté souvent sur les monuments gallo-romains. Mais, comme le remarque avec raison M. Kuno Meyer dans sa préface, la triade, qui est un procédé mnémonique, n'est évidemment pas d'origine celtique. Il est possible que le modèle des triades irlandaises doive etre cherché dans les duades, triades, tétrades, hexades, heptades et ennéades de l'Ancien Testament, par ex. Proverbes 30, 15, 18, 21, 29.

G. D.

Li septième carte de la série publiée par la société « La Loire navigable » vient de paraître. C'est la carte économique du département de la Loire-Inférieure, dont le chef-lieu, Nantes, est au plus haut point intéressé par la solution du problème de la Loire navi. gable. Dressée sur le même plan que les précédentes, la carte du - département est accompagnée d'une carte géologique, d'une carte des principales régions et productions agricoles, de la liste des établissements industriels de Nantes-Chantenay et de Saint-NazairePenhouët, des tableaux statistiques et des diagrammes donnant l'idée du développement industriel et commercial de la LoireInférieure.

Cette nouvelle carte est une heureuse contribution à la géographie économique de la France, tout en constituant, plus que les livres peut-être, un excellent moyen de propagande, en vue de la réalisation du projet de la Loire navigable.

F. BOURDAIS.

*

E. DUPONT. La part des communes dans les frais du culte parois

sial pendant l'application du ('oncordat, Paris, A. Rousseau, 1906, 1 vol. in-8° de 181 pages.

M. E. Dupont, dont le nom est bien connu des lecteurs des Innales (1), a consacré sa thèse de doctorat en droit à une question qui intéresse tout à la fois l'histoire de l'application du Concordat et l'histoire de l'administration municipale en France au XIXe siècle.

(1) Il a publié ici même une très intéressante étude sur la Condition des paysans dans la sénéchaussée de Rennes à la veille de la Révolution.

Ce n'est pas une étude uniquement juridique, car l'auteur s'est inquiété de savoir comment les textes législatifs avaient été inter. prétés et appliqués dans la pratique, et il a fait aux Archives Nationales de consciencieuses recherches, dont il a tiré un excellent parti.

Il nous montre d'abord que Napoléon fut très embarrassé pour faire face aux dépenses que lui imposait le rétablissement du culte catholique. L'on se décida donc à rejeter plus ou moins ouvertement sur les communes les frais du culte paroissial; mais les contributions, sur lesquelles on comptait de la part des fidèles et des municipalités pour couvrir les dépenses cultuelles, ne furent d'abord que volontaires et facultatives. Or, les fidèles et les assemblées locales ne montrerent que peu de générosité; de nombreux documents prouvent que beaucoup de curés ne reçurent pas de logements et que beaucoup de desservants étaient littéralement réduits à la misère. Le ministre des Cultes, Portalis, s'efforça donc, malgré l'opposition que lui firent le Conseil d'Etat, le Tribunat, le ministre de l'Intérieur, de rendre obligatoires les dépenses du culte. En 1807, on décida que 30,000 desservants, au lieu de 24,000, seraient subventionnés par le Trésor; puis, par une série de mesures, on dola les fabriques et on favorisa leur pouvoir d'acquisition pour les mettre à même de subvenir aux besoins du culte, de telle sorte que les communes n'aient plus qu'à suppléer à l'insuffisance des revenus des fabriques. Ainsi s'explique le décret de 1809, qui rend les charges des communes obligatoires, mais déclare qu'elles n'auront qu'un caractère subsidiaire : elles ne pourront être exigées que si les fabriques sont incapables d'assurer le culte, le traitement des vicaires, les réparations ou constructions des édifices.

M. Dupont montre que, de 1809 à 1884, aucun acte législatif n'est venu modifier la situation respective des communes et des fabriques. Mais, en fait, l'interprétation du décret a varié selon les influences politiques des différentes époques. Sous la Restauration, le gouvernement s'est efforcé de faire tomber toutes les charges sur les communes. Sous le gouvernement de Juillet, au contraire, on considère que les dépenses des communes ne sont que subsidiaires, et l'avis du Conseil d'Etat, de 1839, a créé en ce sens une jurisprudence qui s'est imposée pendant une trentaine d'années. En 1873, on essaie de remettre en vigueur l'interprétation de la Restauration; mais le triomphe du parti républicain fait échouer cette tentative et détermine la loi de 1884, qui réduit les dépenses obligatoires des com

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munes à l'indemnité de logement des prêtres et aux grosses réparations des édifices, à la condition toutefois que ces édifices appartiennent à la commune et que les fabriques soient incapables de pourvoir aux frais du culte. La loj de 1884 fait plus encore : elle soumet aux conseils municipaux la gestion financière des fabriques.

M. Dupont affirme que, sous le régime du décret de 1809, les communes n'ont supporté le plus souvent que de mauvaise grâce les contributions extraordinaires qu'elles devaient s'imposer pour le culte. Et cependant ces contributions ne furent pas énormes, car, en 1880, elles s'élevaient au total à 17 millions de francs. « La loi elle-même, nous dit-il, instituait, dans chaque commune, un conflit permanent entre le conseil de fabrique et le conseil municipal; on créait entre la commune et la fabrique une opposition d'intérêts manifeste et durable ». La conclusion parait très juste, mais il eût été bon de l'illustrer par quelques exemples; les documents ne manqueraient pas à cet égard dans les archives communales et départementales. Il faut espérer que le travail si utile et si intél'essant de M. Dupont contribuera à susciter des monographies, vraiment scientifiques, qui éclaireront singulièrement l'histoire du culte catholique en France au XIX° siècle.

Henri SÉE.

II. QUILGARS. Guide historique et archéologique de la presqu'ile

guérundaise, Vannes, 1905, in-16, 50 p.

Ce guide contient l'indication des communes et des villages de la presqu 'lle guérandaise qui offrent quelque intérêt au point de vue historique ou archéologique. Les noms de lieux sont rangés dans l'ordre alphabétique. Les articles étendus sont divisés en : époque préhistorique, époque romaine, moyen âge et époque moderne. Les restes de monuments mégalithiques sont particulièrement nombreux. Ils avaient fait l'objet d'un travail de M. Quilgars dans les Annales de Bretagne, t. XIII, p. 1-10. Aux Grands-Fossés, commune de Saint-Lyphard, on remarque les restes de grands travaux de défense composés d'une levée de terre et d'un fossé qui ferment la presqu'île guérandaise, de La Brière aux marais de Pont-Pas. M. Quilgars y voit un travail des Vénètes, construit au moment de l'invasion de César. Mais il n'est point question de ce genre de terrassements chez César, III, 12, quoiqu'il nous donne quelques détails sur les oppida des Vénètes, et les moyens de défense des assiégés.

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