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L'intervention de Jean XXII n'eut pas de succès. Bien loin de s'amender, l'évêque de Vannes, Thomas d'Anast, Aubry de Baudement et quelques autres laïques ne respectèrent pas les volontés d’Arthur II. Des biens confiés à leur soin ils s'adjugèrent une partie, aliénèrent le reste ou le dispensèrent au gré de leur fantaisie, se gardant, par contre, d'exécuter certains des legs pieux. Par suite, Jean III se trouva dépossédé de l'héritage qui lui revenait après le complet accomplissement du testament de son père. Le duc supplia donc le Saint-Siège de désigner des gens compétents qui, en vertu de l'autorité apostolique, évoqueraient devant eux les exécuteurs testamentaires d'Arthur II ou les héritiers de ceux qui, comme Thomas d'Anast, étaient morts, et les obligeraient à fournir les comptes de liquidation, à restituer ce qu'ils avaient retenu indûment et à offrir une compensation pour leur mauvaise administration.

Jean XXII, trouvant justes les revendications du duc, confia la direction de l'enquête, jugée nécessaire en l'occurrence, à l'évêque de Dol, au prieur du monastère de Noirmoutier au diocèse de Luçon, ainsi qu'au doyen du Mans, avec mission de faire justice à Jean III (6 mars 1327) (1).

PIÈCE JUSTIFICATIVE

Jean XXII charge l'évêque de Dol, le prieur du monastère

de Noirmoutier au diocèse de Luçon et le doyen du Mans d'instruire une enquête au sujet de l'exécution du testament d'Arthur II. Avignon, 6 mars 1327.

(Reg. Vat. 84, f. 122 ro, ep. 1299.)

Venerabili fratri.. episcopo Dolensi, et dilectis filiis.. priori Monasterii Nigri, per priorem soliti gubernari, Lucionensis diocesis, ac.. decano ecclesie Cenomanensis, salutem.

(1) Voir la pièce juslificative,

Ex parte dilecti Alii nobilis viri Johannis, ducis Britanie, petitio nobis exhibita continebat quod quondam Arturius dux Artusius, dux Britanie, pater ejus, olim zelo devotionis et fidei in suo testamento seu ultima voluntate ac in ipsius plurimis ab eo conditis codicillis multa et magna tam de bonis suis mobilibus quam immobilibus ac ducatus Britanie in pios et alios usus licitos et diversos convertenda legavit, et venerabilem fratrem nostrum Johannem, episcopum Venetensem, et quondam Thomam de Anast, tunc decanum Andegavensis, et dilectum filium Aubericum de Baudement, subdecanum Trecensis ecclesiarum, et nonnullos alios laicos executores reliquit hujus testamenti et sue ultime voluntatis, eisque sub certis forma et modis procedendi super executione hujusmodi et premissa etiam adimplendi concessit plenariam potestatem, sed executores ipsi, ad quorum manus bona hujusmodi pervenerunt, transgredientes formam mandati testatoris ejusdem et modis hujusmodi non servatis, multa de bonis eisdem eorum usibus et commodis applicarunt, et nonnulla ex eis alienarunt illicite et etiam distraxerunt pro libito voluntatis, quedam vero in pios usus et licitos juxta dispositionem testatoris ejusdem ipsius convertere non curantes, illa prophanis usibus deputarunt, propterque pia ipsius est testatoris intentio defraudata et idem Johannes dux prefatus, qui ut heres dicti Artusii in bonis reliquis succedere debuisset, ob factum et culpam executorum ipsorum succedere, ut deberet, non potest in illis, sed gravem jac. turam exinde noscitur incurrisse. Quare nobis humiliter supplicavit ut, cum aliqui de dictis executoribus rebus sint humanis exempti, aliquibus discretis daremus nostris litteris in mandatis ut ipsi, vocatis dictis executoribus qui nunc vivunt et etiam heredibus illorum ex eis qui, ut prefertur, de hac luce migrarunt, eos simpliciter, et de plano, sine strepitu et figura judicii, ad reddendum de administratione prefata legitimam rationem et ad restituendum Johanni duci prefato ea que sibi, ut premittitur, de dictis bonis retinuisse noscuntur et que restant etiam de bonis eisdem in quibus idem Johannes debet succedere, ut prefertur, et nichilominus

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ad satisfaciendum de male administratis hujusmodi competenter ratione previa per censuram apostolicam, appellatione remota, compellere procurarent. Nos vero, quia nec pati volumus nec debemus quod dispositiones seu ultime ac pie, fidelium voluntates in aliquo defraudentur, ipsius Johannis ducis supplicationibus inclinati, discretioni vestre per apostolica scripta committimus et mandamus quatinus, vocatis qui fuerint evocandi, faciatis auctoritate nostra eidem Johanni duci super premissis et eorum singulis contra predictos Johannem episcopum et alias personas, dumtaxat ecclesiasticas, simpliciter, et de plano, sine strepitu et figura judicii, justitie complementum, contradictores eadem auctoritate, appellatione postposita, compescendo. Non obstante... Testes autem qui fuerint nominati, si se gratia vel odio vel timore subtraxerint, per censuram ecclesiasticam, appellatione cessante, compellatis veritati testimonium perhibere ; quod si non omnes hiis exequendis potueritis interesse tu, frater episcope, cum eorum altero ea nichilominus exequaris. Datum Avenione, II nonas martii, anno undecimo.

(A suivre).

MÉLANGES D'HISTOIRE

D'HISTOIRE BRETONNE

(Suile).

VI

Les diverses rédactions de la Vie de saint Malo

Je me propose de montrer dans une série d'articles que, à l'exception de la première Vie de saint Samson, les vies de saints de l'Armorique sont presque entièrement dénuées de valeur historique et, en outre, que plusieurs d'entre elles ont été plus ou moins influencées par le schisme de Nominoé.

Je voudrais établir en premier lieu qu'un passage de la Vita Machutis de Bili, « la plus ancienne de toutes les vies de saints bretons si l'on excepte celle de Samson (1) », où l'on a voulu voir un trait archaïque, constitue en réalité une imposture; qu'elle trahit une préoccupation provoquée par le schisme; que Bili est un remanieur impudent, pour ne pas dire un faussaire. Il me faudra préalablement démontrer que la rédaction de Bili est, de toutes, la moins autorisée et qu'on s'est trompé dans le classement des Vies de saint Malo qui nous sont parvenues.

La Vie ancienne de saint Malo à laquelle renvoient Bili et d'autres rédactions a, dit-on, disparu. Nous ne possédons

(1) L. Duchesne, La vie de saint Malo, étude critique, dans la Revue Celtique, XI, 1890, p. 1.

sur la vie du saint que des remaniements de dates diverses et de valeur inégale.

1° La rédaction de Bili, découverte par dom Plaine dans deux mss., d'Oxford (Bodléienne, latin 535, X° siècle) (1) et de Londres (British Museum, Regiu's 13 A, XI° siècle), et publiée par lui en 1883 dans les Bulletin et Mémoires de la Société archéologique d'Ille-et-Vilaine, t. XVI, 2° partie, p. 167-256, et à part, Rennes, Plihon, 1884, in-8°.

Des extraits de cette rédaction figurent dans la Nova legenda Angliae de Capgrave, fol. 219-221 (nouv. éd. par Horstmann, Oxford, vol. II, 1901, p. 149-156) dans les De rebus britannicis collectanea de John Leland, Oxford, 1715, t. I, 2° part., p. 430-432 (2e éd., Londres, 1774): ces deux abrégés ont utilisé des mss. différents de ceux d'Oxford et de Londres. Ces mss., dont M. de la Borderie (loc. cit., p. 305-312; tir. à part, p. 169-176) s'exagère la valeur et l'intérêt, ont été certainement l'objet d'interpolations absurdes, – enfin dans les Lives of saints from the book of Lismore, publ. par Whitley Stokes (Anecdota O.roniensia, série V, 1890, p. 352).

Avertissons tout de suite pour ne plus nous en embarrasser que la très courte Vita qu'on trouve dans dom Morice (Preuves de l'Histoire de Bretagne, t. I, 191-193) d'après un Légendier de Tours, ne saurait être un dérivé de la « Vie primitive » comme l'a supposé M. Levillain (dans le Moyen-Age, 1902, p. 234 en note) mais est simplement un extrait de Bili, comme l'a bien vu M. de la Borderie (loc. cit., p. 304, et Hist. de Bretagne, I, 468 n. 1, 472 n. 1).

Nous désignerons la rédaction de Bili par la lettre B.

2° Le ms. lat. 12/04 de la Bibl. Nat. à Paris offre du fol. 239 recto au fol. 246 verso, d'une écriture du début du XIe siècle, une rédaction très différente de la précédente. L'auteur en est inconnu et nous adopterons, au moins provisoirement, l'hypothèse de l'éditeur, M. de la Borderie, qui voit en lui

(1) M. Nicholson, administrateur de la Bodléienne, veut bien me faire savoir (16 novembre 1906) qu'il croit ce ms. du commencement du XIIe siècle.

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