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Et chaque soif vainqueur, au seuil de la coquette,
Sommeillez sous le myrte et rêvez-vous poële.

Nos journaux vous font peur ? Eh ! qui va s'informer
Qu’un amateur de plus s'abandonne à rimer ?
Pensez-vous qu’occupés dans leurs forts militaires ,
A détrôner par jour deux ou trois ministères,
Nos belliqueux Abbés descendent à vous voir ?
Si Féletz vous criait : QUI VIVE! Par devoir,
Glissant entre les feux des lignes politiques,
Répondez vite et bas : MÉLANGES POÉTIQUES ,
Et vous êtes sauvé! Plus de soins superflus ,
Publiez-les vos vers , et qu'on n'en parle plus.

H. DE LATOUCHE.

OEuvres de P.-L. LACRETELLË Ainé, membre de l'an

cien Institut, et actuellement de l'Académie française (1)

M. LAcretelle ainé, qui publie aujourd'hui la collection de ses oeuvrés, est l'un des derniers représentans de cette philosophie du dix-huitième siècle dont les doctrines excitent aujourd'hui tant d'inimitiés, et qui serait à jamais proscrite, si la raison pouvait l'être; si dans l'état actuel de la civilisation, il était possible d'arrêter le mouvement de l'esprit humain. M. Lacretelle, contemporain des sages les plus illustres du dernier siècle, disciple et confident de Malesherbes, parut avec éclat dans la carrière littéraire à l'époque où les principes fondamentaux des sociétés étaient reconnus et fixés; il ne s'agissait plus que d'en faire d’utiles applications : déjà d'importantes réformes étaient projetées ; quelquesunes avaient reçu un commencement d'exécution ; mais les intérêts fondés sur les anciens abus se révoltèrent; le pouvoir qu'assiégeaient de toutes parts , l'intrigue, l'ambition, la cupidité, fléchit devant cette ligue formidable; la sagesse , la vertu, le patriotisme furent exilés avec Turgot et Malesherbes. Tant d'espérances trompées laissèrent au fond des cours une profonde ulcération ; la monarchie subsistait encore avec ses pompes extérieures, ses brillantes décorations, et le prestige de l'antiquité ;

(1) Première livraison. 3 vol. in-8. Prix, 18 fr. Chez Bossange frères , libraires, rue de Seine, n. 12.

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mais elle était ébranlée dans ses bases, etevait tom. ber au premier choc comme ces vieilles forteresses dont les fondemens ont été ruinés par l'art du mineur; l'aspect en est encore menaçant; mais comme elles ne reposent que sur de fréles appuis , au signal donné, elles s'écroulent avec fracas, et la terre est au loin couverte de leurs débris.

Il est aujourd'hui prouvé jusqu'à l'évidence que si la philosophie eût dominé dans les conseils de la couronne, des réformes salutaires auraient satisfait les nouveaux besoins de la société et prévenu de sanglantes discordes. Les Turgot, les Malesherbes et les sages qui se rargeaient autour d'eux, savaient bien que les bases de la monarchie manquaient de solidité ; ils voulaient les raffermir ; ils voulaient donner pour auxiliaires au pouvoir royal la justice, la raison, l'intérêt du peuple , les lumières du siècle. Tel a été le but constant de leurs méditations et de leurs travaux. L'intérêt mal-entendu du petit nombre forma autour du trône une barrière impénétrable à la vérité ; les rivalités s'en mêlèrent, d'ignobles passions furent déchaînées ; le vertueux monarque, environné d'illusions, se laissa conduire dans des routes dangereuses; il était encore plein de sécurité la veille du jour mémorable où l'antique monarchie se trouva ensevelie sous ses ruines; seul il resta debout sur ses débris; mais le pouvoir s'était détaché du trône ; il fallut céder à de nouvelles et terribles destinées.

Voilà ce que les philosophes avaient prévu; voilà ce qu'ils voulaient prévenir; et ce sont les hommes dont l'orgueil, l'ambition, le fanatisme ont creusé cet abime, qui n'ont jamais vu dans la royauté qu'un moyen de satisfaire leur intérêt personnel, qu'un pouvoir exclusivement destiné à leur profit; ce sont eux qui accusent la philosophie des désastres que la philosophie seule pouvait détourner; ils l'accusent, ou plutôt ils la calomnient sans cesse, pour faire oublier leurs fautes passées , pour excuser peut-être leurs fautes à venir. Ils s'irritent contre la vérité ; ils se heurtent contre l'opinion qui demeure inébranlable.

Celui qui voudrait chercher dans les infâmes ouvrages des casuistes du jésuitisme , les principes de la philosophie chrétienne, de la morale évangélique, commettrait une grande erreur; on lui dirait nettement qu'il se trompe ou qu'il veut tromper les esprits crédules; le même reproche s'adresse aux hommes qui, en exhumant quelques écrits oubliés de La Métrie, de Diderot et du Baron d'Holbach, nous disent : « Voilà la philosophie du dix-huitième siècle. » Ils n'ignorent pas, au fond de leur conscience , que cette assertion est absurde ; mais ils espèrent qu'à force de la répéter, ils lui donneront quelque crédit; ils comptent sur l'inattention et la légèreté du caractère français; mais ce caractère a été singulièrement modifié

par

les événemens ; nous ne sommes plus ce peuple célèbre entre tous les autres par sa frivolité; les jours de son enfance sont passés ; des fables et des contes ne suffisent plus à l'activité de son esprit ; il a pris la robe virile ; il pense avec liberté, il marche avec assurance; rien de plus difficile que de le ramener à son berceau.

Voulez-vous puiser à sa source la philosophie elu dernier siècle? lisez les pages immortelles de Fénélon qui respirent un si doux parfum d'antiquité; écoutez l'éloquence de Massillon découvrant aux yeux d'un jeune prince les mystères de son pouvoir; lui montrant, nouveau Joad , le livre de la loi; le prémunissant contre les flatteurs; lui montrant les rois faits pour les peuples et non les peuples pour les rois; méditez les profonds écrits où Montesquieu a défini les trois pouvoirs qui nous régissent aujourd'hui, indiqué les lois qui conviennent à la'nature des gouvernemens, et retrouvé, suivant la belle expression de Voltaire, les titres perdus du

genre humain.

Lisez Voltaire lui-même, lorsqu'il n'est point irrité par l'injustice du pouvoir et les persécutions de la sottise! Si la tolérance religieuse a triomphe du fanatisme, c'est à lui que nous le devons ; lisez Rousseau indigné d'une fausse civilisation, et cherchant dans le , cậur de l'homme la sanction de la vertu !.

Rassemblez' autour de vous les écrits des Servan, des Monclar, des Dupaty, des Thomas, des Turgot, des Malesherbes. Ce sont là aussi les archives de cette philosop hie dont le nom seul fait frémir les ennemis de la toJérance et de la vérité. Que trouverez-vous dans ces nobles produits da talent? les principes de la morale la plus pure , le sentiment religieux dans toute sa pureté, les vues les plus utiles pour la réforme graduelle des abus, pour la sécurité du trône et le bonheur du peuple. Vous y apprendrez à respecter les lois, à honorer le chef de l'Etat , à détester l'arbitraire, à aimer la patrie. Telle est la philosophie du dix-huitième siècle, ou plutôt telle est la philosophie de tous les siècles éclairés.

Il ne faut pas s'y tromper : cette philosophie qu'on veut décrier sous le nom de moderne, date de la naissance des sociétés; c'est la philosophie de Socrate, celle du législateur des chrétiens; c'est la philosophie de Cicéron, de Marc-Aurèle et de tous les grands génies

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