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d'Hoyle; du S. 70° 18' E. au S. 11° 15' E., elle est fixe et brillante.

Ces feux brûlent à une même élévation de 45 pieds (13", 7) au-dessus du niveau ordinare des hautes mers de grandes marées.

N. B. Le feu du vieux phare a cessé d'être allumé, mais les bâtiments ont été conservés jusqu'à présent.

N° 51.

Examen d'une notice de M. HOMBRON sur les glaces du pôle austral ;

par M. Daussy.

Les Annales maritimes de 1843, tome II, page 870, de la partie non officielle, Sciences et arts, contiennent un mémoire de M. Hombron, chirurgien-major de l'Astrolabe dans la dernière expédition commandée par M. Dumont-d'Urville, intitulé : Aperçu topographique sur les terres et les glaces australes. Il m'a paru que quelques-unes des propositions avancées par M. Hombron étaient susceptibles d'être discutées. J'ai donc cru devoir les examiner ici.

Les deux faits principaux que l'on tire de la notice de M. Hombron, sont :

1° La disposition générale des glaces australes est invariable.

2° Le tracé général des terres polaires australes présente deux angles saillants et deux angles rentrants; et si nous. cherchons, dit M. Hombron, où sont situés ces différents points, nous trouvons, pour le premier de ces angles saillants, le front de terre et de glace qui s'étend de l'extrémité de la terre Enderby à l'extrémité de la terre Adélic; et,

pour le second , les terres dont les îles Powell et Sandwich, comme les Shetland, ne sont que des fragments peu éloignés, si on en juge par la saillie au N. des terres de Palmer, de Louis-Philippe, de Joinville, et par la solidité et l'imposante masse de la banquise rencontrée par Bransfield, d'Urville, Wilkes et Ross lui-même sur ce point de la circonférence du pôle.

Ces deux propositions reposent évidemment, l'une et l'autre, sur la supposition que le capitaine Weddell en a imposé lorsqu'il dit avoir pénétré en 1820 jusque par 74° de latitude, étant alors sous le 37° méridien à l'O. de Paris. Combattre ces propositions, c'est donc défendre la mémoire de ce célèbre navigateur, dont le récit frappa toutes les imaginations lorsqu'il fut publié, et sur la véracité duquel on n'a jamais élevé le moindre doute; ce devoir est doux à remplir, car il est plus agréable d'avoir à défendre un homme contre une accusation qui attaque son honneur, que de soutenir l'opinion contraire.

M. Hombron, en comparant la mer Glaciale boréale avec les régions qui environnent le pôle austral, remarque que, vers le N., de nombreux et vastes sleuves versent annuellement dans la mer un volume d'eau énorme qui doit tendre à détacher et à entraîner les glaces, tandis qu'au pôle S. tout est glace, tout est invariable comme l'atmosphère. M. Hombron n'a pas pensé que ce que les caux font au N., un agent moins régulier sans doute, mais beaucoup plus puissant, peut bien le faire dans le S.; je veux parler des volcans. Une grande partie des terres que l'on a reconnues dans ces parages présentent un aspect volcanique. Balleny vit la fumée s'élever du sommet d'une île qu'il découvrit par 66° S. et par 164° E. Cette terre, dit-il, est évidemment volcanique, ainsi que le prouve l'espèce de pierre ou plutôt de lave qu'on en rapporta. Le 12 janvier 1861, le capitaine Ross mit pied à terre sur une île volcanique située par 71° 56' S., et 168° 47' E. ; il observa , par

77° 32' S. et 162° 40' E., un volcan en ignition, et plus loin un autre volcan éteint.

Dans la Nouvelle-Géorgie, le capitaine Bellinghausen reconnut, par 52° 18' S. et 25° O., une île volcanique dont le sommet lancait de la fumée.

Dans les Nouvelles-Shetland, l'île Déception offre un cratère parfaitement caractérisé; le petit rocher Bridgeman exhale conținuellement des fumées épaisses, dit M. d'Urville. La nouvelle île découverte par le capitaine Ross, dans sa dernière campagne, par 64° 12' S. et 59' 9'0., est d'origine volcanique, elle offre un cratère parfaitement formé et élevé de 1,067 mètres au-dessus de la mer. Tout nous prouve donc que le pôle austral est travaillé par la puissante action des volcans, et alors la dislocation des glaces doit être sans doute plus rare que vers le pôle boréal, mais aussi beaucoup plus énergique, en sorte que de vastes étendues de mer peuvent se trouver à certaines époques entièrement libres, puis se refermer ensuite pour des années, et peut-être même des siècles.

Nous admettons volontiers ce que M. Hombron regarde comme un axiome: «que l'on ne peut espérer atteindre les hauts parallèles antarctiques que sur les points de la circonférence du pôle où les terres se resoulent vers le S. » II n'est pas besoin, en effet, de démontrer que tant que l'on emploiera la navigation pour s'approcher du pôle, on ne pourra le faire que là où il n'y aura pas de terres. Mais, ce qui me paraît être très-contestable , et sur quoi cependant parait s'appuyer M. Hombron dans sa description topographique des terres australes , c'est que là où un navigateur a été arrêté par une barrière de glace infranchissable, cette banquise soit nécessairement appuyée sur des terres. Je sais que M. Hombron admet qu'il y a banquises et banquises, les unes qui se laissent pénétrer, et les autres qui opposent un obstacle insurmontable; ce sont ces dernières seulement qu'il regarde comme permanentes. Mais qu'est-ce qui prou

vera qu'une masse de glaces, que de nombreux hivers auraient rendues compactes et impénétrables, ne pourra pas, par suite d'action volcanique, éprouver une dislocation qui permette à des navigateurs plus favorisés de la pénétrer? D'ailleurs peut-on répondre jusqu'à qu'elle distance de la côte une étendue considérable de glace pourra s'étendre, ou même pourra être entraînée par les courants, et former ainsi, quoique isolée de toute terre, une barrière infranchissable? Ne sait-on pas que, dans le N., la banquise qui défend l'abord de la côte orientale du Groenland s'en détache quelquefois, et, tout en présentant vers l'E. une barrière infranchissable, laisse entre la côte et elle un espace dont le capitaine Graah a profité pour remonter au N.

Cook, dans son voyage au pôle S., rencontra, par 55° environ , une immense plaine de glace; un grand nombre d'îles de toutes formes et de toutes grandeurs se montraient par-derrière aussi loin que la vue pouvait s'étendre; quelques-unes plus éloignées, élevées considérablement par les vapeurs de l'horizon, ressemblaient en effet à des montagnes. Pendanl trente lieues, la Résolution suivit cette côte de glace, entrant dans chaque baie ou ouverture pour trouver un passage au S.: partout la glace était fermée; ne pouvaiton pas, d'après cela, supposer que c'était là la véritable banquise? Le capitaine Cook Jui-même crut d'abord que c'était la terre; il revint ensuite de cette opinion en examinant ces prétendues collines, et les différents aspects qu'elles offraient à travers la brume; mais plusieurs officiers persistèrent à croire qu'ils avaient vu la terre de ce côté, jusqu'à ce que, deux ans après, la Résolution naviguât précisément sur le même endroit sans trouver ni terre ni glace. Ainsi ce qui avait toute l'apparence d'une banquise fixée à la terre n'était qu'une masse flottante.

En 1836, le capitaine Biscoë trouve une barrière de glace qui le repousse malgré tous ses efforts, et l'oblige à courir au N. dans les mêmes parages où, en 1830, le capi

taine Bellingshausen avait navigué au S. du 60° degré, et où le capitaine Ross passa, en 1842, encore plus au S. ; le capitaine d'Urville lui-même, lorsqu'il fut arrêté, en 1838, par une banquise formidable qui menaçait de le retenir á jamais, et dont il ne put se dégager qu'avec les plus grands efforts, ne fut-il pas persuadé qu'il avait atteint la limite des glaces fixes ? Si, cinq ans plus tard, le capitaine Ross put naviguer pendant 200 lieues, en passant à 30 lieues au S. de la ligne qui avait arrêté M. d'Urville, et au S. aussi des îles Sandwich où Cook, Bellingshausen et Biscoë avaient tenté vainement de pénétrer, ne peut-on pas conclure de la que la banquise avait changé de place? Dès lors on doit convenir que les glaces polaires ne sont point invariables, à moins qu'on ne prétende que la banquise qui a arrêté M. d'Urville au S. des îles Powell, et les capitaines Cook, Bellingshausen et Biscoē au S. des îles Sandwich n'était pas la véritable banquise. Mais n'est-ce pas alors un véritable cercle vicieux que de vouloir prouver que la banquise qui enceint le pôle austral est immobile, en posant pour principe que tout ce qui est reconnu mobile n'est pas la banquise?

La topographie des glaces australes est donc essentiellement variable, et ne peut s'appliquer qu'à une époque déterminée; quant à celle des terres, qu'il faut bien se garder de supposer liée necessairement avec celle des glaces, nous pouvons la résumer ici d'après les résultats des dernières reconnaissances. Dans la partie de la mer polaire comprise entre le pôle et la Nouvelle-Hollande, nous voyons les découvertes de Biscoe, de d'Urville, de Wilkes et de Ross se rapprocher assez pour que l'on puisse conjecturer avec quelque probabilité que, dans le segment de sphère compris. entre les 40 et 180° méridien de longitude orientale, et limité au N. par le 60° parallèle et au S. par le 80o, se trouve une vaste étendue de terre, dont le point le plus oriental et le plus proche du pôle qui ait été atteint est situé par environ 180° E. et 78° S., et le point le plus occidental

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