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ANNEXE B.

S'il est vrai que, pour le commerce, la navigation à la voile soit plus économique que la navigation à la vapeur, il n'en est pas de même pour la marine militaire. Dans une marine militaire, les services des bâtiments à

vapeur, comparés à ceux des bâtiments à voiles, sont beaucoup moins coûteux qu'on ne le croit généralement.

On va appayer celle assertion sur l'autorité des chiffres.

La dépense d'entretien du bâtiment à vapeur à l'état d'armement se compose

de la solde, des vivres, du combustible. On admet

que le bateau à vapeur, en service aclis, chausse un jour sur cinq. Cetle estimation est au-dessus de la moyenne déduite des relevés du service de la correspondance d'Afrique, le plus actif de tous les services. Il résulte, en effet, de ces relevés

que

la
moyenne

des jours de chausse varie de 1 sur 5 à i sur 6.

Soit donc 1 jour sur 5, ou 73 jours par an le nombre des jours de chausle. On admci encore que

la consommation moyenne du combustible est de 4 kilog. par cheval et par heure. Cette estimation est certainement sullisante, puisque , dans les circonstances de vent favorable ou de calme, l'emploi de la détente peut donner lieu à une économie nolable.

Au resle, on a encore invoqué ici les documents que l'on vient de citer; ce n'est point une donnée théorique, mais un résultat purement pratique fourni par une statistique officielle.

Quant aux prix du combustible, il est d'après le prix d'adjudication: A Cherbourg de.

24 40° le tonneau. A Alger de..

31 90 A Toulon de..

32 44
A Brest de..

23 80
La
moyenne est de...,

29 40
Soit en nombre rond.

30 C'est sur celte base, et en se référant, pour la solde et les vivres, aux chiffres fournis

par le budget de 1845, que l'on a dressé le tableau n° 2.

D'après ce tableau, on voit que l'entretien d'une frégate à vapeur de 450 chevaux (solde, vivres et combustible) coûte moins que

celui d'une frégale à voiles de 2 rang (solde et vivres). Avec la dépense d'un vaisseau de 2° rang, on entretiendrait 2 frégates de 450 chevaux, ou 3 de 320; et, avec celle d'un vaisseau de 2" rang, on aurait

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2

près de 6 vapeurs de 220 chevaux, capables de transporter promptement et sûrement 3,000 hommes.

Nous avons à Toulon une escadre de 8 vaisseaux; elle comple, en outre, i frégate, 1 vapeur de 450, 1 de 220. C'est une grosse dépense. Veut-on savoir quelle force à vapeur on aurait au même prix, non pas à l'état d'immobilité, mais naviguant un jour sur cinq, c'està-dire employée dans un service aussi actif que celui d'Afrique? Au moyen de notre tableau, le compte est facile à faire : On a d'abord...

1 de 450 Et.....

220 qui sont attachés à l'escadre. Pour 1 vaisseau de 1e" rang on pourrait avoir.

5 220 Et...

1 160 Pour les 2 vaisseaux de 2° rang..

4

450 Pour les 3 vaisseaux de 3° rang.

14 220 Et enfin pour 2 vaisseaux de 4° rang..

10 160 La frégate sera comptée, si l'on veut, pour.

220 C'est-à-dire qu'au même prix on entretiendrait en activité de service :

5 frégates de 450 chevaux, à 1,000 hommes
chaque.

5,000 h.
22 corvettes de 220, à 500 hommes
chaque...

11,000
11

vapeurs de 160, à 300 hommes. 3,300 38

19,300 h. En tout...

38 bât. pouvant porter près de 20,000 hommes.

Voilà ce qu'on pourrait avoir au même prix.

On prévoit ici une objection facile : on dira que le rôle d'une marine militaire ne se borne pas à des transports de troupes. Non, sans doute; mais lorsque la vapeur apparait avec la mission de favoriser la

guerre d'invasion par mer, il est juste, il est national de se préoccuper, en vue de la force continentale de la France, de celte importante fonction de la marine à

vapeur. Est-ce à dire qu'en temps de guerre le rôle de cette marine se bor's nerait à un rôle de transport, de portesaix ?

Encore une fois non.

Que les plus incrédules, que ceux qui, par conviction ou par interèt, s'obstinent à nier la puissance militaire d'un vapeur, veuilleni bien nous dire quelle serait l'issue d'une lutte engagée enire un vaisseau de 2° rang et 2 vapeurs de 450, ou bien entre ce inême vaisseau

et 3 vapeurs de 320, qui offrent un équivalent pour la dépense d'entretien; qu'ils opposent à un vaisseau de 1" rang 6 vapeurs de 220!

Les chances sont-elles donc tellement inégales, qu'il y ait inévitablement succès d'un côté et défaite de l'autre ? On ne le croit pas. On croit que les chances seraient au moins balancées.

Le développement de celle opinion, qui compte aujourd'hui de nombreux partisans, est en dehors du cadre que l'on s'est tracé. On se borne à dire ici, d'une manière générale, et l'on espère être compris de tout le monde, qu'entre navires à voiles et navires à vapeur la force ne se compte plus par le nombre des canons; que d'autres éléments sont entrés dans ce calcul : si le navire à voiles a pour lui le nombre de ses canons, le vapeur possède des avantages qui lui sont propres. Il est toujours libre d'accepter ou de refuser le combat, tandis que, dans presque tous les cas,

il peut y contraindre son adversaire ; maitre de son moteur, il peut choisir son point d'attaque et sa distance, et tandis que la masse de son adversaire offrira, aux coups bien pointés d'une artillerie puissante de calibre et d'effet, un large champ de mire, il échappera, par le mode spécial d'attaque qui lui convient, à la plupart des coups de son adversaire.

Quelle que soit la solution que l'on donne à la question, c'est en ces termes qu'il faut la poser aujourd'hui, et l'on croit qu'ainsi posée il n'est pas nécessaire d’être marin pour la comprendre, sinon pour la juger.

Si, dans la comparaison que l'on a cherché à établir plus haut, on ne s'est pas occupé des dépenses d'entretien et de renouvellement du matériel, c'est que sur ce point on n'avait à produire que des hypothèses plus ou moins contestables. Cependant on possède une donnée empruntée à des documents officiels et que l'on croit propre à fournir un élément important de comparaison. L'expérience démontre que, dans le service d'Afrique, la durée moyenne des chaudières est de cinq à six ans. Or, si celte durée est admise, si l'on admet en même temps que, dans les vapeurs, le dépérissement des chaudières est une des causes les plus actives et les plus ellicaces de dépense, on demande si des bâtiments à voiles soumis au même service, service incessant d'été et d'hiver, soumis de plus à des chances de nausrage auxquelles échappent les vapeurs, si ces navires à voiles n'occasion. neraient

pas

des dépenses aussi considérables pour l'entretien et le renouvellement du matériel. Il est à remarquer, d'ailleurs, que l'on diminuerait notablement la dépense résultant de l'usure des chaudières, si l'on généralisait à bord de la flotte à vapeur l'emploi des chaudières en cuivre. Outre que ces chaudières n'exigent presque pas de réparations, elles durent au moins trois fois plus que celles en

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tôle, et, quand elles sont arrivées au terme de leur durée, les matériaux provenant de leur démolition ont conservé presque toute leur valeur,

Au reste, sur ce point, nous ne réclamons que l'égalité ; mais si l'on ne croit

pas

devoir nous l'accorder, si l'on nous prouve que nous nous sommes trompés, nos calculs n'auront pas moins servi à démontrer notre proposition, à savoir : que, dans une marine militaire, les services des bâliments à vapeur, comparés à ceux des bàiments à voiles, sont moins coûteux qu'on ne pense.

Si l'on avait prétendu à autre chose, si l'on avait voulu rechercher laquelle des deux marines, prise dans son ensemble, coûtait le plus à l'Etat, il aurait fallu lenir compte des dépenses de premier établissement, calculer la valeur première des deux matériels. Or, on n'ignore pas que, pour le matériel à vapeur, cette dépense première est plus considérable que pour le matériel à voiles. Mais qu'en doit-il résulter? Qu'en temps ordinaire la France meltra quinze ans, au lieu de dix, à mettre sa flotte à vapeur sur le pied qui lui convient : voilà tout.

Tel n'est pas le but qu'on s'est proposé; on a seulement voulu combattre des idées fausses ou exagérées, d'autant plus dangereuses qu'elles auraient naturellement pour auxiliaires les vues économiques des Chambres.

ANNEXE C.

Explication du tableau no 3.

On a calculé, d'après les données fournies par le budget de 1845, la dépense d'entretien en solde et vivres des navires à voiles armés, et des navires à voiles et à vapeur en commission, et l'on a trouvé qu'elle était de......

18,553,616' On a calculé ensuite , d'après les mêmes données, la dépense d'entretien en solde et vivres des navires à vapeur armés; on y a joint les 1,800,000 francs portés au même budget pour srais de combustible, et l'on a trouvé que la dépense des navires à vapeur était de.....

5,517,004 Total pour

l'entretien des bâtiments portés au budget... 24,070,620 On a cherché alors quelle serait, toujours dans les mèmes condi tions, la dépense d'une flotte composée d'après les idées émises dans la note précédente , et dont voici le résumé :

1 * POUR LES BESOINS DE LA POLITIQUE :

3 vaisseaus de ligne.

Escadre ainsi composée.

1 vaisseau de 1er rang

de 30
1

de 4°
5 vapeurs de 450 ch.
5

de 320
10

de 220

20 bâtiments à

vapeur.

2° STATIONS : ANTILLES ET MEXIQUE, BRÉSIL, OCÉANIE, MER DU SUD,

BOURBON ET CHINE.

On n'a porté que de grandes frégates, parce que ce sont les seules qu'on puisse opposer avec succès aux nouvelles frégates anglaises, telles que le TVarspile, l'indictive, etc., armées de 50 canons de 68 et de plus de 500 hommes...

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27

Canonnières, goëlettes, bâtiments de flottille. ...

Avec le temps, ces 27 navires pourraient être remplacés, au même prix d'entretien et avec avantage pour le service, par 18 navires à vapeur de 120 à 80 chevau.

5° SERVICE D'AFRIQUE : CORRESPONDANCE, TRANSPORT

D'HOMMES ET DE MATÉRIEL.

20

13

Bâtiments à vapeur de 160 chevaux.
Corvettes de charge..

On obtiendrait une réduction notable sur l'entretien des corvettes de charge, en les armant commercialement.

6° SERVICE DES PORTS ET COLONIES.

Bâtiments à vapeur

de 120 chevaux..

10

7° SERVICES DIVERS.

Vaisseau-école....
Bâtiments de servitude.

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