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Aussi l'E. de ce pays n'est-il point partout également fertile, et l'O. n'offre-t-il encore qu'un désert de sable dans la presque totalité de son étendue:

Chose remarquable! les plantes des cimes les plus élevées, comme celles des pays froids, ont une grande ressemblance organique avec celles des lieux arides, et d'autant plus grande que ces lieux appartiennent à des latiludes plus chaudes : dans l'un et l'autre cas, en effet, elles sont résineuses, pourvues de glandes, qui excrètent abondamment des huiles essentielles, ou bien elles sont revêtues de poils longs et serrés. Ces huiles, cette résine, ces poils isolent la plante, et la préservent des trop grands abaissements de la température; ils la garantissent de l'action des séchante de l'air et de celle des rayons du soleil; ils diminuent sa transpiration. Si nous jetons les yeux sur les plantes de la Patagonie, de la Terre-de-Feu, de la Nouvelle-Zélande , de la Tasmanie, du S. de l'Australie; sur les végétaux des déserts de l'Afrique, sur ceux qui bordent les côtes du Pérou et de la Bolivie, nous aurons autant de preuves en faveur de ces observations, et la vue des forêts de la Nouvelle-Hollande septentrionale tendra encore à les confirmer.

Ce continent a, du N. au S. un climat exclusivement et uniformément maritime, il s'avance au milieu d'un immense océan, où il est exposé à tous les excès des diverses modifications météorologiques; aussi, à latitude égale, les divers climats de l'Australie different moins que ne different entre eux les climats de l'Amérique du Sud. Dans ce dernier pays, l'influence des latitudes emprunte beaucoup à la conformation topographique de son sol, à l'élévation de ses montagnes, à leurs nombreuses ramisications; enfin, à la présence d'un grand nombre de fleuves importants qui en sillonnent la surface. Aux conditions géographiques se rattachent, en effet, toutes les modifications de végétation que la latitude seule ne saurait entraîner. Mais, sans porter nos regards si loin, nous trouvons dans ces mêmes parages:

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à 160 lieues de la baie Raffles, à 40 de la pointe N. de la terre Carpentarie, un pays infiniment moins étendu que celui de la Nouvelle - Hollande, mais couvert de montagnes, et pourvu d'une végétation qui rappelle, sinon par le nombre des espèces, au moins par sa vigueur, la puissance végétative des forêts du Brésil. Cette opposition cst trop intéressante pour que nous ne nous y arrêtions point un moment. Mais qu'il me soit permis de dire quelques mots de la condition de l'homme sur la plage N. de l'Australie.

A la vue d'une végétation aussi spéciale, on eût été fondé à penser que le règne animal de l'Australie devait aussi présenter ses singularités, et, en effet, l'expérience fùt venue confirmer cette assertion. Le mode de reproduction des animaux de ce pays, qui, presque tous, appartiennent à l'ordre des marsupiaux ou à celui des monotremes, ordres doués l'un et l'autre d'une génération ambiguë, intermédiaire aux générations ovipare et vivipare, n'est point le seul autre fait remarquable que nous offre ce continent : l'homme lui-même s'y présente avec une physionomie exceptionnelle.

Nous dirons, des Australiens de la côte Nord, ce qu'ont dit tous les voyageurs de ceux qu'ils observèrent sur différents points de la Nouvelle-Hollande et dépendances : qu'ils sont Irideux. Leur extérieur est aussi dégradé que leur esprit est borné; leur pensée ne s'exerce que sur les objets destinés à satisfaire leurs appétits brutaux. Nul doute que la rapine et la cruauté ne soient aussi au nombre des mobiles de leurs déterminations; mais nous n'avons point eu l'occasion de les voir sous ce point de vue défavorable : ils ont été constamment parmi nous d'une bonhomie sans égale; leur figure pateline et stupide témoigna constamment de leur hypocrisie, qui est aussi une des grandes vertus politiques des hommes dits de la nature. Leur insensibilité matérielle est parfaitement en rapport avec l'impassibilité de leur intelli

gence; aussi, au milieu des matériaux nécessaires pour construire des abris et de belles pirogues, ne font-ils rien afin d'améliorer leur sort. Il semblerait que la présence de cet être, sur cette terre , n'ait d'autre destinée que celle de dévorer le surcroît des animaux , en attendant que l'homme supérieur en propage un jour les espèces les plus utiles. Le degré d'intelligence de ces malheureuses créatures, d'accord avec leurs besoins, paraît incapable d'aucune production..... «Ces contrées étaient habitées par l'espèce humaine depuis nombre de siècles, et leurs générations successives avaient paru et disparu sur ce sol, sans y laisser la moindre trace de leur passage ? ! » L'Australien de la baie Raffles appartient aussi au type le plus complet de l'état sauvage; il est entièrement nu, et il erre depuis des siècles sur ces tristes plages; il ne diffère en rien de ces hommes observés par Péron, d'Urville, Quoy et Gaimard,

, sur les côtes de la baie des Chiens-Marins, au port du RoiGeorge, à la baie Jervis, au Port-Jackson et à la terre de Van-Diemen.

Leur chevelure retombe en longues mèches tournées en tire-bouchon, ce qui leur donne un peu l'aspect de ces têtes de fleuve couvertes de mousse, qui ornent les bassins de nos parcs. Leur seule toilette consiste à se barbouiller de chaux, en traçant sur leur peau noire des lignes dénuées d'originalité dans leur disposition, et qui semblent être le résultat informe du jeu d'un enfant. Le nec plus ultrà de leur pittoresque paraît consister à se donner l'apparence d'un squelette , en passant une traînée de blanc sur le trajet de chacun de leurs os. Ces bommes soupçonneux cachent les Jieux où ils se retirent la nuit, où ils vivent en famille; ils s'abritent derrière des branches entrelacées qu'ils opposent au vent, et ils s'endorment ainsi comme des bêtes fauves sans plus songer à l'avenir; le moment présent est tout

D'Urville. Voy. de l'Astrolabe, 1833, t. V, I" partie, p. 32, sur la Tas

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manie.

pour eux. Leur seule industrie un peu remarquable est un petit panier en chaume , pyriforme, évasé près de son ouverture, et assez bien tressé. Ils le portent suspendu à leur cou , rejeté en arrière comme une petite besace, où ils déposent les coquilles qu'ils ramassent au bord de la mer, ou les lézards qu'ils capturent sur les troncs d'arbres. Leur chevelure leur fait une tête énorme, qui contraste d'une manière peu agréable avec la maigreur de leurs membres. Leur gros ventre flasque et pendant ne corrige en rien la laideur de leur ensemble pauvre et mal fait. Leurs grands yeux injectés n'augmentent point les difformités de leur figure; mais leurs grosses pommettes, leur front fuyant, la saillie de leur énorme maxillaire supérieur, leur moustache et leur barbe crépues, l'énorme ouverture de leur bouche, les rides épaisses qui sillonnent leur face, tout cela forme un masque repoussant, et dont nul animal ne fournit d'exemple.

En vérité, il y a une démarcation bien tranchée entre de pareils êtres et leurs congénères. Devons-nous nous étonner de ce fait ? Non ; les différents types organiques qui peuplent la terre ne sont que les traces de ses différents âges : petit à petit elle se perfectionne et, avec elle, grandit l'organisation. L'homme lui-même, à ce qu'il paraît, ne dut point faire exception; car notre globe se modisia longtemps avant d'être en état de pouvoir se prêter aux exigences des besoins de l'homme civilisable et aux créations de son esprit ; l'intelligence grandit donc aussi par degré, comme toute chose; elle dut avoir son enfance. L'homme inférieur n'est qu'une transition, et l'élévation de son organisation fut mesurée sur l'importance de sa destinée dans les temps où il devait vivre. Une population active, pleine de génie, eût été longtemps déplacée sur une terre trop peu riche encore en éléments d'étude et d'action ; elle eût été un contre-sens. Aussi la présence d'espèces et de races véritablement primitives prouve combien notre planète est jeune encore, comme globe dévolu à l'empire de l'intelligence. Que de devoirs notre su

périorité nous impose! Ne sommes-nous pas, nous, hommes civilisés, le peuple propagateur de ce feu divin dont Dieu nous révéla les mystères intellectuels ? Aux yeux de la simple logique, comme à ceux de la religion, nous devons porter le flambeau de la raison jusqu'aux extrémités de cette terre, encore enfant, qui nous est tombée en partage lors de la répartition de l'intelligence dans l'espace.

C'est surtout par le croisement et la fusion des races que l'on doit espérer de rapides progrès vers la civilisation ; mais il faudra légitimer ces alliances mixtes et que les métis, ainsi que ceux qui leur auront donné le jour, ne constituent point de classes à part. Il faut que les lois ne reconnaissent qu'une seule et même caste. Tel est l'esprit qui doit dominer l'établissement de nouvelles colonies; car, aujourd'hui plus que jamais, coloniser est un devoir. Quant aux anciens établissements d'outre-mer, je crois qu'il serait nécessaire de ne rien hâter, et que l'on respectât, pour le moment, les intitutions existantes : améliorez les lois en raison directe des besoins croissants de l'époque; ne renversez pas avant de remplacer; protégez l'esclave de telle sorte que l'esclavage ne soit plus qu'un frein pour ces hommes sans volonté qu'il est indispensable, avant tout, de maintenir dans une position nécessairement laborieuse :l'oisiveté dégrade même l'homme le mieux doué par la nature et le plus élevé par

l'instruction. Étudions au reste les enseignements du passé, et nous verrons qu'il y a bien des siècles que la civilisation domina. pour la première fois, certaines espèces d'hommes, qui ne firent que la subir; aussitôt qu'ils purent se rendre libres, ils retournèrent à leur paresse native et à leurs pratiques superstitieuses et barbares. Cette civilisation, il est vrai, se préoccupa peu de les instruire et de les élever jusqu'à elle! or, tout homme dont la raison n'est pas cultivée retombe inévitablement dans l'ornière de ses penchants instinctifs : c'est une pente trop douce pour qu'il puisse résister à son entraînement. Conservez donc votre influence sur ces

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