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PR 4 1893

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ONCTION. - I. Rite religieux en usage dès la plus haute antiquité et dont l'origine remonte probablement aux anciens cultes du feu. L'huile ayant la propriété de donner beaucoup de lumière en brûlant, était considérée comme participant de la nature divine du feu qu'elle recélait en elle, et comme possédant des qualités merveilleuses qu'elle communiquait aux corps qui en étaient oints. - Il est fréquemment question d'onctions dans l'Ancien Testament. On oignait les objets qu'on voulait consacrer au culte, et cette coutume semble avoir été établie chez les Hébreux bien avant qu'il soit question de la législation mosaïque. C'est ainsi que Jacob dans sa fuite, érige une pierre sacrée, et la consacre en versant de l'huile sur la cime (Gen. XXVIII, 18; XXXV, 14). Plus tard, de la même façon, l'Eternel ordonne à Moïse de préparer l'huile d'onction (huile d'olives parfumée et d'en oindre la tente du rendez-vous, l'arche, la table et tous les ustensiles servant au culte (Exod. XXX, 22 ss.). Ces objets sont rendus saints par l'onction, de sorte qu'il faut être soi-même consacré pour pouvoir y toucher(Exod. XXX, 29). Cette huile ne devait servir à aucun usage profane, et il était interdit d'en préparer de pareille. Appliquée à des hommes, l'onction les consacrait, les remplissait d'une lumière divine et leur communiquait l'esprit de Jéhovah (1 Sam. X, 1. 6; XVI, 13 : Esaïe LXI, 1; Zach. IV; cf. Apoc. XI, 4). Ainsi furent consacrés par l'onction Aaron et ses fils (Exod. XXVIII, 41; XXIX, 7; XL, 12-15; Lévit. VIII, 12); ainsi Elie reçut de Jéhovah l'ordre d'oindre Elizée comme prophète (1 Rois XIX, 16). L'onction était aussi employée pour la consécration des rois (1 Sam. X, 1; XVI, 12 ss; 2 Sam. XIX, 11; 1 Rois I, 34 ; XIX, 15-16; 2 Rois IX, 3); de là le nom d'Oint, de Messie (Mà chiakh Yahweh) donné aux rois d'Israël, ou en général à un prince (1 Sam. XXIV, 7. 11; XXVI, 16; 2 Sam. I, 14. 16; Dan. IX. 25-26), et plus tard au roi idéal annoncé par les prophètes, quoique ce terme ne soit pas employé par eux pour le désigner (Ps. II, 2; Dan. IX, 24). L'onction était en outre employée comme moyen ou symbole de purification pour les lépreux (Lévit. XIV, 17; XVIII, 28-29). - C'était chez les Israélites un usage très répandu de s'oindre les cheveux et la barbe; on le faisait surtout dans les banquets et dans les circonstances heureuses (Ps. XXIII, 5; CIV, 15; Amos VI, 6). En signe de tristesse, de deuil ou de jeûne, on négligeait de le faire (2 Sam. XII, 20; XIV, 2). On employait l'huile comme remède dans les maladies et pour le traitement des blessures (Es. I, 6). Dans le langage de l'Ancien Testament, l'huile est un symbole de force (Ps. LXXXIX, 21; XCII, 11), de luxe, d'abondance (Deut. XXVIII, 40: Ps. XXIII, 5; Ecclés. IX, 8), de joie (Es. LXI, 3; Ps. XLV, 8) de lumière spirituelle. La plupart de ces usages existaient encore au temps apostolique, et nous en retrouvons des traces dans le Nouveau Testament (Luc VII, 38, 46; X, 34; Matth. vi, 17; Marc VI, 13; Jacq. V, 14); l'onction y représente symboliquement les lumières du St-Esprit (Act. IV, 27; X, 38; 2 Cor I, 21; 1 Jean II, 20-27; Apoc. XI, 4). Il est très probable qu'au premier siecle le seul usage religieux de l'huile ait été l'onction des malades, accompagnée de prières, recommandée par Jacques (V, 14 ss.) dans le but d'obtenir leur guérison. Mais l'onction ne tarda pas à jouer un rôle secondaire, il est vrai, dans un certain nombre de rites religieux. On oignait les catéchumènes au moment où ils se présentaient pour être admis comme tels; le baptême fut de bonne heure suivi d'une onction sur le sommet de la tête, symbole du sacerdoce spirituel (Tertul., De Baptismo, c. 7); lorsque la confirmation fut séparée du baptême, elle fut accompagnée de l'onction du saint-chrème sur le front, symbole de la grâce qui découle du Saint-Esprit, et du parfum des vertus chrétiennes ; enfin l'onction des prêtres et des rois de l'ancienne alliance, se retrouva dans le sacrement de l'ordination et dans le sacre des rois. Mais de tous ces rites religieux, le plus important est l'extrême-onction, le cinquième des sept sacrements de l'Eglise catholique, qu’on administre aux mourants après la confession et l'eucharistie. Cet usage est venu insensiblement d'une fausse application du passage déjà cité de Jacques V, 14-15: « Quelqu'un parmi vous est-il malade, qu'il fasse appeler les anciens de l'Eglise, et que ceux-ci prient pour lui, après l'avoir oint d'huile au nom du Seigneur; la prière de la foi sauvera le malade, le seigneur le relèvera, et s'il a commis des péchés ils lui seront pardonnés. » C'est là une simple recommandation apostolique: Jacques ne dit pas que cet usage vienne de Jésus, comme le fait Paul lorsqu'il parle de la sainte-cène. Il est évident d'un autre côté, qu'il s'agit là surtout de la guérison du malade. C'est le but principal du rite recommandé : Si le malade a commis des péchés (considérés comme étant la cause de la maladie, Malth. IX, 2; Jean V, 14 ; IX, 2), ces péchés lui seront pardonnés, et la guérison sera ainsi obtenue. L'huile ne joue du reste ici qu'un rôle secondaire : c'est la prière de la foi qui sauvera le malade. Les mêmes observations s'appliquent au passage Marc VI, 13, qui est moins explicite, et où on a voulu voir l'institution de l'extrême-onction par Jésus-Christ ou par les apôtres. Cet usage de l'huile dans les maladies n'a rien d'extraordinaire, car déjà chez les Israélites et dans toute l'antiquité on trouve la croyance aux propriétés médicinales de l'huile. Cette tradition se

conserva longtemps dans l'Eglise chrétienne. Tertullien raconte que le chrétien Proculus guérit avec de l'huile le païen Sévérus, père de l'empereur Antonin (Art scapul., IV). Au quatrième siècle, on prenait de l'huile dans les lampes des églises pour s'en servir comme d'un préservatif ou comme d'un remède (Chrys., Hom. 32, in Matth., C. 6; cf. Marheineke, Symbul., I, p. 258). On se servait de la même façon de l'eau du baptème. Une source d'huile, qui avait jailli sur le lombeau de saint Félix de Nola, attirait tous les ans, au cinquième siècle, des foules de pèlerins qui venaient y chercher la guérison. On trouve dans la vie des saints, beaucoup de guérisons obtenues par des onctions d'huile consacrée, et Grégoire de Tours raconte qu'un eertain Artemius fut ainsi guéri par saint Népotianus (Hist, eccl. Franc., I, 41). Jusqu'au septième siècle, on retrouve des traces de ces onctions dans un but purement médical. Bède le Vénérable dit à propos du passage Jacques V, 14. 15: Iloc el apostolos fecisse in eyrngelio legimus, et nunc ecclusiæ consueludo tenet ut infirmi oleo consecrato ungantur a presbyteris el oratione comilante « sanentur. » C'est encore l'usage recommandé par Jacques dans toute sa simplicité, et il faut reconnaître qu'il y a loin de cet usage au sacrement de l'extrêmeonction tel qu'il a été défini par le concile de Trente. La transition se fit lentement et ne commença pas de bonne heure:on n'en trouve pas trace avant le cinquième siècle, ni dans l'Eglise d'Orient ni dans celle d'Occident. Origène, énumérant les moyens que les chrétiens ont à leur disposition pour obtenir le pardon de leurs péchés, cite comme septième moyen la pénitence, et y voit l'accomplissement de la promesse apostolique: si quis autem infirmatur, vocet presbyteros ecclesiæ et imponant ei manus, ungentes eum oleo, in nomine Domini, el si in peccatis fueril, remittentur ei (In Levil., Hon. II, ch. IV). Origène pense évidemment ici à une maladie morale, et l'onction dont il parle n'est à ses yeux qu'un rite de pénitence. Chrysostome (De Sacerdol., III, 196) cite le passage de Jacques comme une preuve de la puissance du prêtre pour le pardon des péchés : et quand les exégèles grecs parlent des propriétés physiques et spirituelles de l'huile, cela ne s'applique pas nécessairement à l'extrême-onction, car il y avait, comme nous l'avons vui, bien d'autres onclions en usage dans l'Eglise. Tertullien et Cyprien, qui fournissent tant de renseignements sur les usages de l'Eglise d'Occident, n'en disent rien. Denys l'aréopagite, dans son énumération des mystères, cite non un sacrement des mourants, mais un sacrement des morts, venant sans doute de la coutume d'oindre les morts en usage chez les païens et chez les juifs (De hier, eccl., c. 7). Il existait du reste un sacrement des mourants, le seul qui soit cité, l'eucharistie, le viatiC'm, déjà mentionné comme un ancien usage au concile de Nicée (trodov, can. 13). La première trace de l'extrême-onction, comme sacrement des mourants, se trouve non dans l'Eglise, mais chez les héréliques. Irénée raconte que les gnostiques marcosiens oignaient la tête de leurs mourants d'un mélange d'huile et d'eau, et accompagnaient celte onction de prières pour que leurs ames devinssent s'oindre les cheveux et la barbe; on le faisait surtout dans les banquets et dans les circonstances heureuses (Ps. XXIII, 5 ; CIV, 15; Amos VI, 6). En signe de tristesse, de deuil ou de jeûne, on négligeait de le faire (2 Sam. XII, 20; XIV, 2). On employait l'huile comme remède dans les maladies et pour le traitement des blessures (Es. I, 6). Dans le langage de l'Ancien Testament, l'huile est un symbole de force (Ps. LXXXIX, 21 ; XCII, 11), de luxe, d'abondance (Deut. XXVIII, 40: Ps. XXIII, 5; Ecclés. IX, 8), de joie (Es. LXI, 3; Ps. XLV, 8) de lumière spirituelle. La plupart de ces usages existaient encore au temps apostolique, et nous en retrouvons des traces dans le Nouveau Testament Luc VII, 38, 46; X, 34; Matth. vi, 17; Marc VI, 13; Jacq. V, 14); l'onction y représente symboliquement les lumières du St-Esprit (Act. IV, 27; X, 38; 2 Cor 1, 21; 1 Jean II, 20-27; Apoc. X1, 4). Il est très probable qu'au premier siecle le seul usage religieux de l'huile ait été l'onction des malades, accompagnée de prières, recommandée par Jacques (V, 14 ss.) dans le but d'obtenir leur guérison. Mais l'onction ne tarda pas à jouer un rôle secondaire, il est vrai, dans un certain nombre de rites religieux. On oignait les catéchumènes au moment où ils se présentaient pour être admis comme tels; le baptême ful de bonne heure suivi d'une onction sur le sommet de la tête, symbole du sacerdoce spirituel (Tertul., De Baptismo, c. 7); lorsque la confirmation fut séparée du baptême, elle fut accompagnée de l'onction du saint-chrème sur le front, symbole de la grâce qui découle du Saint-Esprit, et du parfum des vertus chrétiennes ; enfin l'onction des prêtres et des rois de l'ancienne alliance, se retrouva dans le sacrement de l'ordination et dans le sacre des rois. Mais de tous ces rites religieux, le plus important est l'extrême-onction, le cinquième des sept sacrements de l'Eglise catholique, qu’on administre aux mourants après la confession et l'eucharistie. Cet usage est venu insensiblement d'une fausse application du passage déjà cité de Jacques V, 14-15: « Quelqu'un parmi vous est-il malade, . qu'il fasse appeler les anciens de l'Eglise, et que ceux-ci prient pour lui, après l'avoir oint d'huile au nom du Seigneur; la prière de la foi sauvera le malade, le seigneur le relèvera, et s'il a commis des péchés ils lui seront pardonnés. » C'est là une simple recommandation apostolique: Jacques ne dit pas que cet usage vienne de Jésus, comme le fait Paul lorsqu'il parle de la sainte-cène. Il est évident d'un autre côté, qu'il s'agit là surtout de la guérison du malade. C'est le but principal du rite recommandé: Si le malade a commis des péchés (considérés comme étant la cause de la maladie, Malth. IX, 2 ; Jean V, 14 ; IX, 2), ces péchés lui seront pardonnés, et la guérison sera ainsi oblenue. L'huile ne joue du reste ici qu'un rôle secondaire: c'est la prière de la foi qui sauvera le malade. Les mêmes observations s'appliquent au passage Marc VI, 13, qui est moins explicite, et où on a voulu voir l'institution de l'extrême-onction par Jésus-Christ ou par les apôtres. Cet usage de l'huile dans les maladies n'a rien d'extraordinaire, car déjà chez les Israélites et dans toute l'antiquité on trouve la croyance aux propriétés médicinales de l'huile. Cette tradition se

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