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il ne s'agit pas ici de déterminer l'antiquité de l'astronomie en général et celle de ses calculs, qui, dans un Univers éternel, doit se perdre dans l'immensité des siècles qui nousont précédés. Les hommes ont pu avoir des tables du ciel et de ses divisions , sans y appliquer des figures hiéroglyphiques , et sans y tracer autre chose que des lignes qui fixassent la position respective des étoiles, et des cercles qui marquassent leurs routes apparentes et les routes réelles des planètes.

Ce n'est point de cela qu'il est ici question. Il s'agit de savoir qui a tracé aux cieux les figures symboliques que nous avons, lesquelles marquent et remplissent les douze divisions de la route annuelle du soleil, et groupent les divers assemblages d'étoiles connues sous le nom de constellations. Il s'agit aussi de savoir à quelle époque du temps, dans les siècles qui ont précédé les âges qui nous sont connus, ces figures hiéroglyphiques, dont l'origine nous est inconnue, et que nous trouvons employées plus de deux mille cinq cents ans avant l'ère chrétienne, ont été dessinées dans la sphère. Nous ne parlons pas même de toutes les figures que différens peuples dans l'éternité ont pu y peindre. Nous ne parlons que des figures du zodiaque et des constellations que les astronomes grecs, qui avaient étudié en Egypte, nous ont transmises, et qui se trouvent gravées sur les plus anciens monumens de l'Egypte et de la Perse. Voilà à quoi se réduit toute la question. Or, nous disons que les auteurs anciens, pour la plupart,

s'accordent à faire honneur de cette invention aux Egyptiens; que quelquefois cependant ils en font partager la gloire aux Chaldéens, célèbres dans l'antiquité par leurs connaissances astronomiques. Nous ne voyons pas qu'ils aient attribué cette invention aux Indiens, quoique les Indiens ne fussent pas inconnus aux Grecs, surtout depuis l'expédition d'Alexandre dans l'Inde. Les auteurs qui nous ont parlé des brachmanes ou des philosophes indiens ne dissimulent pas qu'ils étaient versés dans l'astronomie; mais ils ne les font pas les inventeurs de cette science; honneur qu'ils attribuent soit aux Egyptiens, soit aux Chaldéens. Ils ont parlé des connaissances astronomiques des Indiens, comme d'autres auteurs ont parlé de celles des Druides qui habitaient notre pays, et qui cependant ne nous en ont laissé aucune trace. Qu'on ne dise pas que les tables astronomiques des Indiens, et leurs calculs sous certains aspects, présentent l'état de cette science beaucoup plus parfait qu'il ne fut jamais dans l'Egypte. Je réponds à cela que, n'ayant point les tables des Egyptiens, nous ne pouvons pas établir de comparaison fondée. Nous ne connaissons de leur science que ce que les Grecs nous en ont dit, et nous savons que leurs prêtres étaient très-mystérieux, et ne découvraient point aux étrangers les élémens de leur théorie. Il est naturel de penser qu'un peuple qui avait autant de génie et de suite dans ses observations, a dû porter loin l'astronomie, qui était la grande science des prêtres; sans cela aurait-il passé, chez les autres peuples, pour l'inventeur même de la science. Le climat de l'Egypte était très-favorable à ces observations, et les besoins du culte, encore plus que ceux de l'agriculture, les rendaient nécessaires. Je dis, de plus, que rien ne nous prouve que les tables dont se servent les Indiens soient l'ouvrage des anciens brachmanes et le résultat de leurs observations. En effet, il est très-possible que les savans de l'Inde aient reçu cette science, soit des Chaldéens, soit des Egyptiens, et cela dès la plus haute antiquité; car enfin, on ne peut pas douter que l'Inde autrefois n'ait communiqué facilement avec l'Egypte par la mer Rouge. Ce qui ferait même croire que les Indiens ne sont pas les inventeurs des méthodes qu'ils employaient, c'est qu'ils n'y ajoutent rien, et qu'ils font machinalement leurs calculs comme des hommes dressés à faire usage d'une machine créée par d'autres. Mais enfin, quand bien même encore ils seraient les inventeurs de leurs méthodes, il ne s'ensuivrait pas pour cela qu'ils fussent les inventeurs des figures hiéroglyphiques tracées dans la sphère, qui en sont absolument indépendantes, comme nous l'avons déjà observé.

Ce qui nous détermine à les rapporter aux Egyptiens, c'est d'abord que les auteurs anciens leur en font honneur; c'est qu'on y trouve des symboles consacrés également dans leurs temples et dans les cieux: ce qui lie essentiellement l'astronomie de ces peuples à leur culte; c'est que, si les Indiens étaient les inventeurs de ces signes, l'éléphant et d'autres animaux particuliers à l'Inde devraient naturellement s'y trouver; c'est que l'écriture hiéroglyphique s'est conservée, et a été employée eh Egypte plus que partout ailleurs, et que les figures des astérismes remontent aux siècles où cette écriture était en usage, et qu'elles en font partie; c'est qUè le zodiaque indien imprimé dans les Transactions philosophiques, offre le poisson oxyrmque uni au capricorne, et que ce poisson est un poisson du Nil, honoré d'un culte spécial dans les temples de l'Egypte. Enfin, il est une dernière considération, c'est qu'il est une époque, dans la suite des siècles qui nous ont précédés, où le zodiaque, tel que nous l'avons, donne une "correspondance en grande partie complète avec l'état du ciel et celui de la terre, et cela en Egypte.

Il est vrai qu'il faut remonter bien au-delà des époques chronologiques qui nous sont connues. Mais, outre que nous avons fait voir par l'explication des anciens poèmes, qu'on s'est étrangement mépris en fait de chronologie, et qu'il nous est difficile de remonter bien loin pour établir des dates sûres, nous répéterons ici que dans un monde éternel on ne doit jamais être embarrassé p'àrPari-tiquité des époques. Laissons ces scrupules à ceux qui croient que la divinité a limité la durée de cette immense machine qu'elle remplit d'elle-même, à cinq Bu six mille tours d'une très-petite planète. Dans l'Univers-Dieu, dans l'Univers éternel, tel que Pline et les plus savans philosophes l'ont conçu; on ne compte point de date. Le temps n'y est pas divisé; il marche en masse comme la Nature, qui ne connaît ni passé ni avenir, et dans laquelle tout est présent. Les durées sont proportionnées aux masses, et l'éternité y correspond à l'immensité. Il serait même possible qu'en faisant partir la division primitive du capricorne placé au solstice d'été, il y eût déjà plusieurs périodes de vingt-cinq mille ans d'achevées; car nous n'osons répondre que celle-ci soit la première, et que nous ne soyons qu'au huitième mois ou au huitième signe de la grande période de vingt-cinq mille ans, qui date du capricorne. Néanmoins nous le présumons, quant à l'origine du zodiaque; car il n'est guère vraisemblable que les sciences se conservent dans un même pays pendant un si long espace de temps. Tout change dans la Nature: les arts et les sciences, comme le soleil, promènent leur lumière autour du globe durant l'immensité des siècles. Tel pays qui jouissait de leur lumière bienfaisante passa ensuite dans la nuit de l'ignorance et de la barbarie Ce sont ces réflexions qui nous ont faitreculer, seulement de quatorze à quinze mille ans avant notre siècle, l'invention, non pas de l'astronomie, mais celle des figures hiéroglyphiques tracées dans le zodiaque que les Grecs ont reçu des Egyptiens et des Chaldéens, et que nous avons encore aujourd'hui.

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Quant aux autres figures ou aux constellations extrazodiacales, nous convenons qu'il en est plusieurs qui sont des siècles postérieurs, et dont l'origine ne remonte pas à une si haute antiquité.

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