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Nous avons cette satisfaction dans notre travail, de pouvoir réduire souvent à la marche rigoureuse des géomètres la nouvelle manière de procéder à la solution des énigmes mythologiques, d'après nos principes physiques, métaphysiques et astronomiques, et d'après notre théorie sur le feu principe et sur l'ame universelle. JNous allons en faire l'essai sur le premier Dieu de la mythologie romaine, le fameux Janus, qui régna sur le Latium, et donna l'hospitalité à Saturne ou au Dieu du temps. Nous examinerons d'abord sa nature et ses fonctions, et nous déterminerons ensuite son lieu dans le ciel.

Voici ce que Marcus Messala, qui avait été cinquante ans augure, et qui avait sur ce Dieu des idées plus justes que le simple peuple, nous dit de Janus: Il est le Dieu, « qui cuncta fing.'t eademque regit, aquœ terrœque vim ac naturam gravem atque pronam dilabentem , ignis atque anima? levem, immensum in sublime fugientem copulavit circumdato cœlo: quse vis maxima duas vires dispares colligavit.» (Macr.Sat., 1.1). Cette idée sur Janus, considéré comme Dieu, qui fait ce que fait le feu éther demiourgique de la théologie d'Orphée, lequel donne une forme régulière au chaos, est confirmée par Ovide (Fast., 1, 1, v. 103). Voici ce qu'il fait dire à Janus: i

« Me chaos antiqui, nam res sum prisca, vocabant...

Lucidus hic aer, et quse tria corpora restant,
Ignis, aquae, tellus, unus acervns erant.

Ut semel haec rerum seccssit lite suarum,

TOME IX. i5

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Inque novas abiit massa soluta domos,
Flnmma petit altum, proprior locus aera coepit,

Sederunt mcdio terra, fretumque solo.
Tuncergo, qui fueram globus, et sine imagine moles,

In faciem redii, dignaque membra Deo. »

Nous ajouterons à ce témoignage celui d'unauteur connu sous le nom de Bérose , qui, quoiqu'il ne soit pas de la plus grande autorité, a conservé cependant des traditions précieuses, et s'accorde absolument ici avec Ovide et Messala sur Janus, qu'il confond avec Noë ou avec le Deucalion des Scythes, peut-être à cause du vaisseau qui les caractérise tous deux. Il l'appelle chaos et semen mundi : il lui donne pour femme la terre, épouse du ciel dans toutes les théogonies. Il dit (1. 3) que ce fut lui qui « docuit astrorum cursus , et distinxit annum ad cursum solis, et duodecim menses ad motum lunae— » Qu'il régna sur l'Italie, et qu'on l'y honore sous le nom de cœlum,chaos, et « semen mundi patrem Deorum majorum et minorum, an imam mundi moventem cœlos. Illum signant in scriptis cursu solis et motu lunae, et sceptro dominii.... duabusque clavibus, etc. »

Il n'est pas difficile de reconnaître dans ce génie céleste, aux mains duquel on remet le sceptre et les clefs du temps, dans ce Dieu, ame du ciel et du monde, le Janus dont les deux auteurs nommés cidessus nous ont défini la nature. Le titre de père des Dieux, qu'il lui donne, appartenait aussi à Janus, quasi Deorum Deum, dit Macrobe (Sat., 1. 1 , c. 9), citant les vers saliens les plus anciens. Sa liaison avec la révolution du monde et avec le soleil et l'année, dans Bérose, est aussi confirmée par Macrobe: « Alii Janum mundum, id est cœlum, esse voluerunt »; et Arnobe (contra gentes, 1. 3, p. 117): « Janus, quem quidam ex vobis mundum, annum aiii, Solem nonnulli esse prodidêre. » Le même Arnobe fait Janus fils du ciel : « Janum quem ferunt cœlo procreatum regnasse in Italiâ primum. »

La nature de Janus est donc la même que celle de la force demiourgique qui agit dans le monde visible, que celle de ce feu principe, générateur des corps, qui meut la sphère, qui circule dans les cieux et brille dans tous les astres, et spécialement dans le soleil, enfin l'agent universel des formes régulières du chaos. En le plaçant dans le ciel, dont les uns sont fils, ou avec lequel les autres le confondent, et en le formant de la même substance quele soleil, nous nenous écarteronspoint des principes théologiques de l'antiquité.

Examinons maintenant quelle fonction il remplissait dans Tordre du monde, et quel était son rang dans la république des Dieux.

Janus ouvrait la marche des révolutions célestes; il était placé aux portes de l'Olympe, il était le chef du temps et de l'année, et donnait Timpulsion au système harmonique du monde.

Il était le père de l'année:

Jane biceps, anni tacite labentis origo.

(Ovide, Fast. i, v. 64.)

Principium des, Jane, licet velocibus annis
Et revoces vultu ssecula longa tno.

(Martial, Epig., 1. 8.)

Il présidait avec les saisons et les heures aux portes du ciel; et cette fonction lui fit donner le nom de Janitor ou de portier du ciel.

Praesideo foribus cœli, cum mitibus Horis;
Inde vocor Janus.

Il en avait les clés: « cum clavi figuratur, » dit Macrobe, Sat., 1. 1, c. 9. Et Ovide, Fast. ,1. 1, v. 99, le représente de même:

Ille tenens dextrâ baculum, clavemque sinistrâ.

Personne n'entrait au ciel s'il n'en ouvrait la porte.

Ovide lui demande pourquoi, dans tous les sacrifices faits aux autres Dieux, il recevait toujours les prémices de l'encens:

.... Cur, quamvis aliorum numina placera ,
Jane, tibi primo thura, merumque fero.

(V. i7«.)

Janus répond:

Ut per me possis aditum, qui lumina servo,
Ad quoscumque velis, prorsùs habere Deos.

Il était comme le chef de l'harmonie universelle.

Quidquid ubique \ides, cœlum, mare, nubila, terras
Omnia sunt nostrà clausa, patentque manu.

Me pênes est unumvasti custodia mundi
Et jus vertendi cardinis omne meum est.

(V. 117.)

Comme Tannée solaire et ses divisions recevaient de lui leur impulsion, il eut tout le cortège symbolique du génie du temps.

On mettait à ses pieds douze autels représentatifs des douze mois de l'année dont il faisait l'ouverture (Sat., 1. \, c. 9). « Varro libro quinto Rerum divinarum scribit, dit Macrohe, Jano aras duodecim pro totidem mensibus dedicatas. » Il présentait dans ses mains le nombre trois cent soixante-cinq, égal à celui des jours de Tannée (Ibid.) « Simulacrum ejus plerumque fingitur manu dexterà trecentorum et sinistrâ sexaginta et quinque numerum retinens, ad demonstrandam anni dimensionem. » Pline en dit autant (Pline, 1. 34, c. 7): « Ut per significationem hanc anni, temporis et sevi se Deum indicaret. » On mettait, souvent aussi, près de lui un seul autel à quatre faces pour désigner, dit Plutarque(Plut.Quaest. Rom.), les quatre saisons de l'année. Quelquefois on désignait la même chose en donnant à sa statue quatre visages, dont les différens âges exprimaient ceux du temps.

Tous ces attributs symboliques du temps et leur explication se trouvent dans ce passage de Suidas sur Janus, dont voici la traduction latine : « Januarii simulacrum est quadriforme, ob quatuor anni conversiones. Alii fingunt dextrâ manu clavum gestantem, ut principem temporis, et aper

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