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Nil. Jablonski cite l'autorité de Théon. Ce qui parut une différence essentielle à Jablonski, loin d'être destructif de mon système, confirme de la manière la plus frappante l'explication allégorique à laquelle m'avait conduit mon hypothèse, et qui était la suite de la fonction que dut faire primitivement cette constellation '. Cet heureux accord de mes conjectures, avec des faits que j'ignorais d'à-'bord, s'est retrouvé plusieurs fois dans mes recherches, et c'est une des choses qui a le plus servi à me convaincre de la vérité de mon système.

Après avoir examiné l'origine des constellations qui présidaient au solstice d'été , et qui fixaient le commencement du débordement, passons à la seconde époque de l'année rurale égyptienne pour trou verJ'ôYigine de quelques autres constellations. On divisait l'année en trois époques principales ou trois saisons :le débordement, le labourage et les récoltes; ces époques sont séparées chacune par un intervalle de quatre mois 2. Celte division de l'année en trois saisons, qu'on sait avoir eu lieu chez les Egyptiens, et qui a passé chez d'autres peuples, était assez bizarre ailleurs; mais en Egypte elle était donnée par la Nature même du climat. Le Nil se déborde en juillet; on laboure en novembre; on récolte en Mars j trois époques intéressantes pour le cultivateur égyptien, et qui ont dû former la première division de ses travaux. Il laboure, recueille et se repose; et ces intervalles sont fixés par

* Theon ad Arat. Phœn., p. i5o. — 2 Solin., p. 8.

la Nature même à une durée de quatre mois chacun. On peut donc regarder les Egyptiens comme les inventeurs de cette division du temps.

C'est à l'ouverture de leurs travaux, en novembre ou au signe que le soleil parcourait alors, que nous ferons l'application de notre principe. Voyons parmi les constellations extrazodiacales qui se levaient ou se couchaient alors, s'il n'y en avait pas qui, fixant l'entrée du soleil au signe du bœuf agriculteur , présentassent aussi quelque idée relative au labourage. La première et la plus brillante qui s'offre à mes regards, c'est un homme armé d'un fouet, placé sur le taureau, et qui par son coucher héliaque marquait l'entrée du soleil dans ce signe.

Je crus voir du dessein dans les attributs de cette constellation, et le nom dUarator qu'elle porte encore aujourd'hui dans Blaeu1 justifiait mes conjectures. Nigidius prétend qu'elle est la même qu'Orus qui enseigna l'agriculture aux Egyptiens. Tous ces rapports réunis donnaient une espèce de raison de la liaison de cet arator avec le bœuf agriculteur. Néanmoins, comme il parait être une invention des derniers âges, où le cocher, à l'équinoxe de printemps , était censé conduire le char du soleil, je laisse au temps à décider, et au lecteur à juger de l'origine de cet emblème. Car, quoique je croie qu'il y a des constellations dont les symboles et les noms remontent àla position primitive, je ne pense pas qu'il en soit de même de toutes, et je crois

1 Caes. Cœl. Astron., p. laS.

qu'on doit fixer l'époque de leur institution dans l'âge où elles avaient un usage naturel et présentaient un sens net. Il ne faut pas raisonner sur les constellations comme sur les douze signes qui ont été inventés ensemble, et qui ont dû avoir l'origine la plus ancienne de tous les astérismes.

La troisième époque qui nous reste à considérer est celle des récoltes. Quatre mois après que la terre avait été ensemencée, le soleil arrivait dans la constellation de la vierge ou dans le signe de la moissonneuse, et cette entrée était annoncée par le coucher héliaque d'une constellation remarquable par une belle étoile, et qui se couchait au-dessus de la vierge, comme le cocher, quatre mois auparavant, au-dessus du taureau. Cette constellation est le bouvier, bootès, dont l'étoile la plus brillante porte le nom dUarcturus. On y peignit encore un laboureur\icare,en hébreu ; mais au lieu defouet, on lui mit en main une faucille, et devant lui marchait un char attelé de bœufs pour voiturer ses récoltes, sous le nom de chariot et de bœufs d'Icare:

Flectant icarii sidera tarda boves,
( Properce. )

La belle étoile de la vierge, dont le coucher précédait de peu de minutes celui d'arcturus, s'appela l'épi; et on y peignit un épi dans les mains d'une moissonneuse2 qui prit elle-même le nom de

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fille d'Icare ou du laboureur : Erigone, Icariifilia. Itaque cotnplures Icarium bootem, Erigonem virginem nominaveiunt '.

La constellation obscure qui se trouve entre Icare et ses bœufs, et qui se levait alors héliaquement avec arcturus, pendant les moissons, fut désignée par un faisceau d'épis, suivant l'ancien manuscrit que consulta Bayer (Cœs. p. 134), et garda chez les Arabes le nom d'husimeihon , manipulum seu fascem aristarum, au lieu de celui de chevelure de Bérénice, qu'elle porte aujourd'hui, depuis Conon et Callimaque. Ces emblèmes , dont le rapport avec les moissons est si naturel, ne semblent pas réunis dans la même partie du ciel sans dessein; et on sent assez que le génie symbolique qui donna l'existence aux premières constellations créa aussi les autres. La grande ourse précède le lever de l'homme qui porte la faucille, et il semble la conduire devant lui. Les Latins l'appelaient terio ou septemtriones % à cause des sept étoiles brillantes de cette constellation. C'était le nom qu'ils donnaient aux grosses charrettes qu'ils employaient à fouler les épis et à détacher les grains de blé , à terendis frugibus. D'autres prétendent que c'était un attelage de bœufs , et alors ce serait la traduction de bœufs d'Icare ou de l'attelage de son char: Sed ego 3 cum Lœlio et Karone sentio , qui triones } antiquo vocdbulo boves appellatos scribunt. Antiquî

1 Hygin, 1. a.— a Getm. Cses., c. 2. — 3 Aul., t. a, c. 11. Varro, de Ling. lat,, 1. 6, p. 48.

Grœcorum amaxan dixerunt ; nostri quoque veteres à bobusjunctis septemtriones appellarunt. Les Egyptiens appelaient ce chariot vehiculum Osiridis, le chariot de leur Dieu du labourage.

Ainsi, de quelque manière qu'on envisage cette constellation, soitcomme chariot ou même traîneau destiné à écraser le blé , soit comme un atte age de bœufs, elle est toujours un emblème relatif aux moissons. « En effet, comme le dit Goguet ', la pratique la plus usitée dans l'antiquité était de préparer en plein air une place en battant bien la terre, d'y répandre des gerbes et de les faire fouler par des bœufs; il paraît que, du temps de Moïse, c'était la méthode des peuples d'Asie et d'Egypte. En Italie, ajoute le même auteur, on emploie les charrettes et les traîneaux à cet usage, teriones. »

Voilà une jeune fille qui tient un épi, accompagnée de son père qui tient lui-même une faucille 2, et qui est précédé d'un attelage de bœufs, et entre eux une gerbe de blé. Il serait difficile que des figures jetées au hasard eussent entre elles une liaison aussi intime, et des rapports si marqués avec la moisson égyptienne à cette époque, sans que les inventeurs des constellations eussent eu du dessein. La même constellation du bouvier a pu fixer le commencement des moissons en Egypte par son lever acronyque dans les derniers âges, lorsque le solstice d'été coïncidait avec les premiers degrés du lion; ainsinous ne pouvons pas décider sila fau

'Orig. des lois, t. i, 1. 2. — e Theotx, p. m.

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