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docteur Bickell, représentant de la Hesse Électorale, le parti orthodoxe proposait des mesures énergiques contre les antisymbolistes; il demandait aussi la révocation des pasteurs qui seraient convaincus de relations avec les amis des lumières. Ces propositions radicales furent repoussées, ainsi que le statu quo réclamé en dernier recours. Rien ne fut décidé pourtant, et le rapport de la conférence se résuma dans ces résolutions assez vagues :

« Les livres symboliques conservent la même valeur que chaque Église leur attribue déjà, et garderaient même cette valeur en cas qu'une nouvelle profession de foi prédominât comme croyance générale.

« Cette nouvelle profession de foi est admissible ; c'est même un droit pour l'Église protestante de se développer continuellement sur sa large base, mais le temps actuel ne parait pas opportun pour en faire l'essai; du reste, les membres de la conférence ne sont pas les représentants de la communauté protestante, mais seulement des envoyés de quelques Églises des pays allemands.

« ]l ne peut y etre question d'une séparation de la confession d'Augsbourg, pas plus que des livres symboliques.

« Non-seulement chaque Église a le droit de décider de la valeur et de la mesure (Maas) des symboles ; mais encore ces changements ne sauraient en aucune manière relâcher les liens de l'union de toutes les Églises évangéliques. »

Le synode, ouvert à Berlin le 5 janvier, dut se séparer le 14 février, sans avoir résolu toutes les questions qui lui étaient posées. Toutefois les membres s'étaient trouvés d'accord sur un point qui ne manquait pas d'importance; il fut résolu qu'aucune doctrine ne saurait être reconnue comme appartenant à la foi évangélique, si elle ne reposait sur le dogme aujourd'hui en vigueur. Cette résolution aurait pour résultat d'appeler de nouveau l'intervention de l'autorité civile, en Allemagne, dans les questions religieuses.

Les décisions du synode soulevèrent des protestations dans plusieurs municipalités, et on s'éleva contre la prétention qu'il avait eue de prendre le caractère d'assemblée ecclésiastique constituée. Des adresses en ce sens furent signées par les délégues de Magdebourg, de Breslau et de Kænigsberg. En vain, par un ordre de cabinet, le roi voulut-il rappeler ces villes à l'obéissance qu'elles lui devaient, selon lui, comme au chef de l'Église évangélique (voyez à l'Appendice, p. 102); il y avait dans ces réclamations incessantes en faveur de la liberté de conscience une force qui tot ou tard l'emporterait sur la tradition.

Cette agitation religieuse, si désordonnée dans ses mouvements, si peu sérieuse quelquefois par sa forme extérieure, si dangereuse souvent dans ses écarts philosophiques, n'est, on le sait, qu'une des mille manifestations du liberalisme allemand. L'esprit de réforme éclate tous les ans, avec sa véritable signification politique, dans les væux des dietes provinciales.

La Prusse rhénane est un des principaux foyers du liberalisme allemand, et le centre de cette opposition catholique dont la lutte contre le gouvernement prussien est si persistante. Cette année, la diète de la province rhénane ne réclama pas moins nettement qu'à l'ordinaire les reformes qui lui paraissaient en harmonie avec les progrès de l'esprit public,

Et d'abord elle demandait la liberté de la presse, et la substitution de dispositions et de garanties légales à l'arbitraire de la censure. Le recès royal répondit qu'en effet, si les lois actuelles sur la presse lui assuraient un mouvement assez libre et conforme à des prétentions équitables , elles laissaient encore beaucoup à désirer, d'autant plus que la presse quotidienne, en particulier, cherchait tous les jours davantage à franchir les limiles qui lui avaient été assignées, et qu'on ne pouvait pas toujours remédier à ces abus. Si l'expérience faisait sentir la Décessité de modifier les lois sur la presse, le gouvernement, sans indiquer dans quel sens devraient avoir lieu ces modifications, pensait qu'il faudrait faire des démarches auprès de la diète germanique. La diète provinciale, de son côté, déclarait qu'il fallait avoir d'autant moins égard aux résolutions de la diète germanique, qu'elles ne renfermaient, selon elle, aucune disposition formelle relativement à la censure et à la liberté de la presse , et qu'on s'en était remis à chaque gouvernement du soin de prendre les mesures qu'il jugerait convenable; ce que

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niait à son tour le recès royal, qui renvoyait la diète provinciale aux résolutions de la diète germanique du 20 septembre 1819 et du 16 août 1824, ainsi qu'à l'édit du 18 octobre 1819 et à l'ordre du cabinet du 28 septembre 1824.

Le recès rejetait la demande de la diète relative à la publicité des délibérations, ainsi que celle d'un changement dans le mode d'élection. Un autre væu relatif à l'extension du droit de pétition ne fut pas mieux accueilli.

Ces résistances royales contre ce que Sa Majesté regardait comme des empiétements sur son pouvoir ne devaient pas, au reste, faire craindre qu'elle s'arrêtât dans cette voie de concessions prudentes, mais libérales, dans laquelle elle est entrée depuis longtemps, et la promesse d'une constitution si ardemment désirée par la Prusse fut renouvelée de manière à faire penser que le jour n'était pas loin où le pays puiserait une force et une vie nouvelles dans l'exercice des libertés constitutionnelles.

La Prusse préludait aux réformes politiques par des réformes administratives et financières.

Ainsi, un ordre royal créait une nouvelle banque à Berlin; fondée avec un capital de 10 millions et sur des bases qui assuraient aux particuliers toutes les garanties nécessaires, cette institution était appelée à consolider le crédit prussien, à étendre les relations financières, industrielles et commerciales du pays, et à augmenter la circulation de la richesse nationale, en même temps que le bien-être de toutes les classes.

Une autre mesure dont le gouvernement s'occupait, c'était l'organisation de la presse gouvernementale. Par là, on opposerait à la presse libérale un autre critérium que celui de la censure, et l'opinion publique pourrait trouver dans cet instrument nouveau un guide sûr, en même temps que le gouvernement y trouverait un appui solide.

Au mois de juillet, fut publiée une nouvelle loi relative au mode de procédure à la cour de justice et au tribunal criminel de Berlin. C'était là le commencement d'une réforme générale ju

diciaire pour toute la monarchie prussienne. Cette loi portait création de procureurs généraux nommés par le roi sur la présentation du ministre de la justice. La procédure serait orale et publique, à moins que l'accusé et la cour n'exigeassent, dans l'intérêt de la morale, l'éloignement de l'assistance. Aucune enquète ne pourrait être commencée qu'à la demande des procureurs généraux. Tout accusé aurait le droit de se choisir un défenseur. Dans les accusations contre fonctionnaires, personne n'aurait le droit d'intervenir que sur la demande de l'autorité dont dépendrait ce fonctionnaire.

Des modifications importantes furent arrêtées pour le tarif du zollverein dans une conférence générale des délégués de l'union douanière. Ces modifications sortiraient leur effet au 1er janvier 1847. Voici en quoi elles consistaient :

Le droit de sortie sur le coton brut était réduit de 15 silbergr. à 10 silbergr. par centner; cette réduction était modifiée par cette considération que le droit de sortie sur le coton en laine De peut être qu'un droit de transit et ne saurait, par conséquent, ètre plus élevé que celui-ci. Le droit d'entrée sur le fil de coton pur ou mélangé de laine ou de lin, non blanchi, à un ou deux brins, et sur les ouates, était porté de 2 th. à 3 th.

Le droit d'entrée sur les bois de teinture en blocs était aboli et remplacé par un droit de 10 silbergr. Celle mesure fut adoptée dans l'intérêt des manufactures de coton qui souffriraient de l'aggravation du droit sur les fils étrangers.

Les mesures suivantes furent prises en ce qui concernait les fils et toiles de lin :

Les fils de lin à la mécanique payeraient 2 th.; les fils à la main, 5 gros; les fils blanchis, teints, etc., 3th.; les fils tors, 4 th.; les toiles grises d'emballage et les toiles à voiles, 20 gros; les toiles brutes saus apprèi, 4 th.; les toiles blanches, Icintes, imprimées ou autrement apprétées, et celles faites de fil blanchi, linge de table, de lit et essuie-mains bruts ou blanchis ou mis en æuvre, sarreaux de toile, linge de corps neuf, 20 th.; rubans, baliste, galons, franges, gaze, dentelles tissées, cordons, bonneterie, tissus de fils métalliques et de lin, 30 th.; dentelles de fils, 60 th. Sur la ligne frontière d'Oberwiesenthal, en Saxe, jusqu'à Schusterinsel, dans le grand-duché de Bade, les bæufs maigres payeraient à l'entrée 1 % th.; les bestiaux pour l'élève et les vaches, 1 th.; les bestiaux de labour, & th.

L'aggravation des droits sur les fils de laine et de laine et coton ne fut

pas

admise. La disposition la plus grave sur laquelle les délégués tombėrent d'accord était celle qui concernait l'augmentation des droits sur les fils de lin et de coton et sur les tissus de lin. La majorité des membres de la conférence se refusa à entrer dans la voie du drawback, des primes d'exportation sur la filature, etc. Du moment où ce système, dont l'introduction était réclamée par quelques gouvernements, se trouvait écarté, l'aggravation des droits d'entrée ne pouvait être considérable. S'il en eût été autrement, l'industrie du tissage n'ent pu se maintenir sans faveur spéciale.

Un autre fait important, c'est que la surtaxe n'atteignait que les fils à la mécanique, tandis que les droits sur les fils à la main restaient fixés, comme précédemment, à 5 silberg. Il n'y avait pas lieu d'augmenter les droits sur cette dernière espèce de fils, par le motif que ni le filage à la main ni le filage à la mécanique indigènes n'auraient à souffrir de l'introduction des fils à la main étrangers, et que les plaintes qui s'étaient fait entendre s'adressaient uniquement à la concurrence des fils étrangers à la mécanique.

Cette aggravation de tarifs votée par le zollverein élait surtout dirigée contre l'Angleterre. Il devenait évident que le traité de commerce conclu en 1841 entre le cabinet de Londres et celui de Berlin ne serait pas renouvelé. La Bavière, Bade, le Wurtemberg, étaient disposés à suivre la Prusse dans cette voie d'exclusion des marchandises anglaises. Il y avait dans ces tentatives hardies toute une émancipation de l'industrie allemande, et peut-être, dans un avenir peu éloigné, celle politique intelligente ouvrirait-elle de nouveaux débouchés à l'a

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