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lieutenant la faculté discrétionnaire de mettre en état de siége tel comté qu'il désignerait; d'augmenter indéfiniment le nombre des constables et la force de la police, qui devrait être défrayée par les localités; de mettre aussi à la charge des localités les indemnités dues aux victimes ou aux familles des victimes des assassinats. En outre, la police aurait le droit d'arrêter tout individu qui ne serait pas domicilié dans le district où il serait trouvé, et d'entrer à toute heure dans toute maison pour

faire ces arrestations. Une autre mesure, qui avait pour but de faciliter l'action de la justice, était celle qui permettrait de transporter à Dublin le siége d'un procès, afin que les témoins pussent être entendus librement et à l'abri des menaces. Enfin, la clause du bill qui devait soulever le plus de protestations, c'était celle qui interdisait aux habitants des comtés mis sous le régime de la loi spéciale d'ètre dehors de leurs maisons après le coucher du soleil. C'est ce qui fut appelé la loi du couvrefeu.

Le bill passa sans difficulté à la Chambre des lords; mais il n'en fut pas de même à la Chambre des communes : les whigs et les Irlandais s'élevèrent contre le projet et n'en laissèrent même pas voter la première lecture, l'usage permettant à tout membre de la Chambre de faire des motions réitérées d'ajournement. Aucun résultat ne put être atteint pendant la première partie de la session, et par là la discussion du corn-bill se trouva aussi arrêtée.

Reprise le 27 avril, la discussion sur le coercion-bill ne fut terminée que le 1er mai. La première lecture eut lieu, malgré la résistance acharnée des Irlandais, à la majorité de 149 voix. Rien ne s'opposait plus désormais à la troisième lecture du corn-bill, qui fut votée, le 16 mai, à la majorité de 98 voix, 327 contre 229.

A la Chambre des lords, la première lecture, qui est de pure forme, fut faite le 18, après deux discours hostiles du duc de Richmond et de lord Stanley, chef du parti protectioniste. Ann. hist. pour 1846.

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La seconde lecture, toute décisive, fut autorisée par une majorité de 47 voix.

Le 15 juin, le duc de Buckingham proposa un amendement tendant à ce que le plan ministériel fut remplacé par un droit fixe de 10 shillings par quarter lorsque le prix officiel du blé serait à 48 shillings, et de 4 shillings par quarter lorsqu'il aurait atteint 53 shillings. Cet amendement, appuyé par les lords Clancarty, Stanhope, Beaumont, Hardwikie, et combattu par le comte de Ripon, le marquis de Bute et lord Kinnaird, fut rejeté par 136 voix contre 103.

Le lendemain, lord Wicklow présenta un autre amendement imposant sur les blés étrangers autres que ceux provenant des colonies britanniques un droit fixe de 5 shillings par quarter. 107 voix se prononcérent en faveur de cet amendement, et 140 contre.

Recourir à ces moyens termes, c'était déjà s'avouer vaincu.

En effet, le 25 juin, le corn-bill subissait triomphalement sa dernière épreuve; mais, en même temps, à la Chambre des communes, le bill pour l'Irlande était rejeté par 292 voix contre 219; majorité contre le ministère, 73 voix, nombre des vo

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tants, 511.

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Sir Robert Peel restait enseveli dans sa victoire,

Le 29 juin, à la Chambre des lords, le duc de Wellington vint annoncer en quelques mots que le ministère avait offert sa démission à Sa Majesté, et que cette démission avait été acceptée.

Aux communes, sir Robert Peel fut plus explicite. Il fit à la Chambre un discours d'adieu. La majorité s'étant prononcée contre le bill de coërcition, ou plutôt contre le cabinet, il avait da se retirer. Au reste, il déclara que, même soutenu par un vote favorable, le ministère dont il faisait partie n'aurait pu continuer d'administrer les affaires publiques, et que, si le bill des céréales eût été rejeté, il en aurait immédiatement appelé aux électeurs.

Sir Robert Peel formula ensuite un programme politique

pour le gouvernement de l'Irlande. Il promettait aux whigs son concours aux conditions ainsi indiquées par lui. Une égalité complète serait établie en Irlande dans les institutions municipales et politiques, égalité sinon à la lettre, au moins en esprit, égalité telle que la pourrait comporter la situation actuelle polilique et religieuse de l'Irlande.

Le ministre ajoutait en terminant ces remarquables paroles : « Dans quelques heures, j'aurai déposé le pouvoir que j'ai gardé cinq ans. Je le déposerai sans peine, et je me rappellerai plus vivement les marques de confiance que vous m'avez données que votre opposition récente. Je quitte le pouvoir avec un nom sévèrement blamé par beaucoup d'hommes honorables qui, par principe, regrettent profondément la dissolution des liens des partis , et cela , non par intérêt, mais parce qu'ils regardent la fidélité aux engagements et l'existence de forts liens de parti comme très-utiles au bien public. Je laisserai un nom en horreur à tout monopoleur et à beaucoup d'hommes qui veulent le monopole non par des motifs bonorables, mais par égoisme. Mais peut-être mon nom sera-t-il quelquefois répété avec des expressions de bienveillance dans les habitations modestes où résident les hommes dont le lot est le travail, et qui gagnent leur pain quotidien à la sueur de leur front. Peut-être prononceront-ils mon nom avec bonté, quand ils se reposeront de leurs fatigues, en prenant une nourriture abondante d'autant plus douce qu'elle ne leur rappellera pas l'injustice de la législation.

Sir Robert Peel ne pouvait se retirer dans des circonstances plus glorieuses pour sa politique, Au moment même où il quittait le pouvoir après avoir fait sanctionner ses théories économiques, il recevait la nouvelle que le différend de l'Oregon était terminé par un traité honorable pour l'Angleterre ( voyez le chapitre suivant).

L'héritage de sir Robert Peel appartenait naturellement à lord John Russell.

Voici quelle fut la composition du nouveau cabinet :
Lord chancelier , lord Cottenham.
Président du conseil, le marquis de Lansdowne.
Lord du sceau privé, le comte de Minto.
Intérieur, sir George Grey.
Affaires étrangères, lord Palmerston.
Colonies, le comte Grey.
Premier lord de la trésorerie , lord John Russell.

Chancelier de l'échiquier, M. Charles Wood.
Guerre, le très-honorable Fox Maule.
Chancelier du duché de Lancastre, lord Campbell.
Payeur général, M. Macaulay.
Bois et forêts, le vicomte Morpeth.
Directeur des postes , le marquis de Clanricarde.
Bureau du commerce, le comte de Clarendon.
Bureau du contrôle, sir John Hobhouse.
Premier secrétaire pour l'Irlande, M. Labouchère.
Amirauté, comte d'Auckland.
Juge-avocat, M. Charles Buller.

Lords de l'amirauté, l'amiral Dundas, le capitaine honorable F. Berkeley, l'honorable W. Cowper, le vice-amiral sir William Parker.

Secrétaires du trésor, M. T. Parker, M. H. Tufnell.

Secrétaires du bureau de controle, le très-honorable G. S. Byng, M. T. Wysse.

Sous-secrétaires d'État :
Aux affaires étrangères, le très-honorable E.-J. Stanley.
Aux colonies, M. B. Hawes.
A l'intérieur, sir W. Somerville.
Bureau d'artillerie :
Inspecteur, le colonel C. Fox.
Greffier, l'honorable G. Anson.

Secrétaire, lord C. Paget.'
! Procureur général, M. G. Jervis.

Lord lieutenant d'Irlande, le comte de Blensborough.
Général en chef, le duc de Wellington.
Grand maitre de l'artillerie, le marquis d'Anglesey.
Maison de la reine :
Lord chambellan, comte Spencer.
Grand maréchal de la cour, comte Fortescue.
Grand écuyer, duc de Norfolk.
Vice-chambellan, lord Edward Howard.
Le premier soin de l'administration nouvelle fut de reprendre

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la réforme commerciale au point où sir Robert Peel l'avait laissée.

La question des sucres se présentait après celle des céréales. Dans l'état actuel de la législation, le sucre brut, provenant des pays à esclaves, était frappé d'un droit prohibitif de 63 shillings par quintal. Un droit de 23 shillings 4 pence était imposé sur celui des pays étrangers où le travail est libre; enfin, le sucre des colonies britanniques des Indes occidentales, plus favorisé, ne payait que 14 shillings. Il était donc protégé contre la concurrence des pays où le travail est libre, par un droit différentiel de 9 shillings 4 pence. Lord John Russell proposait d'abord de lever la prohibition contre les sucres provenant des pays à esclaves, puis, dans un temps donné, les admettre, ainsi que les autres sucres étrangers, aux mêmes conditions que ceux des colonies britanniques des Indes occidentales, c'est-à-dire moyennant un droit uniforme de 14 shillings par quintal.

La raison commerciale de cette modification, c'était surtout les représailles exercées contre les marchandises anglaises par les pays à esclaves exclus du marché britannique. De là des débouchés moindres pour ces marchandises, et une atteinte réelle à la prospérité des districts manufacturiers.

Mais à la question de sucres s'en rattachait une autre, éminemment populaire en Angleterre , la question de l'esclavage des noirs. On reprochait à lord John Russell de donner, par son projet de loi, un nouveau stimulant à la traite. En ouvrant le marché anglais au sucre des pays à esclaves, ne provoquerait-on pas une plus grande production de cette denrée, et, partant, l'augmentation de nègres employés à la culture de la canne.

A cet argument d'une philanthropie exagérée, lord John Russell répondait qu'on encourageait bien autrement la traite en achetant aux pays où la servitude existe, du coton, du café, des métaux précieux et plusieurs autres produils.

Quoi qu'il en fût , lord John Russell voyait déjà se soulever

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